‹ Traité de physiologie, consideŕeé comme science d'observation (volume 5)Chapitre 24 sur 81 · CHAPITRE If · texte numérisé non relu

CHAPITRE If

Du sang dans l'organisme.

$ 688. De même que nous commençons par ouvrir des cadavres avant de chercher à approfondir la conformation matérielle de l'organisme, de même nous avons considéré jusqu'ici le cadavre du sang, afin d'acquérir les données nécessaires pour nous élever à la connaissance de sa vie. Le premier pas que nous faisons sur cette nouvelle route nous mène à examiner quel est l’état du sang dans l’intérieur de l'organisme.

a. Etat physique de ses parties.

Pendant la vie, le sang contenu dans les vaisseaux se com-

(1) Meckel ,; Deutsches Archiv,t. UT, p. 448. (2) Loc?eit:, t. IL, p. 79.

(3) Medico-chirurgical review, t. XXV, p. 247,

pose manifestement de globules, que nous connaissons déjà (8664), et d'unliquide limpide comme de l’eau, qu’on appelle sérosité (lympha sanguinis). C'est ainsi que le microscope nous le montre dans les parties transparentes des animaux vivans, par exemple le mésentère des Mammifères, l'aile des Chauvesouris , la membrane natatoire des Grenouilles, la queue des Salamandres, les branchies du Protée, les nageoires des Poissons , le corps de certains embryons en partie au moins transparens, tels que ceux des Oiseaux et des Poissons, enfin celui des larves de Salamandres. Mais si, au lieu de la lumière réfractée ou passant à travers l'objet, on emploie la lumière directe , celle qui tombe sur ce dernier, on peut faire la même observation partout où les vaisseaux sont très-déliés et non couverts d'une masse opaque. Gruithuisen (1) prétend même qu’en cherchant à découvrir des étoiles à l'œil nu, après le coucher du soleil, il lui est arrivé d’apercevoir les globules du sang de son propre œil, sous la forme de petits corps brillans dont le mouvement devenait plus rapide quand sa circulation s’accélérait par suite d’un eflort ; mais ce n'étaient [à sans doute que des illusions, puisqu'on ne peut point songer à chercher dans l'œil les moyens de grossissement qui sont nécessaires pour apercevoir les globules du sang ; d’ailleurs les vésicules admises par Gruithuisen dans le sang semblent n'être que des bulles d'air (8 665).

I. Suivant Grimaud (2), Capilupi croyait que le sang n’est point liquide dans le corps vivant, et qu’il y représente un tissu fibreux constituant une partie des vaisseaux. Une telle hypothèse ne mérite pas qu'on la réfute. Rosa regardait la sérosité transparente du sang comme de l'air (3), et Dœællinger (4) prétendait que l'existence d’un semblable liquide est non seulement incertaine, mais même improbable , les p#lobules pressés les uns contre les autres ne laissant aucun vide entre eux, de sorte que, suivant lui, le sang ne serait pas

(1) Medisinisch-chirurgische Zeitung, 4822 , t. I, p. 311.

(2) Cours complet de physiologie, t. II, p. 93.:

(3) Giornale per servire alla storia raggionata della medicina di questo secolo,t.I,p. 268.

à (4) Was ist Absonderung , und wie geschicht sie ? p, 24,

plus liquide qu’un tas de pois, et qu ‘il coulerait. non comme de l'eau, mais comme du sable dans un sablier. En émettant cette conjecture, l'ingénieux Doœllinger n’a pas tant voulu la présenter comme une opinion arrêtée, que montrer par un exemple qu'il ne faut rien admettre, dans la sphère de nos con naissances acquises par les sens, qui ne tombe immédiatement sous ces derniers. La sérosité du sang n’est assurément pas plus visible, à cause de sa transparence, que l’eau contenue dans un verre; mais les autres phénomènes nous autorisent à conclure qu’elle existe. En observant les vaisseaux capillaires, surtout quand la circulation se fait avec lenteur, on aperçoit les globules du sang distincts les uns des autres et séparés par des intervalles plus ou moins grands, qu'un fluide gazeux ou liquide doit remplir, puisque les globules $’ Y meuvent avec agilité. Or Je mouvement de ces globules n’est ni une chute , comme celle du sable dans un sablier , hi une rotation, comme celle de pois glissant les uns sur les autres , mais une natation ; ils doivent donc se mouvoir ou dans l’air ou dans l'eau , c'est-à-dire nager ou voler. Quand le sang s'arrête dans un rameau , les globules qui viennent après rétrogradent déjà dans la branche et avant d'être arrivés à l'endroit de la stase (1). Dœllinger a vu un globule, dont l’une des extrémités était accrochée à la paroi vasculaire, flotter par l'extrémité opposée suivant le rhythme du flot de sang (2). Lorsqu'un tronc vasculaire a été pendant quelque temps sans recevoir de sang, et qu'il recommence, par exemple après la: cessation de la compression, ou après le retour des battemens du cœur, à chasser ce liquide dans les vaisseaux capillaires , les globules du sang rentrent en mouvement avant d’avoir été touchés ou poussés par ceux qui viennent du tronc (3); il doit donc y avoir entre eux un liquide qui, mis lui-même en mouvement, les entraîne. Un courant d'air ne saurait être admis, parce qu'à part tous les autres argumens qui s’éleveraient contre cette hypothèse , 1l ne sort point d’air libre d’un vaisseau ouvert : nous

()) Haller, Opera minora, t.T, p. 83.

