SANG
Les canaux intercellulaires , ou les conduits plus ou’ moins anguleux dont les parois se rapportent aux cellules mêmes qui les circonscrivent, sont, au dire de L.-C. Trevi-:
ranus, Kieser, Nees d' Esenbeck et autres, les réservoirs gé-
néraux et les conducteurs de la séve AETON au dehors , as-
similée et destinée à la nutrition et aux sécrétions. Divers faits qui seront rapportés. plus loin, donnent, ce me semble, une srande vraisemblance à cette opinion (*).
6° Les premiers phytotomistes, Malpighi et Grew , admettaient , chez les végétaux, un liquide correspondant au sang, parce qu ils croyaient que les plantes ont une organisation pareille à celle des animaux, et que tous les animaux doivent être pourvus de sang. On a pensé que la séve était charriée depuis la racine jusqu'aux feuilles , et que là elle se convertissait en suc vital , qui redescendait ensuite des feuilles vers la racine. On admettait, comme conducteurs de la séve ascendante, non seulement les vaisseaux séveux et les conduits
intercellulaires ,; mais encore les trachées. Or, ces dernièrés .
manquent presque entièrement dans la racine; lorsqu'elles contiennent un liquide, il est épais et mucilagineux, et l'on a vu des feuilles et des fleurs se développer encore après qu’elles avaient été détruites. Le cambium qu'on trouve entre ie liber et le bois a été considéré comme le suc plastique, analogue au sang, et qui revient des feuilles ; mais c’est bien plutôt la jeune substance végétale en train de se former , et qui très-probablement a été déposée par le suc contenu dans les conduits intercellulaires. | D'autres phytotomistes , notamment G.-R. Treviranus, C.-H. Schultz et Meyen, croient que l’analogue du sang est # suc propre (succus proprius), ou le suc lactescent; mais ce suc, comme l'a démontré L.-C. Treviranus (4) surtout, paraît être bien plutôt un produit sécrétoire; car 1l varie beaucoup suivant les plantes, et il se fait remarquer par des qualités particulières ; il contient de l'huile , ou de la résine,
ou de la gomme, ou des alcaloïdes am âcres , narco- -
tiques, qui pourraient difficilement agir comme élémens plas-
(*) Comparez Raspail , Nouveau syst. de physiol. végét,, t, II, p. 20. (4) Zeitschrift fuer Physiologie , 1, X, p.156. ds
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tiques généraux de la substance végétale, et dans lesquels on est bien plutôt porté à voir les produits les plus élevés d'un travail de plasticité ayant pour but de faire naître des différences. D'ailleurs, la végétation ne le consomme pas, et il ne fait que se dessécher par les progrès de l'âge. Lorsqu'il existe en trop grande abondance, il porte préjudice à la vie, s’échappe de ses réservoirs, et s’épanche soit à la snrface: , Soit dans le tissu cellulaire, où il provoque la gangrène. En outre, on ne le rencontre pas chez un grand nombre de végétaux des plus parfaits , et c’est en désespoir de cause qu’on a supposé que, si alors il ne se laissait point apercevoir, c’est qu'il était incolore et transparent. Le plus important de tous les argumens qu'on allègue à l'appui de T'analopie entre le sang et le suc laiteux , c'est que celui-ci exécute une circulation; mais le phénomène lui-même est trop problématique (S 692) pour qu'on puisse en rieñ conclure. Si les végétaux avaient un suc vital particulier, distinct du suc nourricier, et circulant dans des vaisseaux spéciaux, ils s'éleveraient au dessus de tous les animaux sans vertèbres , et se placeraient sur la même ligne que les animaux vertébrés, car les conduits destinés à charrier la séve devraient alors être les analogues des vaisseaux lymphatiques, qui appartiennent exclusivement aux animaux vertébrés.
$ 662. Tandis que la phytologie en est réduite ici à raisonner d’après les lois de là probabilité, la zoologie a la satisfaction de pouvoir établir ses jugemens sur une base empirique et plus sûre; mais, pour peu qu’elle s’écarte de cette base, Ja certitude lui manque aussi. Il est dans la nature du sang, a dit Burkhart (1), que les phénomènes qu’on observe en lui se ploient à toutes les opinions. En effet, l'hématologie porte entièrement le caractère du sang lui-même. Comme le sang est un protée qui ne reste jamais en repos, et qui possède l'aptitude à prendre toutes sortes de formes, de même aussi on ne saurait rien imaginer qui n'ait été dit de lui ; il n'y a pas de fait qui n’ait été révoqué en doute, pas d'interprétation que l’on n'ait cherché à renverser par une autre ; il n’est au-
(1) Ueber das Blut und das Athmen, p. 21,
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eun point à l'égard duquel on ne cite fes observations contradictoires , et qui n’ait ‘fait naître des hypothèses différentes. De thème que le sang, d'un côté, est mû par:un Mécanisme qui saute aux yeux, de l’autre crée et anime avec ün pouvoir presque magique, de même aussi tantôt l’hématologié refuse obstinément de sortir des théories me èt nie sans hésiter tous les faits qui ne peuvent point s’y rangèr, tantôt flotte dans un tourbillon d'explications mystiques , dont les auteurs croient au dessous d'eux de se rendre intellipibles, rejettent toute comparaison avec d’autres phénomènes de la nature, et opposent à l'expérience appuyée du témoigmage des éens une intuition dont ils ne peuvent donner la preuve , où s'en tiénnent strictement à à l'apparence fournie par lés sens, sans concéder à l’éntendement le droit de l'apprécier. L’hématologie a sa circulation comme le sang; à péiné une doctrine a-t-elle été reconnue fausse et remplacée par une autre entièrement opposée , que celle-ci devient triviale à son tour et repousse toutes les sympathies; le contraire sémble être plus intéressant , et la vieille erreur reparaît, jusi qu'à ce qu’elle se replonge dans les abîmes du temps , après avoir produit de nouveau une sensation passagère. Enfin, comme toute excitation violente et orageuse de la vie a principalement son siége ou son point de départ dans le système Sanfuin , de même aussi la dissidence des avis au Sujet du Sang éxcite souvent des discussions passionnées ; -car l’étroitesse des vues s'accompagne presque toujours d’une susceptibilité très-chatouilleuse , et lé sentiment obscur de l’impossibilité d'asseoir son opinion sur une démonstration complète, conduit fréquemment à affecter des airs de suffisance: où à montrer de l'aigreur envers ses advérsaires.
Ces phénomènes, qui né Sont pas rares dans Ja littérature d'autres branches de la physiologie, mais qui se prononcent ici avec plus de force que partout ailleurs, seront un nouveau mouf pour nous de procéder avec calme et circonspection, d envisager le sang d’une manière purement: objective, d'avoir égard aux faits seulement , sans attacher le moindre poids aux autorités, et de n’avancer que pas à pas vers des vues générales.