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132 GLOBULES DU SANG: d..
rum et de globules préparé ainsi qu'il a été dit précédemment.
On étale une gouttelette de ce mélange sur le porte-ohjet, et à côté d'elle on en met une du réactif qu'on veut employer. Pendant qu’on observe, on unit les deux gouttes ensemble, et l'on examine quels sont les changemens que les globules éprouvent. Ou bien on contemple d'abord les globules seuls , on ajoute ensuite le réactif, et on observe de nouveau. Cette méthode est celle que j'ai toujours employée dans mes expériences.
Un phénomène fort remarquable est le changement instantané que l’eau puré fait subir aux globules. Ceux de l'homme deviennent indiscernables, et leur petitesse ne permet plus de rien apercevoir; cependant je crois avoir reconnu qu'ils perdent de leur aplatissement. En effet, il m'a été impossible, parmi les corpuscules qui passaient sous le: champ du microscope , d'en distinguer aucun qui laissât voir un bord tranchant en changeant de situation. Mais tout se voit très-bien dans le sang de Grenouille. Dès qu’une goutte d’eau entre en contact avec une goutte de sang, à l'instant même les globules , d’elliptiques et plats qu'ils étaient, deviennent ronds et perdent leur aplatissement, de sorte qu’il n’y en a plus un seul qui présente de tranche en roulant sur lui-même. Je ne sais pas s'ils se gonflent alors ; ils deviennent plus petits que. ne l'était le grand diamètre de l’ellipse , mais plus grands que son petit diamètre. Beaucoup d'entre eux paraissent inégaux, bosselés et tortus ; la plupart sont arrondis, mais irrégulièrement. Le noyau d’un grand nombre change de place par le contact de l’eau ; on ne le voit plus au centre, mais sur le côté; dans d’autres , on ne le distingue plus du tout , mais ceux-là sont en petit nombre, et ils paraissent avoir perdu leur noyau par suite du changement violent que l’eau leur a fait éprouver; car on aperçoit dans le champ du microscope, outre des globules sans noyaux , des noyaux elliptiques sans enveloppe, mais peu nombreux. Ges noyaux chassés des globules diffèrent des petites granulations du sang de Grenouille dont j'ai parlé plus haut, par leur forme elliptique. Peu à peu, quand on ajoute encore de l'eau, les globules
? | devenus ronds, et dont la plupart ont conservé leur noyau, changent de volume. Ils se rapetissent sous les yeux de l’observateur, et au bout de quelque temps, il n’en reste plus que les noyaux, qui ne se dissolvent point dans l'eau. J'ai déjà fait remarquer que l’eau tenant en dissolution du souscarbonate de potasse , du chlorure de sodium ou de sucre, ne détermine pas le moindre changement dans la forme non plus que dans le volume des globules. Si l’on met les globules du sans de Grenouille en contact avec de l'acide acétique étendu ou concentré, sous le microscope, ils se déforment sur-le-champ, deviennent en partie ronds, et leur enveloppe de matière colorante se dissout dans l’espace de quelques minutes , en sorte qu'il ne reste plus que les noyaux elliptiques. Ges résidus ne sont pas des globules contractés, mais bien réellement les noyaux non altérés, qu'on apercevait déjà auparavant, et autour desquels l'enveloppe de matière colorante s’amincit d'une manière visible , jusqu'à ce qu'elle soit totalement dissoute. Ces noyaux correspondent aux contours du globule entier. Dans la Grenouille , ils paraissent ne point être plats, du moins d’une manière notable; dans la Salamandre, au contraire , j'ai vu les noyaux qui restaient après le traitement par l'acide acétique aussi plats que les globules eux-mêmes. Dans la Grenouille, ils sont à peu près une fois aussi longs que larges, quoiqu’on en trouve aussi quelques uns qui se rapprochent davantage de la forme ronde ; dans la Salamandre , ils sont oblongs et ont des côtés presque parallèles, mais leurs deux extrémités sont arrondies.
Si l'on verse une certaine quantité d'acide acétique dans un mélange de sérum et de globules de Grenouille , et qu’on agite le tout, les globules subissent le même changement ; mais on voit aussi que les noyaux qui se déposent forment une poudre d'un brun clair ; cette poudre ne se dissout point en plusieurs jours , et le microscope constate qu’elle est:encore composée des mêmes noyaux non altérés de globules. D'ailleurs la fibrine et l’albumine ne brunissent point dans l'acide acétique ; elles y deviennent translucides , et peu à peu se dissolvent en partie. Cependant la couleur brune de la poudre paraît provenir d'une petite quantité de matière colorante qui
adhère encore et qui peut-être a subi quelque changement dans sa composition chimique ; car les noyaux des globules qu'on obtient en plus grande quantité par le traitement de ces mêmes globules au moyen de l'eau, sont blancs, et demeurent tels quand on verse dessus de l'acide acétique. L’acide dont je me suis servi était pur, d’après l'indication des réactifs, et un peu plus concentré que celui de la PRarnace pée prussienne(* ).
L’acide hydrochlorique dissout très-rapidement les globules du sang , sous le microscope : il n’en reste que les noyaux.
Dans le chlore gazeux , les globules de la Grenouille deviennent d’abord bruns, puis blancs ; l’albumine du sérum se coagule en même temps. Examinés ensuite au microscope, les globules paraissent un peu rapetissés, mais seulement pa resserrement sur eux-mêmes.
