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PHÉNOMÈNES RELATIFS A L'ESPACE

8 715, Nous devons maintenant chercher à résoudre, d’après ces faits, la question de savoir si la masse du sang forme une colonne non interrompue, ou bien si elle offre des lacunes dans certaines parties, soit d’une mamère constante, soit seulement de temps en temps.

L Il est certain que le courant sanguin subit constamment

une interruption dans les ventricules, de manière.que le sang contenu dans les embouchures des veines ne fait pas corps, par le moyen du cœur , avec celui qui se trouve au commencement des artères. En eflet, les valvules cardiaques ferment

(4) Addition de J, Muller.

les ventricules du côté des oreillettes pendant la systole, et du côté des artères pendant la diastole ($ 707, 2°).

1o Si nous réfléchissons maintenant que les ventricules ne se dilatent point parce que le sang y afflue, mais que l'afilux du sang résulte de ce qu'ils se dilatent ($ 906, 4), que la diastole s’accomplit dans un instant indivisible, et avec une rapidité que ne pourrait point avoir la réplétion des cavités par le sang, nous devons présumer qu'immédiatement après la systole, les ventricules sont en partie vides , c’est-à-dire qu'ils contiennent un espace plein d’air. Si, en outre, l’onde de sang est poussée jusqu’à une certaine distance dans l’ar— tère, par l'effet de la systole, mais reflue ensuite ($ 714, 6°) vers les valvules sigmoïdes, qui se sont cependant fermées d'elles-mêmes ($ 708, 3°), ce phénomène suppose également un espace qui ne soit point occupé en entier par du sang , et comme, pendant la diastole du cœur, le sang continue de couler du tronc artériel dans les branches (8714, II), mais que ce tronc n'est point assez flexible pour pouvoir se contracter dans la même proportion, nous sommes portés, à admettre également ici un vide, ou un espace contenant de l'air. Fonana oppose à cette opinion une expérience faite par lui, et d’après laquelle l'aorte, quand il la piquait auprès des valvules sigmoïdes, donnait du sang pendant la diastole du cœur, en moins grande quantité seulement que durant la systole. Mais on ne saurait rien conclure de là contre nous ; car. nous admettons seulement qu'une certaine étendue de l'aorte n’est point remplie en totalité, nous ne prétendons pas qu’elle soit absolument vide, et quand bien même ce dernier cas aurait lieu, le sang n’en coulerait pas moins par la plaie. Spallanzani (1) à vu, sur des Salamandres, que le bulbe de l’aorte contenait peu de sang pendant la diastole des ventricules., mais qu'il n’en renfermait pas du tout quand la circulation était aflaiblie, de manière qu'alors il avait une couleur pâle , et ne laissait échapper aucun liquide quand on l'ouvrait. Cependant on pourrait objecter que les fibres musculaires dont le bulbe aortique est garni ne permettent pas de le

(4) Loc. cit,, p. 438, 240.

comparer au commencement de l'aorte chez les animaux à sang chaud. Mais nous trouvons une preuve complète de la présence de l'air dans le bruit sensible à l'oreille que le courant du sang produit dans le.cœur ($ 706 , 2° ), puisqu'on sait qu'un liquide enfermé, avec ‘quelque force qu'il se meuve en lui-même et contre les paroïs du vaisseau, ne peut donner lieu à un son que quand il se trouve là de Pair.

