‹ Traité de physiologie, consideŕeé comme science d'observation (volume 5)Chapitre 54 sur 81 · LS TT D · texte numérisé non relu

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Or, puisqu'il y à plus d'espace dans les ramifications , le sang doit y couler avec plus de lenteur que dans les troncs ($ 741, 3°). Hales introduisit dans l'aorte d’un Chien mort un tube qu’il remplit d’une quantité d’eau dont la pression était égale à celle du sang qui s'écoulait du cœur d’après son calcul; si alors il venait à fendre l'intestin le long de son bord convexe, trois cent quarante-deux pouces cubes d'eau sortaient, en:quatre cents secondes, des dernières ramifications artérielles ainsi ouvertes; en incisant le mésentère près de l'intestin, la même quantité d’eau sortait, des branches des artères mésentériques, en cent quarante secondes; enfin, les branches fournissaient un écoulement plus rapide encore à leur entrée dans le mésentère.

Le système veineux offre des dispositions analogues, sous le rapport de la capacité; ici, également , la circulation est plus lente dans les racines, et plus rapide dans les troncs , comme l'ont constaté surtout Haller (1), Spallanzani (2) et Dœællinger (3). Lorsqu'un courant veineux est fortifié par un afflux latéral venant d'une branche, et qu'ainsi la veine se remplit davantage, la vitesse aus gente, et celle-ci ne demeure la même que quand une certaine étendue de la veine ne change point de diamètre et ne reçoit pas de racines (4), Suivant Spallanzani, la circulation est trois fois plus rapide dans les racines que dans les troncs. Cependant il a été trouvé plus d’une exception à cette règle, comme, par exemple, quand la systole des oreillettes rejetait une certaine quantité de sang du cœur dans les troncs veineux.

Le La cessation des pulsations dans les ramifications déliées des artères a été attribuée à la diminution de la force avec. laquelle le sang est mis en mouvement à partir du cœur ; mais nous avons vu ($ 714, L&°) que c’est précisément quand les battemens du cœur soni faibles, qu'on voit pulser les courans contenus dans les vaisseaux capillaires, Le pouls nous a semblé bien plutôt être le résultat d'obstacles contre lesquels se.

(4) Loc. cit., p.98, 206. / (2) Loc. cit., p. 163.

(3) Loc. cit., p. 240. |

(&) Spallanzani , Loc. cüit., p, 258. Lys

raidit la force du cœur (8 725, 4°). Or, d'un côté, les vaisseaux capillaires présentent un plus grand espace, et, de l’autre , ils conservent généralement le même diamètre dans tout leur trajet; par conséquent , lorsque le sang s’y est une fois introduit , il éprouve moins de résistance , et coule d'une manière uniforme. Voilà pourquoi l'aorte des Poissons ne bat point, et non parce que son sang a iraversé auparavant les vaisseaux capillaires des branchies ; de même, suivant Barkow (1), les branches de la carotide cérébrale de la Brebis n’exécutent point de pulsations , parce que leur sang a franchi le réseau admirable , tandis qu’elles en offrent chez le Lapin, qui ne possède point ce réseau.

bo Beaucoup de vaisseaux conservent le même diamètre pendant leur trajet; tel est le cas surtout des artères, tant qu'elles ne fournissent pas de branches ; mais on observe aussi le même phénomène sur un grand nombre de veines, quoiqu’elles se ramifient. Lorsqu'un tronc donne plusieurs branches, il se rétrécit ordinairement un peu, de manière que le sang , agissant à la manière d’un coin, marche avec plus de

vitesse; mais plusieurs artères, telles que la carotide, la

vertébrale, la coronaire labiale, la mammaire interne, la splénique et la spermatique, vont en s'élargissant un peu vers la périphérie, lorsqu'ellés parcourent une certame étendue sans donner de branches considérables, et par là ralentissent le cours du sang (2).

$ 728. Quant à la direction, eile a aussi de l'influence.

1° Si le sang coulait par ondées, à chaque courbure d’un vaisseau , il heurtérait contre la paroi opposée, et diminuerait ainsi la vélocité de son mouvement; mais; comme il re— présente une colonne indivise, qui exerce une pression uniforme par tous les points de sa surface , la flexuosité du vaisseau ne peut pas produire un tel effet. C’est aussi ce que l'observation démontre. Quand Haller (3) ployaït une artère mésentérique à angle aigu , ou lorsque Spallanzani (4) la tor-

(4) Meckel, Archiv fuer Anatomie , 4830 , p. 16.

