‹ Traité de physiologie, consideŕeé comme science d'observation (volume 4)Chapitre 51 sur 79 · NERFS · texte numérisé non relu

NERFS

$ 429. Les questions suivantes se présentent par rapport aux nerfs.

4° On peut demander d’abord si, comme on semble l’admettre communément , ils proviennent de l'organe central de la sensibilité, ou si, comme le prétend Serres, ils naissent des parties situées à la périphérie. Pour envisager ce problème dans le sens le plus général, nous devons examiner -ici le rapport de formation qui existe entre le centre et la périphérie du système de la sensibilité. Serres dit avoir vu, chez l'embryon humain, que le nerf optique était encore borné à l'œil vers la fin du premier mois (1), et que le nerf trijumeau ne s’accoilait au cerveau que dans le troisième mois (2). (Je doute que l'observation puisse jamais démontrer

(4) Loc. cit., t. TI, p. 346, (2) Jbid., p. 372,

que les nerfs sortent de la moelle épinière, ou qu'ils viennent se joindre à elle. I est vrai que, pendant la seconde période du développement de l'embryon du Poulet, la moelle épinière , quand on l’enlève , paraît lisse, et ne laisse apercevoir aucune insertion de nerfs , tandis qu'on peut suivre ces derniers dans les lames ventrales ($ 403, 6°); mais comme tout porte à croire que, dans les nerfs rachidiens, de même qu’à la moelle épinière , la gaîne se forme postérieurement , il est naturel qu’un filament mou, peu coloré , et plus grêle qu’un cheveu , ne laisse aucune trace) (4). D'après les découvertes faites sur l'embryon du Poulet ($ 399, 3°; 8 400, 26°), les nerfs optiques , auditifs et olfactifs naissent du cerveau, mais non pas tant ces nerfs que les organes sensoriels eux-mêmes ; il paraît se former au cerveau une partie relativement périphérique, qui se sépare de lui peu à peu, s'avance vers la périphérie animale, et, de concert avec les parties qui proviennent de cetie dernière, y représente un organe sensoriel, tandis que la masse s’étire en une sorte de fil, pour unir en. semble cet organe et le cerveau, et représente ainsi le nerf sensoriel. Ce nerf ne pousse donc pas du cerveau pour aller s’insinuer dans l'organe sensoriel, mais le rudiment de cet organe s’est formé au cerveau, et le nerf ne paraît que comme un intermédiaire qui tient celui-ci à distance de celui-là, tout en les unissant l’un avec l’autre. Les trois nerfs sensoriels se montrent originairement sous l'aspect de prolongemens cérébraux, c’est-à-dire comme des tubes formés de substance cérébrale , dont les cavités sont des prolongemens des ventricules du cerveau. Les prolongemens oculaires et auriculaires se convertissent de si bonne heure en nerfs, c’est-à-dire en cylindres composés de faisceaux de fibres, qu’on n’a point encore pu les observer dans leur état primordial chez l'embryon humain. La production cérébrale destinée à l'organe olfactif, organe sensoriel d’un rang inférieur , est la seule qui reste en arrière sous ce rapport; en effet, le cordon olfactif, communément appelé nerf oïifacüf, se montre sous la forme d'une partie cérébrale épaisse, courte et renflée à l'extrémité,

(1) Addition de Baer,

dont la cavité communique avec le ventricule latéral du cerveau, et quoique cette cavité s’oblitère au septième ou huitième mois, il ne prend cependant jamais la nature d'un nerf; car on ne peut à bon droit considérer comme des nerfs que les filamens qui sortent de son renflement.

Cette exsertion , en vertu de laquelle les parties périphériques sortent des parties centrales, explique comment les premières peuvent ne pas se développer, quoique les parties centrales aient pris un développement convenable. Ainsi Rudolphi a vu l’œil droit manquer entièrement , quoique le cerveau offrit le rudiment du nerf optique de ce côté. Cependant on n’a encore jamais trouvé de cerveau développé, sans organes sensoriels et sans nerfs. An contraire , on connaît beaucoup de cas d'hémicéphalie dans lesquels le cerveau était demeuré sans développement , quoique les organes sensoriels eussent acquis le leur; ainsi, par exemple, Butiner (4ÿ a rencontré, au lieu du cervéan, deux simples globules médullaires rouges et creux , d'où les nerfs optiques, représentant des tubes rouges , s'étendalent jusqu'à des rétines bien conformées ; ainst, malgré même son état d'imperfection, le cerveau s'était prolongé en une rétine, autour de laquelle le reste de l'œil s’était produit d’une manière normale. Mais ce développement complet peut aussi avoir leu dans un organe sensoriel qui est tout-à-fait détaché, et qui, par conséquent, ne se trouve plus sous l'influence du rudiment de cerveau. Morgagni (2) à vu les veux bien conformés, mais les nerfs optiques qui en partaient se terminaient librement dans les orbites, et, au lieu de.cerveau , il n’y avait que deux petites masses molles. Enfin, l'indépendance des parties périphériques à l'égard des parties centrales est poussée même si loin, qu’un organe sen- soriel peut acquérir sa forme extérieure, sans qu'une production du cerveau lui ait servi de base. Klinkosch (3) rapporte que, dans un cas de développement incomplet du cerveau , l'œil était formé d’une membrane solide, pleine de

(A) Anatomische Wahrnehmungen, p. 410.—Is. Geoffroy Saint-Hilaire, Hist, des anomalies de l’organisation, t, II, p. 449. (2) De sedibus, ép. 48 , art. 50.