Le chlorure d'antimoine liquide et la solution de deutochlorure de mercure ne dissolvent ni l'enveloppe ni le noyau des globules ; ils ne font que resserrer et déformer ces derniers.
La teinture de noix de galle agit de là même manière.
Une dissolution étendue de chlorure de fer ne produit 2 aucun changement dans les globules.
La dissolution de potasse caustique ne change pas la forme de ces corpuscules, mais les rapetisse dans toutes leurs dimensions , de manière que non-seulement l'enveloppe, mais encore le noyause dissolvent très-rapidement, sans laisser au cune trace.
L'’ammoniaque liquide les dissout plus promptement encore, et les arrondit dès le moment du contact. Les noyaux eux-
mêmes se dissolvent, sans qu'il en reste de vestiges. L'alcool ne change point les globules : illes resserre seulement un peu, et les soustrait à l'observation, à cause des globules d’albumine qui se produisent dans le sérum, et qui obscurcissent le champ du microscope.
La strychnine et la morphine n'exercent aucune action sur les globules.
(*) La pharmacopée prussienne assigne à cet acide une pesanteur spécifique de 4,050 — 4,060,
GLOBULES DU SANG. 195 ns globules ont la même forme et le même volume dans le sang artériel et dans le sang veineux. Ce fait est en contradiction avec les assertions d'un observateur d’ailleurs fort exact, Kaltenbrunner, qui prétend que les corpuscules du sang se renflent un peu dans les vaisseaux capillaires, et que leurs bords deviennent un peu déchiquetés, J’ai trouvé aussi que la forme des globules n'avait subi absolument aucune altération lorsque j'avais lié , puis excisé les poumons de.Grenouilles, qui continuaient cependant encore de vivre jusqu'à trente heures , probablement par la respiration cutanée, comme les Poissons dans les expériences de Humboldt et Provençal. IL m'a paru d’un grand intérêt d'examiner quelle pourrait être l’action du gaz oxygène et du gaz acide carbonique sur ces corpuscules. Comme l’eau altère sur-le-champ leur forme, je fus obligé d'employer le mercure pour clore l'appareil.
Je me servis d’un tube de verre long de! cinq pouces et demi, sur quatre lignes et demie de large, dont l'extré— mité ouverte pouvait être commodément et parfaitement fermée à l’aide du doigt; je remplis ce tube de mercure, de manière à n’y laisser qu'un petit vide de quelques lignes de hauteur ; je versai dans ce vide du sang de Grenouille, qui par conséquent surnageait le métal; alors je bouchai le tube avec le doigt, et je le retournai, pour faire monter le sang à la partie supérieure , puis je dirigeai dans son intérieur un tube amenant du gaz oxygène, que j'y laissai pénétrer jusqu'à ce que la plus grande partie du métal eût été expulsée. Je replaçai le doigt sur l’orifice du tube, et je secouai avec . Circonspection le contenu (sang, gaz et un peu de mercure), après quoi je replaçai le tout sur le bain métallique.
J'opérai de la même manière avec du gaz acide carbonique.
L’oxygène fit prendre une teinte vermeille au sang de Grenouille ; l’acide carbonique lui en communiqua une évidemment plus foncée, d’un violet sale, presque noirâtre. Le sang se coagula beaucoup plus tard dans l'acide carbonique que dans l'oxygène , ce qui néanmoins était peut-être accidentel , et doit faire désirer qu’on. répète l'expérience, d'ailleurs aussi facile que sûre, Le sang demeura en çontact avec le gaz
pendant trois quarts d’heure. Je mis alors auprès les uns des autres , sur le porte-objet du microscope ; des globules puisés dans les deux sangs, celui qui était en partie coagulé et celui qui conservait en partie sa liquidité, puis je les comparai ensemble ; mais je ne pus apercevoir la moindre différence entre eux; leur forme et leur volume ne différaient pas non plus de ce qu'ils étaient dans les globules provenant du sang d’une autre Grenouille,
IT. De l’état de la fibrine dans le sang.
D'après la théorie généralement admise pour expliquer la coagulation du sang, le caillot rouge est produit par l'agrégation des globules, et ceux-ci eux-mêmes sont des sphères fibrineuses, entourées d’une enveloppe de matière colorante, dontlelavage peut dépouiller le caillot, qui reste ensuite sous la forme d'une masse blanche. C’est cette théorie, défendue principa-
lement par Home, Prevost et Dumas, que Dutrochet a supposée vraie dans ses recherches sur la manière dont le sang se comporte avec la pile galvanique. Cependant Berzelius, s'appuyant sur ce que la lymphe tient de la fibrine en dissolution , présumait qu’il doit y en avoir également dans le sang, d’une sorte de filtration de laquelle paraît dépendre la producton de la lymphe. On pourrait ajouter, comme argument plus concluant encore, que la lymphe elle-même s'introduit dans le sang. Aussi Berzelius émit-il, à titre, de conjecture, l'opinion que la coagulation dépend du passage à l’état solide de la fibrine dissoute dans le sang, dont les globules se trouvent alors emprisonnés par elle. J'ai été assez heureux pour élever cette conjecture au rang de vérité démontrée : je puis prouver que le caillot rouge n’est qu’un mélange de fibrine préalablement tenue en dissolution dans le sang et de globules. Qu'il me soit permis néanmoins , avant d'exposer les faits qui m'ont conduit à cette découverte, de rapporter les essais à l'aide desquels j'avais auparavant cherché à résoudre le problème.