(2) Autenrieth , Handbuch der Physiologie, t. I, p. 465. (3) Opera minora, t. I, p. 194.

(4) Loc. cit., p. 456.

tillait plusieurs fois sur elle-même en chiffonnant le mésentère, la marche du sang ne devenait pas plus lente. Cependant, quoiqu'il n’y ait point ici de ralentissement sensible, on a été trop loin en niant qu'il ait lieu quand le courant s'accroît par saccades , puisqu'alors le flot, maloré sa continuité, n’en heurte pas moins contre la paroi opposée, à l'endroit des courbures. En effet, l'extension et le mouvement latéral d'une artère flexueuse doivent diminuer la force (8 710 , 4°), et nous savons d'ailleurs que le courant n’est entièrement interrompu ni toujours ni sur tous les points ($ 705). Mais certains faits aussi ne peuvent pas être expliqués d’une autre manière que par un heurtement de cette sorte; la courbure de la paroi artérielle étant toujours plus forte au côté convexe, c'est une preuve que ce côté à un effort plus considérable à supporter; si, dans les congestions abondantes vers la tête, celle-ci éprouve quelquefois un mouvement visible à chaque battement du pouls, comme Haller l’a éprouvé sur Jui-même (1), il faut manifestement l’attribuer à ce qu’en pénétrant dans son canal, la carotide se porte perpendiculairement vers le rocher, après quoi elle se recourbe.

Du reste, Wedemeyer dit aussi avoir vu le sang couler d'une manière plus lente. et saccadée dans de grosses artères mésentériques qui décrivaient de nombreuses courbures (2).

2° Il en est de même pour les éperons placés aux bifurcations. Le sang représentant une colonne non interrompue , il doit couler aussi vite dans une branche qui se détache” du tronc sous un angle droit ou obtus, que dans celle qui en émane à angle aigu, et qui, par conséquent, s'écarte moins de la direction primitive. Aussi Haller (3), Spallanzani (4) et Dœllinger (5) n’ont-ils pas vu que le mode de division exerçât la moindre influence sur la vitesse du mouvement du sang. Cependant cette règle paraît ne s'appliquer qu'à la circulation en général et à ses phénomènes appréciables. Haller à remar-

(4) Elem. physiolog., t. IV, p. 118.

(2) Meckel, Archiv fuer Anatomie, 4828, p. 351.

(3) Opera minora, 1. 1, p. 88, 208. , .

(&) Loc. cit., p.145.

(5) Denkschriften, t, VII, p. 223.

qué quelquefois un cours plus lent du sang dans les branches qui naïssaient sous un angle très-ouvert (1). Spallanzani à vu plusieurs fois les globules heurter contre l'éperon, et même se retourner sur eux-mêmes, avant de continuer leur marche (2). Dœllinger a reconnu que le sang coulait plus lentement dans une branche veineuse faisant un angle obtus, tant qu'il marchait dans cette direction, c’est-à-dire vers la périphérie, et qu’il ne reprenait sa vélocité première que quand la branche se replaçait dans la direction de son tronc (3).

b. Résistance du sang.

$ 729. A l'égard du sang lui-même :

1° Sa quantité doit être égale à la résistance qu'il oppose au cœur. Mais le cœur a besoin d'un certain degré de résistance, et ce n'est qu’à cette condition qu’il agit avec la force convenable. Voilà pourquoi, après une forte hémorrhagie, cet

organe se meut faiblement, et la circulation s'arrête dans les

vaisseaux capillaires. La masse du sang ne gêne sa marche que quand elle devient par trop considérable.

2° La qualité du sang exerce incontestablement aussi de l'influence. Un sang fort épais ne coule qu'avec lenteur du vaisseau ouvert. Gruithuisen (4) a vu, dans une petite branche artérielle, un bouchon de sang épaissi , qui avançait à peine d’une manière sensible, et qui, parvenu à la scission du vaisseau en deux capillaires, resta près de dix minutes immobile, jusqu'à ce qu’un mouvement de l'animal le divisât en deux parties, qui passèrent lentement dans les veines, en suivant chacune son capillaire. Mais un sang très-atténué et pauvre en cruor se meut également avec lenteur, parce qu'il ne stimule point assez le cœur, qui, par cette raison, bat avec lenteur et faiblesse.

3° La pesanteur du sang est vaincue par la force du cœur, puisque la systole fait monter ce liquide dans l'aorte ascendante , et que la diastole l’attire de la veine cave inférieure.

(4) Loc. cit., p, 193.

(2) Loc. cit., p. 161.

