À. SUBSTANCES ORGANIQUES QUI SE SÉPARENT D'ELLES-MÊMES
$ 675. Le sang se sépare de lui-même en trois parties différentes , un liquide limpide comme de l’eau, un liquide rouge, et une substance solide. Conformément à la nature, nous reconnaîtrons donc en lui trois principes immédiats ou essentiels, savoir : l’albumine (albumen, materia albuminosa ), qui, avec de l’eau et des sels, représente Le sérum; le cruor , que Parmentier et Deyeux appelaient fomelline , mais auquel plusieurs chimistes modernes ont donné la dénomination d'hématine, ou de zoohématine, phœnodine ou hématochroîte de Hunefeld, hématosine de Blainville, noms tous équivoques , puisqu'ils ser- : vent aussi à désigner une substance particulière de laquelle on fait dépendre la couleur du cruor ; enfin la fibrine (fibrina, materia fibrosa), appelée autrefois Zymphe où lymphe plastique, et que Moscati à aussi nommée mucus. Ces trois substances , auxquelles nous imposerons le nom collectif de matériaux immédiats du sang, sont les plus importantes pour nous, parce qu'un traitement fort simple et n’opérant aucune autre décomposition suffit pour les séparer, de manière que nous pouvons en toute assurance les considérer comme véritables principes constituans du sang, comme substances dont la production n’est pointle résultat d'une opération chimique. 4° On obtient la fibrine en lavant le caillot avec de l’eau jusqu'à ce que celle-ci ne sorte plus rouge, et que le résidu soit entièrement décoloré. Pour se procurer l’albumine, on expose le sérum à une température d'environ cinquante-cinq
à soixante degrés du thermomètre de Réaumur , qui le fait coaguler ; si on l’évapore jusqu'à siccité, à une chaleur de quatre-vingt degrés , on obtient également l’albumine , mais mélée avec des sels et avec de l’osmazome. Enfin, pour avoir le cruor , le procédé le plus simple consiste à exprimer le caillot lorsqu’ayant été mis à sec il n’abandonne plus de sérum ; à la vérité, il n’est point alors entièrement exempt de sérum, mais la petite quantité qu’il en renferme entraîne de trop faibles inexactitudes dans les résultats pour qu’on se détermine "à employer des moyens d'extraction compliqués, :car il vaut mieux étudier une substance impure qu'opérer, en croyant la posséder pure, sur un corps étranger provenant de sa décomposition. En effet, le cruor consiste dans les globules qui nagentau milieu du sérum, etqu'on ne parvient pas à séparer delui par des moyens mécaniques , attendu que leur petitesse poret qu'ils passent è à travers les filtres. Engelhart prétend bien qu’on le précipite à l'état de pureté en soumettant à une chaleur modérée du sang étendu d’eau; mais il paraît être associé alors avec de l’albumine , et, dans tous les cas, la coagulation lui a fait perdre une partie de ses propriétés primitives.
Suivant Denis (1), il faut dessécher le caillot à une douce chaleur et le:laver ensuite avec cent vingt parties d’eau, afin d'obtenir la fibrine : l'eau qui sert dans cette opération doit être portée à la HanRe de 56 degrés du thermomètre de Réaumur , parce qu'ainsi le cruor se précipite avec le moins possible d’albumine. Enfin il faut séparer le sérum du caillot avec une pipette , l’évaporer à une douce chaleur, dissoudre le résidu dans l'eau, coaguler la dissolution en la portant à la température de l'ébullition, et faire bouillir à plusieurs reprises le caillot avec de’ l’alcool, pour lui enlever tous ses sels et toute sa graisse. Cependant ce traitement par l'alcool ne paraît point être convenable (8 674, 8°).