(2) Dénbtutiel des Akademie zu Muennchen, t, VI, p. 484.

(3) Haller, Opera minora, 1. I, p. 181,

apercevons , au contraire, dans les gouttes de sang qui viennent de s'échapper, outre les globules, un liquide transparent et incolore, qui est invisible parlui-mêîne , mais que ses limites par rapport au verre sur lequel il repose font remarquer. Quelquefois aussi il sort, par l'ouverture d’un vaisseau, un liquide sans couleur et sans globules. Les courans plus considérables ne présentent point d'intervalles, ilest vrai, parce que les globules du sang sont opaques; mais comme ces globules ne sont pas des cubes exactement adaptés les uns aux autres, il doit y avoir partout des interstices. Nous pouvons donc considérer l'existence de la sérosité du sang comme prouvée.

IT. L’existence des globules du sang n’est pas moins certaine. Nous les voyons dans l’intérieur des vaisseaux, comme dans le sang qui vient de s’en échapper , et nous remarquons que, quand la circulation s'arrête et la vie s'éteint, ils perdent leur forme particulière dans les vaisseaux, de manière qu'ils ont en grande partie disparu dans le sang qu’on tire de ces canaux quelque temps après la mort, comme on n’en découvre ésalement plus dans celui qui à été extrait pendant la vie, mais conservé long-temps. Nous concluons de là qu'ils font partie de l'essence du sang. Mais Schultz (1) a été plus loin; car il admet leur existence permanente. Ayant remarqué un tremblotement dans le courant du sang, il l'attribue à un mouvement intestin des élémens de ce liquide, qui, suivant lui, seraient en conflit continuel, se transformeraient sans cesse les uns dans les autres, et sans cesse aussi se décomposeraient, de manière que leur substance ne cesserait pas un seul instant de se produire et de se détruire, et qu'elle ne prendrait la forme sphérique que par l'addition de l'eau , qui lui ferait serdre en même temps son mouvement propre. Burkhart (2), qui adopte cette doctrine, prétend que les globules ne sont point matériaux constituans du sang vivant, qu'on doit voir en eux les premiers commencemens du caillot produit par la cosgulation ; que quand la vie est faible chez un animal, ou

(4) Der Lebensprocess im Blute , p. 31-36, 66. (2} Ueber das Blut und Cas Athmen , p. 27, 43.

seulement dans une de ses parties , ils se forment dans les vaisseaux , dès que le sang commence à mourir, mais que le tremblotement du sang n’est point visible là à cause de l’opacité des parois vasculaires, quoiqu'il doive avoir lieu tout aussi bien dans leur intérieur que hors d'eux, puisque c'est une manifestation fondamentale de la vie du sang.

Cette théorie repose sur une erreur d'observation. Quand on examine du sang frais au microscope, on voit des corps bien limités, qui se croisent, montent et descendent; et quand le mouvement cesse, on remarque, dans les globules en repos, la même forme que dans ceux qui, suivant J. Muller (1), restent tranquilles à la périphérie d'une goutte dont le milieu est agité du mouvement le plus vif. Du reste, on n'a pas besoin d'étendre le sang d'eau pour découvrir ce mouvement des globules, et il suflit de l’étaler en couches de médiocre épaisseur. Le tremblotement vague dont Schultz à fait la base de sa théorie, se voit, d’après Muller (2), dans tout liquide composé qu’on examine à la clarté du soleil, après l'avoir agité, par exemple dans le lait bouilli, le mucus, la salive, l'urine et le café. Meyen (3) l’a observé aussi dans le gruau d'avoine, et il attribue à ce que, le liquide n'ayant pas une densité uniforme, la réfraction de la lumière y change à chaque instant.

Un tremblotement des globules, sur lequel nous reviendrons encore plus tard ($740), a donc lieu dans le sang sorti des vaisseaux. Mais il n'y a pas le moindre motif d'admettre rien de semblable dans le corps vivant, puisque le sang se trouve , pendant la vie, dans un tout autre état et dans des’ conditions tout autres que sur le porte-objet du microscope. Des milliers d'observations , simples et faciles à répéter, prouvent que, chez un animal plein de vie et non blessé, par exemple dans la membrane interdigitaire d'une Grenouille, les globules du sang marchent d'une manière uniforme dans une direction déterminée , sans se détourner le moins du monde,

(4) Isis , 4824 , p. 288.

(2) Jbid., p. 274. — Berzelius , Jahresbericht der Schwedischen Akademie der Wissenschaften, p. 79.

(3) Isis, 1828, p. 407.

ni s’attirer les uns les autres. On n'aperçoit pas le moindre vestise de l'espèce de coruscation tremblotante dont parle Schultz. Cette théorie ne repose donc sur aucun fait. D’ailleurs, considérée en elle-même, elle est insoutenable. Que des parties homogènes s’attirent par une force inhérente, qu'elles se confondent ensemble, et que, sans former de masses plus volumineuses, elles se séparent au même instant, ce sont là des idées inconciliables avec celles que l'expérience nous à procurées de l'attraction et de la répulsion, de la synthèse et de l'analyse des corps , outre que, nulle part dans la nature, On ne rencontre rien d'analogue.