(3) Loc. cit., p. 223.

(4) Beitræge zur Physiognosie, p. 90,

Mais le cœur est si puissant, que, dans l’état normal, on n’aperçoit pas du tout l'effet de la pesanteur, qui ne der sensible qu'en proportion de la diminution de son énergie (4)! comme Haller (2) et Spallanzani (3) l'ont remarqué chez les animaux. Dans de pareils cas, Haller (4) a vu que, quand il tenait le mésentère perpendiculaire, l'intestin étant tourné vers le haut, le sang coulait avec plus de vitesse dans les veines, et que les artères se vidaient, mais que le rétablissement de la situation naturelle ramenait la circulation à l'uniformité; qu’en tenant le mésentère verticalement , l'intestin tourné en bas, le sang s’arrétait dans les veines, enfin (5), que la pesanteur remettait en mouvément Île sang devenu stagnant dans les artères. Lorsque Piorry avait ouvert la veine jugulaire à un Chien, et qu’au bout de quelque temps le sang avait cessé de couler, ce liquide recommençait à sortir quand il soulevait le train de derrière, et l’animal périssait exsangue , ce qui n’arrivait pas lorsqu'on lui tenait la tête haute (6). Ainsi donc, si la force du cœur triomphe de la pesanteur dans les gros vaisseaux, l'adhésion aux parois , tou ce qu'on nomme la capillarité, produit le même effet dans les vaisseaux capillaires. Chez des Salamandres qui avaient été tuées par l'électricité, de manière que le sang ne se coagulait pas sur-le-champ, Spallanzani le voyait descendre rapidement dans les troncs, plus lentement dans les branches, et presque pas dans les ramifications déliées (7). En vertu de la circulation, la perte que la force du cœur subit de la part de la pesanteur, se trouve compensée d'un autre côté par celle-ci même : après que le sang a monté contre la loi de la gr son retour est fsvOrité par celte même loi.

Maintenant nous trouvons, dans certains organes, des rapports entre la force du cœur et la pesanteur qui correspondent

(1) Bourdon , Essai sur l'influence de la pesanteur, p, 22. (2) Opera minora , t, I, p. 448.

(3) Loc. cit., p. 202.

(4) Loc. cit., p. 445.

(5) Loc. cit., p. 419.

(6) Archives générales , t. XIT, p. 527.

(7) Loc. cit., p. 302, 372.

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à leur situation normale. Le fait est plus prononcé à la tête que partout ailleurs ; ici la force du cœur agit avec tant de puissance que les congestions y sont beaucoup plus communes qu'aux parties inférieures du corps; mais, la force aspirante étant moins considérable , parce que là pression atmosphérique ne vient point à son secours dans l’intérieur du crâne ($ 726, 7°), elle a par elle-même besoin du secours dé la pesanteur. Aussi le saltimbanque parvient-il, à force d'exercice, à pouvoir se tenir pendant quelque temps sur la tête ;” mais le gonflement et la coloration violacée de la face n'en annoncent pas moins combien le retour du sang éprouve alors de gêne. La situation de la tête a donc des effets déterminés, qui dépendent des rapports vitaux entre le sang et l’encéphale. Les personnes pléthoriques éprouvent dés vertiges quand elles se baissent , et si elles restent long-temps le corps penché, elles sont prises de céphalalgie; la position horizon. tale est nuisible quand il y a menace d’apoplexie et dans toutes les congestions à la tête. Celui qu'on saigne tombe bien plus aisément en syncope lorsqu'il se tient assis que … quand il reste couché, et l’on fait cesser la syncope en plaçant la personne assise de manière qu’elle ait la tête plus basse que le tronc. Lorsque la respiration était devenue stertoreuse Chez un Chien dont il laissait couler tout le sang par là veine jugulaire, que les baitemens du cœur ne se faisaient plus sentir, et que la vie.animale avait cessé, si Piorry venait à soulever l’arrière-train de manière que le sang füt obligé, par sa pesanteur, de se porter au cerveau, aux poumons et au cœur, les battemens de ce dérniér organe reprenaient, la respiration redevenait plus libre , et il reparaissait des mouvemens volontaires à la tête et aux pattes de devant ; venaiton à soulever de nouveau ces parties, la vie s’éteignait encore en elles. Diefflenbach s'est servi de cette manœuvre afin de favoriser les effets de la transfusion employée pour ranimer des animaux auxquels il avait laissé perdre tout leur sang. Aux membres supérieurs , la circulation est normale surtout dans l’atüitude etles mouvemens obliques, rapprochés de l’horizontalité ; si on laisse pendant long-temps les bras pendans et mactifs, les mains rougissent et leurs veines s’engor-