2° Ces'‘matériaux immédiats du sang ont beaucoup de propriétés communes, au moyen desquelles on peut les réunir sous l'idée générale de la matière animale ; mais chacun d'eux parait être une forme spéciale de cette matière, et présente
(4) Loc, cit,, p. 96.
par conséquent des caractères particuliers. D'après cela nous devons procéder partout d’une manière comparative si nous voulons arriver à une connaissance approfondie de leur nature. Malheureusement la chimie n’a point encore jusqu'ici épuisé
ce sujet, car elle est trop peu dans l'usage d'isoler les sub- -
stances organiques et d'employer la méthode à laquelle l’anatomie et la physiologie doivent tant de progrès. Aussi Berzelius admet-il que l'albumine.et la fibrine ne constituent qu'une seule et:même substance sousle point de vue chimique, etque, si elles diffèrent l’une de l’autre, c'est par quelque cir-* constance accessoire, peuimportante, mais encoreinconnue (1). Cependant, à en juger d'après les qualités physiques, les différences chimiques ne doivent point se réduiré à si peu de chose qu'il soit impossible de les saisir par un examen attentif.
ATP à à, Jo Ü $ a. Propriétés des matériaux organiques du sang.
S 676. Examimons d'abord les qualités qui frappent nos
sens.
Le Nous trouvons avant tout , dans la matière animale, ie
titude à se coaguler , c'est-à-dire à se contracter en une masse solide, qui ne peut plus repasser à l’état liquide; ou se dis= sétiiine dans l'eau , sans subir une décomposition ou un changement de dualttéss et nous distinguons cette aptitude de la sécheresse , c’est-à-dire de la plus grande solidité où dureté qui résulte de la perte de l’eau interposée , puisque, , dans ce dernier cas, le corps peut être ramené à l'état de liquidité ou de mollesse enlui restituant de l'eau. Nous ne connaissonsla fibrine qu’à l’état de coagulation , car elle se coagule aussitôt que nous soumettons le sang à l'observation, tandis que l’albumine et le cruor persistent à l’état liquide, ou peuvent aussi être desséchés sans qu’ils se coagulent. Ainsi tout sang qui a pris la forme solide en s'attachant ,; à la température ordinaire, sur la surface d’un corps qu'il ne peut décomposer ; contient de la fibrine coagulée, de l'albumine desséchée, mais we dans l’eau, et du cruor. |
(4) Traité de chimie, €. VII, p. 74.
É | f * à MATÉRIAUX IMMÉDIATS DU SANG: 59
+ 20 C’est le cruor qui donne au sang sa couleur particulière,
Coagulé par la chaleur, il est d'un brun rouge foncé. La fibrine et l’albumine coagulées sont blanches et opaques , la première un peu grisâtre , la seconde tirant sur le verdâtre. 3° Le cruor liquide consiste uniquement en corpuscules ronds et réguliers ($ 664). Le sérum ne contient pas de globules semblables, mais représente une dissolution parfaitement homogène. Ce n’est que quand il se décompose qu'il offre des grumeaux arrondis, produits par l'albumine coagulée et précipitée sous la forme de petites masses. Bauer a vu se former et grossir sous ses yeux de semblables globules, dont la plupart étaient beaucoup plus petits que ceux du sang, et dont le nombre croissait encore dans le sérum conservé depuis plusieurs semaines (1). Prevost et Dumas les ont observés dans du sérum qui se coagulait sous l'influence du galvanisme ou de la chaleur , et ils leur accordent un cinq cent quatre-vingtième de ligne de diamètre, volume qui doit être, au reste, fort accidentel, car Treviranus (2) a vu des globules de diverses grosseurs dans du blanc d'œuf en coagulation. Ces globules d’albumine, produits de lacoagulation, n’ont aucune analogie avec les globules du sang qui se trouvent dans le cruor frais, à la coagulation duquel ils disparaissent ou se réunissent en grumeaux.' | Lorsque l’albumine se coagule plus rapidement et en plus grandes masses, on ne reconnaît dans celles-ci ni qu’elles soient composées de globules, ni qu'elles affectent la moindre forme régulière. La fibrine du eaillot montre des fibres bien distinctes , dont on à dit souvent qu’elles résultaient de globules placés les uns à la suite des autres ; mais cette opinion ,
quravait été déjà combatiue par Senac (3), entre autres, ‘a
été réfutée dans ces derniers temps par Blainville (4). Une seule fois j'ai vu des séries de. globules incolores figurant des lignes droites ou arquées ; mais c'était dans du cruor que j'avais obtenu en exprimant du caillot qui était resté depuis cinq
(1) Meckel, Deutsches Archi, t. V, p. 380.
(2) Vermischte Schriften, t. I, p. 120.