Il est donc certain, comme le dit aussi Muller (4), que le sang vivant et circulant se compose d’une sérosité et de globules concrets.

1° Suivant la remarque déjà faite par Hewson (2), puis confirmée par Prevost et Dumas (3), les globules du sang ont la même forme et le même volume dans les vaisseaux du corps vivant qu’au dehors de ces réservoirs. Wedemeyer (4) prétend qu’ils paraissent toujours plus gros dans ce dernier cas.

2° Ils nagent à côté et à la suite les uns des autres, sans exercer d'action mutuelle sensible, sans perdre leur propre délimitation. Ce n’est que quand le mouvement du sang s’arrête, par la diminution de l’activité vitale et l’intermittence des battemens du cœur, ou par la violence de l’inflammation, qu'ils contractent adhérence ensemble et se confondent en une seule masse ; mais si le cœur recommence à battre, ou si l’inflam-— mation diminue, ils se désagrégent , et se remettent à nager, séparés les uns des autres, comme auparayant. Ces phénomènes, qui ont été observés pendant l’intermittence du pouls, par * Haller surtout (5) et Wedemeyer (6), dans les inflammations par Kaltenbrunner , et dans la compression des veines

(4) Isis , 4824 , p. 287.

(2) Experimental inquiries , t. III, p. 28.

(3) Biblioth. univers, de Genève, t. XVII, p. 298. (4) Untersuchungen ueber den Kreislauf des Blutes, p. 364. (5) Opera minora , 1.1, p. 489.

(6) Loc, cit,, p. 495.

par Baumpgaertner (1), sont les seuls qui aient fourni des ëxemples avérés d'union et de désunion de globules du sang. Leeuwenhoek, qui admettait que chaque globule se compose de six sphères, résultant aussi chacune de six sphérules (2), croyait les avoir vus se diviser en ces diverses particules (3). Quoique ce ne fût là qu’une hypothèse, Boerhaaye , Gorter et Vanswieten l'adoptèrent, afin d’en faire l'application à la théorie de phénomènes pathologiques (4). Mayer prétend (5) avoir observé fréquemment, dans l'embryon de Brebis, que deux ‘petits globules se réunissaient en un plus gros, qui continuait de marcher dans la même direction; s’il ne s’agit point là de bulles d'air ( $ 665 }, le fait ne pourrait probablement se rapporter qu'à des cas de stase du sang.

3° Il arrive quelquefois aux globules du sang de se replier ou des’allonger davantage dans le courant, phénomène que Weber (6), par exemple, a observé sur des tétards de Grenouille; etcomme ils ne tardent pas à reprendre leur forme primitive, cet effet paraît dépendre d’une action mécanique exercée sur eux et de leur élasticité ($664, 9°). On l’a surtout observé fréquemment dans les endroits où le courant changeaïit tout à coup de direction. Ainsi Haller (7) et Spallanzani (8) ont vu les globules, l’un se ployer, l’autre s’allonger dans les flexuosités d’un vaisseau. Schmidt a remarqué aussi qu'ils s’infléchissaient au moment de passer dans une branche latérale (9), et Dœllinger a fait la même observation sur les globules qui entraient isolés dans un petit courant rapide et qui étaient en même temps obligés de changer de direction (10). On ne sait point encore s'ils subissent dans les petits vaisseaux une compres-

(1) Beobachtungen ueber die Nerven und das Blut , p. 181.

(2) Philosoph. Trans., 4674, p. 23, 421. kb |

(3) Zbid., 4700, p. 556.

(4) Haller, £lem, physiol., t. IL, p. 64.

(D) Supplemente zur Lehre vom Kreislaufe , p. 71.

(6) Anatomie des Menschen, t. X, p.459.

(7) Opera minora, t. I, p.179.

(8) Expériences sur la circulation, p. 177.

(9) Loc. cit., p. 29.

(10) Denkschréfien der Ahademie zu Muennchen ; 4, NI, p, 181. :

sion qui les rende plus grêles. Haller n'a jamais pu rien voir de semblable (1). Reichel (2) prétend qu'ils sont ronds dans la Grenouille, et qu'ils ne prennent que dans les capillaires Ja forme oblongue, qu'ils conservent aussi en partie dans les veines; Wedemeyer (3) aflirme la même chose; mais les globules de la Grenouille sont toujours elliptiques , tant dans le sang artériel que dans le sang veineux. Hunter dit qu'ils prennent une forme elliptique en traversant les petits vaisseaux. Wedemeyer (4) assure avoir fait la même observation. Doœllinger les a également vus quelquefois s’allonger dans les capillaires les plus déliés, où ils ne pénètrent plus qu'un à un; mais il assure qu'on les voit plus souvent alors se tourner de manière à former un angle droit avec l’axe du courant, ce qui annonce que l’espace est encore suffisant pour eux, et que les parois du vaisseau ne peuvent pas les comprimer. Du reste, il n’a observé cet allongement que dans le courant veineux , là surtout où il est le plus rapide, c'est-à-dire au voisinage d’une branche , et il le regarde comme un indice de la tendance qu’éprouvent les globules à s'unir les uns avec les autres.