IT. Dans l’état normal, le sang doit représenter une colonne non interrompue dans l’intérieur du système artériel; car, s’il en était autrement, le choc du cœur ne pourrait se propager avec autant de rapidité dans’ toutes les ramifications des artères. Le cas est différent pour les vemes; leurs valvules doivent se fermer, même dans l’état normal ; il n’est pas admissible qu’elles ne soient là”que pour des cas extraordinaires, et qu’elles puissent, sans que la santé s’en ressente, rester non déployées pendant toute la vie. Si le courant du sang n'était point , en réalité, interrompu par elles, il devrait, d'après les lois de l’hydrostatique , s'élever instantanément, dans les veines, d’une hauteur égale à la quantité dont il se serait abaissé dans les artères', et l’homme pourrait alors se tenir constamment la tête en bas, sans que cette situation causât le moindre trouble dans la circulation ; or, comme il n’en est point ainsi, comme chez celui qui se tient la tête en bas, il ne remonte point par la veine jugulaire une masse de ‘sang égale à celle qui est descendue par la carotide , comme enfin ces deux vaisseaux ne se comportent point à la manière d’un siphon à deux branches, il doit nécessairement exister des cloisons réelles. Maintenant ne se présenterait-il pas des circonstances dans lesquelles certaines parties du système vasculaire se videraient de sang, sans néanmoins s’oblitérer, et par conséquent seraient alors remplies d'air ?

2° De l’air libre n'existe ordinairement point dans le courant sanguin ; car, lorsqu'il en a pénétré par accident, on le voit circuler, parmi les globules, sous la forme de bulles, qu'il n’est point d'usage de rencontrer. Ces bulles ont été aperçues par Redi et Caldesi dans des Tortues, par Haller (1}

(4) Opera minora, t, X, p. 483.

MOUVEMENS DÜ COEUR. 205,

dans une Grenouille, par Reichel (1) dans plusieurs Grenouilles, par Spallanzani (2) dans des Salamandres. Blumenbach les a rencontrées si souvent (3), chez les Reptiles et les Poissons, qu’il les croyait constantes dans ces deux classes d'animaux. Bien que , dans la plupart de ces cas, l'air se fût introduit du dehors, il en est quelques uns néanmoins dans lesquels son développement paraissait pouvoir être rapporté au sang lui-même. Ainsi Spallanzani (4) à vu sortir d’un point anévrysmatiquement dilaté de l’artère pulmonaire , une petite bulle d'air, qui se mit à nager avec les globules du sang, et quand il touchait très-légèrement avec des pinces le mésentère d'une Salamandre (5), il voyait se former dans ce sang une multitude de petites bulles d'air, qui étaient entraînées lentement. Nous savons que le sang absorbe de l'air avec une facilité extrême (S 674, 1°) ,etqu'ilen perd beaucoup sous le récipient de la machine pneumatique ($S 683 , 2°). On peut donc très-bien penser que, quand un vide vient à se produire dans son courant, il abandonne assez de l'air emprisonné entre ses molécules pour remplir cet espace. Les artères des cadavres sont vides de liquide , et par conséquent pleines d’air, qui doit s'être dégagé du sang ; car, si Prochaska (6) n’a point vu de bulles s’en élever lorsqu'il les ouvrait sous l’eau, il faut que quelque erreur d'observation se soit glissée dans cette expérience.

3° Le vaisseau se moule sur le sang, et se resserre quand la masse de celui-ci diminue ($ 713, 3°) ;,mais cette faculté ne saurait être illimitée. Le vaisseau, comme côté extérieur permanent du sang, peut entrer en désaccord avec ce dernier, et ne pas se resserrer en proportion de la diminution qu'’éprouve son contenu , surtout lorsqu'il à des parois très-fortes, comme dansles troncs, ou quandil est fixé àdes parües solides , par exemple à des os ou à des membranes fibreuses. IL n’est

(4) Loc. cit., p. 46.

2) Loc. cit., p. 158.

(3) Kleine Schriften, p.74, (4) Loc. cit., p. 158.

(5) Zbid., p. 194.

(6) Disquisitio organismi corporis humant , p. 87.