(3) Traité de la structure du cœur, t. IT, p. 279. (4) Cours de physiologie générale, t. I, p. 234.
jours à l'air et en partie au soleil, de sorte qu'on ne pouvait plus songer à une coagulation de fibrine, et au bout de quelques minutes tous les globules avaient disparu , de manière que je fus obligé de les considérer comme des bulles d’air. En général, la fibrine ne se coagule point sous la forme de
fibres ; à la surface du caillot, elle forme une expansion membraneuse , dans laquelle on ne distingue nulle trace de texture fibreuse , et l’eau dans laquelle on a versé du sang frais laisse déposer une masse molle et amorphe , qui ne présente pas plus de fibres que de globules.
4° Le cruor est la partie la plus pesante et la plus matérielle du sang. Il se rassemble surtout dans les couches inférieures du caillot, et perd moins de son volume et de son poids par la dessiccation. À l'état liquide , sa pesanteur spécifique est de 1200 selon Thackrah (1), tandis que celle de la fibrine humide est de 1046, d'après Davy, et celle de l'albumine coâgulée de 1305 (2).
5° La fibrine que l’on obtient du caillot est cohérente, à peu près comme de la viande peu cuite; elle s’allonge en filamens , se rompt avec un peu de peine, revient sur elle-même, quand on l’a comprimée, etse laisse rouler en boulettes entre les doigts. L’albumine coagulée est un magma glissant , qu’on ne peut ni rouler ni écraser entre les doigts, et qui s'échappe dès qu’on veut le serrer. Le cruor coagulé est fragile, pulvérisable, et terreux.
6° Par la dessiccation, la fibrine devient brunâtre, dure, cassante. L’albumine coagulée éprouve les mêmes changemens, mais elle acquiert une teinte plus foncée, et prend un peu de translucidité sur les bords. Le cruor, au contraire, ne se resserre pas sur lui-même, comme ces deux substances, mais demeure par fragmens, et sa surface devient noire en quelque sorte charbonnée.
7 L'albumine récemment coagulée et humide a l'odeur de la transpiration animale; le sang de bœuf, par exemple, exhale celle des étables. La fibrine est peu odorante. Le cruor n’a aucune odeur.
(4) Inquiry into the natur of the blood, p. 22.
2) Meckel, Deutsches Archiv, 1. TI, p. 386.
‘Ces trois substances sont insipides.
8° L’albumine passe la première à la putréfaction, puis la fibrine , et en dernier lieu le cruor , même quand il est dissous dans l’eau , ou mêlé avec les deux autres substances déjà putréfiées. Pendant la putréfaction, l’albumine et le cruor dégagent , entre autres, du gaz hydrogène sulfuré; la fibrine paraît n’en point donner, et lorsque les circonstances sont favorables , elle se convertit en adipocire.
b. Action des corps extérieurs sur les matériaux organiques du sang. * Action des impondérables.
$ 677. 1° L’albumine du sérum se coagule par l’action du galvanisme. Quand la pile est faible, la coûgulation ne s’opère guère qu'au pôle positif. Mais si la pile est forte, elle a lieu aux deux pôles simultanément ; de la soude se réunit autour du conducteur négatif, tandis que le caillot placé au pôle positif contient de l'acide hydrochlorique. La coagulation qui s'effectue au pôle positif paraît dépendre du développement de l'acide. Brande attribue celle du pôle négatif à la séparation de l’alcali qui déterminait la liquéfaction (1). Mais Prevost et Dumas croient que la proportion de la soude augmente dans l’albumine , et que celle-ci se trouve convertie par là en une gelée analogue au mucus (2). Suivant C. Gmelin et Berzelius, le galvanisme ne produit la coagulation que par la chaleur qu’il développe , et il sépare l'albumine à l'état de combinaison avec des oxides du métal qui sert de conducteur (3).
2° Une douce chaleur ne fait qu’expulser l’eau ou dessécher. Par cette évaporation du liquide dans lequel ils étaient primitivement dissous, l'albumine et le cruor deviennent des corps solides , qui se Pdissolvent complétement dans l’eau. L'albumine qui reste après l’évaporation du sérum représente une
udre grise, qu'on peut exposer àune température de quatre-
(4) Meckel, Deutsches Archi , t. II, p. 300.
(2) Bibliothèque universelle de Genève, t. XVII, p. 300.