L° Nous devons encore faire mention ici des diverses hypothèses qui ont été imaginées relativement à la substance des globules du sang. Cette substance peut être hétérogène ou homogène : dans le premier cas , elle peut être liquide au centre et solide à la circonférence (5°), ou molle en dehors et ferme en dedans; dans le second (6°), celui d’une substance solide partout , le centre et la périphérie peuvent ou être séparés (7°), comme un noyau et son enveloppe, ou avoir une densité diverse (8°), et enfin ne pas différer l’un de l’autre (9°).

5° Si l'extérieur est solide, ou vésiculeux , le contenu peut être gazeux ou liquide.

Haller (5) a démontré que les globules ne sont pas des

(4) Elem. physiol., t. TT, p. 58.

(2) De sanguine ejusque motu experimenta, p. 49.

(3) Loc. cit., p. 229.

(4) Loc. cit., p. 221, 351,

(5) Opera minora, t. 1, p.65 , 480. = Ælem. physiolog., & IT, p. 60.

bulles d'air ($ 665), parce qu'ils constituent la partie la plus pesante du sang, qu'ils n’acquièrent pas par la chaleur un volume plus considérable que celui qu'ils ont à froid, et qu'ils ne changent point de forme sous le récipient de la machine pneumatique.

Weiss et Poli pensent qu'ils renferment un liquide (1). Mais, quand on les déchire , on ne voit jamais de liquide s’en échapper ; loin de là même, lorsqu'ils se dissolvent, ils laissent une noyau solide. |

Malpighi (2), qui les avait découverts dans le courant veineux du mésentère , les regardait comme des vésicules adipeuses ; mais ils se dissolvent dans l’eau , et ne sont pas plus combustibles que les autres parties du sang.

6° Ackermann (3), ayant placé une Grenouille sous le récipient de la machine pneumatique, a vu , dans sa membrane interdigitaire , les globules du sang disparaître quand il faisait le vide, et des bulles d'air s'élever ; d'où il conclut que les globules sont des granulations d’albumine entourées d’une atmosphère particulière (aura oxygena). Mais, comme on a souvent exposé le cruor à l’action du vide sans que les globules disparussent , l'observation microscopique précédente, qu'on ne peut répéter d’ailleurs qu'avec de grandes difficultés, est probablement erronée. Il ne faut pas perdre de vue, en outre , qu'un gaz ne saurait être ce qui détermine les limites et la forme d'une substance solide. ;

7° Nous avons déjà fait remarquer précédemment ($ 666, 1°) que, suivant plusieurs observateurs, le globule du sang est composé d'un noyau et d’une enveloppe, mais que cette distinction de parties ne résulte que d’un commencement de décomposition. En examinant les granulations contenues encore dans du sang qui circulait, Kaltenbrunner n’a reconnu aucun vestige de noyau ni d'enveloppe, et toutes lui ont constamment paru être une masse homogène (4). Sous ce

(4) Schmidt , Loc. cit., p. 29.

(2) Hewson , Experimental inquiries , t. IIF, p. 26. : (3) De combustionis lentæ phænomenis , p. 8.

(4) Froriep , Motisen , t. XVI, p. 307.

110 QUATITÉS DU SANG DANS L'ORCANISME.

rapport, mes observations s'accordent avec les siennes. C'est donc avec raison que Blumenbach, Hodgkin et Lister (4), Blainville (2), Raspail (3) ét Wedemeyer (4) ont soutenu que les globules du Sang sont des masses homogènes. Wedemeyer a remarqué , chez des Grenouilles, que le noyau plus foncé semblait souvent être déjà indiqué dans l’intérieur même des vaisseaux , mais jamais néanmoins au même degré que dans le sang extravasé et exposé à l'air depuis quelque temps (5). Il a vu aussi ,\dans la Salamandre , que , quand le sang commençäit à s'arrêter, il se formait un noyau arrondi, de couleur foncée et entouré d’un anneau clair (6).

8° Cepeñdant on peut admettre encore qu'il y a inégalité de densité entre lés diverses couches du globule, à peu près comme dans la sphère vitelline ($ 340, 2°) ou dans le cristallin. On ne saurait douter que la densité de la surface surpasse celle de l’intérieur, puisque c’est précisément cette différence qui constitue l'essence de la délimitation ; toute partie , quelque molle qu'elle soit, présente plus de cohésion à sa surface ; chaque goutte d’eau y oppose plus de résistance aux corps étrangers que dans le reste de sa masse, et les vapeurs elles-mêmes prennent la forme de vésicules. Aussi, comme le disent Hodgkin et Lister (7), voit-on les slobules du sang , dünt le bord à été endommagé , adhérer les üuns aux autres, Ce que d'ordinaire ils ne font point auparavant. Mais les changemens qu'ils éprouvent d’ailleurs sem- Plent annoncer que la substance située immédiatement au dessous de la surface est plus lâche, et que la densité va toujours en augmentant vers l'intérieur. La dessiccation faitfroncer et rider la substance périphérique, qui, plongée dans l’eau, l'absôrbe, S'y gonfle et s’y dissout. Schmidt (8) a vu, chez des Poissons

(4) Did., t. XVIII, p. 241. |

(2) Cours de physiolog. générale, t. I, p. 214.

(3) Syst. de chimie organique, p. 374.

(4) Untersuchungen ueber den Kreislauf des Blutes,"p. 353, (5) Zbid., p. 346.

