III. En observant la circulation au microscope
4° On remarque constamment des courans sanguins qui consistent en des séries simples de globules, qui par conséquent sont incolores , et ne peuvent être vus à l'œil nu. Si maintenant on admet, comme Senac l'avait déjà fait (1), que les vaisseaux séreux, envisagés dans l’acception la plus générale du mot, sont des capillaires ordinairement incolores et par cela même invisibles, mais susceptibles, quand l’afflux du sang augmente, d'admettre ce liquide et de paraître rouges, leur existence est prouvée.
5e Suivant la remarque de Wedemeyer (2), à mesure que le diamètre des vaisseaux capillaires s’affaiblit , la quantité de sérosité sanguine augmente dans leur intérieur , et celle des globules diminue, de sorte que, comme l’a fait voir Muller (3), ceux-ci marchent isolés et à la suite les uns des autres dans les courans les plus exigus. D’après cela, il est non seulement possible, mais même vraisemblable, qu'il y ait des courans
(4) Loc, cit., t. IT ,'p. 474.
(2) Meckel, Archio fuer Anatomie, 1828, p. 346, (3) Zbid., 1829, p. 186,
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plus déliés encore , qui habituellement ne contiennent pas de globules du tout, et qu'on ne voie point, parce que la Sérosité sanguine qu'ils renferment est transparente et incolore. 6° Mais on a réellement aperçu de pareils courans, libres, au moins momentanément, de globules du sang. Haller (1) à observé que les capillaires artériels cessent quelquefois de charrier des globules , sans pour cela disparaître, et Wedemevyer (2) a vu qu'ils n'en conservaient pas moins leur capacité antérieure, de sorte qu'ils doivent être pleins de séro= sité sanguine. Ce dernier a fréquemment remarqué (3) des capillaires, indiqués par deux lignes, qui étaient si étroits que, quand un globule se présentait à leur orifice, il y demeurait arrêté, puis se trouvait au bout de quelque temps
entraîné par le courant; mais parfois aussi ce globule y en- ”
trait pour ainsi dire de force, après quoi d’autres le suivaient, de manière que le vaisseau séreux devenait dès-lors un ca-
pillaire sanguin. Ce qui convainquit Wedemeyer de l'existence …
de la sérosité sanguine dans les vaisseaux qui ne charriaient point de globules, c'est que, quandil les vidait en faisant périr l'animal d'hémorrhagie , ou en les frottant avec un pinceau , ils s'affaissaient, et ne paraissaient plus que comme des stries de tissu cellulaire condensé (4).
(Dans les capillaires les plus déliés, les globules ne passent qu'un à un, et avec des interrupüons, de sorte qu'on peut compter les momens qui s’écoulent entre les passages de ces corps isolés. Tantôt ils se succèdent avec rapidité, tantôt ils n'arrivent qu’à d'assez grands intervalles; telle gouttière ne présente pendant quelque temps que de la sérosité sanguine, puis tout à coup on y aperçoit des globules à la suite les uns des autres. Sans globules, les courans sont incolores, transparens ; avec des globules isolés, ils paraissent d’un jaunâtre
pâle, sans perdre leur transparence ; beaucoup ‘de globules |
les rendent rougeâtres , et si les vaisseaux ont plus de calibre, ils prennent âlors une teinte rouge.
(1) Opera minora , t. I, p. 88.
(2) Untersuchungen ueber den Kreisiauf, p. 203. (3) Ibid, p. 208.
(4) Jbid,, p. 284. :
Il sera question plus loin des vaisseaux capillaires de la cornée transparente, de la capsule cristalline et du corps vitré ; mais on se demande si ces parties transparentes charrient du sang complet ou seulement de la sérosité sanguine. Il est prouvé d'abord que ce sont, non des vaisseaux particuliers, mais seulement des branches de vaisseaux sanguins , et que, même dans l’état de santé, la paroi postérieure de la capsule cristalline a des vaisseaux qui charrient du sang rouge. On peut s’en convaincre dans les Veaux et les Bœufs, en ouvrant avec circonspection, sur le côté et en arrière , un grand nombre d'yeux de ces animaux ; il arrivera souvent qu'on trouvera non seulement l’artère centrale du corps vitré, mais encore les ramifications qu'elle envoie à la paroï postérieure de la capsule eristalline , pleines de sang, et il ne sera même pas nécessaire de recourir à la loupe pour s’en assurer. Il ne suit pas de [à que tous les vaisseaux capillaires des parties transparentes de l'œil admettent le sang rouge; il pourrait fort bien se faire que les plus déliés d’entre eux ne fussent accessibles qu’à la sérosité sanguine transparente. Dans certaines parties transparentes d'animaux vivans, on n’aperçoit pas d’autres vaisseaux capillaires que ceux qui charrient des globules , quoique , dans les plus petits d’entre eux, ces derniers ne se succèdent fréquemment qu'à de longs intervalles et avec des interruptions. Mais, ce qu'il y à de certain, c’est que, dans aucune partie , il n’y a d’autres vaisseaux que des capillaires et des lymphatiques, et que les vaisseaux admis par les anciens, remis en vogue par quelques pathologistes modernes , sous les noms de vasæ serosa, seroso-lymphatica, arterioso-lymphatica, etc., doivent être relégués parmi les fables, avec les vis, les suçoirs, les pompes et les extrémités béantes de vaisseaux, dont on s’amusait dans l'antiquité) (1).