(3) Jahresbericht uweber die Forschritté der physikalischen Wissenschafien, t. IV, p. 222. %
vingts degrés sans qu’elle perde sasolubilité. Lecruordesséché est une masse dense et d'un brun noirâtre. La fibrine perdun quart environ de son poids par la dessiccation , se resserre comme du parchemin , devient jaunâtre, dure et cassante ; mais reprend dans l’eau la mollesse, la HoxnURé et l'élasticité dont elle jouissait auparavant.
3° Une chaleur plus considérable coagule l'albumine liquide et le cruor, mais les rend aussi insolubles dans l'eau que la fibrne l’est primitivement. On dit que la coagulabilité du cruor surpasse celle de l’albumine, et qu'après lavoir étendu d’eau , il suffit de l'exposer à ‘cinquante-deux degrés du thermomètre de Réaumur pour qu'il se prenne en flocons bruns , tandis que le sérum ne se coagule point encore même à soixante degrés (1). Gependant cette différence paraît repo= , ser uniquement Sur cé que le cruor contient davantage de parties solides que le sérum , ou représente une dissolution plus saturée de substance coagulable , ce qui fait qu'en étendant d'eau l’une et l’autre liqueur , on n’en peut point séparer le cruor par une chaleur de cinquante-deux degrés. Le sérum non étendu se coagule à cinquante-sépt degrés. Si l'on dissout l'albumine coagulée dans de l’eau, et qu'on fasse coaguler la liqueur par l’ébullition , l'eau surnageante a une saveur salée, et laisse de l'osmazome , avec des sels, lorsqu'on l’évapore jusqu'à siccité. Si l'on traite le cruor de la même manière , le liquide qui reste présente peu ou point ce phénomène.
A° Pendant la décomposition à une chaleur plus élevée, dont les effets ressemblent beaucoup à ceux de la putréfaction(S 672), les trois substances donnent, à ce qu'il paraît, les mêmes produits ,; mais dans des proportions différentes. C’est du cruor que l'on obtient le moins de gaz; de même, c’est la fibrine qui donne le plus d’ammoniaque , ébrijéintemght avec laquelle elle fournit une assez grande quantité d'acide hydrocyanique et d'huile empyreumatique. Du gaz hydrogène sulfuré se Se gage principalement de l'albuiiiné:
La fibrine brûle avec une flamme plus built et en ré-
ke:
(4) Engelhart, Commentatio de vera materiæ pure purpureum. co-
lorem impertientis natura, p. 41.
à à L.dù
MATÉRIAUX IMMÉDIATS DU | SANG: 63 pandant une odeur de corne plus prononcée que les deux autres substances : c'est dans le cruor que ces deux phénomènes sont le moins sensibles. Le charbon de la fibrine ne vient point tout-à-fait aussi spongieux que ceux de l’albumine et du cruor. C’est surtout la cendre qui diffère ; celle du cruor est rougeûtre, celle de la fibrine et de l’albumine blanche : l'acide hydrochlorique donne une dissolution jaune avec la première, et ingolore avec les deux autres; les réactifs indiquent des carbonates et phosphates de chaux et de fer dans, la cendre du cruor; de lhydrochlorate, du phosphate, du,carbonate de soude et du phosphate calcaire dans celle de lValbumine ; du phosphate de chaux, avec très-peu ou point
de soude , dans celle de la fibrine.
** Action des corps pondérables.
$ 678. 1e Le sérum absorbe aisément l'air, et devient écumeux quand on l’agite. Le cruor prend uné couleur vermeille à Pair. Il arrive quelquefois à la fibrine d'acquérir une teinte rouge, avant de brunir , mais cet ellet, n’a lieu que quand elle contient du cruor. La fibrine parfaitement pure, telle qu’elle s’est précipitée du sang étendu d’une grande “quantité d’eau, ne rougit point à l'air, quoique Gruithuisen et Berthold affirment le contraire. L'action chimique des gaz porte sur la couleur du cruor et sur la cohésion de la fibrine ; Celle-ci devient plus ferme dans l'oxygène, et se ramollit * dans l'hydrogène ; le eruor prend une teinte vermeiile dans le premier de ces gaz et plus foncée dans le second. Du reste, la grande affinité de la fibrine pour l'oxygène s'annonce aussi par laction décomposante qu’elle exerce sur le deutoxide d'hydrogène, et qu’on n’observe pas quand on opère avec de l’albumine.
