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ment observée par Wedemever (1) et Sarlandière (2). Beaucoup de phénomènes qui ont lieu chez l’homme en santé attestent qu'elle est fréquente : il arrive quelquefois qu’on éprouve dans un point de-son propre corps une sensation semblable à celle qui résulterait d’un écoulement d’eau dans une bouteille à étroite ouverture, et qui peut difficilement être attribuée à autre chose qu’à la pénétration du sang dans un rameau vasculaire demeuré vide pendant long-temps; dans ce qu’on appelle l’onglée, les doigts deviennent tellement exsangues qu’en y faisant une piqüre , il ne s'écoule pas une seule goutte de sang.
3° Ces variations surviennent principalement à la périphérie du système sanguin, où les vaisseaux sont liés ensemble par de nombreuses anastomoses, où leur extensibilité et leur dilatabilité permettent qu'ils changent aisément de diamètre. Comme ils ne font qu’un avec le sang, dont ils représentent le côté extérieur, ils se moulent en quelque façon sur lui, et suivent jusqu'à un certain point ses vicissitudes, dekmanière qu'ils se dilatent ou se resserrent suivant que lui-mêfté augmente où diminue de quantité (3). Mais l’anastomosé est un canal de jonction entre deux courans, par lequel le sang passe de celui qui a la prépondérance dans l’autre qui est plus faible. Ainsi ce sang s'écoule, par le rameau anastomotique, du vaisseau qui a un plus grand diamètre dans celui qui en a un moins considérable. Mais, la plupart du temps, les deux vaisseaux sont, d'égal calibre, et alors le sang n’a point de direction fixe dans l'anastomose; sa direction varie en raison des changemens que subissent les courans contenus dans les deux vaisseaux.
( En examinant des vaisseaux capillaires’ au microscope, on distingue de petits courans artériels à partir desquels le sang se partage en plusieurs gouttières, et de petits courans veineux dans lesquels il se réunit de nouveau ; mais quelquefois on voit la direction changer dans les anastomoses arté-
A) Untersuchungen ueber den Kreislauf , p. 495. (2) Mémoire sur la circulation du sang, p. 40. (3) Haller, Ælem. physiolog., t. IT, p. 226.
riellés stüivant la force des divers courans afférens, êt il est fort ordinaire qu'un léger déplacement de l'animal imprime au cours du sang, dans la communication entre deux petits courans homogènes, une direction inverse absolument de celle qu'il suivait jusqu'alors. De cette manière, deux courans artériels ne se rencontrent pas dans uñié änastomose, mais celle-ci est parcourue tantôt dans un sens, tantôt dans l'autre: Les choses se passent du moins ainsi i pour les plus petits eourans artériels.) (4)
le Quând le passage du sang à travers "un organe est intercepté, ce liquide suit d’autres rameaux de la même branche, par lesquels il afflue en plus grande quantité dans les parties voisines. Mais si l'entrée d’un vaisseau d'une partie lui est interdite, par exemple, au moyen d’une ligature, il y reflue d'un autre vaisseau anastomotique, et comme celui-ci à dès lors une prédominance absolue , l’anastomose devient le tronc primordial, et acquiert un accroissement correspondant de calibregÿiqu’elle conserve ensuite. Ainsi , lorsque Kerr allègue comméfeument contre la circulation, qu’une partie dont l'artère a été liée conserve encore sang et vie (2), il est réfuté par l'observation mille et mille fois répétée ; car, en pareil cas, On trouve toujours des anastomoses qui ont entreténu la cirenlsttion et qui d'ordinaire ont pr des dimensions très-
considérables.
a. Des veines superficielles et des veines profondes s’anastomosent ensemble, par exemple, celles du cerveau avec celles du cuir chevelu. On à trouvé les veines dites émissaires dilatées dans un cas de rétrécissement du sinus transverse du cerveau (3). Aux membres, les veines qui accompagnent les artères s’anastomosent avec celles qui rampent sous la peau; si la circulation vient à être gênée où suspendue dans ces dernières par une compression extérieure , elles se tuméfient d’abord, mais peu à peu elles se dégorgent, par les anastomoses, dans les veines profondes; c’est ainsi, par exemple,
(4) Addition de J. Muller.
(2) Loc. cit., p. 151.
(3) Burdach, om Baue des Gehirns, t, TT, p. 6.
MOUVEMENS DU COUR. 271 qu'un bandage Serré peut être supporté pendant plusieurs se: maines dans les cas de fractures. Lorsqu'on ouvre la veine médiane, le sang coule avec plus de force, dès que le sujet remue l'avant-bras , quoique les muscles ne compriment pas cétte veine et ne lui envoient point non plus de sang. Quand on injecte la saphène , après l'avoir liéé à la jambe, l'injection passe dans la veine crurale.
b. Plusieurs vaisseaux du côté droit et du côté gauche s’anastomosent ensemble sur la ligne médiane du corps; telles sont, par exemple, les artères vertébrales, les carotides internes et les carotides externes, La carotide se ‘vide après avoir été liée, mais elle ne tarde pas à se remplir de nouveau par le moyen des anastomoses (1).
