‹ Traité de physiologie, consideŕeé comme science d'observation (volume 4)Chapitre 7 sur 79 · IL. C’est peut-être auprès des Echinocoques qu'il convient · texte numérisé non relu

IL. C’est peut-être auprès des Echinocoques qu'il convient

le mieux de placer les Trématodes dépourvus de sexes, Cercaria, Distomum duplicatum et Bucephalus polymorphus , dont l'histoire du développement, en tant qu’on la connaît jusqu'à ce jour, offre des particularités si nouvelles et si surprenantes, qu'on doit se borner à les relater ici comme un fait isolé, et laisser à d'ultérieures recherches le soin de déterminer où et comment ce phénomène jusqu'à présent unique peut se rattacher à l’ensemble de l'histoire du développement des êtres organisés en général.

1° Les Cercaires , sur les singuliers phénomènes de vie et de développement desquels Nitzsch, Bojanus et Baer ont appelé les premiers l'attention des biere, sont des animalcules parasites, qui habitent dans le parenchyme des organes les plus divers de Mollusques , et qu'on rencontre en

plus grande quantité que partout ailleurs dans les reins et le

foie de nos Planorbes , de nos Limnées et de nos Paludines. Le corps de ces animaicules ressemble à celui d'un Trématode : ils possèdent un suçoir à l'extrémité antérieure , et derrière cette espèce de bouche, on aperçoitun petit bHareus: qui mène toujours à un intestin bifurqué et terminé en cul-de-sac : vers l'extrémité du corps ‘opposée à la bouche, on remarque une ouverture , qui est l’orifice d’un organe excrétoire, d’un vaisseau particulier à la plupart des Trématodes ; quelques naturalistes donnent le nom d’anus à cette seconde ouverture. Le vaisseau à une forme bifurquée dans le plus #rand nombre des cas, et il contient des vésicules limpides , de volume divers, qui, poussées par son mouvement péristaltique, sortent souvent avec violence à travers l'ouverture. Cet acte a plus d’une fois été considéré comme une ponte , et l’on a confondu les vésicules avec des œufs. Jusqu’à présent je n’ai pas pu découvrir d’autres organes dans l'intérieur du corps des Cercaires. La queue de ces animalcules tient au corps par l'ouverture de l'organe excrétoire, et l'empêche ainsi de se vider ; mais, dès qu'elle s’est détachée , l'expulsion des vésicules ne tarde point à avoir lieu. Cette queue est organisée d’une manière fort simple ; ses parois musculeuses paraissent circonscrire une cavité ou plutôt un canal, dans lequel on découvre quelquefois une masse vésiculeuse srenue,

2° Les Cercaires se développent de spores; mais je n'ai vu ces Spores se produire ni dans leur corps, ni dans leur queue ; elles naissent dans des sporocystes toutes spéciales, s'y développent, et sortent des utricules à l’état de Cercaires parfaites. Ces sporocystes sont des corps libres, qui possèdent quelquefois une espèce de vie indépendante, ont même parfois une bouche et un canal intestinal, de sorte qu’on a été induit à voir en elles des animalcules parasites particuliers, dans le corps desquels les Cercaires se développent comme d’autres parasites, mais, suivant l'expression déjà employée par Baer, comme des parasites nécessaires. Chaque espèce de Cercaire provient d’une espèce particulière de Sporocystes ; il y a donc autant de sporocystes spécifiquement différentes les unes des autres, qu’on compte d'espèces de Cercaires. Presque jamais un nid de Cercairesnecontientautre chose qu'une espèce, avec ses utricules. La Cercaria armata (A) se développe dans un utricule recourbé et plus ou moins long , qui est clos de toutes parts, n’a ni bouche ni intestin, est incolore, et ne donne jamais aucun signe de vie. La Cercaria furcata provient d'utricules tubuliformes très-longs (2), qui exécutent des mouvemens péristaltiques extrêmement vifs, et qui lancent avec violence leur contenu; je n’y ai jamais vu de bouche ni d’intestin. Les célèbres Vers jaunes découverts par Bojanus, sont les utricules de la Cercaria echinata , qui possède autour de la bouche une couronne d’aisuillons mous ses. Ces utricules sont pourvus d’une ouverture buccale, d’un très-fort pharynx, et d'un canal intestinal simple, terminé en cul-de-sac, qui contient toujours un liquide brun foncé, avec un amas de g#ranulations d'une teinte ésalement foncée. Leur extrémité antérieure représente en quelque sorte un col, entouré d’un renflement annulaire, que, Baer, trompé par une illusion d'optique, a pris pour deux élévations en forme de verrues, Ct figuré comme tel (3). A l'extrémité postérieure du cerps se voient deux courts prolongemens obtus , qui ont

(1) Décrite par Wagner, {sis, 1834, p. 131.