. Comme les globules du sang de l'homme passent à travers le filtre , 11 s'agissait d'employer un appareil ayant des pores assez petits pour retenir les globules, tout en laissant passer
le liquide. Get appareil était une membrane animale soumise à l’action d’une forte pression de la part de l'air. Je tendis une vessie humide sur un large tube de verre susceptible d'être vissé hermétiquement au récipient de la machine pneumatique , de manière que son extrémité entourée par la vessie fit saillie dans le vide , tandis que le sang introduit dans le tube était exposé à la pression de l’atmosphère. Si le sérum contenait de la fibrine dissoute, et que l'action rapide du piston le fit passer dans le vide à travers la vessie , avant la coagulation du sang, il devait se formerun ‘caillot incolore dans la portion qui aurait traversé cette membrane. Afin de trouver une vessie assez mince pour cette expérience, qui devait durer très-peu de temps, je fis plusieurs essais sur une liqueur contenant des globules , sur du lait. Les vessies trop minces crevaient sur-le-champ ; les vessies trop épaisses ne laissaient point passer assez rapidement le liquide. Lorsque je crus avoir trouvé le point juste, j'expérimentai sur le sang d’un Lapin à qui j'avais coupé les vaisseaux du cou, demanière que le sang en masse tombât sur-lechamp dans le tube, et immédiatement après je mis la pompe en jeu. En quatre minutes une forte goutte de sérum traversa la vessie. Ge sérum avait très-légèrement teint en rouge, mais translucide; il ne se coagula pas. En l'examinant au microscope, je reconnus qu'il était passé aussi quelques globules, mais peu nombreux. On aurait tort de conclure de cette expérience que le sérum ne tient pas de fibrine en dissolution; car sa durée ( quatre minutes jusqu’au passage du sérum }) était beaucoup trop longue, puisque deux minutes suflisent au sang de Lapin sorti des vaisseaux pour se coaguler. Pour la rendre concluante , il aurait fallu employer du sang qui se coagulât moins rapidement, il aurait fallu retarder la coagulation de ce liquide par l'addition du sous-carbonate de potasse. Mais je suis parvenu à trouver un moyen bien meilleur pour arriver à la solution du problème. | J'ai remarqué d'abord que quand on reçoit du sang de Grenouille dans un verre de montre, un caillot incolore et limpide comme de l’eau se produit avant là formation du caillot général, et qu’on peut le retirer en le soulevant sur le bord avec
130 ÉTAT DE LA FIBRINE DANS LE SANG, une épingle. On aperçoit aussi des points et de petits lambeaux de caillot incolore et transparent lorsqu'on décante le sang du verre de montre une ou deux minutes après son écoulement, Ces petits caillots sans couleur restent alors adhérens au fond. Pour éviter l'objection que, pendant la section de la cuisse de Grenouille, qui est le moyen le plus facile de déterminer une hémorrhagie , il s'était écoulé, en même temps que le sang, quelques gouttes de Iymphe , à la fibrine dissoute de laquelle devait être attribué le phénomène, je recueillis le sang de l'artère crurale, qui accompagne le nerf à la partie. posté: rieure de la cuisse; je mis ce vaisseau à découvert, et, au moyen de diverses précautions , je parvins à n’obtenir que son contenu , de manière. à être certain d’avoir du sang pur. Je procédai de même sur le cœur mis à nu et ouvert. Chaque fois je remarquai qu'avant la coagulation complète du sang, il se produisait de petits caillots limpides comme de l’eau. Si. je portais une goutte de sang pur sous le microscope, et que je l'étendisse de sérum, afin de bien écarter les globules les uns des autres, je voyais la substance auparavant dissoute produire, entre ces corpuscules , un caillot, par l'intermédiaire seul duquel ils se trouvaient dès-lors unis ensemble, de sorte que, quelque éloignés que fussent les globules, quel: que 2rands que fussent les intervalles entre eux, je parvenuis à les déranger tous à la fois en tirant avec une épingle le caillot qui remplissait leurs interstices. Comme les globules du sang de la Grenouille paraissent extrêmement volumineux à un fort grossissement, cette observation est facile à faire, et ne laisse point place au doute.