(6) Zbid., p. 352.

(7) Loc, cit., p. 245,

(8) Loc, cit,, p. 29,

QUALITÉS DÜ SANG DANS L'ORGANISME. iff et des Oiseaux ; quand le globule s'était renflé dans l’eau, le noyau dévenir mobile et roulant dans son enveloppe. Suivant Kaltenbrunner, l'enveloppe se dissout promptement, mais le noyau né disparaît jamais , ce qui fait qu'on voit fréquemment des noyaux nus, mais jamais d'enveloppes vides. Wedeméyer à parfois trouvé, chez des Grenouilles (1) et des Salamandres (2), dans l’intérieur des vaisseaux , des globules plus petits, qui étaient peut-être des noyaux de globules arrêtés pendant leur cours et à moitié détruits par Ia dissolution. Cependant tous ces faits ne prouvent point encore que l'inépalité de densité existe dès le principe.

9o Comme, au contraire, on n’aperçoit primordialement aucune différence de parties (8°), il nous paraît plus vraisemblable qu’à l’état de vié le globule du sang contient des parties solides et des parties liquides réparties d'une manière uniforme , et que, quand il vient à mourir, cés parties se séparent, les solides se réunissant pour produire un noyau central, tandis que les liquides deviennent prédominans à la périphérie et-entourent le noyau; n’étant plus alors attirés par les parties solides de ce dernier, ils déploient leur affinité pour les choses du déhors, absorbent dé l'air et de l’eau, ét s’y dissol- - vent quand l’un où l’autre devient assez abondant. Cette hypotlièse coincide avec celles qu'ont proposées Wedemever (3) et Blainville. Ce qui là rend plus probable qu'aucune autre,

c'est qu'elle nous donne une image de la coagulation du sang :

la même modalité de mort ou d'abandon de la vié qué nous obsérvons immédiatement dans l’autre.

b. Etat chimique des parties du sang.

$ 689. Nous avons vu que le sang vivant, qui existe dans l'organisme , est composé d’un liquide et d’une substance so-

lide , insoluble dans le liquide , mais tenue en suspension par lui, à cause de sa réduction en molécules d'une #rande ténuité, (4) Loc, cit., p. 346.

(2) Ibid,, p. 353,

Il nous reste à déterminer comment les trois principaux ma tériaux immédiats du sang sont répartis dans ces deux substances.

I. Comme le sang se sépare, hors du corps, en un liquide, le sérum , et une substance solide, insoluble dans ce liquide, le caillot, rien n'est plus naturel que d'admettre identité, d'une part, entre le sérum du sang tiré des vaisseaux et la sérosité dusang, de l’autre, entre le caillot et les globules. Le sérum est un liquide incolore , comme la sérosité du sang , et il entoure le caillot, comme celle-ci enveloppe les globules. La rougeur du cruor annonce que le.cruor à son siége dans les globules. Mais nous ne connaissons pas la fibrine à l'état liquide ; elle ne nous est connue que sous forme solide , ou à l’état de coagulation : elle sera donc déjà solide dans le sang , mais extrêmement divisée et suspendue, et, comme elle fait la base du caillot, dans lequel le cruor s amasse en raison de son aflinité adhésive , le même rapport entre les deux substances aura lieu aussi dans les globules du sang. Comme les globules du sang perdent fort aisément leur matière colorante dans l’eau , celle-ci réside probablement à leur surface, et les petits globules incolores qu'on aperçoit quelquefois sont vraisemblablement les noyaux fibrineux. La coagulation consiste donc uniquement en ce que la fibrine, qui jusqu'alors était formée de globules distincts, se prend en une masse fibreuse, à laquelle le cruor adhère, de la même manière qu'auparavant il adhérait aux globules.

Cette théorie a été pour la première fois imdiquée par Hewson, dans ses papiers posthumes (4); mais c'est surtout Home qui l'a soutenue (2). Home admettait que le cruor adhère par du mucus au globule formé de fibrine , et qu'il se dissout quand le mucus vient à être dissous par l’eau (3); qu'ensuite les globules se disposent à la suite les uns des autres, et qu'ilsreprésentent ainsi la fibrine concrète. Ilamême prétendu avoir observé d’une manière immédiate [a séparation du globule en ses deux principes constituans.

(4) Loc. cit., t. IIT, p. 119-437.

(2) Lectures , t. TII, p.4.

(3) Jbid,, p. 28.

Une théorie si commode fut presque généralement adoptée. Elle a surtout compté parmi ses partisans Edwards, Prevost et Dumas. Wedemeyer lui-même (4) posa en fait que l'enveloppe colorée se dissout ‘fins vingt parties d’eau, et que le noyau incolore tombe au fond du vase. Cependant toutes ces assertions reposent plus sur des conjectures que sur des faits avérés et incontestables, comme il résulte déjà de ce qui a été dit précédemment ($ 666), au sujet de la décomposition des globules du sang.

II. Nous ne pouvons point admettre l'identité du sérum et de la sérosité du sang, du caillot et des globules, et cela par les motifs suivans :

1° La sérosité du sang est parfaitement incolore et limpide comme de l’eau dans l’intérieur des vaisseaux ; le sérum n'a jamais ces qualités, car il présente toujours une teinte jaunâtre. Les matériaux constituans paraissent donc être combinés d’une manière plus intime dans la première.

