‹ Traité de physiologie, consideŕeé comme science d'observation (volume 5)Chapitre 38 sur 81 · C. Veines et cœur · texte numérisé non relu

C. Veines et cœur

$ 704. Le reste du cours du sang est plus manifeste, et a fait naître moins de doutes.

I. Le cours du saug vers le cœur , par les veines, était déjà

(4) Addition de J. Muller.

connu en partie de Praxagoras, qui enseignait que le pneuma puisé dans l'atmosphère passe, par les veines pulmonaires , au cœur et de là dans les artères. Plusieurs faits se réunissent pour prouver que cette direction est générale, |

1° Le premier est la disposition des valvules. Elle fait qu’on ne peut injecter les veines que dans la direction des branches vers les troncs. C’est au seizième siècle qu’on commença à étudier ces valvules avec plus de soin , et déjà Bérengér de Carpi avait reconnu qu’elles s’opposent au retour du sang des troncs dans les branches , quoique plus d’un anatomiste, entre autres Fabrice d'Acquapendente , crüt encore qu'elles n'ont d'autre usage que de prévenir les dilatations outre mesure et l'afllux trop violent du sang vers les organes.

2° Quand la circulation est arrêtée dans le cœur , les troncs veineux se dilatent.

3° Lorsqu'on lie ou qu'on comprime une veine, elle se vide entre l'obstacle et le tronc ou le cœur , et se gonfle entre ce même obstacle et la périphérie, tandis que le sang s'accumule ‘aussi dans les organes. L’antagoniste le plus récent de la circulation , Kerr (1), objecte que ce gonflement se réduit à peu « de choses , et qu'il n’augmente pas quoique les artères continuent de battre. Cependant on conçoit très-bien que la veine ne puisse pas se distendre au-delà d’un certain terme, et qu'alors il survienne une obstruction , à moins que, comme dans la plupart dés cas, le sang ne soit ramené au cœur par d’autres veines, notamment par celles qui sont plus profondes.

Av Une veine coupée en trayers, qui a des valvules (et celles-ci ne manquent que dans les troncs et dans les veines des viscères), nesaigne continuellement que du bout tourné vers la périphérie ; quant au bout quiregarde le cœur, le sang ne s’écoule que de l’espace compris entre la plaie et la plus pro- « chaine valvule, de sorte qu'il n’est pas nécessaire de le lier dans les opérations chirurgicales.

5° Enfin cette direction du courant des branches vers les troncs , et de ceux-ci vers le cœur, se voit clairement chez les animaux , où Malpighi l'a.observée le premier d'une manière immédiate.

(4) Loc, cit,, p. 63.

I. Platon savait déjà que le cœur envoie le suc vital; car il le désignait comme étant la source du sang et l'origine de tous les vaisseaux.

6° On le voit se dilater et se resserrer alternativement, et lorsqu'il est transparent , on reconnaît que, pendant la : stole , il est rouge et plein de sang, tandis que, pendant la systole , il est pâle et vide ($ 471, 3°).

7e Si on lie les troncs veineux , il reste vide ; si on applique une ligature sur les troncs artériels, il demeure plein; si on l'ouvre , tout le sang s'écoule.

8° Lorsqu'on transfuse du sang étranger dans les veines , ou qu'on y infuse un autre liquide, ces substances reparaissent dans les artères. À

9° Les valvulés sont disposées de telle sorte que le sang peut passer des ventricules dans les artères, mais non refluer de celles-ci dans ceux-là ; aussi n'est-ce que par les veines qu’on parvient à injecter complétement le cœur.

ARTICLE Ils

De la marche du sang.

Z. Détails de la marche du sang.

$ 705. Après avoir considéré d'une manière générale la carrière que le sang parcourt, il faut en étudier les diverses stations.

À. Cœur.

Nous commencerons par le cœur.

le Eneffet, le cœur est évidemment le point céntral dusystème vasculaire , puisque tout le sang dés diverses veines s'ÿ réunit, et que tout celui qui parcourt les différentes artères en part. Comme partie constituante du système vasculaire, il porte le caractère de vaisseau ($ 688), mais à un plus haut degré de développement. La membrane vasculaire commune . forme des valvules , auxquelles , comme à l’épiderme du sque- Jette extérieur , des muscles s’attachent au moyen de tendons. La couche celluleuse extérieure s'est développée en une membrane séreuse , lé péricarde. Enfin la couche fibreusé

médiane est devenue une masse musculaire complète , avec des vaisseaux sanguins et des nerfs considérables, dans laquelle la locomotilité animale s'est élevée à son plus haut degré de puissance , sans obéir à la volonté.

