‹ Traité de physiologie, consideŕeé comme science d'observation (volume 5)Chapitre 23 sur 81 · II. La saveur du sang paraît dépendre deses sels · texte numérisé non relu

II. La saveur du sang paraît dépendre deses sels

III. Suivant Denis (2), son odeur tiendrait à la graisse phos-

€2) Loc. cit., p. 284. | ÿ

CONSTITUTION CHIMIQUE DU SANG. 07 phorée ; mais cette graisse n'existe très-probablement pas dans le sang, et le chlore détruit l'odeur de celui-ci. D’autres admettent.un principe odorant snécial, que Couerbe (1) dit être un acide volatil; mais l'examen de la vapeur dusang (S 667 , 2°) n'ya rien fait découvrir de semblable. Quand on distille de l’alcool avec du sang, il prend l’odeur de ce dernier , et cependant les réactifs n’exercent aucuneinfluence sur lui. Barruel (2) a découvert que l'odeur est plus forte lorsqu'on ajoute de l'a cide sulfurique au sang ou à l’un de ses matériaux immédiats, et l'on pourrait présumer que l’acide produit ce phénomène en se combinant avec la soude du sang de manière à mettre un autre acide quelconque en liberté (*).

IV. Denis prétend , sans le prouver, que la couleur du sang dépend de la graisse chargée d’osmazome et de phosphore. On a entrepris de longues recherches pour découvrir à quoi tient la rougeur de ce liquide ; elle peut dépendre soit d'un pigment particulier, de nature organique ou inorganique , soit d'une combinaison de substances.

1° Comme le fer prend une couleur rouge dans certaines circonstances, et qu’on le rencontre dans le sang, on à présumé qu'il était le principe colorant de ce dernier. Cette hypothèse admise, le fer ne pouvait pas exister dans le sang à l'état métallique ($ 686 , 11), puisque, sous cette forme ,iln'a qu'une teinte grise. Il devait donc s’y trouver à l'état d'oxyde; mais , d'après Berzelius, l'oxyde de fer se dissout dans le sérum sans lui communiquer une couleur rouge. Fourcroy et Vauquelin supposaient le métal à l’état, de sous phosphate, parce que le sérum contenant du phosphate de {fer rougit par l'addition de la potasse, et Berzelius a vu l’albumine rougir quand il l'agitait fortement avec ce se! ; mais, dans l’un et l’autre cas, on obtient une couleur de rouille , qui diffère totalement de celle du sang, et l’on peut précipiter le fer de la liqueur. Treviranus pense que le métal est dissous dans l'acide hématique ($ 682, 5°); mais nous avons

(4) Annales d'hygiène publique et de méd. légale , t. IL, p. 479,

(2) Lbid., t. I, p. 274. |

(*) Comparez, à cet égard, Raspail, Nouv. syst. de chimie organique , p. 382. ,

Vi. 7

vu que l'existence de cet acide n’est point prouvée. D'ailleurs il est difficile de concevoir que le fer, qui n’entre que pour un millième dans le sang, ou un vingtième dans le cruor sec ($ 683, 8°), puisse lui communiquer une teinte rouge aussi intense que la sienne. 4

20 D'autres admettent un pigment pürement organique, qu'ils appellent hématosine, où matière colorante du sang. Berzelius et Engelhart ont suffisamment réfuté l’assertion de Brande (4), qui prétendait que le cruor ne renferme pas plusde fer qu'aucune autre partie animale quelconque, notamment que le sérum et la fibrine. Wells paraïtavoir élevé une objection plus importante contre le fer (2), en disant qu'aucune couleur métallique ne se détruit aune chaleur de soixante degrés, comme il arrive àcelle du sang; Cependant , si le cruor brunit par la coagulation, on peut rétablir la couleur rouge , au dire d'Engelhart (3). Wells ajoute que là couleur métallique qui est détruite par la potasse $e läisse rétablir par les acides, cé qui n'arrive point au cruor, et que, la matière colorante du sanÿ étant soluble dans l’eau , le fer devrait exister à l’état de sel, ce qui n’est pas; mais ce dérniér fait n’est pas démontré d’une manière risoureusé , ét le prémier prouve seulement que le fer ne peut point être considéré comme le pigment proprement dit. Selon

Brande , la matière colorante du sang est précipitée par les sels métalliques, le chlorure d’étain par exemple, et combi-

née avec eux d'une manière Si intime qu'il y aurait possibilité

de l'emplover, comme d’autres pigmens organiques, à la teinture dés étoffes ; ce n’est cependant point encore là une preuve que le fer n'ait aucune part à la couleur du sang.

Gé qui démontre que les substances colorantes énumérées précédemment ($ 682, 4°-9°) n'existent pas dans le sang vivant sous la forme qu’elles affectent entre les mains des chimistes, c'est qu'on ne les obtient qu’en exerçant sur le sang des actions très-vives , qui doivent nécessairement décomposer

“la substance organique. Mais la question se présente de savoir

(4) Meckel, Deutsches Archiv, 1. IT, p. 297.

(2) Philos, Trans., 4797, p. 427.

