II. Causes étrangères au cœur
$ 731. Si les considérations précédentes démontrent que le mécanisme du reste du système vasculaire permet au cœur d'accomplir la circulation , elles ne prouvent pas encore que cet organe l’effectue réellement à lui seul ; qu'il en soit la condition nécessaire , et qu'il en renferme la cause essentielle. Loin de là, certains argumens s'élèvent contre la domination exclusive et l’essentialité du battement du cœur.
I. Quelques uns de ces argumens semblent pouvoir être réfutés.
On allègue, par exemple, contre l'efficacité du cœur, que, chez les Poissons, il existe entre lui et l'aorte Les vaisseaux capillaires et les veines branchiales. Mais l'aorte de ces animaux n’exécute pas non plus de pulsations, et le sang n°y chemine que par la vis & tergo.
ŒEsterreicher (1) objecte que le cours du sang est intermittent dans le cœur, rémittent dans les artères, continu dans. les capillaires et les veines. Mais cette variation s'explique par les dispositions mécaniques qui ont été précédemment (8 725-728) passées en revue, notamment par la difiérence de capacité , de compression et d'attache.
Si l'on ne peut point produire les phénomènes de la cireulation sur le cadavre par l'emploi d'une force analogue au choc du cœur, et surtout si, comme le fait remarquer Bell (2), on est obligé, quand on pratique des injections, de faire usage d’une force supérieure à celle du cœur, si, enfin, le liquide ainsi poussé ne sort point en arcade d’une artère ouverte , ainsi qu'il arrive pendant la vie (3), ces phénomènes paraissent ne tenir non plus qu’à la différence des dispositions mécaniques. Pendant la vie, il y a plus de tension partout, de sang à plus d'expansion, et il est soumis à la pression de parues turgescentes, rénitentes ; l'effet de la force aspirante manque ordinairement dans les injections ; mais la circon-
(4) Loc. cit., p. 149.
(2) An essay on the forces by which cürculate the blood , p. 41. (3) Loc, cit., p. à.
stance la plus importante est la stagnation du sang épaissi dans les vaisseaux capillaires, stase qui manifeste déjà sa résistance pendant la vie, puisque , d’après les observations, entre autres, de Spallanzani (1), la circulation des Salamandres, quand elle a fait une longue pause et que le mouvement du cœur se ranime , recommence bien dans les troncs, mais ne reparaît plus dans la plupart des capillaires.
Senac dit que l’onde de sang qui est lancée par le cœur ne peut point déterminer toutes les artères à battre , ni ébranler tous les organes et mettre en mouvement tout le sang qui circule: Mais il ne s’agit pas ici du poids de l’onde sanguine, il est question seulement de la force avec laquelle elle est poussée contre la colonne du sang.
Enfin , on allègue, contre le battement du cœur, qu'il cesse dans la syncope et l’asphyxie, quoique la veine qu’on ouvre donne alors du sang. Mais il peut persister jusqu’à un certain degré sans être perceptible au toucher, et l'ouverture de la veine rétablir la circulation par le fait de la pression des parties entourantes, tant que le sang est encore mobile dans les vaisseaux capillaires.
Il. D'autres argumens, qui se rapportent à ce que la circulation continue encore quelque temps après la cessation de l’action du cœur, ont plus de poids, sans cependant être décisifs ; car on peut objecter contre eux que le courant de sang mis en mouvement n'arrive pas tout d’un coup à un repos parfait, et que la pression des parois l’entretient encore pendant quelque temps dans la direction qui lui avait été imprimée d’abord.
1° S'il arrive parfois au sang de couler encore dans les artères et les veines après la mort du cœur (2), ou de sorur par la plaie d'une veine après la ligature de l'aorte (3), l'effet peut tenir, dans le premier cas, à l’action aspirante que le cœur exerce durant la dernière diastole, et, dans le second, à la cessation de la pression par le fait de la blessure du vaisseau. |
(4) Loc, cit,, p.185.
(2) Haller, Opera minora, &, I, p, 145.
E (3) Loid.; p. 404 , 417.
2° Après avoir lié l'aorte et la veine cave d’un Chien, Jæckel (1) vit une plaie faite à la veine, au dessous de la ligature , donner lieu à une hémorrhagie qui rendit l'animal complétement exsangue, quoique le sang fût obligé de monter contre la loi de la pesanteur. Wedemeyer (2) a vu, chez des Grenouilles, le sang continuer encore pendant quelque temps d'avancer, après la ligature du cœur, puis devenir fluctuant , et enfin s'arrêter.
