‹ Traité de physiologie, consideŕeé comme science d'observation (volume 5)Chapitre 27 sur 81 · LA T · texte numérisé non relu

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riphérie du pôle zinc. C’est une sorte de précipité , qui a la forme des ondes dans les expériences précédentes, mais qui se compose d’une bouillie consistante. Au pôle cuivre on remarque le développement ordinaire de gaz et quelquefois une onde très-peu marquée , dans laquelle la matière colorante est tout aussi dissoute que dans le reste de la goutte ; le bord de cette onde est un peu plusrouge. Dutrochet en faitune onde rouge, ce qui est absolument sans motif. C’est la dissolution alcaline de matière animale qu’on observe ordinairement autour du pôle cuivre qui tient ici, comme le reste de la goutte, de la matière colorante en dissolution , tandis que de l'albumine ” et de la matière colorante se coagulent au pôle zinc. Quandla lame de verre repose sur un fond blanc, on n'aperçoit pas l'albumime coagulée autour du pôle zinc , et l’on ne voit alors que le bord rouge provenant du premier caillot rouge qui s’est déposé autour de ce pôle et que de nouveaux dépôts ont successivement distendu. Si l’on pose la lame de verre sur un fond noir, on voit qu'il n’y a pas d’onde transparente qui chasse devant elle une bande rouge , comme le dit Dutrochet, mais que la bande rouge est tout simplement le bord également coagulé du caillot qui s’est produit au pôle zinc. Dutrochet décrit autrement les phénomènes de l'action du galvanisme sur la dissolution de la matière colorante : il aperçut deux ondes ; l'onde acide au pôle zinc était transparente, et, en s’accroissant, chassait devant elle la matière colorante rouge, qui s'accumulait autour de cette onde, comme au dehors d'elle ; l'onde alcaline du pôle cuivre , au contraire , était prise par la matière colorante rouge. Les deux ondes , en se réunissant , produisaient un caïllot léger, provenant de l’albumine du sérum. La matière colorante rouge se combinait presque en entier avec ce caillot. De cette expérience, où la matière colorante est dite fuir le ‘pôle positif et s amasser au pôle négatif, Dutrochet conclut que cette substance est électro-positive, conclusion que l'expérience elle-même ne justifie nullement. J'ai déjà dit que quand j'employais des fils de cuivre pour fermer la chaîne galvanique, la matière colorante se coagulait de suite, avec de l'albumine , autour du pôle zinc, et que le caillot rouge était

seulement distendu de plus en plus par de nouveaux caïllots d'albumine. Lorsqu’au contraire, pour éviter l'influence ré-

sultant de l’oxidation qu'éprouve le fil de cuivre , je terminais :

celui-ci par un bout de fil métallique non oxidable , en platine par exemple, j'obtenais presque entièrement les phénomènes décrits par Dutrochet. Il se produisait réellement, au pôle cuivre et au pôle zinc, des ondes qui marchaient l’une vers l'autre; celle du pôle cuivre et celle du pôle zinc avaient toutes deux un bord rouge bien sensible. Dutrochet a omis cette circonstance dans l'onde du pôle cuivre, et cependant elle est fort importante. L’onde du pôle cuivre n’est pas plus rouge que la matière colorante hors de l'onde : son bord seul est plus rouge, de sorte qu’il y à inexactitude quand Dutrochet

dit que la matière colorante s’accumule au pôle cuivre; j'ai

répété l'expérience un très-grand nombre de fois , et jamais je n'ai observé cette accumulation. La matière colorante rouge s'éloigne même jusqu’à un certain point du pôlecuivre, dans le bord rouge de l'onde, absolument comme, dans le bord rouge de l'onde de l’autre pôle, elle s'éloigne aussi du pôle zinc. Si l'onde du pôle cuivre n’est pas plus rouge que la ‘matière colorante de la goutte hors de l’onde, l'onde du pôle zinc est, au contraire, réellement moins colorée dans l’intérieur que le liquide situé hors de l'onde, mais elle n’est pas non plus absolument incolore. Le bord de l’onde plus transparente de ce pôle est plus rouge que celui de l'onde du pôle cuivre, qui frappe aussi par sa coloration plus intense ; au bord de l'onde du pôle cuivre la matière colorante est à l’état de dissolution concentrée, et au bord de celle du pôle zinc elle consiste en de très-petits globules.