(2) Baer , Nov. Act. Nat. Cur., t. XIIL, p. 627, pl. XXXI, fig. VI. (3) Loc. git., p. 269 , pl X XXI, Gg. VIT, g.

une direction oblique ; je n'ai jamais remarqué que ce prolongement füt unique, comme Baer le décrit, à l'occasion de quelques sporocystes. Les mouvemens de ces utricules sont très-lents : ils tournent parfois autour de leur axe longitudinal , allongent et amincissent leur col , ou le renfoncent tellement que le renflement annulaire fait presque saillie jusqu’au dessus de l'extrémité buccale obtuse. Les sporocystes de la Cercaria ephemera sont des utricules cylindriques, d'un jaune orangé, de médiocre longueur, pourvus d’une bouche, d'un pharynx et d’un cœcum simple; ce dernier descend presque jusque dans l'extrémité postérieure obtuse du corps, et est également coloré en brun foncé. Elles n’exécutent que des mouvemens péristaltiques fort lents. J'ai distinctement observé , sur ces utricules et sur ceux qui ont été décrits plus haut, qu'ils faisaient passer par leur bouche, dans l'intestin, afin de s'en nourrir, des parties du parenchyme g#renu brun du foie du Planorbis cornea dans lequel je les avais trouvés.

Dans toutes les espèces, les parois des utricules sont fort minces ; leur cavité ne contient rien autre chose que des germes de Cercaires et une masse granulo-vésiculeuse éparse entre eux, de laquelle provient la couleur dans les utricules jaunes. Quand l'intestin existe , il est parfaitement libre dans la cavité du corps, et partout en contact immédiat tant avec les germes de Cercaires qu'avec la masse granulo-vésiculeuse. Ceux des utricules qui se meuvent déplacent diversement, par leurs mouvemens, le contenu mobile qu'ils renferment. On trouve fréquemment la forme ordinaire des utricules altérée par un ou plusieurs resserremens de leur corps, et parfois fortement tirée en long (1); là où un intestin existe, il participe aussi aux constrictions. Ces utricules étranglés et tirés en long de la Cercarix echinata pourraient être considérés comme les sporocystes d’une espèce toute différente de Cercaire, si la présence des deux prolongemens cbliques ne décélait point leur identité avec les autres utricules de la Cercaria echinata.

3° Les spores incolores des Cercaires sont toujours nette-

(1) Baer , loc. cit., pl. XXXI, fig. VI, x, y.i

ne LS

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ment délimitées. Lorsqu'on les comprime entre deux plaques de verre, elles se partagent en petites vésicules et en granulations, sans laisser une enveloppe vide, comme le font les œufs des autres Entozoaires. Les spores les moins développées forment de petits corps ronds, dans le milieu desquels on dé- -couvyre des traces de très-petites granulations et de vésicules ; les spores rondes grossissent quand elles commencent à se développer, et prennent une figure ovale, pendant que les granulations et les vésicules se OR dans leur intérieur ; ensuite les spores ovales s’allongent, mais de telle sorte cependant qu'une de leurs extrémités s’amincit un peu, et à parür de ce moment le corps et la queue deviennent toujours de plus en plus prononcés : les granulations et les vésicules qui s'étaient réunies tant dans le corps que dans la queue, commencent à disparaître, et c’est alors que les organes de la Cercaire se développent. Dès ce moment aussi tout le germe de Cercaire est animé, il contracte lentement le corps, et imprime de faibles flexions à la queue. Mais, à mesure que les organes intérieurs du corps prennent plus de développement, la vie de ce germe s’éveille aussi de plus en plus, et il finit par ramper dans l’uiricule, comme s’il cherchait une issue, qu'il ne trouve cependant nulle part. Je ne saurais dire si ces violens mouvemens des Cercaires dans leur sporocyste la déchirent, ou si cette poche crève, après que la couvée entière a augmenté au point de la distendre extraordinairement. Ce qu’il y a de certain néanmoins, c’est que le développement des spores accumulées dans une sporocyste n’a pas toujours lieu d'une manière simultanée, qu’on trouve quelquefois une poche renfermant des spores à tous les degrés de développement, et qu'on en rencontre aussi d'autres quine Contiennent presque que des'Cercaires parfaites ; le grouiliement et la presse de ces animaux sont alors énormes. Je dois encore ajouter qu’à mesure que les germes de Cercaires prennent du développement , la masse granulo-vésiculeuse dispersée entre eux diminue. Les aignillons des Cercaria. armata et echinata sont les parties qui apparaissent les dernières; mais, dans la Cercaria ephemera, les deux taches colorées extérieures se montrent d'assez bonne heure ; quant à la troisième, ou à la