3° Spallanzani (3) a remarqué qu'après l'ouverture du cœur, le sang refluait des artères , et que les capillaires des ovaires étaient les seuls vaisseaux dans lesquels il continuât d'avancer avec lenteur. Baumgærtner (4) a vu le sang couler par les veines dans l'oreillette qui avait été ouverte, et il a reconnu qu'après l'incision du ventricule et la ligature de l'aorte , ce liquide continuait de marcher dans les vaisseaux capillaires jusqu’à ce que les artères se fussent vidées.
L° Suivant les observations de Haller (5) sur des Grenouilles, après l’excision du cœur, le sang se porte dans les veines vers la plaie, et la circulation continue pendant près d’une demi-heure, quoique d’une manière irrégulière. En pareil cas, Spallanzani (6) a vu, sur des Salamardres, la circulation cesser sur-le-champ dans les artères, se ralentir au bout de quelques minutes , puis s'arrêter dans les capillaires, mais persister pendant dix-sept minutes dans les veines. Treviranus (7) l’a observée pendant une demi-heure dansla membrane natatoire des Grenouilles, et il a remarqué que l'ouverture d'un vaisseau accroissait le mouvement. Hastings (8), Wedemeyer (9) et Wilson (10) ont fait des observations analogues sur des Grenouilles et des Lapins.
(4) De motu sanquinis, p. 26.
(2) Loc. cit., p. 232.
(3) Loc. cit., p. 329.
(4) Medicinisch-chirurgische Zeitung , 4829 , t. IV, p. 470. (5) Opera minora , 1. T, p.145, 419, 428 , 222.
(6) Loc. cit., p. 327.
(7) Biologie, t. IV, p. 262.
(8) Meckel, Deutsches Archi, t. VI, p. 228.
(40) Ueber die Gesetze der Functionen des Lebens , p.70, 458.
5° La marche du sang continue pendant quelque temps, même dans des parties mises hors de toute communication avec le corps. Schultz, entre autres (1), s’en est convaincu sur le mésentère d’une Souris. On peut également le constater sur tout lambeau quelconque détaché du corps d’une Grenouille.
Cependant, comme’, dans tous ces cas (2°, 5°), la marche du sang ne dure pas long-temps, on peut toujours présumer que c’est en vertu de dispositions mécaniques qu'il arrive à ce liquide de passer des artères, dont les parois sont plus épaisses , circonscrivent un espace moins étendu , et jouissent d’une élasticité qui les resserre peu à peu sur elles, dans les veines, qui , de tous les vaisseaux, sont les plus exposés à être blessés.
(Lorsqu'on examine au microscope une partie tout-à-fait séparée du corps, on reconnaît qu'aussi long-temps que le sang s'écoule des troncs vasculaires divisés, il continue de se mouvoir dans les capillaires ,; où cet écoulement doit de toute nécessité influer sur son mouvement. Celui-ci dure environ dix minutes dans la membrane interdigitale d’une patte coupée de Grenouille , et il y rétrograde des petits vaisseaux vers les troncs, d’une manière uniforme , sans pouls. J’attribue cet effet à l'écoulement du sang, qui attire ce liquide des capillaires. A la vérité, il devrait se produire un vide dans ceux-ci, en supposant que l'écoulement eût lieu à la fois par les artères et les veines, ce qu’on est bien obligé d'admettre, et ce vide devrait mettre obstacle à ce que les capillaires se vidassent; mais, à mesure que les vaisseaux perdent leur sang , ils se resserrent par l'effet de leur élasticité et s’affaissent par celui de la pression atmosphérique, tandis qu'auparavant ils étaient distendus par l'impulsion du liquide; aussi voit-on leur diamètre diminuer à proportion que le mouvement s’affaiblit. ) (2)
6° On trouve quelquefois des anomalies considérables, telles que squirrhes , encéphaloïdes, kystes séreux , etc., dans
(1) Der Lebensprocess im Blute , p. 57.
(2) Addition de J, Muller.
la substance du cœur, sans que la circulation ait éprouvé de trouble notable. Mais il est surtout fréquent de rencontrer des ossifications, qui paraissent rendre impossibles les alternatives de contraction et d'expansion, quoique la vie ait dû subsister pendant long-temps avec elles : on a vu des anneaux osseux, larges d’un pouce, qui entouraient la base de l’organe, ou des plaques osseuses non moins larges et longues de quatre pouces, qui s’étendaient dans la cloison, depuis la base jusqu’à la pointe (1); on a trouvé le ventricule aortique ossifié (2) ou pétrifié (3), et l’on a aussi observé le cœur entier ossifié chez deux Canards.