2° Le sérum, comme dissolution aqueuse d’albumine , mêle à l’eax en “toûtes proportions , sans éprouver le bite changement ; un mélange avec deux à trois parties d'eau est même encore assez visqueux. Le cruor se dissout dans l'eau en toutes proportions , avec plus de promptitude et de facilité que dans tout autre liquide. Il donne une dissolution d’un
rouge clair, dans laquelle le «microscope ne fait découvrir aucune trace de globules du sang ou de caillot quelconque.
Avec quatre parties d'eau, lalbumine sèche donne une dissolution claire et un peu adhâtte! Le cruor desséché: ‘en donne une vermeille et parfois d'un rouge brun.
3° Les deux substances se coagulent quand on fait chauffer leurs dissolutions ; le cruor donne aïnsi des flocons bruns, que surnage un liquide incolore. Mais , même au grand air, elles perdent une partie de leur solubilité, probablement parce qu’elles absorbent de l'oxygène atmosphérique , et ce phénomène a lieu aussi bien quand elles sont solides que quand elles sont liquides. La dissolution aqueuse du cruor donne au bout de quelqué temps un sédiment rouge, après la formation duquel la liqueur devient claire comme de l'eau. Quand on enlève par le lavage des taches de sang répandues sur une étoffle, on trouve que le cruor se dépose promptement au fond de l'eau, et qu'il ne la colore en rouge brun que par l'agitation; il a donc perdu sa solubilité. Le sérum qui est resté pendant quelque temps exposé à l'air, ou la dissolution d’albumine dans de l’eau aérée, précipite une petite quantité d’albumine , en masses qui troublent lépèrement la liqueur et sont visibles au microscope. Il se forme également quelques flocons dans la dissolution aqueuse de l'albumine desséchée, quand elle est demeurée long-temps en contact avec l'air. Plusieurs chimistes disent que, dans toutes ces circonstances , le cruor passe plus aisément que l'albumine à l’état de coagulation ; cepéndant cette assertion ne paraît pas être encore bien prouvée.
Le La fibrine est insoluble dans l’eau ; elle se contracte dans l'eau chaude , mais se ramollit par l’ébullition prolongée ; elle paraît alors abandonner à l'eau une petite partie de sa substance, mais qui à probablement changé de nature par l'effet d'une décomposition ( $ 673, 2°). L’albumine et le cruor , dans l’état de coagulation, ressemblent à la fibrine. Chevreul dit bien que la première se dissout dans sept mille parties, d’eau ; mais on peut se demander si cet effet ne dépend pas’ également d'une décomposition partielle. Du reste, l’albumine paraît être celle des trois substances qui adhère à à l’eau avec le
plus de force; c’est elle qui se dessèche le ‘plus tard à l'air ; la fibrine , au contraire , est celle dont la dessiccation s'opère le plus rapidement. Quand on triture l'une et l’autre avec de l'eau , l’albumine donne une émulsion plus durable que celle de la fibrine ; de même aussi, quand on fait chauffer le sérum avec parties égales d’eau, l’albumine enveloppe cette dernière dans son caillot.
679. 1° La fibrine paraît être dissoute plus facilement eten plus grande abondance par les acides. Le cruor n’est la plupart du temps dissous qu’en très-petite proportion , la plus grande partie restant à l'état d’une sorte d'oxyde imsoluble, quoique, d’un autre côté, la combinaison saliforme et soluble paraisse ne point passer à la forme opposée aussi facilement que celles “de fibrine et d’albumine. L’acide nitrique colore l’albumine et la fibrine en jaune, le cruor en vert itirant sur le brun ou le rouge. L’acide hydrochlorique donne une dissolution bleue avec les deux premières , et d’un brun rouge avec l’autre. La fibrine est celle des trois substances que l'acide acétique attaque le plus, et l’albumine celle sur laquelleil agit le moins.
2 Mais la fibrine a moins d’aflinité pour les alcalis, et ne s'y dissout point aussi facilement. Ces réactifs attaquent fortement, au contraire , l'albumine, qui dégage alors, surtout si la dissolution s'opère avec le concours de la chaleur, non seulement de l'ammoniaque , mais encore du gaz hydrogène sulfuré. La chaux paraît également contracter une combinaison sohde avec l’albumine , car une dissolution de cette dernière est troublée par l’eau de chaux.