médiane, elle ne se manifeste que quand l'animal a déjà quitté la sporocyste ; jusqu'alors aussi le corps entier .est tout-à-fait incolore , et il n'y a que sa partie antérieure à laquelle un grand nombre de granulations pigmenteuses épaisses communiquent une teinte brunâtre; ces granulations disparaissent peu à peu, et, dans la même proporuon, la tache brune médiane se prononce de plus en plus, outre que le corps entier acquiert la couleur qui à été décrite plus haut et son chatoiement particulier.

ho Si maintenant nous recherchons quelle peut être l’origine de ces sporocystes, l'idée se présente d’abord à nous que de nouvelles spores se forment dans le corps ou dans la queue des Cercaires, et qu’elles se métamorphosent en sporocystes. Je n'ai jamais pu rien trouver, dans le cours de mes recherches , qui vint positivement à l'appui de l’une ou l’autre opinion. Dans les Cercaria ephemera et echinata, la métamorphose du corps de l’animal en une sporocyste est peu admissible, par cela seul déjà que le corps possède un canal intestinal bifurqué dans les deux espèces , tandis que les sporocystes de celles-ci ont un intestin simple : de plus, le pharynx des Cercaires est toujours petit ét diflicile à apercevoir, tandis que celui de leurs sporocystes est exiraordinairement volumineux et saute aux. yeux sur-le-champ. Quelle n’a point été ma surprise quand je suis venu à me convaincre que les sporocystes des Cercaria ephemera et echinata produisaient de jeunes sporocystes, en même temps que des Cercaires! En effet, je rencontrais de temps en temps une sporocyste dins laquelle je découvrais, parmi des germes de Gercaires, un et parfois même deux corps incolores, plus ovales, qui possédaient'un pharynx bien apparent et un intestin simple,.en culde-sac. Ces corps différaient à peine des corps de Cercäires sous le point de vue du volume, leur intestin décrivait de fortes circonvolutions , et il remplissait presque entièrement la cavité intérieure. Je ne pouvais les considérer que comme de jeunes sporocystes, car ceux qui s'offraient à moi dans les sporocystes de la Cercaria echinata portaient les deux prolongemens postérioars, sous la forme de petits moignons. A l’aide de quelques recherches, j’en ai aussi trouvé de libres

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dans un nid de Gercaires ; j'apercevais également, au milieu de ces très-petites sporocystes, des utricules parfaitement développés, des sporocystes de toutes dimensions , de sorte que je pouvais sans peine suivre leur accroissement et voir en elles le développement graduel de la masse granulo-vésiculeuse jaune et des spores. Je suis forcé de laisser indécise la question du mode d'origine des sporocystes des autres espèces de Cercaires; aussi m’abstiendrai-je d'émettre aucune opinion à l'égard des conjectures de Baer, qui pense que les sporocystes de l’espèce décrite par lui sous la forme I (4) sont des corps de Cercaires distendus par le grossissement des petits qu'ils renferment. J'ai observé aussi long-temps que possible les Cercaires complétement développées, afin de voir ce qu'elles deviendraient et si leurs corps ne se métamorphoseraient pas en sporocystes sous mes yeux. Voici quels sont les résultats auxquels je suis arrivé.