Cependant 1l y à encore une manière beaucoup plus facile, et peut-être même plus sûre encore, de se convaincre que la fibrine est réellement dissoute dans le sang. Comme je savais par expérience que le volume des globules de la Grenouille surpasse environ quatre fois celui des globules de l’homme et des Mammifères , je pensai que le filtre pourrait bien les re tenir, au lieu de se laisser traverser par eux, comme il arrive à ces derniers. La chose à lieu en effet, et cette idée simple , qui ne me vint, comme à l'ordinaire, qu’en dernier lieu, me permit de constater que la dissolution de. fibrine
passe parfaitement claire à travers le papier, etne se coagule qu'après. L'expérience peut se faire avec le sang d’une seule Grenouille ; un très-petit entonnoir en verre et un filtre de papier joseph ordinaire sont les seuls ustensiles qu'elle exige ; on conçoit que le filtre doit préalablement être mouillé , et il est bon d'étendre sur-le-champ d'une égale quantité d’eau le sang qu'on vient de verser dessus. Le liquide qui traverse le papier est alors du sérum étendu d'eau, limpide et presque incolore, à part une très-légère temterouge, provenant d'un peu de matière colorante que l’eau ajoutée a dissoute : cependant, comme l’eau dissout assez lentement la matière colorante du sang de Grenouille, le liquide est à peine rougeûtre, et parfois même il n’a pas la moindre couleur. Si, au lieu d’eau pure, on emploie de l’eau sucrée (une‘partie de sucre et deux cents d’eau pure), il ne se dissout point du tout de matière colorante pendant la filtration, et l'on obtient un produit parfaitement incolore , exempt de tout mélange étranger. En l’examinant au microscope , on n y découvre aucune trace de globules. Quelques minutes suflisent pour qu'il s'y forme un caillot tellement limpide et transparent, qu’on ne l’aperçoit même pas après sa production, à moins qu'on ne le retire de la liqueur avec une épingle. Peu à peu il se condense et devient filamenteux et blanchâtre : il ressemble alors à celui que j'ai obtenu de la lymphe humaine dans mes expériences. Telle est la manière d'obtenir la fibrine du sang dans un état de pureté qu'on n'avait pu lui procurer jusqu'à présent, Quelques essais préliminaires sont indispensables pour trouver le papier qui convient. Si le filtre esttrop mince, il laisse passer un petit nombre de globules, qu’on n’aperçoit ensuite qu'en examinant au microscope le caillot limpide dans lequel ils sont emprisonnés. Il va sans dire que, par ce moyen, on n'obtient pas da totalité de la fibrine dissoute dans le sang; la plus grande partie se coagule dans l'intérieur du filtre, n'ayant pas le temps de le traverser avant que la coagulation s'empare d'elle. Pour une expérience qui n’exige pas beaucoup de précision , il suflit de prendre le sang qu’on obtient en coupant la patte d'une Grenouille au genou, et de le laisser aussitôt couler dans le filtre, sur lequel oh à mis un peu
d’eau à peine sucrée. Mais cette méthode est grossière , en ce qu'un peu de lymphe peut se méler avec le sang. Pour opérer sur du sang pur, il faut mettre à nu le cœur même de la Grenouille , l'ouvrir et recevoir le liquide qui s’en échappe. La fibrine qu’on obtient alors n'est pas sensiblement grenue, mais parfaitement homogène : ce n’est qu'après qu'elle s’est fortement resserrée sur elle-même, et qu'elle est devenue blanchâtre, qu'on y aperçoit, au microscope composé, des espèces de granulations très-petites, et à peine sensibles, qui peuvent fort bien tenir à des inégalités de la surface.
Si l’on reçoit le liquide qui traverse le filtre dans un verre de montre plein d’acide acétique , la fibrine de la Grenouille ne se coagule point, et demeure dissoute. Si le verre contient une dissolution saturée de chlorure de sodium, la fibrine ne s'y coagule pas non plus, ou du moins il n’y en a qu'une très-petite partie qui se prend en masse, de même que cette dissolution , ajoutée au sang frais de Grenouille, en retarde extraordinairement la coagulation, effet que produit également la solution de sous carbonate de potasse, sans détruire cependant la faculté de se coaguler. |
Si l'on reçoit le liquide qui suinte du filtre dans un verre de montre contenant de la dissolution de potasse caustique , la fibrine ne se coagule point en une seule masse, mais il se produit peu à peu de très-petits flocons, qu'on ne remarque toutefois qu’en y faisant beaucoup d'attention. Ces petits flocons se forment d’une manière plus sensible encore lorsqu'on fait tomber le liquide dans un verre de montre contenant de l'éther sulfurique, qu'on renouvelle à mesure qu'il s'évapore. La manière dont la fibrine dissoute du sang de Grenouille se comporte avec la potasse caustique établit une différence essentielle entre elle et l'albumine du sérum, qui, en pareil cas , ne dépose ni globules ni petits flocons. La réaction de l’éther est importante aussi ; Car, suivant Tiedemann et Gmelin, l'éther coagule bien l’albumine de l'œuf, mais non le sérum du sang. Mêlée avec l'ammoniaque liquide, la dissolution de fibrine du sang de Grenouille ne donne ni globules ni petits flocons.
Tous ces phénomènes me paraissent très-dignes de fixer
ÉTAT DE LA FIBRINE DANS LE SANG. 1/1 l'attention, puisque personne jusqu'ici n'a pu faire d'expériences sur la fibrine fraîche et dissoute. Ce que nous savions à l'égard de cette substance se rapportait soit à la fibrine coagulée , soit à celle-ci redissoute par des réactifs.
Prevost et Dumas ont cherché à déterminer la quantité des globules dans le sang de divers animaux, d'après la quantité du caillot sec. Leurs expériences, sous ce rapport, ne sont point sans intérêt ; cependant Berzelius a déjà fait remarquer que le résultat d’une telle analyse quantitative ne saurait jamais être exact, parce que le caillot renferme en lui une grande quantité de sérum , qui, par la dessiccation, laisse son albumine et ses sels , tandis que le lavage enlève non pas seulement du sérum, mais encore de la matière colorante. D'ailleurs, Prevost et Dumas étant partis de la supposition que la fibrine du sang provient des globules, leurs résultats ont
esoin d'une nouvelle correction. En effet, ce qu'ils appellent la quantité des globules doit être nommé la somme des globules et de la fibrine auparavant dissoute. Moyennant cette correction, les nombreuses évaluations quantitatives de ces physiciens conservent leur valeur. Il est nécessaire aussi de la faire subir aux analyses de Lecanu sur la quantité des globules dans les divers tempéramens et chez les deux sexes. Des expériences tout-à-fait nouvelles sont nécessaires pour déterminer la quantité de la fibrine dans le sang des différens animaux. Le meilleur moyen pour cela est le fouettement du liquide. .