pas rare que le microscope fasse découvrir , chez les amimaux vivans, des vaisseaux vides de sang rouge, ou qui du moins n’en contiennent que peu. Haller (4) avait observé fréquemment ce phénomène; mais il admettait qu’alors les artères sont pleines de sérosité sanguine , hypothèse à l'appui de laquelle Wedemeyer (2) allègue que dans les cas d’anémie , les globules ne se voient que dans l’axe des artères, et manquent au pourtour , où 1l doit par conséquent y avoir de

la sérosité du sang. 1l en pouvait fort bien être ainsi lorsque Wedemeyer (3; trouva plusieurs vaisseaux capillaires vides « de sang dans le mésentère d’un Ecureuil , et quand Saissy (4) reconnut qu'en général les capillaires de la périphérie sont presque exsangues chez les animaux hybernans. Maïs, dans les hémorrhagies mortelles, internes surtout, où les vaisseaux ont laissé échapper et le cruor et la sérosité sanguine,

il n'y à pas le moindre doute que les petits vaisseaux transparens ne contiennent en réalité que de l'air, comme ‘" l'ont observé entre autres Morand (5) et Littre (6). Fréquemment, surtout après l’apoplexie et le typhius, on trouve de l'air dans les vaisseaux sanguins de la pie-mère (7), et, suivant la remarque expresse de Morgagni et de Baillie, on en rencontre même dans des cadavres dont la putréfaction ne s’est point encore emparée. Sœmmerring a demandé si cet air ne se serait point introduit lors de l'ouverture du crâne. Weber dit que le cas arrive (8); que , quand, après avoir scié la calotie | du crâne, on la soulève avec la dure-mère, l'air pénètre, par les déchirures de celle-ci, dans le vide qu’on établit ainsi entre elle et le cerveau, et que, quand on réapplique la calotte, il s'insinue dans les veines dilacérées de la pie-mère. Mais, quoique le fait puisse fort bien avoir lieu , il n’en est pas

(4) Opera minoru, 1. 1, p. 174.

(2) Loc. cit,, p. 196.

(3) Meckel, Archiv fuer Anatomie, 1828, p. 343.

(4) Recherches sur la physique des animaux hybernans, p. 44. (5) Hist, de l’Acad. des sciences, gt p. 467.

(6) Zbid., 4744, p. 330.

(7) Burdach , Vom Baue des Gehirns , t, IL, p. 48.

(8) Mibiaiones anatomicæ, p. 24,

moins difficile de croire que les choses se soient passées ainsi dans tous les cas où l’on à trouvé les vaisseaux contenant de l'air ; car presque toujours une affection du cerveau avait précédé la mort, et l'ouverture des corps constata qu'il y avait défaut de sang et surabondance de sérosité ; or on ne saurait admettre que Morgagni , Baillie et tous ceux qui se sont occupés d'anatomie pathologique, aient, dans tous les cas de ce genre, ouvert le crâne de manière à rendre la pénétration de l'air possible. Weber fait remarquer lui-même (4) qu'il arrive quelquefois au pouls des parties situées au dessous d’un anévrysme de ne point être isochrone avec celui des autres artères, parce que la tumeur renferme une certaine quantité d’air qui interrompt la propagation du choc transmis par le cœur.

Villermé a vu, pendant la vie, les veines de l’urètre enflammé distendues par de l'air (2). En ouvrant le cadavre d'un cholérique, Dieffenbach à trouvé une artère complétement vide et béante, de manière qu'il pouvait plonger les regards dans sa capacité intérieure.!

Au reste, nous n'avons pas l'intention de prétendre que les oscillations du courant sanguin et sa direction tantôt vers telles anastomoses ou tels plexus, tantôt vers tels autres, Supposent toujours un vide. Nous n’attachons pas non plus trop de poids aux observations de Rosa {3), qui veut que les artères contiennent les deux tiers d'air et un tiers seulement de sang, non plus qu’à celles de Krimer (4), qui dit avoir, sur un Veau vivant, trouvé du gaz acide carbonique et du gaz oxygène dans l'artère cœhiaque liée un momentjaprès la pulsation. Mais ce que nous croyons devoir affirmer, en nousfondant sur la variabilité et la mobilité excessive du sang, c’est que la colonne de ce liquide peut être interrompue , dans certaines circonstances, par des lacunes ou des espaces vides, qui ne tardent pas à $e remplir de l'air qu'il a tant de propension à dégager.

(4) Jbid., p. 6.