5° Quand les Cercaires sont sorties de leurs utricules et complétement développées, elles s'empressent de se débarrasser de leurs queues, et d’entourer leur corps d'une enveloppe serrée, de se renfermer en quelque sorte dans une chrysalide. Nitzsch a s: bien décrit la chut2 de la queue , que je puis garder ici le silence sur ce phénomène de vie , nécessaire pour les Cercaires, et dans lequel la queue elle-même joue toujours un rèle fort actif. J'ai dirigé mon attention d’une manière toute spéciale sur les queues tombées, parce que je crus d’abord qu'elles pourraient se transformer en sporocystes ; mais je ne tardai pas à rejeter cette idée, lorsque j’eus appris à connaître , dans les nids de Cercaires, les différentes formes que les queues détachées du corps acquièrent en un laps de temps fort court. En effet , Ces queues commencent par frétiller d’une manière très-vive , mais elles tardent peu à rester en repos et à se resserrer sur plusieurs points ; comme les parties rétrécies vont toujours en s’amincissant de plus en plus, la queue finit par se résoudre en corpuscules ronds et ovales, qui circulent ensuite librement entre les autres Cercaires et sporocystes. Les queues ainsi pourvues

(4) Loc. cit., p. 619, 640, pl. XXXT, fig. I, à.

DÉVELOPPEMENT DES ENTOZOAIRE. li

d'un grand nombre d’étranglemens et sur le point de se diviser, ont la plus grande analogie avec les sporocystes étranglées et resserrées dans le sens de leur longuecr, dont j'ai parlé précédemment; mais leur petitesse, l'absence des spores, et, dans les Cercaria ephemera et echinata , la présence du pharynx et de l'intestin, les en distinguent bien précisément. | 6° L'involvation des corps de Cercaires a lieu diversement selon les espèces. Le corps de la Cercaria ephemera se contracte en un corps arrondi, plus rarement ovalaire, et commence à exhaler de toutes ses parties un suc visqueux , d'abord incolore, qui s’endurcit très-rapidement et forme une enveloppe complète autour du corps de l'animal. J'ai acquis l'intime conviction que cette formation d'enveloppe a lieu par transsudation d’un sue , et non par mue, comme Île pense Nitzsch (1). La viscosité du suc fait aussi que l’enveloppe se colle solidement au premier obiet ‘venu. En observant pendant long-temps cet acte d’involvation , on ne tarde pas à reconnaître qu'il ne résulte pas d'une seule transsudation du suc, mais que l’exhalation de ce dernier se réitère à plusieurs reprises, d'où il suit que l'enveloppe devient plus épaisse et sa cavité plus petite. On finit par remarquer que les parois de la coque consistent en plusieurs couches concentriques. Nitzsch a déjà signalé l’activité que le corps de Ia Cercaire déploie pour former et voüter son enveloppe. Ce que deviennent les Cercaires ainsi enveloppées, es: encore une énigme. J'observe sans interruption, depuis dix semaines, des corps ainsi entourés de Cercaria ephemera , et je puis ajouter aux belles découvertes de Nitzsch, que les corps continuent encore très-long-temps de vivre dans leurs étroits réceptacles, comme on peut s’en convaincre , avec de l'attention, par les mouvemens lents et les lésers déplacemens qu'ils exécutent ; mais plus mes observations se prolongeaient, et plus aussi le nombre des corps devenus immobiles augmentait (aujourd'hui, dix semaines après l’involvation , il n’y en a plus que fort peu qui vivent). Tous les corps de Cercaires,

(A) Loc. cit., p. 36.