En fouettant le sang, on obtient, à l’état de caïllot incolore, | ou à peu près, la fibrine que ce liquide tenait auparavant en dissolution , tandis que les globules demeurent suspendus dans le sérum , sans avoir subi aucun changement. Quand on examine le sang après qu'il a été fouetté , il conserve encore toutà-fait son aspect naturel; on trouve les globules qui y nagent uniformément , et qui n’ont éprouvé aucune altération, pourvu qu'on n’ait point ajouté d’eau. Je ne sais à quoi peut tenir que Berzelius dise le contraire. Il fait remarquer, en effet, que quand, après avoir fouetté le sang, on l'examine au micro- Scope composé , on n'y aperçoit plus de globules, mais seulement de petits corpuscules rouges et brisés, qui nagent dans
a42 ÉTAT DE LA FIBRINE DANS LE SANG.
un liquide jaune , et qu’il regarde comme des débris de l’enveloppe de matière colorante : il ajoute que ces corpuscules passent à travers le filtre de papier ; mais la même chose arrive aussi aux globules du sang frais des animaux supérieurs. Il dit que quand on conserve du sang fouetté pendant plusieurs jours à la température de zéro, ces corpuscules rouges tombent lentement au fond, et que la liqueur s'éclaireit au dessus d'eux, quoiqu'elle soit parfois encore rendue rougeâtre par une petite quantité de matière colorante non dissoute. Malgré tout le poids que j'attache aux opinions du grand chimiste suédois, je dois faire observer que je retrouve les globules, sans changement aucun, dans le sang fouetté , tant qu'il n’y à point été ajouté d'eau. Je les ai vus dans le sang ainsi traité du Veau et du Bœuf, tant avec le microscope de Frauenhofer , qu'avec un autre instrument, et ils n'avaient subi aucune altération ni dans leur volume ni dans leur forme, de sorte qu'il m'était aussi facile d'y constater même leur aplatissement que dans du sans frais. Le sang fouetté conserve son apparence naturelle pendant plusieurs jours à une température de quinze degrés du thermomètre centigrade ; les globules s'y maintiennent donc en suspension, et ne tombent point au fond. Au bout de douze heures, le sérum jaunâtre n'était qu'à une seule ligne au dessus du niv des globules nageans , et au bout de deux jours ces derniers ne s'étaient abaissés que de deux lignes à deux lignes et demie au dessous du sérum, dans un vase suffisamment large et haut de huit pouces. Ce phénomène tient évidemment à la grande pesanteur spécifique du sérum du sang des animaux supérieurs. Les globules de la Grenouille se précipitent avec promptitude au fond du vase, dans un mélange de globules et de sérum. Si l'on ajoute de l’eau à du sang fouetté, une partie de la matière colorante se dissout , et une portion des globules tombe au fond, sous la forme de dépôt. J'ai déjà dit précédemment qu'il est absolument nécessaire, pour expliquer la couenne inflammatoire , de connaître la pesanteur spécifique du sérum du sang enflammé. Ici je vais donner le résultat de mes re-
cherches sur celle des différens matériaux constituans du .
sang de Bœuf.
ÉTAT DÉ LA FIBRINE DANS LE SANG. 143 Un petit flacon bouché à l'émeri, de la capacité dé cent
- quatre-vingt-quinze grains et treize seizièmes d'eau distillée, . contenait deux cent grains et demi de sérum de sang de Bœuf,
ét deux cent sept grains du même sang débarrassé de la fibrine par le fouettement ( globules et sérum ). De là résulte que la pesanteur spécifique du sang de Bœuf dépouillé de la fibrine dissoute est de 1,057, et celle du simple sérum de 1,024.
Le fouettement du sang procure l'avantage extraordinaire, et qu’on ne peut obtenir par aucun autre moyen, d'isoler les globules sans leur faire subir le moindre changement , en les séparant de la fibrine qui était auparavant dissoute. Si l’on passe la masse à travers un morceau de toile, qu'on lave avec soin la fibrine, pour la dépouiller de tout Le sérum qui pourrait y adhérer, et qu'on la fasse sécher, on obtient d'une manière certaine la quantité précise de fibrine que contenait une quantité donnée desang. Mais la quantité des globules nesaurait être déterminée d’une manière aussi rigoureuse. Quand on a calculé la quantité du caillot rouge dans cent parties, et qu’on en a soustrait celle de la fibrine dans cent parties de sang, on obtient bien la quantité des globules contenus dans ce caillot, mais on en a simultanément une indéterminée d’albumine provenant du sé- : rum qui se trouvait emprisonné dans le caillot, et dont l'albumine et les sels sont restés pendant la dessiccation. Il y a bien un moyen détourné, que Lecanu à proposé, pour dé— terminer la quantité de la matière colorante rouge; mais ce chimiste est parti aussi d’une supposition. On détermine la quantité d'albumine dans le sérum du sang , on dessèche du sang fouetté, débarrassé de fibrine, et on apprécie la quantité d'eau qu'il perd. Si maintenant on suppose que cette eau tenait en dissolution, d’une manière parfaitement uniforme, autant d’albumine qu'on en a trouvé dans le sérum, si par conséquent on admet que l’eau qui pénètre la substance des globules contenait aussi tout autant d'albumine, on peut déterminer la quantité d’albumine existant dans le mélange desséché de sérum et de globules de sang fouetté, et il reste la quantité des globules.