€. Un tronc supérieur et un tronc inférieur s'unissent par le moyen de la veine azygos, de sorte que, si le sang de la veine cave inférieure a sa marche entravée, cette anastomose , la plus considérable que l'on connaisse parmi les veines, le mène dans là veine cave supérieure. La mollesse des parois abdominales, la facilité avec laquelle elles cèdent à toute pression extérieure, et les grandes variations que les viscères du basventre subissent dans leur état de réplétion, de distension et de mouvement , font que la circulation du sang peut être plus facilement dérangée dans la veine cave inférieure que partout ailleurs. Mais Reynaud a observé aussi un cas dans lequel la veine cave supérieure était oblitérée tout auprès du cœur, et où Son sang passait dans la veine cave inférieure pour arriver à cet organe (2). Ce qu'il y a de plus commun, c’est de rencontrer des anastomoses entre des branches artérielles hautes ét basses, par exemple, entre les artères nées près du cœur et à une certaine distance de lui. Ainsi la carotide s’anastomose avec l'artère vertébrale; dans un cas où là carotide interne était devenue imperméable par ossification, Willis trouva la vertébrale du même côté dilatée (3); aussi n'est-il pas rare qu'en cas d’anévrysme, on ait lié sans inconvénient les deux
(4) Burdach , Anatomische Untersuchungen , t. T, p. 73. (2) Andral, Précis d’anat. patholog., t. I, p. 403. (3) Burdach, 7’om Baue des Gehirns , t, AUX, p. 5,
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carotides, comme l’a fait par exemple Mussay (1). La même chose arrive aux veines correspondantes ; vingt-quatre heures déjà après avoir lié les deux jugulaires, chez des Chevaux, Viborg trouva les veines vertébrales assez dilatées pour pouvoir les remplacer (2). IL n’y a aucun point du canal intestinal où l’on ne voie des branches supérieures et inférieures d’'artères et de veines qui s’anastomosent ensemble : ainsi Chaussier à trouvé l'artère cœliaque et la mésentérique supérieure obstruées par des caillots fibrineux ; mais la mésentérique inférieure avait acquis assez de calibre pour pouvoir conduire aisément l'injection à l'estomac, au foie, à la rate et à l'intestin grêle (3). Il n'y a pas non plus d’articulation au dessus de laquelle on ne trouve des branches qui vont s'anastomoser avee d’autres récurrentes inférieures, de sorte que des centaines de cas d’anévrysme ont démontré qu'après la ligature de l'artère principale d'un membre, la circulation est entretenue dans ce dernier par les anastomoses dilatées. La plus volumis neuse de toutes les anastomoses artérielles est formée par la mammaire interne et l’épigastrique : elle unit ensemble les artères des membres supérieurs et inférieurs, puis indirectement l'aorte ascendante et l'aorte descendante, de sorte qu'en cas de gêne de la circulation dans les parties supérieures ou inférieures du tronc, elle vient en aide à la nature, comme dans l'exemple suivant. Goodisson trouva, chez une femme qui avait joui d’une bonne santé, et dont les membres pelviens n'étaient point amaigris , l'aorte entièrement obstruée , au dessous de l'artère mésentérique inférieure, par une masse d'os, de cartilage et de fibres ; les artères iliaques des deux côtés étaient en partie oblitérées ; mais la mammaire interne, les intercostales, les lombaires et les spermatiques avaient acquis un tel volume, qu’au moyen de leurs anastomoses, elles fournissaient de sang le bassin et les membres inférieurs (4). Gilbert Blane a trouvé, chez un jeune garçon, l'aorte pectorale entièrement oblitérée depuis l’origine de l'artère
(4) Froriep, Notixen, t. XXVIII, p. 44.
(2) Burdach ,Zoc. cit, t, III, p. 5.
(3) Ibid., p. 374.
(4) Horn, Veues Arehiv fuer medicinische Erfahrung , A822,p. 278.
sous-clavière gauche jusqu’à l'insertion du canal artériel, et remplacée par la sous-clavière gauche, la mammaire interne et l'intercostale supérieure RIT à Reynaud a vu l'aorte très-rétrécie au dessous de la sous-clavière gauche ; mais les branches des sous-clavières, c’est-à-dire l’intercostale supérieure, la mammaire interne et la cervicale transverse, étaient aussi grosses que les brachiales, et de plus très-flexueuses, ea sorte qu'elles pouvaient fournir la quantité nécessaire de sang à la porüon de l'aorte située au dessous du rétrécissement, par le moyen des artères intercostales, et aux artères crurales, à l’aide des épigastriques (1). Dans un autre cas, où la partie inférieure de l’aorte ventrale et les iliaques étaient obstruées par des ossifications , les branches dilatées et trèsflexueuses de la mammaire interne conduisaient le sang à l’artère crurale et à l'hypogastrique (2). Chez un homme, dont le pouls n'avait offert aucune trace d'irrégularité, A. Meckel trouva l'aorte oblitérée immédiatement au dessous du canal artériel , et la circulation rendue possible par les anastomoses dilatées de l’intercostale supérieure, de la mammaire interne, de la thyroïdienne inférieure et de la cervicale ascendante, avec les artères intercostales naissant de l'aorte (3). Un Chien auquel Astley Gopper lia l'aorte, non loin du cœur, continua de vivre, ainsi qu’un autre auquel il avait lié les deux caro tides , les deux crurales et les deux axillaires.