tant qu'ils vivent encore dans leur enveloppe, laissent constamment apercevoir les trois taches pigmenteuses des vésicules limpides isolées qui sont demeurées dans l’organe excrétoire, et les contours du corps en général; ces divers objets disparaissent après la mort réelle du corps, et le contenu de l'enveloppe n’est plus alors qu'une masse amorphe de grains bruns. Peut-être reste-t-il dans cette masse une vie latente, qui se réveille à une autre époque, ranime la masse, et lui rend une nouvelle forme. Peut-être aussi est-ce là réellement le terme de la courte existence des Cercaires, qui, à peine sorties d’une prisoh , se hâtent d’en construire une autre. L'involvation de la Cercaria armata diffère en ce sens que la formation de l’enveloppe est précédée d’une mue bien prononcée. À l'époque de cette mue , le dard corné qui fait saillie sur le dos , au dessus de la bouche, et qui ne sort pas de cette dernière elle-même, comme le pense Wagner (1), se détache du corps, mais reste dans l’enveloppe, où les mouvemens ultérieurs du corps dépouillé de l'animal le font passer d’un lieu à un autre. Quant à la Cercaria echinata, qui s’entoure également d'une enveloppe après la perte de sa queue, je ne sais pas encore bien si c’est par mue ou par exsudation d'un suc; mais elle ne perd point alors la couronne de crochets de là ventouse orale. Il m'a été jusqu'ici impossible de reconnaître combien de temps les corps de ces deux dernières espèces continuent de vivre dans leurs coques, parce qu'ils ne tardent pas à se putréfier lorsqu'on les conserve dans l'eau. Je ne dois pas omettre de dire que non seulement j'ai vu l’involvation des trois espèces de Gercaires s’accomplir dans l’eau sous mes yeux, mais qu'il m'est fréquemment arrivé aussi de trouver les corps déjà enveloppés dans des nids de Gercaires que je venais d'extraire des Mollusques ; j'ai même, à cette occasion, observé aussi des sporocystes dans lesquelles des Cercaires parfaites, dont le développement semblait avoir marché avec plus de rapidité que celui des autres animaux de leur espèce contenus dans le même utricule , s’étaient dépouiliées de leurs queues et déjà entourées d'une enveloppe.

(4) Loc, cit., p. 132,

Jo Parmi les Vers trematodes privés de sexes, le Distomum duplicatun n'est pas moins remarquable que les Cercaires, au nombre desquelles on pourrait le ranger à plus juste titre que dans le genre Distome. Deux à six individus de ce Ver se développent ensemble dans des sporocystes ovales et sans vie. Sa queue en massue ressemble à un sac musculaire ; elle n’exécute que des mouvemens fort lents, tient au bord postérieur du corps, comme celle des Cercaires , et ne tarde pas non plus à se détacher après l'éclosion de l'animal développé. Le corps de cet animal est pourvu de deux sucoirs, comme celui des Distomes ; il contient un intestin bifurqué, et un vaisseau simple, servant d'organe excrétoire qui, de son orifice placé à l'extrémité du corps, remonte presque jusqu’au pore postérieur. En outre, le parenchyme entier du corps est pénétré par un réseau vasculaire extrêmement délicat. Le développement de ce parasite procède de spores , tout comme ‘celui des Cercaires (1). Je ne puis rien dire de positif à l’égard de la formation des sporocystes ; en énonçant que celles-ci naissent du tronc de l'animal , Baer n’a émis qu’une simple conjecture, qui ne repose sur aucune observation précise (2).

8° Le remarquable Bucephalus polymorphus se développe 7

également, comme les Cercaires, de spores auxquelles des . filamens déliés fort longs et souvent ramifiés servent de sporocystes (3). Mais Baer ne nous apprend rien sur la formation de ces filamens : il nous laisse dans l’incertitude de savoir s'ils se produisent par genération primaire , par gemmation , ou enfin si les deux cornes du Bucéphale, qui s'étendent peu à peu en des filamens d'une longueur extraordinaire et susceptibles de mouvemens très-vifs, et qui plus tard se resserrent sur plusieurs points de leur étendue, prennent quelque part à la formation des sporocystes.

9° Les queues des Cercaires, l’appendice sacciforme du Distomum duplicatum, et les deux longs prolongemens du

(2) Jbid., p. 567.

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Bucephalus polymorphus, ont certainement un même but à remplir, quoique nous n'ayons point encore pu le deviner jusqu'ici. S'il m'est permis d'émettre une conjecture à cet égard, je poserai les questions suivantes : les appendices n’accomplissent-ils pas en partie le développement et l'accroissement du tronc auxquels ils appartiennent ? Les substances qu'ils peuvent s'approprier du dehors, ne sont-elles pas employées au développement du tronc? Ces appendices ne sauraient alors être mieux comparés qu'avec des sacs vitellins, et leur séparation des corps convenablement développés s’expliquerait ainsi d'une manière toute naturelle. L'observation de Baer , qui a vu que l’appendice caudal du Distomum duplicatum était d’abord de couleur foncée dans l’intérieur (1), mais qu'ensuite, quand l’animal avait pris son entier développement, cet intérieur devenait plus clair et semblait être vide (2), viendrait à l'appui de la conjecture que je viens d'émettre, Comme aussi la circonstance que les appendices de ces animaux ont avec leurs corps un mode de connexion semblable à celui des filamens qui, dans les Echinocoques, se portent de la masse vitelline aux têtes.

