À. CAUSES INHÉRENTES AUX ARTÈRES
$ 733. Chez les animaux à sang chaud, la force motrice est concentrée dans le cœur, et domine sur tout le système sanouin, de manière qu'on n’aperçoit plus de pulsations indépendantes dans les artères. En effet, si Rosa (b) et Reinarz (6) ont vu, sur des Mammifères, l'aorte battre ou osciller d’une manière rhythmique, après avoir été liée sur deux points et coupée , ce phénomène devait tenir à des circonstances particulières, auxquelles on n’a point eu égard, et qui ne se représentent pas une fois sur mille. Mais , d’un autre côté, il nous est impossible de considérer comme des tubes inertes les artères, ces conducteurs du sang vivant, qui ressemblent au cœur quant aux points essentiels. Loin de là, les particularités suivantes rendent probable qu’elles possèdent une force motrice vivante.
4° Elles ont, dans leur tunique moyenne , des fibres parallèles les unes aux autres, et superposées par couches, dont la couleur est jaunâtre et devient rosée après quelques jours de macération. Ces fibres diffèrent sans doute de celles des muscles soumis à la volonté , en ce qu’elles sont plus plates,
(1) Opera minora , t. I, p. 222.
(2) Loc. cit., p. 499, 364.
(3) Loc. cit., p. 228.
(4) Loc. cit., p.188.
(5) Giornale per servire alla storia della medicina , t.X, p. 189. (6) Diss. de irritabilitate arteriarum propria, p. 48.
élastiques, sèches, cassantes, et, suivant Berzelius, insolubles dans l’acide acétique , tandis que les acides minéraux les dissolvent aisément, et que la potasse ne les précipite point de la dissolution; mais tout ce qu’on peut conclure de là, c’est que les artères ne sont point des muscles qui reconnaissent l'empire de la volonté. On les comprend dans la catégorie des organes constitués par le tissu élastique jaune, qui se trouve sur les points où la force musculaire est favorisée par la locomotilité, par exemple entre les apophyses épineuses ; mais elles diffèrent beaucoup de cette forme de membranes fibreuses ; elles ne sont point aussi entremélées ; on les sépare plus aisément, et elles se disposent par couches plus régulières. D'après l’analogie , nous devons les considérer comme des fibres motrices qui se sont accumulées sur la membrane vasculaire commune, de la même manière que les fibres musculaires dt@ cœur sont déposées sur cette membrane, ou que celles des autres organes creux; le sont à la superficie de la membrane muqueuse. Dans chaque organe, les muscles qu'on appelle de la vie organique sont disposés d’une manière particulière, en raison de la nature spéciale de cet organe, de sorte qu'il est tout naturel qu’elles soient autres dans les artères que dans le cœur ou dans les muscles qui obéissent à la volonté. Wedemeyer (1) croit qu’elles n'ont d'autre usage que de résister à l'impulsion du cœur par leur rigidité , et (2) qu’elles doivent leur origine au choc du sang, parce qu'elles sont plus fortes à l'endroit des bifurcations et au côté convexe des artères, et plus faibles aux artères cérébrales, où l'impulsion du cœur se trouve brisée. Mais la pression mécanique de l’onde sanguine devrait bien plutôt condenser et épaissir la membrane vasculaire commune ; la multiplication des fibres artérielles dans les points contre lesquels le courant du sang fait plus d'effort, dépend de l’accroissement de la nutrition, tel qu'il a lieu partout où les fibres motrices exercent une action plus énergique. La force impulsive du cœur n’est nullement, brisée dans les artères cé-
(4) Untersuchungen p. 80.
(2) Zoid.. p. 40,
rébrales , puisque ces artères battent avec assez de force pour soulever la masse entière du Cerveau, et s’il se trouve moins de fibres en elles, si même elles n’en contiennent pas du tout, ce phénomène semble tenir bien plutôt à ce que la fibre musculaire disparaît de la sphère du cerveau, puisque: les fibres ne sont nulle part plus développées que dans les artères des muscles soumis à la volonté, et qu'ainsi chaque partie imprime à ses vaisseaux un Caractère en harmonie avec le sien propre. Enfin, Wedemeyer (1) a vu que, même chez un monstre privé de cœur, la couche fibreuse des artères surpassait en épaisseur celle des veines. Du reste, Autenrieth (2) fait remarquer que la couche fibreuse externe a plus d’élasticité et prédomine dans les troncs, tandis que l’interne est plus rouge, plus molle et proportionnellement plus forte dans les branches.