Let : ne.

gent ;elles deviennent, au contraire , pâles et exsangues quand on lève perpendiculairement les bras. Aux membresinférieurs, , l'éloignement du cœur ( $ 725, 3°) fait que la force impulsive est moindre, et que le cours du sang dans les artères est aidé par la pesanteur; au. contraire, la force aspirante est plus puissante , parce que la pression de l'atmosphère porte sur une étendue plus considérable de la peau, et les veines charrient leur sang à l’inverse de la loi de la pesanteur. La situation horizontale des jambes diminue l’afflux du sang vers elles, et devient nécessaire pour la guérison des’ulcères ; une station trop prolongée, et qui n’alterne point avec le mouyement, rend aussi le retour du sang par les veines difficile , et donne lieu à des varices, à des amas de sérosité, etc., ce qui néanmoins n'arrive guère que quand il y à en même temps atonie générale. :

La situation sur l’un des côtés du corps paraît ne pouvoir y déterminer une accumulation notable de sang que quand le cours de ce liquide est faible. Voilà comment on explique, d'après Bourdon (1), pourquoi les poumons des moribondssse remplissent de sang du côté sur lequel lamort a eu lieu, et pour- | quoi, dans les maladies graves qui ont obligé de rester long - temps couché sur l’un des côtés, la peau de cette région de, la poitrine devient plus épaisse. Il n’est pas aussi certain qu'on doive, comme le fait aussi cet écrivain, attribuer la plus grande fréquence à droite de l’ophthalmie chronique, de l'épistaxis, des épanchemens cérébraux, de la pneumonie, des adhérences et des hépatisations du poumon , à ce que la plupart des hommes ont l'habitude de se tenir sur le côté droit quand ils dorment ; car, comme il y a beaucoup de cas dans lesquels on trouve non seulement certaines artères , telles que les carotides et les vertébrales, mais encore des"troncs ner-. veux, par exemple celui de la paire vague, ayant plus de volume à droite qu'à gauche (2), et qu'on peut difficilement admettre qu'une telle inégalité se soit produite pendant le sommeil, des circonstances plus générales d'organisation semblent

(4) Loc. cit., p. 7.

(2) Burdach, Fom Baue des Gehirns, t, UT, p. 364.

concourir ici à la manifestation du phénomène. Bourdon (1) a cependant remarqué que la narine se bouche du côtésur lequel on se couche, et il attribue cet effet à la stase du sang, parce qu'il avait lieu chez lui lorsque le nez était libre de mucosités et que la tête reposait seulement sur les doigts écartés les uns des autres ; ce phénomène ne s’observe pas chez tous les hommes.

Le Les divers courans sanguins, quand ils viennent à se rencontrer , agissent les uns sur les autres en vertu de leur direction, comme on le voit dans les cours d’eau qui se réunissent. Lorsque deux courans de force égale s’abouchent ensemble , ils luttentl'un contre l’autre, et chacun d'eux acquiert alternativement la prépondérance. Quand deux vaisseaux capillaires veineux qui n’admettent qu’une seule série de globules se réunissent avec un troisième qui ne charrie non plus qu'une seule série de ces petits corps, celui-ci, d’après les observations de Spallanzani (2), reçoit les globules tantôt de l’un et tantôt de l’autre des deux afluens , dont les corpuscules s’arrêtent à l'embouchure jusqu’à ce qu’ils parviennent à se glisser dans le courant. De même, Dœllinger a vu (3) que, quand deux courans artériels parallèles étaient unis par une anastomose transversale, Les globules, allant au devant les uns des autres dans celle-ci, s’arrêtaient, et se balançaient, jusqu'à ce que l’un d’eux, cédant le pas, rétrogradât et fût suivi par celui qui l’avait en quelque sorte chassé. Si les deux courans sont d'inégale force , les globules du plus fort empêchent souvent pendant quelque temps ceux du plus faible d’entrer, ou même les refoulent (4), quand ils ont déjà pénétré ; quelquefois aussi ceux du courant le plus faible sont attirés les premiers, et redoublent de vitesse, tout comme, dans les anastomoses veimneuses , le sang coule avec plus de rapidité au voisinage du courant vers lequel il se porte ; qu’au voisinage de

(3) Denkschriften, 1. VIT, p, 225.

(4) bid., p, 243.

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celui d'où il vient (1). Wedemeyer (2) à obsérvé les mêmes phénomènes.

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