10° Enfin, d'après la description que Carus a dounée du Leucochloridium paradoæum (3), ce parasite, dans l'intérieur duquel se développe des Distomes, naîtrait immédiatement de la substance de la Succinea amphibia. Si l'on voulait rapprocher son histoire du genre de vie des Cercaires et de leurs sporocystes, on n'y pourrait réussir actuellement qu’en le considérant lui-même comme une sporocyste vivante, quoique je n’aie jamais observé que les sporocystes des Cercaires eussent la moindre connexion organique avec ia substance des Mollusques dans le corps desquelles elles habitent.

11° Adoptant l’idée de Baer , que, si on veut regarder les sporocystes animées comme de véritables animaux parasites, il faut considérer les petits des Cercaires comme leurs parasites nécessaires, je dois dire que j'ai rencontré aussi, dans

(3) Nov." Act, Nat. Cur., t. XVII, p. 92.

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les sporocystes des Cercaria armata et echinata, des parasites accidentels , dont je donnerai la description ailleurs.

IX, Entozoaïires pourvus d'organes sexuels.

$ 375. Laissons maintenant l'histoire du développement des Entozoaires sans sexes, pour passer à celle des Helminthes pourvus d'organes génitaux.

I. Je commence par les Acanthocéphales, attendu que ces Vers présentent encore certaines particularités rappelant les Entozoaires privés de sexes, et que leurs organes génitaux femelles sont, en général, à un degré d'organisation fort inférieur à celui qu'on observe chez les Helminthes hermaphrodites.

1° Pour mieux faire comprendre les détails dans lesquels je vais entrer , il est nécessaire de décrire avec quelque soin les organes génitaux femelles des Acanthocéphales, dont jusqu'ici la structure a été interprétée d’une manière entièrement fausse.

On sait que les Echinorhynques, tant les mâles que les femeiles, possèdent une cavité du corps très-spacieuse , dans laquelle il faut chercher les organes génitaux, chez les deux sexes. Ces organes n'ont de connexions avec le corps du Ver qu’à leurs deux extrémités opposées, à l'inférieure immédiatement , à la supérieure au moyen d’un ligament (ligamentum suspensorium) qui se rend à l’extrémité inférieure obtuse du sac musculeux dans lequel la trompe à coutume de se retirer. Il parait ne point y avoir d'ovaire proprement dit, ni d'utérus, dans lesquels les œufs se forment et se développent. A leur place on rencontre, chez la plupart des Echinorhynques, non seulement les premières formes de développement des œufs (œufs non à maturité), mais encore des œufs déjà développés (à maturité), qui tous nagent librement dans le liquide de la cavité du corps. En outre, ce liquide contient presque toujours des corps plus volumineux encore, que les naturalistes ont considérés jusqu'ici comme des œufs plus mürs et plus développés (1), mais qui, chose assez re-

(1) J. Cloquet, Anat. Vdes ers intestinaux, p. 99, PL VIIT, fig. II, 42,

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marquable , ne sont que des ovaires libres. Presque constamment ils représentent des disques aplatis, ovales ou arrondis, mais parfois aussi ils ont une forme irrégulière ; ils sont toujours les plus gros des corps libres qu'on trouve dans la cavité du corps, et à l'œil nu ils affectent la forme de granulations blanches. Ces ovaires sont nettement délimités , mais aucune enveloppe apparente ne les entoure ; leur parenchyme se compose d'une masse granulée, vésiculeuse, transparente, dans laquelle on aperçoit fréquemment quelques vésicules plus volumineuses, arrondies ou ovalaires. D’après les formes diverses de ces dernières vésicules , dont il y a souvent p:usieurs ensemble dans un seul et même ovaire libre , on peut se convaincre que les rondes passent peu à peu à la forme ovale, et si l’on compare à leur tour ces dernières avec les plus petits œufs non mürs, on ne peut douter un seul instant qu'il y ait identité entre les deux sortes de corps.