Dans mon opinion, cette expérience a une grande analogie, quant au résultat, avec celle qui consiste à faire agir la pile xoltaïque sur une dissolution de jaune d'œuf. L'onde acide du pôle posiuf chasse ici des globules blancs devant elle , comme l'onde acide de la dissolution de matière colorante chasse des globules rouges ; cependant l'onde acide de la dissolution de jaune d'œuf est trouble , et celle de la dissolution de matière colorante est transparente et un peu décolorée. L'onde alcaline du pôle cuivre se comporte de la même manière dans les

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deux cas; dans tous deux, elle est claire; dans la dissolution de jaune d'œuf , elle contient de l’albumine dissoute , et dans celle de matière colorante , de la’matière colorante également dissoute. Dans la dissolution de jaune d'œuf, l'onde alcaline est claire, tandis que l’albumine du reste de la goutte contient aussi des globules ; dans la dissolution de matière colorante , l'onde alcaline est claire, comme la matière colorante du reste de la goutte. Si, en opérant sur la dissolution de matière colorante, on n’emploie que de simples fils de cuivre pour fermer la chaîne , de la matière colorante et de l’albumine se coagulent au pôle zinc ; si l’on ajoute un peu de chlorure de sodium à la dissolution de jaune d'œuf, l’albumine se coagule au pôle zinc. Quand on mêle un peu de sel marin à la dissolution de matière colorante , elle se comporte , même sur le fil de platine, comme la dissolution salée de jaune d'œuf : il ne se produit pas d'ondes , et un caillot blanchâtre se forme

au pôle zinc. D’après toutes ces circonstances, je regarde

comme non prouvée l'opinion émise par Dutrochet que la matière colorante du sang est électro-positive.

Dutrochet , qui considérait les noyaux des globules comme les parties constituant la fibrine du caillot, prit du caillot dépouiilé de la matière colorante par le lavage, ou de la fibrine incolore, et en opéra la dissolution dans de l’eau alcaline. Ensuite il exposa cette dissolution à l’action de la pile voltaïque. Il se dégagea beaucoup de gaz hydrogène au pôle négatif, et du gaz oxygène au pôle positif. Mais les deux ondes n’eurent point lieu ; la fibrine dissoute s’accumula seulement au fil positif ou au pôle zinc. Dutrochet conclut de là que la dissolution alcaline de fibrine se comporte comme un sel neutre, dont l'alcali se rend vers le pôle négatif et l'acide vers le pôle positif, et que la fibrine est électro-négative. Or on sait que la fibrine se comporte avec les alcalis et les acides de manière à pouvoir jouer tantôt le rôle d'une base et tantôt celui d'un acide. De sa manière d'agir à l'égard des acides on aurait pu conclure le contraire de la proposition établie par Dutrochet, puisque la fibrine est apte à former des corps neutres avec les acides minéraux. Cependant il est nécessaire d'examiner les expériences elles-même de ce physicien. Je les ai trouvées