(La connaissance des réseaux capillaires permet d’expliquer sans peine les phénomènes surprenans de la circulation collatérale , c'est-à-dire du rétablissement de la circulation après l'occlusion des gros troncs vasculaires. Les injections délicates montrent non seulement que les artères les plus grêles sont unies ensemble par d'innombrables anastomoses, mais encore que les réseaux capillaires mettent en rapport toutes les parties d'un organe, ainsi que plusieurs organes contigus. Les réseaux vasculaires de la moelle nerveuse communiquent avec ceux du névrilemme, et ces derniers avec ceux
(4) Andral, Loc. cût., 1. I, p. 369.
(2) Loid.,, p. 375.
(3) Meckel, Archiv fuer Anatopnie , 4827, P: 346,
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du tissu cellulaire circonvoisin. Les réseaux capillaires des interstices des muscles communiquent avec ceux de toutes les parties entourantes; ceux du périoste avec ceux de l'os, et ceux-ci avec ceux de la moelle. De cette manière , les vaisseaux Capillaires du corps entier forment un réseau non interrompu, qui reçoit du sang d'innombrables artères , et une artère peut d'autant plus facilement en suppléer une autre, non pas qu'elle est plus voisine du tronc oblitéré , mais que ses vaisseaux capillaires sont plus rapprochés de ceux de l’organe intéressé. (Ces communications font que , sans formation de nouveaux vaisseaux , une partie à laquelle le sang ne peut plus arriver par la voie ordinaire, en recoit cependant la quantité nécessaire, parce que les anastomoses et les vaisseaux capillaires se dilatent, et que {peu à peu des courans plus forts, mais en moins 2rand nombre, s’établissent à la place de ceux en quantité considérable qui existaient auparavant, et acquièrent des parois plus épaisses. Deux prépa- : rations que m’a montrées Schræder van der Kolck, prouvent que les mêmes phénomènes ont lieu aussi après l'oblitération des veines ) (1).
Weber (2) fait remarquer que les plus nombreuses et les plus grosses anastomoses se rencontrent au cerveau et à la moelle épinière, c'est-à-dire aux organes qui ont le plus besoin d'un afflux continuel de sang ($ 746, 5°); aussi a-t-on beau multiplier les ligatures, il est impossible, chez un Mammifère vivant, d'empêcher le liquide d'arriver à un segment quelconque de la molle épinière. Après les organes centraux du système nerveux marchent, sous Ce rapport, l'estomac et les intestins, de manière que le sang peut toujours ‘se concentrer dans la partie ‘précisément où la digestion est en plein exercice. Enfin, au troisième rang , se trouvent le creux des mains et la plante des pieds.
C'est aussi la connexion des vaisseaux capillaires les uns avec les autres qui fait que, sur les cadavres, le sang, obéissant aux lois de la pesanteur, s’amasse dans les parties les
(4) Addition de J. Muller.
(2) Anatomie des Menschen, t, IT, p. 57,
MOUVÉMENS DU COEUR. 27
plus déclives, et y produit des sugillations livides, tandis que les points qui étaient rouges ou enflammés pendant la vie, pâlissent.
5° L'étendue du courant sanguin ne varie pas moins que sa direction; tantôt il se restreint à une partie peu étendue, comme en cas d’inflammation , tantôt il'est général, comme pendant la chaleur de la fièvre , tantôt enfin plus ou moins résserré , comme dans le froid fébrile. Quand la circulation n’a qu’une étendue peu considérable , elle est entretenue par les anastomoses , et une faible activité vitale suffit pour l’opérer dans“sa courte carrière ; Legallois entretint la circulation, à l’aide d’une respiration artificielle, dans la poitrine d'un Lapin auquel il avait enlevé la tête et l'abdomen, à l'exception de l’estomac (1). Lorsque l’étendue de la circulation vient à diminuer d'un côté, chez un sujet dont la vitalité n’est point affaiblie, et uniquement par l'effet de circonstances locales, le courant devient plus fort dans une autre direction ; c'est ainsi qu'après l’amputation d'un membre, chez'un homme qui jouit d’ailleurs d’une bonne santé , et à qui l'opération a fait perdre peu de sang , on voit survenir des symptômes de plémitude (plethora ad spatium ); de même aussi là ligature d’une artère volumineuse , surtout dans le cas d’anévrysme, occasione d’abord de la céphalalgie , accompagnée d’autres signes de congestion vers la tête (2), ou même de la chaleur et de la fièvre , avec pouls plein, dur et fréquent , battemens irréguliers du cœur , et gêne de la respiration. L’exaltation de la vitalité qu'on observe après Finvasion de la gangrène, semble également tenir à ce que le sang, né pénétrant plus dans la partie qui est frappée de mort, se porte en plus grande quantité aux autres organes.