2° L'impossibilité d'une forme liquide de la fibrine n’est point prouvée. Si nous n'avons pas le pouvoir de ramener à l'état liquide, sans la décomposer, la fibrine enlevée à du sang coagulé et mort, ce n’est pas une preuve qu'elle ne puisse jamais être liquide dans l'organisme. On sait généralement que lé sang coagulé repasse à l’état liquide dans le corps vivant. Lorsque Dieffenbach injectait du sang dans les veines d'animaux vivans, après l'avoir secoué pendant quelque temps, sa fibrine réduite en fibres et en flocons redevenait probablement liquide, puisque les animaux survivaient à l'opération. Le cruor offre des phénomènes analogues. Quand les globules du sang sont confondus ensemble hors du corps, on ne peut, suivant la remarque déjà faite par Hunter, leur rendre à l’aide d'aucun moyen la forme qu’ils avaient primitivement ; tandis qu'il n’est pas rare que, dans les vaisseaux de l’animal vivant, ils se détachent, sans avoir subi aucun changement, de la masse à laquelle ils avaient donné lieu par leur agglomération, lorsque le cours

(1) Untersuchungen ueber den Kreislauf, p. 249,—Meckel, Archio fuer Anatomie , A828 , p, 356.

4e sang, jusqu'alors interrompu, vient à se rétablir ($ 690, 2°). a fibrine forme, d’après Denis, 0,002 du sang , et le

cruor 0,181, c'est-à-dire qu'elle est à ce dans la proportion de 1: 72. Au contraire, suivant Home, l'enveloppe colorée serait au noyau fibrineux comme 1 : 4.

4° Les globules du sang des animaux sans vertèbres, par exemple des Mollusques et des Crustacés , se séparent égale ment , lorsqu'ils se décomposent, en un noyau et une enveloppe (1). Mais ici cette enveloppe ne peut point être constituée par la matière colorante, puisque le sang est incolore. Hewson (2) a même trouvé, chez le Homard, que les enveloppes étaient plus considérables, proportionnellement aux noyaux, que. chez les animaux vertébrés.

bo D'après les observations de Muys, Hewson, Hodgkin et Lister, les globules du sang peuvent se réunir ensemble, sans qu'il soit nécessaire pour cela, comme le prétend Home (3), que leur enveloppe se dissolve. Kaltenbrunner à remarqué que, quand ils sont rapprochés les. uns des autres en grand nombre , ils s’accollent ensemble et forment un caillot, dont l'opacité ne permet pas de distinguer s’il est uniquement composé de noyaux ou non (4).

6° Il n’est pas démontré, au moins de manière à ne plus laisser place au doute, que les fibres du caillot résultent de globules placés à la suite les uns des autres ($ 676 , 3°). Quand bien même la chose serait prouvée, il ne s’ensuivrait point encore que les globules qu’on aperçoit après la dissolution partielle des granulations du sang , fussent composés uniquement de fibrine, puisque les globules de la substance nerveuse, qu'on aperçoit d’une manière beaucoup plus distincte encore, sont composés uniquement d’albumine. En outre, on dit avoir vu des #lobules ronds dans la fibrine d'Oiseaux, de Reptiles et d’un grand nombre de Poissons, quoique les noyaux des globules du sang soient elliptiques chez ces animaux (5).

(4) Weber, Anatomie des Menschen, t. I, p. 450. (2) Loc. cit, t. IL, p. 40.

(3) Weber, Anatomie des Menschen , 1. X, p.151. (4) Froriep, Notisen, t. XVI, p. 307.

(5) Weber, loc, cüit,, t. I, p. 4152.

7° D’après la théorie en question, le cruor adhérent au caillot devrait se composer d’enveloppes déchirées, et c'est effectivement ce que dit Hunefeld (4), parce qu'il n’y a point trouvé de globules du sang. Mais cette dernière circonstance doit être atribuée uniquement à ce qu'avant l’examen le cruor avait été mêlé avec de l’eau. Prevost et Dumas accordent que l'on aperçoit encore un grand nombre de globules non décomposés dans le caillot frais; la vérité est qu'on ne peut découvrir aucune trace de dissolution d'un seul de ces corpuscules. Lorsque , la coagulation étant complétement achevée , dix heures et plus après la sortie du sang des vaisseaux , on exprime le cruor du caillot, on y trouve des globules tout aussi nombreux et tout aussi bien conformés qu'avant la coasulation, et l'on n'y voit aucune enveloppe vide ni aucun lambeau d’enveloppe. Ge cruor, consistant en globules complets du sang , se dissout ensuite dans l’eau, sans laisser nulle trace de fibrine coagulée. Wedemeyer (2) battit du sang frais pendant une heure, au bout de laquelle toute la fibrine était coagulée, et il ne se formait plus de caïllot ; mais la partie liquide du sang contenait les globules ordinaires. Quand on fait sécher rapidement une goutte de sang, et qu’ensuite on la ramollit avec de l’eau, on trouve de la fibrine coagulée et des globules qui n’ont subi aucune altération. Ainsi, dans aucune circonstance, la coagulation de la fibrine ne se montre dépendante d’une décomposition des globules du sang. 8° Le cruor, qui consiste en globules du sang non décom— posés, ne se coagule pas de lui-même, comme la fibrine, et en général il se comporte tout autrement que cette dernière, sous le point de vue chimique.