3° Les sels neutres n'altèrent nile sérum ni le cruor ‘liquide. Ce dernier ne recoit d'eux qu'une couleur rouge plus vive tandis que ses globules n’éprouvent aucun changement dans leur dissolution aqueuse; aussi ce moyen est-il celui auquel on peutrecourir pour observer les globules plus long-temps sous leur forme primitive. Les sels neutres ramollissent la fibrine, la rendent gélatineuse, et la dissolvent en partie, notamment l’hydrochlorate d'ammoniaque. L'albumine coagulée et le cruor sont moins attaqués par ces réactifs.
l° Parmi les oxydes métalliques il n’y à que ceux auxquels l'oxygène tient peu qui exercent une action sensible. L'oxyde
vI, 5
rouge de mercure donne une couleur rouge plus vive au cruôr!, précipite l’albumine , et fait coaguler la fibrine sous une forme plus solide. L’albumine paraît être celle qui a le plus d'afinité pour les métaux ; dans la pile de Volta , elle se combine avec les acides des métaux servant de conducteurs , et produit par exemple un albuminate de cuivre vert, ou un albuminate de fer de couleur ochracée, Le sérum-s’empare aussi d'un peu de cuivre, quand on le fait bouillir das un vase de ce métal.
5° La dissolution de l'albumine se comporte comme aleali avecles matières colorantes végétales; celle du eruor agit peu ou point sur elles.
c. Caractère chimique des matériaux organiques du sang.
$:680. E. La décomposition a fourni les résultats suivans. le En traitant la cendre des principes immédiats du sang, ou, d’après Engelhart (1), la dissolution de ces substances, de laquelle toute la matière organique a été précipitée par le chlore, on obtient : de l’albumine, soude, chaux, soufre, acide carbonique, acide hydrochlorique et acide phosphorique; du cruor , fer, chaux, acide phosphorique, et peu de soude et de soufre; de la fibrine, chaux et acide phospho- ‘rique.
2° Michaelis seul a donné une réduction comparative des matériaux immédiats du sang en gaz simples (2). D’après la moyenne du sang artériel et du sang veineux , il en ts Ja proportion suivante (*) :
Caxbone, Azote. Hydrogène, Oxygène.
Albumine 52,831 15,533 7,176. 24,460 Cruor 520% 172899. 8 039: 29820
Fibrine 50,907. 17,427 . 7,741 23,925
(4) Loc. cit., p. 50.
(2) Schweïigger, Journal fuer Chemie , 4828, t. TIT, p, 94.
(*) Comparez , à ce sujet, les vues de Raspail, Nouv. syst. de chimie organique, p. 497, 204 et 375,
| MATÉRIAUX IMMÉDIATS DU SANG. 63 L'albumine contient :
Carbone. Azote. Hydrogène. Oxygène.
D'après Gay-Lussac 52,883 15,705 7,540 23,872 D'après Prout 49,750 15,550 : 7,775 26,925 La fibrine contient : he Carbone. Azote. Hydrogène. Oxygène.
D'après Gay-Lussac 53,360 19,934 7,021 19,685 D'après Thomson 52,940 20,590 6,860 19,610
IT. Essayons maintenant de déterminer, d'après ce qui précède, quel est le caractère: particulier des trois matériaux immédiats du sang. |
3° L'albumine paraît être la moins spécialisée de ces trois substances, car c’est elle qui renferme en plus grande proportion ceux des élémens dont le sang, en général, est plus riche qu'aucun autre liquide animal. La prédominance relative du carbone et de l'oxygène la rapproche de la composition végétale. Comme c’est elle qui contient le plus d'oxygène, elle se comporte électriquement d'une manière négative, eu égard à la fibrine , puisqu'elle est plus attaquée par les alcalis et
“moins par les acides, et qu’elle ne décompose pas le deutoxyde d'hydrogène. C’est elle aussi surtout qui contient les sels neutres, et qui à le plus d’affinité avec l’eau, dont, à l’état de coagulation , elle contient davantage que les autres matériaux du sang; elle se montre à nous sous la forme purement liquide , etc’est elle qui se coagule le moins facilement ; après la coagulation, elle est encore molle et glissante ; elle se combine volontiers avec les métaux , phénomène auquel peut con: tribuer le soufre qu’elle contient ; enfin elle’est très-décomposable , comme le prouvent et la vive action qu’exerce sur elle la pile voltaique , et la prompütude plus Su: 21 avec reg quelle elle passe à la putréfaction.