2° Il se répand, dans la couche fibrétise , des nerfs nombreux, dont le tissu élastique jaune est dépourvu. Nous ne pouvons pas croire que ces nerfs soient destinés à agir sur le sang et à le maintenir vivant ; car alors ils se distribueraient surtout à la membrane vasculaire interne, et ne seraient pas si développés dans les troncs , où le sang marche avec plus de rapidité qu'ailleurs. Il nous est également impossible d’admettre l'hypothèse qui leur attribue pour fonction d'animer le Système nerveux par le moyen du sang , puisque ce système reçoit partout des vaisseaux sanguins qui lui appartiennent en propre. Nous sommes donc forcés de reconnaître une connexion essentielle entre les nerfs et la couche fibreuse, puisqu'ils n’ont leurs extrémités périphériques que dans cette couche, et qu'ils sont moins nombreux dans les veines, qui ont des fibres plus faibles et des mouvemens moins prononcés que dans les artères.
$ 734. Si, parmi les phénomènes d’un mouvement des artères différent de la pulsation , nous considérons
I. Ceux qui se laissent dériver de la simple élasticité, nous trouvons d'abord :
(4) Loc. cit., p. 41.
(2) Handbuch der Physiologie, t. I, p. 453,
Ao La vacuité ét la Contraction des artères après la mort (6634, 5°, 635, 1°). Le sang que le dernier battément du . cœur Jancô darts ces vaisseaux, y trouvant une plus grande
pression , passe dans les veines ; ce sont surtout les ramifications artérielles qui se vident, tandis que les troncs conservent encore une partie du sang de la dernière ondée , à l’état liquide ou coagulé : les artères ossifiées demeurent pleines de Sang (1). Les artères se rétrécissent péndant la raideur cadavérique, de telle sorte qu'alors le terme moyen de la pro portion entre leur capacité et celle qu’elles ont pendant la vie est de 121,56, d’après les observations de Parry ; quand la raideur à cessé, elles se dilatent un peu, mais ne reviennent pas au degré de distension que le sang leur procurait pendant Ja vie, et, suivant ie même écrivain , la proportion est alors de 1: 1 27.
F Lés artères se rétrécissent péndait la vie, dès qu’elles recoivent moins de sang qu'auparavant, Où qu il ne leur en arrive plus du tout, soit qu’elles éprouvent alors une compression (2), soit qu'il y ait moins de sang dans le corps , puisqu’en pareil cas le pouls devient petit et filiforme. La proportion entre leur capacité après uné hémorrhagie épuisante et avant cette perte générale du sang, était, selon Spallanzani , de 1: 6 dans l'aorte antérieure d’une Poule, et de 4 ° 4,25 dans la postérieure (3); suivant Hunter , de 1: 1,14 dans l'aorte d'un Cheval, L +1,20 dans l'artère iliaque , et 1° 4,50 dans la crurale ; d’après Parry, de 1:°4,78 dans la carotide d’un Be- * lier (4). Hunter prétend que certaines branches , comme j’artère radiale , peuvent se resserrer äu point de s'oblitérer entièrement, ce que Treviranus et Wedemeyer (5) n’ont cependant jamais observé,
3° Quand les artères ont été liées, elles se vident encore, et
(4) Sæœmmerring , Gefæsslehre , p. 76.
(2) Magendie, Précis de physiologie, t. IT, p. 349.
(3) Loc. cit., p. 350.
(4) Experimentaluntersuchung ueber die Naturürsachen und Verschiedenheiten des arteriæsen Pulses, p. 18.
(5) Untersuchungen , p. 32.
poussent le sang non seulement dans leurs propres ramifications , sans qu'il y ait parfois aucune trace de rétrécissement, mais même jusque dans les veines (1).
4° Une artère embrassée par deux ligatures, à laquelle on pratique une piqüre , laisse échapper le sang , même sous la forme de jet, et se resserre. Ainsi, par exemple, Reinarz (2) a vu la carotide externe se vider jusqu’à la dernière goutte, tandis que l'aorte abdominale ne laissa échapper peu à peu, par une plaie longue de deux lignes , que les sept huitièmes de son sang.
5° Les artères coupées en travers se resserrent tellement, à leur ouverture , que le sang ne peut plus couler , ainsi que Spallanzani (3) l'a observé sur l'aorte ventrale des Lézards. Elles diminuent surtout lorsqu'elles viennent à se rétracter et à s'éloigner de la plaie, parce qu'alors elles sont comprimées par les parties environnantes. Voilà pourquoi on pratique la section de celles qui n'ont été que piquées , afin d'arrêter le sang. Lorsque les circonstances ne leur permettent pas de se resserrer , une hémorrhagie mortelle peut avoir lieu, même par une petite branche , telle qu'une artère dentaire.