(3) Comm. de vera materiæ sanguini purpureum colorem impertientis nabura , p.13,

Si l'on le parvient point aussi à extraire une matière colorante à l’aide d’un traitement simple , et si par conséquent le cruor né sérait pas composé d’une partie colorée et d’une autre mcolorée. La réponse à été presqüe toujours affirmative ; car Schræder (1) et aütres observateurs, sur l’exactitude désquèls on peut compter , disent que les globules du sang restent Sans couleur quand on à extrait leur matière colorante par le moyen de l’eau. S'il en est réellement ainsi, ces deux parties sont primitivement ou séparées, ou non séparées dans les globules. Home et quelques autres auteurs admettaient le premier cas, parce qu'ils croyaient avoir trouvé le siége de la matière colorante dans l'enveloppe ($ 691 , I), après l’enlèvement de laquelle reste un globule plus petit et incolore, comme le dit aussi Young (2). Mais , Suivant la remarque de Blainville (3), il est certain que l'enveloppe , quand elle se détache par lambeaux, ne paraît pas plus colorée que le noyau , et Raspail assure que les #lobules décolorés du sang ont le même volume qu'auparavant (4). (Les observations de Home sur le noyau et l'enveloppe , notamment sur le siépe de la matière colorante dans cette dernière, ne s'accordent pas avec les miennes. Si l’on étend le sang de Grenouille d’une très-srande quantité d’eau , la matière colorante se dissout dans l’espace de vingst-quätre heures , et rend l’eau rougeâtre, tandis que les globules conservent le volume et la forme qu'ils àvaient auparavant , c'est-à-dire une forme elliptique, très-aplatie , dvec une élévation elliptique dans le milieu , de sorte qu'ils réssemblent à un plat ovale du côté de la convexité. Il Semble donc que , dans l'état frais , la matière colorante pénètre toute la substance du globule , à l’état de dis-

solution) (5).

Moscäti prétendait qu'il n’y à que le noyau qui Soit le siége

. de la matière colorante. Cette opinion, qu'on attribue aussi à

(4) Loc. cit, p. 49.

(2) PAPNETT ueber die Fortschritte der PATES Wissen: schaften , t.1, p. 324.

(3) Loc. dit. t. I,p. 244.

(4) Nouveau syst. de chim. organique , p, 369,

(5) Addition de J, Muller,

Gruithuisen (1), n'est pas plus fondée que l’autre. Mais , sans prétendre rien décider à. cet égard, je dois avouer qu'il ne m'a pas plus réussi qu'à Hodgkin et Lister (2) de jamais voir distinctement la matière colorante se séparer des globules, qui, chez les Grenouilles surtout, sont plutôt gris que rouges. J'ai reconnu que le globule entier se dissout dans l'eau, qui par là se colore ; et ceux qui résistaient plus long-temps que les autres à la dissolution, ne m'ont pas paru autrement colorés que dans le principe , de sorte que je crois devoir considérer leur substance entière comme la seule partie colorée: du sang qu'on puisse mettre en évidence.

3° Quoi qu'il en soit, on ne peut au moins pas, sans des: motifs autres que ceux qui ont été allégués jusqu'ici, conclure de la couleur particulière du cruor qu'il existe dans le sang une matière colorante spéciale ; car c’est une bien mauvaise tendance que celle de vouloir assigner une substance propre à chaque propriété, et on ne peut mieux la comparer qu'avec la propension des physiologistes à chercher la cause de chaque phénomène vital dans un organe particulier. La couleur du cruor peut être le résultat de sa composition entière. Toutce qui dérange la proportion de ses principes constituans, change aussi sa couleur; et comme sa constitution chimique , en général, n'est que le produit de la vie , nous ne pouvons pas non plus rétablir sa couleur avec les moyens empruntés à la nature inorganique. Mais si le cruor en bloc contient la raison suffisante de sa couleur , chacune des substances qui le constituent, notamment le fer, y prend part. Le cruor étant le seul des matériaux immédiats qui aitune teinte rouge, et le seul aussi qui contienne dufer , dire que sa rougeur tient à ce métal , ne serait donc point une erreur dans le sens qui vient d'être établi. En effet, ainsi que le fait très-bien remarquer Berzelius, le fer ne se comporte pointici comme une matière tinctoriale, qui teindrait le sang , mais comme un élément qui, par sa combinaison avec d’autres élémens , produit un corps rouge, à peu près de même que l'oxyde de

(4) Smidt , Ueber die Bluthærner, p. 35.

(2) Froriep, Notisen, t. XVIIT, p. 24.

mercure est rouge, quoique le mercure et l'oxygène ne le soient ni l’un ni l'autre. |

Les substances carbonées sont celles surtout qui se montrent colorées, c’est-à-dire qui décomposent la lumière , et, de toutes les parties du corps, celle qui offre la coloration la plus intense est le pigment de l'œil, qui, avec du fer , contient plus de carbone qu'aucune autre ; le cruor ne représenterait-il pas une combinaison analogue ? Autenrieth prétendait que c'est lui qui, après le pigment oculaire, donne la plus grande quantité de résidu charbonneux , et Nasse (1) faisait provenir de là sa couleur, comme aussi Hunefeld (2) croit vraisemblable que la couleur du sang tient à une combinaison de fer contenant très-peu d'oxygène avec une substance * animale fort riche en carbone. Cette couleur paraît donc être originairement foncée, ou d'un rouge tirant sur le noir, et devoir surtout sa teinte plus claire aux sels neutres ; car tout sang quelconque s’éclaircit quand on y ajoute de tels sels. Steevens a trouvé que, dans la fièvre jaune , le sang était extraordinairement pauvre en sels , et noir comme de l'encre , mais qu'il redevenait vermeil par l'addition d’un sel neutre (3).

Page 1