9° Le sang menstruel contient une très-grande quantité de eruor, avec des globules parfaits, et cependant on n’y trouve que fort peu ou même point de fibrine.

TT. La théorie dans laquelle on admet ce partage des matériaux du sang pèche donc par la base , et, si nous réfléchis

(2) Physiologische Chemie , t. TI, p. 48.

(2) Untersuchungen ; p. 250.

sons que la séparation en caillot et sérum ne se rattache qu’à la mort du sang, nous trouvons très-concevable que rien d’analogue n'ait lieu dans le sang vivant. Au contraire, nous remarquons des circonstances qui prouvent et que les globules du sang contiennent une partie de la sérosité , et que la sérosité renferme une portion du caillot.

10° Le sang qui coule dans les vaisseaux est beaucoup plus riche en globules qu’en sérosité, et cependant, hors du corps, nous trouvons plus de sérum que de caillot. Dellà il suit que les globules contiennent en eux une partie de la sérosité , et qu’ils la laissent échapper quand 1ls commencent à se décomposer. Doœllinger (1) a le premier appelé l'attention sur cette circonstance , êt Kaltenbrunner donne comme un fait observé, que les globules laissent transsuder du sérum lorsqu'ils contractent adhérence les uns avec les autres. Schmidt (2) présume que C’est principalement leur périphérie qui se convertit en sérum, parce que, dans les Poissons, chez lesquels le sérum se sépare avec une rapidité extrême, la partie périphérique des globules du sang se dissout aussi d’une manière presque instantanée. Ajoutons encore qu'avant là séparation en caillot et en sérum, le sang qui se coagule représente une masse homogène, gélatiniforme, dans laquelle la sérosité paraît être absorbée et enchaînée en totalité par les parties solides.

11° La sérosité du sang contient probablement de la fibrine, comme le présument aussi Gruithuisen (3), Berzelius et De— nis (4); car elle commence à se coaguler dès avant que les globules se dissolvent. Les observations de Haller sur la production des caillots, qui ne peuvent point être dus à de l’albumine, mais qui consistent en fibrine , comme l'a démontré l'examen des fausses membranes, fournissent une preuve à l'appui de cette conjecture. Haller (5) a remarqué, en effet, qu’autour des vaisseaux blessés se forme un nuage de liquide

(4) Denkschriften der Akademie zu Muennchen, t, VII , p. 486. (2) Loc. cit., p. 39.

(3) Beitræge zur Physiognosie, p. 461.

(4) Loc. cit., p. 118.

(5) Opera minora , 4, I, p. 484,

QUALITÉS DU SANG DANS L'ORGANISME. LE Lo

pâle , qui se condense et donne souvent lieu à un petit tubercule, dans le centre duquel on aperçoit un grumeau rouge, tandis que les globules de sang extravasés ne produisent jamais de nuage semblable. Plus tard (1), il a vu distinctement que ce caillot est produit , sur une plaie artérielle, par la sérosité du sang , attendu qu'il était quelquefois traversé par quelques globules, qu'on distinguait fort aisément. Les concrétions qu’on rencontre dans les vaisseaux des cadavres, mais dont la plupart ne se forment que pendant l’agonie et peu de temps avant la cessation totale de la circulation, consistent ordinairement en fibrine pure et blanche , tandis que, dans le sang tiré de la veine, le cruor adhère tellement à cette dernière , qu'on ne parvient à l’en détacher qu’au moyen d'une énorme quantité d'eau. Si ces concrétions provenaient de globules décomposés, la matière colorante y serait probablement demeurée attachée. Il est donc plus vraisemblable que la fibrine s’est précipitée de la sérosité du sang, et que les globules non altérés du sang ont continué de cheminer.

c. État général du sang.

$ 690. La réplétion des vaisseaux varie non seulement suivant que la masse du sang augmente ou diminue , mais encore sans que cette masse change , et par l'effet d'états divers de Vactivité vitale. Dans les mouvemens violens et les accès de : colère, dans la chaleur de la fièvre et surtout dans les phlegmasies de certains organes internes, les artères paraissent plus pleines au toucher, les veines font plus de saillie , la peau est rouge, gonflée et chaude par tout le corps; or nous ne trouvons aucun fait qui prouve que la quantité du sang soit diminuée proportionnellement dans les viscères soustraits à notre observation immédiate. Au froid, sous l'influence dela crainte et de la frayeur, pendant la syncope et dans le froid de la fièvre, le contraire a lieu , et, quoique alors les organes internes , par antagonisme avec les membres et la surface cutanée, recoivent plus de sang qu’à l'ordinaire, ils ne $ont pas pour cela

(4) Zhid.,p. 220.