2° Le contenu de ces œufs non mürs, qu'ils soient encore contenus dans l'ovaire , ou qu'ils s’en soient déjà dégagés, consiste en une masse vitelline incolore et limpide, dans laquelle sont éparses quelques petites granulations et vésicules. Je n'ai jamais pu y découvrir une vésicule de Purkinje. Lorsqu'on les presse fortement entre deux plaques de verre , leur contenu disparaît, et 1l ne reste que leur enveloppe , qui est une coquille d'œuf solide et vide. Les œufs non à maturité représentent toujours un ovale fort allongé; en croissant peu à peu, après être devenus libres, ils acquièrent très-promptement une seconde enveloppe , et plus tard une troisième. Tous les œufs, tant mürs que non mürs, qui possèdent trois enveloppes, sont incolores. Les trois enveloppes se touchent à l’endroit du plus petit diamètre de l'œuf, tandis que, dans le sens de l'axe longitudinal, les deux externes dépassent de beaucoup l'interne en haut et en bas. Chez la plupart des Echinorhynques , l'enveloppe moyenne oflre, en outre , un rétrécissement , une sorte de col, au devant de ses deux extrémités. Voilà ce qu’on observe dans les œufs à maturité des Echinorhynchus acus , fusiformis, angustatus, hæruca , proteus, tereticollis, polymorphus, strumosus, hystrix, etc. (1); les

(4) Si je cite les Lchinorhynchus proteus et £ereticollis, c’est qu’ils dif-

DÉVELOPPEMENT DES ENTOZOAIRES. 47

œufs de l’Echinorhynchus gigas font exception : ils ne sont point si allongés , leurs trois enveloppes entourent la masse vitelline à une distance qui est la même partout, et la médiane est couverte d’une innombrable quantité de petites épines mousses ; c’est d'elle aussi que provient la couleur jaune , qui tire presque sur le brun dans les œufs à maturité. Lorsqu'on presse ces œufs , l'enveloppe extérieure se déchire, tandis que la moyenne éclate en produisant un petit bruit, et que l'interne glisse sans éprouver aucune lésion. L'enveloppe extérieure à des propriétés toutes particulières dans les Echinorhynchus strumosus, hystrix, angustatus et proteus : quand on la comprime et qu'on l’écrase entre deux plaques de verre, elle se résout entièrement en filamens élastiques d’une ténuité extraordinaire.

La cavité du corps des Echinorhynques femelles ne contient autre chose que des ovaires libres, ou en même temps des œufs libres non mürs ; mais fréquemment on y trouve un mélange confus d'ovaires et d'œufs, tant mûrs que non mürs, à tous les degrés possibles de développement. Lorsqu'il n’y a point d'œufs libres, les ovaires renferment aussi très-peu de germes d'œufs; mais, quand il existe des œufs libres , les ovaires regorgent ordinairement de germes. La quantité des ovaires paraît diminuer à mesure que le nombre des œufs augmente. Dans les Echinorhynques vivans, tout le contenu de la cavité du corps est poussé tantôt d’un côté, tantôt de l'autre, par les mouvemens péristaltiques du corps.

3° L'appareil destiné à la ponte est unique dans son genre. En effet, un tube musculeux s'élève de l’ouverture génitale extérieure dans la cavité du corps, où il est maintenu en situation par le ligament suspenseur dont j'ai parlé plus haut. Ce tube ne peut être autre chose qu'un vagin ou un oviducte, puisque les œufs ne font qu’un court séjour dans son intérieur. Sa longueur varie également selon les espèces. A l'endroit où il fait corps avec le ligament suspenseur , se trouve un organe extrêmement singulier, qu'on ne peut mieux comparer

férent bien positivement l’un de l’autre, et constituent deux espèces distinctes,