A9 La fibrine, à raison de la moindre adineité en es qu’elle renferme , se comporte électriquement d’une manière positive , car elle est attaquée plus fortement que les deux autres matériaux du sang par les acides et les sels neutres, plus faiblement par les ‘alcalis; ‘elle attire, à elle l'oxygène du dentosyde d'hydrogène, et brûle avec une
flamme plus brillante que celle des deux autres substances. C’est elle aussi qui contient le plus d'azote, et qui par cela même présente par excellence le caractère de la composition animale. Elle. est combinée avec de la chaux, et elle se distingue par sa tendance à une cohésion plus forte; elle se coagule aussitôt après sa sortie du cercle de la vie, et représente alors une substance solide et dense , qui affecte une forme déterminée. On ne peut pas soutenir qu'elle n’est que l’albumine coagulée et plus oxydée (1).”
5° Le cruor est le plus particulier de tous les matériaux constituans du sang , car la couleur rouge, la forme primordiale de corpuscules séparés les uns des autres, et l'admission d’un métal dans sa composition intime, lui appartiennent d'une manière exclusive, et c'est précisément par ces propriétés que le sang se distingue le plus des autres humeurs. C’est le cruor qui est le plus pesant, qui brûle le plus faiblement, et qui, en brûlant, donne le moins de gaz, mais aussi le plus d'hydrogène, de sorte que c'est lui qui contient le plus de cette dernière substance, dont il y a moins dans le sang que dans toute autre liquide. L'analyse n'a point confirmé qu'il soit fort riche en carbone, et comparable, sous ce rapport, au pigment de l'œil ou à certains principes colorans des végétaux, l’indigo par exemple (2); mais elle a démontré que la nature basique prédomine en lui; car elle a fait voir qu'il est, de tous les matériaux ConStituans du sang, celui qui contient le moins d'oxygène.
6° Le cruor et la fibrine paraissent être des développemens plus élevés de l’albumine ; aussi ne sont-ils point encore complétement formés chez les animaux sans vertèbres, dont le sang contient plus d’albumine, et ne renferme ni véritables globules sanguins ($ 664, 1°), ni fibrine parfaite ( $ 670, 1°). La quantité moins considérable des globules sanguins dats le sang des Poissons et des Reptiles, et la lenteur plus grande avec laquelle ilse coagule, annoncent également que le er uor et la fibrine sont moins développés ici que, chez les animaux vertébrés supérieurs. 4
eo
(4) Treviranus, Biologie, t. IV, p. 364, 559, 578, (2) Hunefeld, PAysiologische Chemie , &, IT, p. 66, 79.
d. Rapports entre les matériaux oryaniques du sang.
$ 681. Passons maintenant à l'examen des rapports qui existent entre les divers matériaux constituans du sang.
I. Ces matériaux n'ont point d’affinité chimique les uns pour les autres. Non seulement la fibrine, mais encore le cruor sont insolubles dans le sérum : les globules du sang nagent dans ce liquide, sans changer de forme; l’albumine et le sel neutre du sérum détruisent leur solubilité dans l’eau. Mais peu à peu ils se décomposernit, et se dissolvent dans le sérum, qu'ils colorent alors en rouge. Suivant Denis (1), la chaleur opère aussi cette dissolution, qui donne un liquide onctueux, ayant la teinte du café au lait, et dont on ne peut point précipiter le cruor seul en continuant de la chauffer. Le cruor a une grande aflinité d'adhésion pour la fibrine , de sorte qu'il faut une énorme quantité d’eau pour détruire complétement la combinaison de ces deux substances dans les globules du sang.