Comme il n'y à que la quantité de l'albumine préalable-
ment dissoute qu’on puisse déterminer d'une manière certaine ,
en opérant pour cela sur du sang fouetté, je ne me suis occupé que de ce point. De 3627 grains de sang de Bœuf fouetté j'ai obtenu 18 grains de fibrine à l’état sec, et de 3945 grains de sang de Bœuf non battu, 641 grains de caillot rouge, également à l'état sec; ce qui fait, sur centiparties de sang de Bœuf, 16,274 de caillot rouge sec, dans lequel il y a 0,555 de fibrine.
Prevost et Dumas ont trouvé plus de globules dans le sang artériel que dans le sang veineux ; mais on doit aussi entendre par là une plus grande quantité de caillot rouge. Comme les organes fournissent continuellement de la lymphe quiuent de Ja fibrine en dissolution, on doit s'attendre à ce que cette dernière soit plus abondante dans le sang artériel que dans le sang veineux. C’est aussi ce que Mayer a trouvé dans plusieurs expériences. Cependant il m'a paru nécessaire de m'en assurer moi-même et directement. J'obtins, d’une Chèvre, 4392 grains de sang provenant de la veine jugulaire, et peu de temps après, 3004 provenant de l'artère carotide. Ces deux sangs furent fouettés, en évitant avec soin les éclaboussures.
Le sang artériel donna quatorze grains et demi de fibrine sèche, s
et le veineux cinq grains et demi. Le sang artériel de la Chèvre contient donc 0,484 pour 100 de fibrine dissoute, et son sang veineux , 0,395.
La one que les chimistes ont étudiée jusqu’à ce jour comme étant la fibrine du sang, n'était que la fibrine dissoute dans ce même sang, et que l’on obtenait pure quand on fouettait ce liquide, mais qui, lorsqu'on la tirait du caillot rouge épuisé par le lavage, pouvait contenir encore les noyaux des globules, en supposant qu’il y ait réellement des noyaux dans les globules du sang de l’homme et des Mammifères. Gependant la quantité de ces noyaux ne saurait être bien considérable; car lorsqu'on lave du caillot rouge sur un filtre, on n'obtient pas plus de fibrine que quand on fouette du sang. 11 pourrait arriver que ces noyaux, qui, dans tous les cas, sont d'une pet'tesse extraordinaire, se détachassent pour la plus grande partie du cuillot pendant le lavage, et qu'ils fussent tenus en suspension dans la dissolution de matière colorante ,
de même qu’en se contentant d’agiter le caillot rouge du sang de Grenouille même, on obtient avec le sérum une énorme quantité de globules entiers et non altérés, qui se détachent. Ces noyaux sont difficiles à découvrir au microscope dans une dissolution de substance colorante, s'ils s’y trouvent réellement contenus. Quand, après avoir placé une goutte de sang humain sur le porte-objet du microscope, on l'étend de plusieurs gouttes d’eau, les globules ne tardent point à devenir indiscernables , et la matière colofante se dissout dans l’eau, sans qu’on voie distinctement apparaître de noyaux; si l’on opère de la même manière avec de l’acide acétique , on n’aperçoit plus de globules qu’en y faisant beaucoup d'attention. Je ne sais pas si les noyaux de globules que j'ai obtenus du sang de Grenouille sont de la fibrine ou non; ils ont les propriétés générales de la fibrine et de l'albumine coagulées, ils se dissolvent aisément dans les alcalis et difficilement dans les acides, et l'acide acétique ne les altère point, même après vingt-quatre heures de réaction, quoiqu'il se charge d’ailleurs volontiers d’une certaine quantité de fibrine. Les globules du sang de la Grenouille, mis en petite quantité dans l'acide acétique, forment une poudre brune qui, examinée au microscope , ne montre plus rien de l'enveloppe colorante, et ne laisse apercevoir que des noyaux elliptiques. La fibrine ne se comporte pas ainsi avec cet acide, dans lequel elle devient transparente et incolore. Cependant la coloration en brun des noyaux ellipsoïdes tient peut-être aussi à de la matière colorante qui y adhère. Du moins le dépôt blanc de noyaux de
globules du sang de Grenouille, qu'on obtient en étendant de
beaucoup d’eau un mélange de sérum et de globules, ne se colore-t-il point. Le brunissement des noyaux dans l'acide me rappelle au passage de la Chimie animale de Berzelius, dans lequel il dit que l'acide acétique concentré convertit la matière colorante des Mammifères en une gelée tremblante et brune, qui, lorsqu'on la met digérer avec de l'eau, donne une liqueur à demi claire et d’un brun rouge, laissant un résidu noir insoluble.
Qu'on me permette encore une remarque au sujet du choléra. Le sang des hommes et des animaux en santé ne contient pas
d'acide, comme l’a prétendu Hermann, quin’en a pas trouvé non plus dans le sang des cholériques.: Le sérum réagit d'une manière évidemment alcaline chez l’homme et les Mammifères , tandis que celui du sang de Grenouille exerce si peu d'action sur les couleurs végétales, que l’on ne commettrait pas une bien grande erreur en le rangeant parmi les substances neutres. Il est évident que la principale altération du sang des cholériques consiste dans la tendance que ce liquide manifeste pendant la vie même à se coaguler. Que ce changement du sang soit la cause des symptômes, ou seulement l'effet de la cause immédiate , toujours est-il qu’on doit voir en lui le plus grand des obstacles à la guérison ; car il n’y a plus de vie possible dès que des caillots se forment dans les vaisseaux. Il me paraît donc que le premier problème des médecins devrait être de combattre cette altération du sang. Or on sait que le sous-carbonate de potasse et celui de soude enlèvent au sang son aptitude à se coaguler, et il résulte des observations de Prevost et Dumas que le sang des animaux supérieurs ne se coagule plus quand on y ajoute un millième du second de, ces sels. La même those arrive avec le carbonate de potasse, quoique, même en grande quantité , il ne fasse que retarder pendant long-temps la coagulation du sang de Grenouille. Comme le sous-carbonate de potasse est une substance assez peu capable de nuire , il conviendrait, dès le début du choléra , de le donner à grandes doses et en insistant sur son emploi. J'invite les médecins qui en auront l’occasion à mettre ce conseil en pratique avec quelque persévérance.