(3) Diss, med, select, Prag., p. 205."

liquide , sans nerf optique, sans rétine , sans choroïde et sans iris. De tous ces faits, il résulte que la production du noyau sensible des organes sensoriels est un acte antérieur et essentiel de la formation cérébrale , mais que la partie périphérique crée les parties extérieures de ces organes d'une manière indépendante , quoique en harmonie avec le noyau, et que pourvu qu'elle ait reçu ce dernier, elle peut développer complétement l'organe sensoriel, sans nulle autre influence ultérieure de la part du cerveau.

Maintenant si, dans les organes sensoriels, qui sont en quelque sorte les ouvrages avancés du cerveau, la formation du nerf dépena de l'existence d’une partie centrale et de celle d’une partie périphérique , ce cas doit avoir lieu à plus forte raison pour les autres organes.

L'indépendance dans laquelle la périphérie animale ou la partie excentrique du feuillet séreux se trouve de la partie centrale, se manifeste déjà chez les monstres. Clarke a trouvé un acéphale dont la paroi abdominale était formée, avec des rudimens de pieds et d'orteils, sans colonne vertébrale, moelle épinière, ninerfs (1). Meckel a également vu (2), dans un cas semblable , une extrémité sans nerfs. Mais cette indépendance se prononce aussi dans l’état normal ; chez l'embryon du Poulet, par exemple, les premières vestiges des membres paraissent au troisième jour (S$ 400, 24°), et ce n'est qu'après qu'ils se sont développésdavantage ($ 402, 18°) qu'on voit paraître, au Cinquième jour, les premiers nerfs de la moelle épinière ($ 402, 17°) et les renflemens de cette moelle correspondans aux nerfs des membres ($ 402, 20°). Mais nous ne pouvons pas croire que les nerfs s’allongent pour aller de la moelle épinière dans les membres, ou de ceux-ci à la moelle. I] faut donc admettre que, quand une partie périphérique s’est formée, une harmonie préétablie entre elle et un point déterminé de l'organe central de la sensibilité, harmonie qui se rattache à son essence même, fait qu’il s'établit entre cet organe et elle une relation ou une tension dynamique , qui ne

(4) Tiedemann , Anatomie der kopflosen Missgeburten , p. 9, (2) Handbuch der pathologischen Anatomie tr Di 173,

tarde pas à se matérialiser, en ce sens que, sur touté la longueur, de la substance nerveuse se détache ou se sépare de la masse organique, pour devenir l'intermédiaire de ces deux parties ou représenter les nerfs. L'observation vient à l'appui de cette théorie ; car, à mesure que les organes périphériques prennent du développement, les nerfs qu’ils possèdent croissent par addition latérale ou par multiplication de leurs filets ; ainsi la grosse racine du nerf de la cinquième paire se compose de dix-huit cordons chez l'embryon de huit mois, et de vingt-huit à trente chez l'enfant nouveau-né (1). Cette théorie a également pour elle les faits pathologiques ; chez les acéphales, on trouve tantôt des nerfs qui viennent de la moelle épinière et cessent à peu de distance, sans atteindre jusqu'aux membres (2), tantôt des nerfs qui viennent des membres et qui s’arrêtent à la colonne vertébrale ou à l'enveloppe fibreuse de la moelle épinière (3). A peine d’ailleurs parviendrait-on à expliquer autrement les cas où une paire nerveuse est inter— rompue dans une étendue considérable (4).

Nous pourrions dire que cette relation lie plus intimement les organes nouvellement formés à l’organe central de la sensibilité, qu’elle les fait entrer en quelque sorte dans l'unité de ce dernier, et que, par là, elle entretient tant la normalité de leur conformation que la permanence de leur durée, tandis que les parties privées de nerfs tantôt ne se maintiennent qu’en vertu de leur cohésion plus forte ou de la lenteur'de leur nutrition, comme les cartilages et les membranes fibreuses, tantôt sont transitoires et sans soutien, comme les corps de Wolffet les enveloppes fœtales. Mais le type général que la formation organique tend à représenter domine encore par dessus cette loi, et son pouvoir peut aller jusqu’à anéantir une partie riche en nerfs, avec le point correspondant de l'organe central, lorsqu'elle ne correspond plus à l’ensemble de l'organisation. C’est ainsi que, pendant l’état chrysalidaire, certains points des parois du tronc disparaissent, avec leurs nerfs

(4) Manuel d'anatomie, t. II, p. 445.

(2) Windslow , dans Tiedemann , Loc. cit., p. 46. (3) Lallemand , Observations pathologiques, p. 28. (4) Meckel, Handbuch der pathologischen Anatomie ; t.T,D

or

<°e LA

et avec les ganglions dans lesquels ceux-ci avaient leur extrémité centrale ($ 380, 5°) : de même aussi, pendant la mé. tamorphose des Grenouilles, on voit disparaître les muscles de la queue, avec leurs nerfs et la partie postérieure de la moelle épinière ($ 396, 1°), et nous ne pouvons pas dire que cétte mortification marche du centre à la périphérie ou de la périphérie au centre; car elle paraît s'effectuer simultanément dans l'un et l'autre, d’une manière sympathique.

2° Suivant Serres (4), la formation des nerfs marcherait d’avant en arrière au cerveau. D'après Meckel (2), les nerfs se perfectionneraient dans la direction inverse, c’est-à-dire d’arrière en avant. Cependant la qualité des organes paraît être ce qui influe davantage sur la formation plus ou moins précoce des nerfs; carles trois nerfs purement sensoriels sont les premiers qui se développent, sans que leur situation en avant ou en arrière semble exercer d'influence notable. Au reste, les nerfs cérébraux sont plus gros, proportionnellement au cerveau , chez l'embryon que chez l'adulte. .

3° Le nerf grand sympathique est plus développé que les autres nerfs à une époque reculée, notamment aux quatrième et cinquième mois, et les ganglions sont alors si volumineux,

Page 1