2° Pendant que les ramifications des vaisseaux se rlômsent dans les organes et sont admises dans leur tissu , mais que les troncs représentent simplement des canaux conducteurs, le cœur se montre organe spécial et indépendant , sous la forme d'une vésicule à parois épaisses , chez les animaux vertébrés et chez les Moilusques. Le cœur des animaux vertébrés est logé dans la cavité pectorale , que la région gutturale représente chez les Poissons. Celui des Mollusques occupe des partes diverses du corps; dans plusieurs Gastéropodes, par

exemple, il est placé en devant; chez d’autres, on le trouve en arrière; et dans les Bivalves, il entoure le rectum en ma-

nière d'anneau. Chez les animaux articulés, la centralisation est moins prononcée , et le cœur constitue moins un organe à part : dans les Insectes , les Arachnides et les Crustacés, on le distingue bien encore, mais il affecte la forme d’un utricule,

qui, chez plusieurs Crustacés, s'étend le long du corps entier et ressemble à un tronc vasculaire, et qui , affectant aussi la même forme chez les Insectes, y porte le nom de vaisseau dorsal. Nous rappellerons ici qu’au moment de sa première apparition dans les embryons d'animaux vertébrés, le cœur a également une forme utriculaire ($ 441, 1° , 2°). Enfin , chez les Annelides, il est remplacé par des troncs vasculaires animés d’un mouvement pulsatif.

Dans les animaux sans vertèbres, cet organe.est situé du côté de la surface supérieure, au dessus des centres de la sensibilité ; c'est au dessous de ces derniers qu'on le trouve chez les vertébrés.

3° Il y a déjà dans les cœurs utriculiformes des fibres musculaires manifestement développées. Ces fibres constituent, dans les cœurs vésiculiformes, plusieurs couches, dont on compte même deux bien distinctes l’une de l'autre chez les Poissons. La plupart d’entre elles affectent une direction oblique ou spirale , et celles des diverses couches s’entrecroisent; mais il y en a aussi de circulaires, qui forment une couche

plus mince. Le tissu est plus ferme et plus consistant que dans les muscles soumis à l'empire de la volonté, et ne contient point de tissu cellulaire. La face interne est rendue inégale, chez l’homme et plusieurs Mammifères , par des faisceaux musculaires qui se détachent des autres , et font des saillies entre lesquelles on remarque des vides, disposition qui rend possible une contraction plus énergique.

L° La substance musculaire du cœur a des vaisseaux plus volumineux et reçoit par conséquent plus de sang que les muscles de même volume qui obéissent à la volonté. Ses artères sont, chez les animaux à sang chaud, les premières branches de l'aorte ; ce qui ne tient pas uniquement au voisinage , mais paraît dépendre aussi de ce que le sang a des qualités artérielles plus prononcées là qu'ailleurs ; car, chez les Poissons, les artères cardiaques ne naissent point de l’artère branchiale qui sort du cœur, mais du commencement de l'aorte produite par le confluent des veines branchiales.

o° Les nerfs du cœur sont plus minces et plus mous que ceux des muscles soumis à la volonté. Ils partent du grand sympathique et du nerf de la dixième paire cérébrale; c’est le premier surtout qui les fournit chez l’homme, et le second chez les animaux. PAUER

6° Le cœur utriculiforme est attaché à la paroi du corps par des muscles et des ligamens. Le cœur vésiculiforme des : animaux vertébrés et des Mollusques est entouré d’une membrane séreuse ; le péricarde , qui le fixe aux parties voisines, l'isole, empêche qu’il ne soit comprimé dans les diverses attitudes du corps, et entretient sa mobilité par l'humidité et la lubrification de ses surfaces correspondantes. Chez les Mammifères et les Oiseaux, la moitié interne du péricarde, celle qui adhère au cœur, se refléchit sur elle-même, à la jonction de cet organe avec les troncs vasculaires, et constitue ainsi Ja moitié extérieure ou pariétale, celle qui est libre. Chez plusieurs Poissons et Repiüles, on trouve encore des connexions filiformes entre les deux moitiés, principalement à la pointe du cœur. Le péricarde favorise les mouvemens du cœur; si on l’ouvre sur un animal vivant, les battemens cardiaques deviennent plus violens, mais ils ne tardent

point à s’affaiblir, et ils cessent plus tôt que dans le cas de simple ouverture de la poitrine (1). Ce phénomène s’observe même chez les Poissons (2), de sorte qu'il ne tient point uniquement à l'influence de l’atmosphère et à sa température.

a. Mouvemens du cœur en général,

8 706. La vie du cœur se manifeste par le mouvement, à l’aide duquel cet organe communique l'impulsion au sang.

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