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qu’à une cloche ou à un entonnoir, dont l'extrémité inférieure, plus étroite , tient à l'oviducte, tandis que la supérieure, plus large, est libre; le ligament suspenseur s’introduit de haut en bas dans cet organe campaniforme , pour s’y unir, à son fond , avec l’oviducte , tantôt sans toucher aux parois de la cloche (Echinorhynchus angustatus, proteus, fusiformis, polyphormus, hœruca, gigas et tereticollis), tantôt en s’unissant à ces parois (Echinorhynchus gibbosus , strumosus, hystrix et acus). La cloche possède la plupart du temps deux petits diverticules à son fond, et sa cavité communique avec celle de l'oviducte par un conduit étroit; mais il y a en outre une fissure transversale semilunaire entre les deux diverticules. Cet crgane n'a point été aperçu jusqu'ici; Burow seul (1) en a donné une description, qui n’est pas complète. J’ai observé la cloche dans divers Echinorhynques vivans, et j'ai été singulièrement frappé de ses mouvemens énergiques, parfois très-vifs. En effet, son large orifice supérieur avale les œufs qui circulent librement dans la cavité du corps ; son bord libre s'applique intimement, par contraction, au ligament suspenseur , et fait ensuite pénétrer dans l’oviducte, au moyen d’un mouvement péristaltique , les œufs, qui se trouvent ainsi renfermés dans son intérieur ; la cloche agit de cette manière jusqu'à ce que l'oviducte soit rempli d'œufs ; alors celui-ci les pousse avec force vers l’ouverture génitale externe, à l'aide de mouvemens péristaltiques dirigés de haut en bas, et il n’en admet d’autres qu'après s'être vidé jusqu'à un Certain point. Mais la cloche n’en continue pas moins toujours d'absorber des œufs, et comme l'oviducte ne veut point s'ouvrir, les œuf avalés en vain ressortent de la cloche par la fissure semicirculaire, et rentrent ainsi dans la cavité du corps. Si un ovaire libre vient s'engager dans la cloche, comme il est toujours trop volumineux pour passer à travers les ouvertures inférieures, la cloche s’en débarrasse par l'ouverture suvérieure, qui à plus d'ampleur. Jamais, en effet, je n'ai rencontré d'ovaires dans l’oviducte des Echinorhynques. Mes observations ont été faites spécialement sur l’Echinorhynchus

(4) Echinorhynchi strumosi anatome, p. 22, fig. TI, 9, et fig. VI.

DÉVELOPPEMENT DES ENTOZOAIRES. 49

proteus; mais il m'a toujours fallu avoir la précaution de ne point ouvrir la cavité du corps, car, dès qu'elle se trouvait ouverte, les mouvemens de la cloche s’arrêtaient à l'instant même. Pour arriver à mon but, qu'aurait contrarié le défaut de transparence d’un grand nombre d’Échinorhynques, j'enlevais avec précaution l’épiderme du corps , sans léser le sac musculaire, qui seul alors entourait la cavité, et dont la diaphanéité me permettait d'observer pendant des heures entières l'absorption des œufs par la cloche.

4° Quant au développement de la masse vitelline, dans les œufs à maturité , il ne fait pas de grands progrès tant que les œufs sont contenus dans le corps des Echinorhynques. Je n'ai jamais pu voir en eux d’embryons vivans, aussi long-temps qu'ils étaient encore dans le corps du Ver, de sorte que je suis obligé de penser que ces embryons se développent seulement après la ponte. Malheureusement je n'ai pu jusqu'à présent réussir à voir des œufs garnis d’embryons , ni même de jeunes Echinorhynques, avec quelque soin que j'en ai cherché dans les lieux qu'habitent ces parasites. Le seul changement que la masse vitelline éprouvât durant le séjour des œufs dans le corps des Echinorhynques , consistait en ce que , dans les œufs les plus mûrs, il s'élevait peu à peu, du milieu de cetie masse, un noyau ovale, paraissant formé d’une substance plus dense que le reste du jaune, et qui, en grossissant, acquérait avec le temps des contours assez nets. Peut-être est-ce là le premier vestige de l'embryon. Il m'a été possible, chez l'Echinorhynchus gigas, de distinguer, à l'une des extrémités de ces embryons, lorsque déja ils remplissaient presque entièrement l'enveloppe interne de l'œuf, deux ou quatre traits clairs, dirigés obliquement les uns par rapport aux autres, mais à l'égard desquels j'ignore ce qu'ils doivent représenter.

b° Si nous revenons encore aux ovaires libres, et que nous cherchions à savoir quelle en est l'origine , l'histoire des Echinocoques pourrait bien nous autoriser à penser que les ovaires des Echinorhynques poussent de la paroi interne de la cavité du corps, comme les spores des Echinocoques. Les Echinorhynques que j'ai étudiés jusqu à présent pour éclairer

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