IT. De l’action de la pile galvanique sur le sang.
Pour bien juger des effets de la pile galvanique sur le sang,
il faut d’abord chercher à connaître comment elle agit sur le sérum, qui estune dissolution d'albumine , avec des sels, et sur une dissolution aqueuse d’albumine du jaune d'œuf. Dans cette dernière, toute la substance animale n’est point dissoute, et la dissolution aqueuse d'albumine y présente encoresau microscope des globules extrêmement petits, qu'on n’aperçoit qu'à de très-forts grossissemens. J'ai été conduit à examiner l'ac-
tion du galvanisme sur toutes ces liqueurs par les ingénieuses expériences de Dutrochet. J'ai eu souvent occasion de constater l'exactitude que cet observateur distingué apporte dans ses recherches ; mais je ne suis pas toujours tombé d'accord avec lui en ce qui concerne les explications. Il faut se garder de considérer des faits intéressans dont on ne peut tirer aucune conclusion certaine comme des preuves à l'appui d’une ‘hypothèse. Dans mes expériences, j'ai étendu une goutte de la liqueur à examiner sur une lame de verre, et je l’ai mise en rapport avec les pôles d’une pile de quatre paires de plaques minces, ayant deux pouces et demi de long etde large.
Si l'on galvanise une goutte de dissolution aqueuse de jaune d'œuf (qui tient en suspension de très-petits globules microscopiques), on remarque bientôt les ondes que Dutrochet a observées le premier. L'onde qui part du pôle cuivre ou négatif, et dans laquelle s'accumule l'alcali des sels , est transparente , à cause de là dissolution de l'albumine par cet-alcali. Celle qui part du pôle zine ou positif, et dans laquelle se réunit l'acide , est opaque et blanchâtre , surtout à son pourtour, moins au pôle lui-même. Ces deux ondes se dirigent l’une vers l’autre, et sur la ligne où elles entrent en contact , il se forme un caillot linéaire, qui a tout-à-fait la forme de cette ligne, et qui parfois est frangé , comme l'était le bord des ondes à l'instant où elles se sont touchées. Le contact des deux ondes à lieu avec un mouvèment vif dans la ligne .de rencontre , après quoi s'opère le dépôt du caillot. Mais dès que celui-ci est déposé, tout redevient tranquille , et l’on neremarque jamais la moindre trace de mouvement dans le coagulum. Il est donc inconcevable qu’un observateur de premier ordre, tel que Dutrochet, puisse considérer ce caillot albumineux comme une fibre musculaire contractile produite par l’électricité. De plus, ce caillot, comme l’albumine qui, dans la galvanisation du sérum du sang, se dépose au pôle zinc, n’a point de consistance , mais consiste en globules faciles à séparer les uns des autres , et qui se sont seulement déposés sous la forme de la ligne de contact des deux ondes, sans avoir nulle cohésion entre eux. Si l’on expose aux deux pôles une goutte de sérum, peu importe qu'il provienne de la Grenouille ou d’un
Marnmifère , pourvu qu'il ne contienne pas de globules, on n’aperçoit plus d'ondes , probablement parce que la limpidité du sérum les rend invisibles. Mais il se fait au pôle zinc un dépôt de globules d’albumine , qui là augmentent de dedans en dehors, attendu que ceux qui s'appliquent les premiers autour du pôle sont repoussés par les nouveaux dépôts qui se produisent sans relâche. D'après les vues que Dutrochet a suivies dans l'application de la pile galvanique à des substances animales, on devrait considérer l’albumine du sérum du sang comme un corps électro-négatif , parce qu'elle se dépose au pôle zinc ou positif. Mais ce dépôt est le résultat de la coagulation de l’albumine par l'acide des sels décomposés quis’accumule au pôle zinc, et s'ilnese fait pas de dépôt d’albumine au pôle cuivre , c’est que l’alcali tient là cette substance en dissolution. Cependant, lorsque la pile est très-forté , il se précipite aussi de l’albumine au pôle cuivre, comme l'a montré Gmelin, et ce phénomène tient alors vraisemblablement à la chaleur qui est mise en liberté. Evidemment c’est des selscontenus dans les liqueurs qu'il dépend que la dissolution de jaune d'œuf ne dépose point de caillot au pôle zinc d'une pile de la force de celle dont j'ai fait usage, mais qu’elle y produise seulement une onde opaque , qu’un caillot se produise au contact des ondes émanées des deux pôles , et qu’au contraire le sérum du sang dépose de l'albumine au pôle zinc. Lassaigne coagula de l’albumine au moyen de l'alcool, et la lava avec ce menstrue jusqu'à ce que le nitrate d'argent attestât qu’elle ne contenait plus de chlorure de sodium. De cette albumine ainsi coagulée il se dissout 0,007 dans l'eau. Cette petite portion dissoute n’était point coagulée par la pile voltaïque, parce qu'elle ne contenait point de chlorure de sodium, car elle se coagulait dès qu’on y ajoutait du sel (1).
