LIVRE PREMIER
Du Sang.
$ 661. Nous avons vu comment , de l'idée de la vie, on
peut déduire l'existence d’un suc vital qui occupe le centre du cercle de la vie végétative. Cette existence se manifeste aussi d'une manière plus ou moins distincte aux différens échelons de l'organisation , suivant qu’on y trouve l’idée de la * vie plus ou moins complétement développée. |
I. Aux échelons supérieurs de la série animale , Le suc vital prend le caractère du Sang, c'est-à-dire d'un liquide particulier, renfermé dans des vaisseaux spéciaux , qui ne communiquent par aucune ouverture avec le canal digestif.
1° Chez tous les animaux vertébrés , la séparation des différentes humeurs est complète ; attendu que le suc nourricier formé dans le canal digestif est pris par des vaisseaux parti- Culiers (lymphatiques), qui le versent dans les vaisseaux sanguins.
2° Chez les Mollusques , les Grustacé s, les Arachnides, les Insectes, les Annélides et les Échinddermes , la distinction entre suc nourricier et sang est déjà effacée; les vaisseaux à lymphatiques manquent en effet ; le suc nourricier passe im— médiatement du canal digestif dans les vaisseaux sanguins adjacens, et, chèz les Insectes surtout , une partie du liquide reste ‘épéhchée hors des vaisseaux, dans lesinterstices des organes, comme chose intermédiaire entre le suc nourricier et le sang.
IT. 'Cheï lesanimaux privés desang ;iln/y a point de système
: vasculaire distinct de l'organe digestif, ni par conséquent aucune différence entre le suc nourricier et le suc vital.
8° Dans la plupart des Acalèphes, le liquide qui tient le ' milieu‘entre le suc nourricier et le suc vital est le produit immédiat de la digestion, et des prolongemens du canal alimentaire le conduisent aux divers organes. Dans les Acalèphes siphonophores , les vers Cestoides, Acanthocéphales et Trématodes, quelques Polypes et plusieurs Infusoires , le canal alimentaire lui-même se distribue en forme de vaisseaux dans le corps, de manière.que, chez ces animaux, il n’y a point de séparation établie entre les alimens et le produit de la digestion.
A° Au dernier échelon, enfin, chez les ve vésiculaires , les Éponges, les Coraux et la plupart dés Polypes et Infusoires, on ne trouve qu un suc homogène, sans parois propres, et qui se répand à travers la substance solide , également homogène, du corps.
III. L'état des sucs, chez les végétaux, n'est point un objet de connaissance immédiaie par les sens; car, d'abord, il n’y a, dans le règne végétal, que certains points et. certains momens où l'on aperçoive un courant rapide et visible, sans que jamais les vaisseaux exécutent demouvèmens; en second lieu, nous ne trouvons ici que des organes €xternes , sans organes internes, .et les parties élémentaires , à tous égards semblables à elles-mêmes, n’ont pas de points centraux; ensuite, les réservoirs sont partout clos, et il n'existe pas de voies perceptibles qui conduisent de ceux d’une: espèce dans ceux d’une autre; enfin, ces divers,.réservoirs sont tellement serrés les uns contre les autres et si étroits, qu’il n’en est aucun dont on puisse obtenir le contenu à l'é; tat de pureté parfaite et en assez gronde quantité pour permettre d'en faire l'analyse chimique. Un large champ, est donc ouvert ici aux conjectures., et les opinions émises à l’égard des sucs végétaux varient suivant qu'on à cru.{rouver dé l’analogie entre ces sucs et ceux des Animaux ou inférieurs (5°) ou supérieurs (6o),#: |
5° Dans la première hypothèse, le suc nourricier et le. sue plastique sont, chez les végétaux, comme.chez les animaux pri-
vés desang(IT) , un seul etmême liquide qui, reçu du dehors, subit l'assimilation dans les mêmes espaces, gagne les diverses parties, tantôt dans une direction, tantôt dans une autre, et, sert tant à les nourrir qu’à préparer les différentes sécrétions. . Chez les ‘plus inférieurs des végétaux, ceux dont la trame consiste uniquement en tissu cellulaire, ce cas a lieu incontestablement , comme chez les animaux placés au bas de l’échelle (4°). Mais il est probable que les végétaux supérieurs sont sur le même rang que les animaux à canal intestinal vasculiforme (be); de sorte qu’un seul réservoir sert.en même temps d'organe digestif, de vaisseaulymphatique et de vaisseau sanguin , ce qui fait qu'on doit le considérer comme l’état d'indifférence de ces canaux, qui ne commencent à se rencontrer réellement que chez les animaux supérieurs. Ce suc mourricier et plastique , auquel.on donne communément le nom de Séve, est un liquide clair comme de l’eau, mais dans lequel l'acétate de plomb fait naître un précipité cailleboté, et qui contient du mucus , du sucre ou des sels. Quant au réservoir, ce suc se répand manifestement d'une cellule dans les autres; mais, en pénétrant à travers les parois, il doit éprouver-une plus ou moins grande métamorphose ;, et, quandil est arrivé dans la * cellule où il pénètre, y paraître modifié ou revêtu du caractère . de produit sécrétoire. Ce produit sécrétoire affecte ici la forme de granulations incolores, de vésicules , de fibres ,-de:cristaux et de matières colorantes ; ces dernières n'existent souvent que dans certaines cellules, tandis que les voisines en sont exemptes; enfin on n DRoracis point de liquides dans les cellules des plantes sèches, et toutes ces circonstances prouventqu'elles ne sont'point les réservoirs conducteursdelaséve.
Si l’'owen croit Smith et autres, des fibres ou des. tubes simples (vaisseaux séveux) seraient les; conducteurs:.de la séve. Mais ces tubes ne sont autre chose que des-cellules al- ‘longées et fort étroites , dont le diamètre-est d'un cent, vingtième :de ‘ligne , «suivant Sprengel. Ils ne contiennent que pendant quelque temps un liquide qui, d'après L.-G. Treviranus, a une certaine consistance, de manière qu'il ne s'écoule pas quand on coupe la cellule en travers, et plus tard ils deviennent complétement vides... ;