exactes dans la plupart des points. Toutes les fois que j'ai exposé une dissolution de fibrine du sang dans une eau faiblement alcaline à l'action de la pile galvanique , sur un verre de montre ousur une lame de verre, j'aiobtenu une faible quantité de caillotpultacé blanc au pôle zinc. Or comme j'avais pris la fibrine du sang de Bœuf battue , et que je l'avais lavée assez long-temps sur le filtre, je pouvais être à peu près certain qu'elle ne contenait ni sérum ni sels du sérum, de sorte que, au premier coup d'œil, la dissolution alcaline de cette substañce semble se séparer en fibrine électro-négative et aleali électro-positif. Mais, en tirant cette conclusion, on ne songe point aux sels que la fibrine épuisée par Le lavage contient comme parties constituantes d'elle-même, et dont la décomposition par la pile peut produire un dégagement d'acides au pôle zinc, et faire ainsi coaguler là fibrime par la formation d’un corps neutre. Cependant il y a des objections plus graves encore à élever contre l'expérience elle-même. Le résultat décrit par Dutrochet n’a lieu que quand on se sert de fils en cuivre pour fermer la chaîne ; on ne l'obtient pas lorsque, pour éviter l'oxidation de l’extrémité du fil de cuivre du pôle zinc, on garnit celui-ci d'un bout de filen platine, comme je m'en suis convaincu dans toutes mes expériences à ce sujet. Dutrochet paraît n'avoir employé que des fils de cuivre. S'il se trouve un fil de platine au pôle zinc, le dégagegement de gaz est le même, et l'on voit encore plus de gaz écumeux au pôle zinc, parce que ce fil ne s’oxide point, comme celui de cuivre. Mais il ne se produit pas non plus le moindre vestige de caillot au pôle zinc. De là on doit conclure que la formation d’un caillot au pôle zinc d’un fil de cuivre plongeant dans la dissolution alcaline de fibrine , dépend de l’oxidation du cuivre. Peut-être l’oxide se combine-t-il avec la fibrine , comme on sait qu'une combinaison d'oxide métallique et d’albumine s'effectue lorsqu'on verse une petite quan tité de sel métallique dans le sérum du sang , et qu’on ajoute un peu plus de potasse caustique qu’il n’en faut pour décomposer le sel, cas dans lequel l’oxide ne se précipite pas , mais forme avec l'albumine une combinaison soluble, qui peut

être coagulée par l’ébullition (1). Cependant le caillot de fibrine qui se produit autour du fl de cuivre du pôle zinc W’est point d’un vert céladon, comme il devrait l'être s'il devait naissance à de l’oxide de cuivre, et il à une teinte opaline. :

En un mot, la dissolution de fibrine dans l’eau alcaline n’est point décomposée par la pile galvanique, dès qu’on n’emploie pas un fil de cuivre au pôle zinc, et en conséquence la fibrine ne se comporte point comme un corps électro-négatif. On peut se convaincre, par la circonstance suivante , combien la précipitation de l’albumine et de la fibrine au pôle zinc dépend du sel contenu dans la dissolution : la dissolution alcaline de fibrine ne dépose jamais aucune trace de caillot sur le fil de platine de ce pôle; mais la coagulation a lieu aussitôt qu'on ajoute un peu de sel marin à la liqueur , car alors l’acide hydrochlorique de ce sel fait naître un caillot au pôle zinc. De là il découle aussi que, si l'on veut expérimenter l’action de la pile voltaïque sur une dissolution de fibrine dans de l’eau faiblement alcaline , il faut avoir eu soin préalablement de bien dépouiller cette fibrine de sérum, parce que le sérum contient du chlorure de sodium. Or on se la procure exempte de sérum en la tirant du sang fouetté et la Javant à grande eau. Dutrochet regardait comme noyaux des globules la fibrine obtenue du caillot; c’est encore là une erreur, puisque, comme je l'ai fait voir, la fibrine est dissoute dans le sang.

Comme on peut, en suivant la méthode que j'ai indiquée , se procurer la fibrine du sang de Grenouille sans globules du säng, puisqu'elle passe incolore en filtrant le sang frais à travers du papier joseph qui ne soit pas trop mince , il me parut trèsintéressant de rechercher comment la pile galvanique se comporterait avec la fibrine fraîche encore liquide. Pour cela je versai sur le filtre parties égales d’eau et de sang de Grenouille , et je mis de suite la liqueur en contact avec les pôles de la pile : il se déposa de l’albumine pultacée au pôle zinc ; là fibrine limpide ne se rassembla ni au pôle zine ni au pôle

(4) Berzelius , Traité de chimie , t. VIL, p. 70 , 21.