IL. Sous le rapport de la quantité, le premier rang appartient au cruor; il y a moins d'albumine , et moins encore de fibrine. Les évaluations qu’on a données des proportions respectives de ces trois substances s’éloignent beaucoup les unes des autres, attendu que non seulement l'individualité du sujet dont on examine le sang, Mais encore la méthode qu'on suit, et même la manière plus ou moins complète dont on exécute l'évaporation, donnent lieu à de grandes différences. Nous rapporterons, à titre d'exemples, les indications suivantes, calculées d’après mille parties de sang humain.
Albumine. Cruor. Fibrine.
Read Clanny 134 160 28 J. Davy 38 221: 23 Denis 78 450 12 Le même 60 181 2 Berthold 81 180 4 Le même | 75 150 5
Read Clanny (2) a opéré sur les substances non décompo-
(4) Loc. cit., p. 93.
(2) Archives générales de médecine , t. XVII, p. 290.
sées et humides : Davy (4) et Denis, dans sa première ‘évaluation (2), les ont prises également non décomposées, mais sèches; Berthold (3) paraît avoir décomposé en partie le caillot, puisque ce dernier contenait une portion de la quantité d’albumine qu'il Signale ; dans sa secoñde évaluation, Denis (4) prit lès matériaux du sang décomposés, c’est-à-dire après en avoir extrait la graisse , l'osmazome, la cruorine, le fer, la soude , la chaux et les séls neutres.
1° La proportion de l'albumine non décomposée ( partie
coagulable du Sérum } au caillot, ou au cruor et à la fibrine pris ensemble , est, chez l'Hômine, de 1, 6,421 d'après Davy, ét de 1 : 2,076 LUE Denis. Selon Prévost et Dumas (5), la proportion est,
dans le Pigeon, de 1:3,319 dansle Cochon
î . d'Inde, de A : 1,467 le Corbeau A : 2,599 le Chat 1 : 1,428 . la Poule 1 ? 2,193 le Lapin 1.1,373 le Héron 1 * 2,239 la Chèvre 1 : 4,223 le Chien 1 : 1,889 le Veau A : 4,101
la Tortue A : 1,868 le Cheval 1:4,025 le Canard 1 * 1,772 la Truie 4 : 0,880 . l'Homme 1 : 1,492 la Lotte 1 + 0,732 la Grenouille 1 : 1,487 l'Anguille 1:14 ,638
D nat ces données, l’albumine l’emporterait sur le cruor
et la fibrine chez les Poissons ; ces deux dernières substances auraient, au contraire, la prédominance chezles Mammifères,
et atteindraient le maximum chez les Oiseaux, dont enfin les Reptiles. se rapprocheraient assez. Suivant Berthold, la proportion de toute l’albumine du sang au cruor et à la fibrine,
pris ensemble, est,
dans le Pigeon, de 1 : 3,148 dans le Chat 1 : 2,468 le Chien 1.2 3,126 l'Homme 12,239 la Poule 1: 2,643 la Carpe. 1, 2,010
(4) Meckél, Deutsches Archiv, t. I, p. 438.
«(2). Journal de Magendie, t. IX, p. 248.
(3) Beitræge sur Anatomie, p. 259.
(&) Rech. expérim. sur le sang, p. 297, s (5) Meckel, Deutsches Archiv, 1. VNAX, p. 344
MATÉRIAUX IMMÉDIATS DU SANG: si ‘le Cochon, de 4° 1,947 l'Asneau * 41° 1,356 le Bœuf A ° 4,945 là Grenouille 4 : 1,227 le Veau 4 : 1,474 la Chèvre 1°: 4,159
3 Chez l'homme, la proportion entre la fibrine et le cruor est, terme moyen, de 1 : 4h. Lecanu l'a trouvée, dans un cas, de À : 33, et dans un autre de 1 : 63; Berthold, dansun cas, de À : 37, et dans un autre, de 1:95. Denis pense qu’elle est ordinairement de 1 : 72. Suivant Berthold, elle est;
dans lé Cochon de À : AA dans le Bœuf de 2 ° 17 le Chat 1. 36 le Pigeon le Chien 1 : 28 la Grenouille | FT la Chèvre 1: 20 la Carpe le Veau et le | Mouton 1:19 la Poule 4: 6
D'après cela, c’est chez l'homme que le cruor l'emporterait le plus sur la fibrine ; puis viendraient les Mammifères carnivores, les Mammifères herbivores, enfin les Oiseaux, les Reptiles etles Poissons.