dans l’état d’exaltation d'activité vitale que nous remarquons quand l’afllux du sang augmente vers un organe quelconque : loin de là même, l’organisme entier présente des phénomènes attestant une diminution de la vitalité. Si ces vicissitudes ne dépendent ni d'un changement de masse, ni d’une inégalité de répartition, nous ne pouvons les expliquer que par un état tantôt de hausse et tantôt de baisse de la force erpansive du sang; le sang lui-même doit ou se distendre davantage et gonfler les vaisseaux, ou se resserrer et occuper moins d'espace. C’est ce que confirme la comparaison entre l'état de vie et celui de mort. Sur le cadavre, nous trouvons les artères vides, très-peu de sang dans le cœur et les vaisseaux capillaires, les petites veines moins pleines que pendant la vie, et cependant les gros troncs veineux non distendus outre mesure : le système vasculaire paraît donc beaucoup trop spacieux pour la quantité de sang existante, et c'est même sur cette observation que Kerr (1) s’est appuyé pour nier l'entrée du sang dans les artères et la circulation. Cependant, comme il est certain que, durant la vie, le système vascuire entier est plein de sang, ce fait prouve seulement qu'alors le sang est plus dilaté et occupe davantage d'espace qu'après la mort. Rosa lia, sur un animal vivant , une artère pleine de sang , l’excisa et la laissa refroidir ; son calibre fut alors trouvé plus petit des deux tiers, et le sang ne remplissait qu'un tiers du vaisseau rétréci (2); de sorte que le volume du sang mort serait à celui du sang vivant comme 1 : 9, si les mesures prises par Rosa étaient parfaitement exactes et certaines.

$ 691. La quantité du sang est difficile à déterminer chez un mdividu , et plus encore quand il s’agit de la fixer par rapports à une espèce en général, car elle varie singulièrement selon l’état de la digestion et de la respiration, de la nutri-

tion et de la sécrétion.

(1) Observations on the harveian doctrine “of !the circulation of the blood, p. 147.3 (2) Giornale per servire alla storia della medicina , {. X, p. 185.

10 Chez l'homme; on ne peut arriver qu'à une estimation approximative , dont l'énoncé présente en outre de grandes différences , ainsi qu’on en jugera d’après les détails dans les : quels Haller (1) et Herbst (2) sont entrés à cet égard. Les deux extrêmes sont huit livres (suivant Allen Moulins ) etcent livres (selon Keïl). Sur le cadavre, les vaisseaux sont contractés pendant la rigidité, et une fois celle-ci dissipée, le-sang ne tarde ni à se coaguler ni à pénétrer dans le tissu des parties solides ($ 634, 10°). Herbst (3) estime la quantité du sang de dix à quatorze livres , et prétend qu'il ne faut pas plus de vingt livres de masse pour injecter le système vasculaire entier ; mais il est bien difficile de: remplir complétement les vaisseaux capillaires , et peut-être même n'a-t-on jamais injecté d'une manière parfaite un cadavre avec tous ses viscères. À en juger d’après les injections partielles qui ont le mieux réussi, et dans lesquelles la masse est revenue par les veines, la totalité du système vasculaire est assurément capable d'admettre plus de vingt livres.: Les hémorrhagies quise font avec lenteur et par intervalles ne ‘prouvent rien\, parce qu'en pareil cas la formation du sang se trouve accélérée , et que nous n'avons aucun moyen de la calculer (4) ; mais cette même circonstance n’a guère de valeur assurément lorsqu’en peu d'heures , et sans que la mort s’ensuive , un homme perd dix livres de sang par, le nez, douze par le vomissement (5), ou quand, comme dans le cas cité par Taylor, on enlève cent quarante-quatre onces de sang , indépendamment des purgatifs, pour débarrasser un malade d’une difiiculté de respi :

rer (6). Suivant Wrisberg, une femme morte de métrorrha-

gle, avait perdu vingt-six livres de sang, et l’on a recueilli vingtquatre livres de ce liquide chez une autre femme pléthorique qui avait subi le supplice de la décapitation. Nous ne commettrons donc pas d’'erreur:en évaluant à vingt livres la masse

(4) Elem. physiolog., À IL,"p. 2.

(2) Commentat. de sanguinis quantitate ,Fp.f55. (3) Loc. cit., p. 55.

(&) Jbid., p. 56.

(5) Haller, Loc. cié., 4. IE, p. 4

(6) Gerson, Magazin, t. XVI , p. 448.

Ca

totale du sang d’un homme bien portant , et admettant que cette masse est au poids du corps dans la proportion de 1 ! 8.

2° Pour juger de la quantité du sang des animaux , on les fait périr d'hémorrhagie, en ouvrant simultanément plusieurs vaisseaux. Herbst coupait, dans cette vue, l'aorte, la carotide, l'artère crurale et les vaisseaux pulmonaires. Mais la vie et la circulation cessent avant que tout le sang soit écoulé’, et il en reste beaucoup dans les vaisseaux capillaires: On obtiendrait un résultat plus exact en noyant les animaux dans de l’eau médiocrement échauffée, les laissant dans ce liquide, dont on entretiendrait la température au même degré, jusqu'à ce que la période de ja raideur cadavérique füt passée, injectant alors du suif dans le cœur et les artères, et comparant avec la quantité de matière grasse qu'on emploierait celle du sang quis'éc' uierait des troncs veineux coupés. Pour le présent nous donnons les résultats des observations de Herbst (1) dans la: table suivante, où nous considérons la quantité du sang comme unité à laquelle nous rapportons les proportions diverses du poids du corps. Afin de rendre cet aperçu plus complet, nous y ajoutons d’autres évaluations relatives à quelques animaux sur lesquels Herbst n’a point fait d'observations.

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