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cuivre, mais se coagula, comme à l'ordinaire, dansle milieu du liquide, et produisit un caillot isolé, de la même manière absolument que si je n’eusse point appliqué le galvanisme. La coagulation de cette substance eut lieu dans le laps de temps accoutumé , sans que la pile influât sur elle. Le précipité albumineux au pôle zinc était de même nature que celui qui s'était produit en galvanisant la liqueur débarrassée de caillots fibrineux. |

J'ai essayé aussi la pile de Volta sur les globules du sang de Grenouille. On prépare un mélange de globules et desérum, en agitant le caillot et le retirant ensuite. Ge mélange est mis dans un grand verre de montre, avec de l’eau; on le remue, puis on le laisse en repos pendant vingt-quatre heures. Alors la matière colorante est dissoute , et l’on trouve au fond le dépôt blanc de noyaux des globules. On retire la plus grande partie du liquide surnageant au moyen d’une pipette. Si l'on méle le dépôt avec un peu d’eau , et qu'après en avoir étalé une grosse goutte sur une lame de verre, on l’expose à l’action de la pile voltaique, on observe les mêmes phénomènes qu’en opérant sur une dissolution aqueuse de jaune d'œuf : il se produit deux ondes; celle du pôle zinc esttrouble, et pousse des globules devant elle; celle du pôle cuivre est limpide, et ne contient point de globules. Ainsi l'onde du pôle zinc chasse devant elle des globules rouges dans la dissolution de matière colorante , des globules blancs dans le mélange d’eau et de noyaux des globules. Ici il n'y a point de différence électrique entre le noyau et l'enveloppe. L'onde du pôle zine est seulement transparente dans la dissolution de mauère colorante, et trouble dans le mélange d’eau et de noyaux des globules , ainsi que dans la dissolution de jaune d'œuf.

Les courans électriques que plusieurs savans français distingués admettent dans le sang, sont contraires à l'expérience et à l'esprit qui doit diriger aujourd'hui la physiologie. L'état actuel de la science veut qu'on n’admette ces courans que là où l’on peut en démontrer l'existence. Or, jamais on ne parvient, à l'aide d’un bon multiplicateur, à en apercevoir aucune trace ni dans les nerfs ni dans le sang, comme Per-

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ACTION DU GALVANISME SUR LE SANG. 15% son (1) l’a fait voir pour les premiers, et Pouillet (2) pour le sang humain. Cependant ils devraient se révéler à un instrument si sensible à l'influence des courans électriques, que l'oxidation des fils suffit déjà quelquefois pour agir sur l'aiguille aimantée, de sorte que, comme l’a fait voir Pouillet, on doit s'abstenir , dans les expériences délicates sur des substances animales, d’avoir recours à des métaux oxidables pour conducteurs. De deux multiplicateurs que j’ai employés dans les expériences de ce genre, l'un montre l’action galvanique de deux petites plaques de zinc et de cuivre unies par un papier humide et reposant sur du verre, par une déviation d’environ cent degrés de la boussole. Cependant cet instrument ne m'a jamais fait apercevoir, ni dans les nerfs ni dans le sang coulant , aucune trace de réaction, alors même que je plongeais un fil dans une artère et l’autre dans une veine. On devrait pourtant remarquer le courant électrique quand il n'aurait qu'un centième de l'intensité électrique de la paire de plaques dont je viens de parler, et même quand il ne serait qu’une partie aliquote d’un centième de cette intensité.

Les physiciens eux-mêmes, qu’on ne peut cependant point accuser d'aimer les hypothèses, n'ont que trop de tendance à adopter, au sujet des phénomènes de la vie , des hypothèses physiques dénuées de tout fondement. Il faudra étudier les forces organiques avec le même soin que les forces inorganiques , et posséder sur leur compte une masse de faits aussi complète que possible , avant de pouvoir se hasarder à établir des parallèles qui maintenant sont dénués de toute vraisemblance. |

(4) Journal de Magendie , t, X, p. 246.

(1) Zbid., &, V, p. 5.

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