(2) Dict. des sc. médic., t. XLTIT, p. 363,

(3) Giornale per servire alla storia della medicina, 1, I, p.149,

(4) Ferguch einer Physiologie des Blutes, p, 184,

B. Phénomènes quantitatifs.

$ 746. La rapidité de la marche du sang se manifeste de plusieurs manières.

1° Par la fréquence des battemens du cœur. Mais cette fréquence varie beaucoup suivant les individus. Chez les sujets irritables et de petitetaille, le pouls est plus fréquent que chez ceux quisont douées d’une grande puissance musculaire et dont lecœur se vide complétement à chaque systole. La fréquence est plus grande aussi chez les personnes sanguines que chez celles d’un tempérament phlegmatique, et chez la femme que chez l'homme($ 180, 5°). Sile cœur de l'embryon bat cent cinquante fois par minute (6471, 3°), le nombre de ses pulsations tombe à cent quinze pendant la première année de la vie ($ 534, 2°), à cent dix durant la seconde, à cent durant la troisième, à quatre-vingt-six jusqu'à l’âge de septans ($ 539, 2°), à quatrevingts pendant la seconde enfance ($S 550, 3°), à soixante et quinze dans la jeunesse (8 556, 3°), à soixante-et-dix et jusqu'à soixante-cinq dans l’âge avancé, à cinquante dans la vieillesse (6588, 1°). Nousavons déjà vu que le pouls change à la puberté ($ 558, 4°), pendant la menstruation(S 164, 2°), la copulation ($ 447, 1°), la grossesse ($ 347, 2°) et la parturition ($ 495, 5°). Nous avons fait remarquer aussi que le courant du sang éprouve , comme la mer , deux fois par jour un flux ou reflux ($ 606, 1°). La fréquence augmente après le repas ($ 767 ); le nombre des pulsations s'élève jusqu'à cent et cent cinquante dans la fièvre ; il s'accroît dans les grandes hémorrhagies, et Hales avait déjà remarqué que cette cause en porta le nombre de quarante à cent dans un Cheval, etc. Au milieu d’une telle variabilité, dépendant et de l'individualité et des circonstances de la vie , il est très-difhicile de déterminer la fréquence du pouls dans chaque espèce d'animal. Cependant le tableau suivant, qui indique le terme moyen des battemens cardiaques par minute, pourra servir d'évaluation approximative.

ORNE"... 'Requin(t);:

EDR Ta 0, Se ET Mones (2.

RAR EU ie (CR Carpes)

ARR . Anguilles (3).

PEN, à 0 2, N) Oo | Pimacons (9):

36 Cheval (5). . . . . . . . . . Chenilles (6). 38 Bœuf (7).

DO AR ES) CUS MERE JUL, 121 Ecretisse (OP OM CAO RME EC papilone (A0) 74 Chèvre (41).

75 Brebis (12).

75 Hérisson (13).

PRE 7 m0 on Grenouille (14).

90 Marmotte (15). . . . , . . . . Sauterelle (46). 90 Singe (47). À

75 Chien (18).

4175 Muscardin(19).

110 Chat (20). . . Oie (21).

(4) Scoreshy, Tagebuch einer Reise auf den W'allfischfang , p. 397. (2) Pfeifer, Naturgeschichte deutscher Mollusken , t. II, p. 22. (3) D’après Fontana, (4) Pfeifer, Loc. cit, (5) Vetel , dans Froriep , Notizen , t. XXIV, p. 412. (6) Meckel , Deuisches Archi, t. I, p. 472. « (7) D’après Vetel.

(8) D’après le même.

(9) Carus , Jon den œussern Lebensbedingungen , p. 83. (10) D’après Meckel.

(11) D’après Vetel.

(42) D’après le même.

(43) D’après Saissy ( loc. cit., p. 40).

(44) D’après Fontana.

(45) D’après Saissy.

(16) D’après Meckel.

(47) D'après Prevost et Dumas. « (18) D’après Vetel.

(19) D’après Saissy.

(20) D'après Vetel.

(21) D’après Prevost et Dumas.

420 Lapin (1). #t;eiunat .. ., .: .. . " Monoculus Cas- L | tor (2).

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