Si je voulais expliquer mes expériences d’après les principes de Dutrochet, l’albumine du jaune d'œuf serait neutre, parce qu’elle ne se coagule qu’au contact des deux ondes, et celle du sérum du sang serait électro-négative , parce qu’elle se coagule au pôle zinc. Mais il suffit, comme je l'ai éprouvé,
(4) Annales de chimie, t. XX, p. 97.
em om nos
d'ajouter un peu de sel marin à la dissolution de jaune d'œuf, pour qu’elle se coagule au Roi zinc et qu'il ne se forme plus d'ondes.
Si l’on expose à l’action de la pile galvanique une goutte largement étalée de sang de Grenouille ou d’un Mammifère , les bulles ordinaires de gaz se forment autour du pôle cuivre, et l’albumine se coagule au pôle zinc, sous la forme d'un magma incohérent de granulations, absolument comme il arrive quand on traite le sérum du sang de la même manière. Les corpuscules du sang ne s’amassent ni au pôle positif n1 au pôle négatif, la fibrine ne se coagule ni plus tôt ni plus tard qu'autrement, et elle ne le fait ni au pôle positif ni au pôle négatif, mais dans toute la largeur de la goutte, entre les deux pôles, et tout autour à quelque distance des pôles. Immédiatement autour des pôles les corpuscules du sang subissent une décomposition, à cause des acides et des alcalis quis’accumulentsur ces points. Ceux du sang de Grenouille se rapetissent un peu, tant auprès du pôle zinc, qu'auprès du pôle cuivre, mais sans cependant se réduire jusqu'à leurs noyaux; dans tout le reste de la goutte, ils ne subissent aucun changement. La décomposition paraît se faire, près du pôle cuivre, aux dépens de la matière colorante ; car, aussi loin que les bulles de gaz hydrogène s'amassent autour de ce pôle, il se dépose aussi une substance d’un brun clair et filante , qui se mêle avec les bulles. Ge mélange, examiné au microscope , consiste en bulles d'air et en corpuscules sanguins rapetissés, qui tiennent les uns aux autres. La fibrine se coagule au moment ordinaire dans toute la goutte, sans nul changement des globules, et cettecoagulation a lieu de la même manière lorsqu'on emploie du sang artériel ou veineux de Lapin, au lieu de sang de Grenouille. Si, en opérant sur du sang frais de Grenouille , on enlève le caillot qui se forme, jusqu’à ce qu'il ne s’en produise plus , il reste enfin un mélange de globules et de sérum. On obtient davantage de ce mélange en agitant un peu le caillot qui s’est produit. Une goutte, “Jar gement étalée et exposée à l’action de l'appareil galvanique , présente les mêmes phénomènes que le sang frais , à l'excepüon de la fibrine , qui manque ici. Les globules ne s'accumu-
150 ACTION DU GALVANISME SUR LE SANGe
lent ri au pôle positif ni au pôle négatif, et restent à leur place dans toute la goutte: Au pôle zinc se forme un dépôt pultacé de globules d’albumine , comme quand on galvanise le sérum, si ce n’est qu'ici il est coloré en rouge par des globules. Au pôle cuivre se produisent l'écume ordinaire et la substance brunâtre et filante, provenant de globules décomposés. Cette matière brunâtre et filante s'obtient également lorsqu'on mêle avec une dissolution de potasse un mélange de globules et de sérum de Grenouille dépouillé de caillot, Un mélange de globules et de sérum provenant du sang fouetté de Mammifère ne dépose point de matière filante au pôle cuivre.
Il nous reste encore à examiner comment se comportent :
avec la pile voltaïque, et une dissolution de matière colorante du sang , dépouillée autant que possible de sérum, et la fibrine débarrassée de tous globules. |
Sion lave du caillot rouge de sang de Mammifère jusqu’à ce qu'il soit dépouillé de sérum, et qu’ensuite on lave de nouveau dans un peu d’eau le caillot rouge qui reste encore, la première eau contient de la matière colorante avec beaucoup de sérum, et la seconde de la matière colorante avec peu de sérum. En exposant à l’action de la pile de Volta une goutte de cette dernière dissolution aussi chargée que possible de matière colorante, j'ai obtenu des résultats différens, selon que je fermais la chaîne avec les fils de cuivre eux-mêmes, ou que j'ajoutais à celui du pôle zine , qui S'oxide fortement , un bout de fil de platine, pour mettre hors de jeu l’oxidation du cuivre. Dans le premier cas , les phénomènes ont été diflérens de ceux que décrit Dutrochet dans le second ils ont été les mêmes.
Lorsque j’employais de simples fils de cuivre pour fermer la chaîne, il se produisait, autour du pôle zinc, un caillot pultacé rouge d'albumine et de matière colorante du sang. Ge caillot allait toujours en augmentant, parce que l'anneau rouge formé autour du pôle se trouvait chassé par le dépôt survenu en avant de lui. Mais les dépôts subséquens sont moins rouges, et la plupart n'ont qu'une teinte de gris-blanc. La coagulation a lieu tout autour du fil : cependant le caillot s'étend un peu plus versie pôle cuivre qu'il n’a coutume de le faire à la pé-