VEINES
$ 737. À l’ésard des veines,
I. Le sang qui coule dans leur intérieur est moins vivant, et elles-mêmes paraissent ne posséder qu'une faible vitalité. Leurs parois sont plus minces, plus flasques, et pourvues d’infiniment moins de nerfs que celles des artères. Leurs fibres sont éparses, peu prononcées et longitudinales ; Magendie prétend (1) qu'elles sont entrelacées Les unes avec les autres dans toutes les directions ; cette opmion paraît ne pas être mieux fondée que celle de Marx (2), qui, indépendamment des fibres longitudinales, admet encore une couche interne de fibres annulaires ; car celles-ci ne sont apparentes que dans la veme cave antérieure des Chevaux et des bêtes bovines. Les veines cèdent davantage et se resserrent moins; souyent elles ne sont pas entièrement pleines de sang ; on les trouve même quelquefois vides, sans qu’elles soient contractées, de sorte qu’elles ne donnent point de sang quand on les pique. Cependant la force motrice ne leur est point entièrement étrangère.
A° Suivant Marx (3), elles se resserrent quelquefois à l'air. Bichat les a vues, dans certains cas, se tendre davantage sur divers points de leur étendue. Dans un état général de spasme, elles ne donnent point de sang lorsqu'on les ouvre.
2° Il leur arrive parfois de se fermer après avoir été coupées en travers (4). Ordinairement elles se raccourcissent un peu, ce qui n'arrive plus sur le cadavre.
3° Elles se vident quelquefois, selon Béclard, quand les artères ont été liées.
4° Si on les intércepte entre deux ligatures, et qu'on les
(1) Précis élémentaire, t. IT, p. 245.
(2) Diatribe de structuré atque vüit& venarum, p. 45. (3) Jbid., p. 78.
(4) OEsterreicher, Lenre vom Kreislaufe, p, 435.
pique , elles émettent quelquefois leur sang sous Ja forme de jet. Marx (1) a vu la veine crurale d’un Chien lancer ce liquide à deux pieds de haut; mais, quand elle avait été préalablement irritée par des acides! elle ne le laissait couler qu’en nappe.
bo Dans certains cas on a observé en elles des traces d'irritabilité. Lorsque Verschuir irritait légèrement la veine jugulaire d’un Chien avec le scalpel, elle battait et chassait le sang avec plus de rapidité (2) ; il a vu la même irritation déterminer la contraction d'une des vemes iliaques, et non celle de la veine du côté opposé (3). Hastings a remarqué, dans dix cas, que la veine auriculaire des Lapins se contractait sous l'influence irritante du scalpel. La veine jugulaire de Chiens, touchée par Verschuir (4) avec des acides, se resserrait. Hastings a constaté le même effet sur une veine mésentérique et sur la veine jugulaire externe, tandis que la veine cave du même Chien ne donnait aucune trace d'irritabilité ; la veme auriculaire d’un Lapin se contracta d’une manière si forte qu'à peine le sang pouvait-il encore couler dans son intérieur (5). Marx (6) a vu la veine jugulaire d’un Chien, sur laquelle le scalpel, l'alcool, le vinaigre et l'acide rarophiler rique étaient demeurés sans action, se réduire à une ligne de diamètre par l'influence de l'acide sulfurique étendu, .et la veine caye coupée en travers laisser couler le sang avec plus de promptitude, quand il versait de l'acide sulfurique sur les branches. Après la mort (7), il n’a plus observé aucun eflet de la part des acides, comme aussi Hastings (8) a remarqué qu'alors les veinesse décoloraient bien, mais qu’elles ne se contractaient point , ainsi qu'il leur arrive de le faire pendant la vie. Une fois Verschuir (9) a vu le contact du doigt chaud dé-
(4) Loc. cit., p. 76.
(2) Loc: cit., p. 82.
(3) Loc. cit., p. 91.
(4) Loc. cit., p. 88.
(5) Meckel, Deutsches Archiv, t. VI, p. 232. : (6) Loc. eit., p. 73.
(7) Loc. cit., p. 81.
(8) Loc. cit., p. 233.
(9) Loc, cit., p. 86.
terminer le resserrement de la veine jugulaire. Suivant les : observations de Wedemeyer (1), le galvanisme, loin de faire resserrer les veines, les dilate, au contraire, et ralentit la marche du sang.
IT. Les troncs veineux
6° Possèdent une irritabilité fort prononcée. Lancisi et Senac (2) ont ranimé, par la chaleur, par l'insufflation et par des piqures , le mouvement ralenti et même déjà éteint de la veine cave. Suivant Verschuir (3), les troncs veineux des Chiens conservent leur irritabilité pendant un quart d'heure après la cessation de la vie générale, et plus long-temps que le cœur. Haller a vu la veine cave battre plus rapidement lorsqu'il l'irritait avec une épingle ou avec des acides, tandis que la même irritation, portée sur la veme pulmonaire et l'aorte, demeurait sans effet (4). D’après Marx (5), l'acide sulfurique réduit le calibre de la veine cave antérieure de cinq lignes à trois, ét celui de la veine cave postérieure de cinq lignes et demie à quatre et demie. Hastings (6) a observé le même phénomène en touchant la veine cave postérieure du Chat avec de l'acide nitrique, et quand il fit agir cet acide sur la veine pulmonaire , toutes les branches entrèrent en mouvement, tandis qu'auparavant la veine entière n'avait donné aucun signe de-pulsation. Du reste, Spallanzani (7) a vu, dans un Poulet mort d'hémorrhagie , la veine cave antérieure se réduire au dix-huitième , et la postérieure au neuvième de son diamètre primitif.
7° Les troncs veineux battent au voisinage du cœur (8), qui paraît renfermer la cause de ce mouvement , que ce soit parce que sa diastole vide subitement la partie la plus rapprochée des troncs veineux, et que sa systole favorise sa réplétion',
(4) Untersuchunygen , p. 242.
(2) Loc. cit., t. IL, p. 38.
(3) Loc. cit., p. 83.
(4) Opera minora , t. X, p. 147.
(5) Loc. cit., p. 74.
(6) Loc. cit., p. 232.
(7) Loc. cit., p.346.
(8) Haller, Opera minora, 1, 1,p. 445.
l'accroît même par le reflux du sang ( $ 708, 1° ), ou parce que l’action des oreillettes entraîne celle des troncs veineux voisins. Si le premier cas a lieu , les troncs veineux et les oreillettes se trouvent toujours dans un état opposé, ce qui avait lieu manifestement dans les observations citées plus haut ($ 722, 9 ); si le second cas arrive, les troncs veineux et les oreillettesseremplissent etse vident alternativement ($ 722, 3°), comme le prétendent Œsterreicher (1) et Barkow (2). Beaucoup de physiologistes, par exemple Senac (3), Haller (4). Sœmmerring (5) et Wedemeyer (6), attribuent aux troncs veineux des pulsations propres, attendu que les veines caves chassent encore le sang dans l'oreillette , quand celle-ci à déjà cessé d'agir, ce qui avait déterminé Stenson à lui donner l'épithète de wltimum moriens : de même , elles agissent encore après avoir été séparées du cœur, comme l'ont observé Senac (7), Verschuir (8) et Sarlandière (9); quand on les lie, elles se vident dans le cœur , et après qu'on à enlevé la lisature , elles se remplissent de nouveau, ainsi que l’a vu Verschuir (10). Cependant tous ces phénomènes s'expliquent ou par la force absorbante ou par la force compressive du cœur, avec le concours de la plaie, et la pulsation propre des troncs veineux demeure un fait d'autant moins prouvé, qu'on n’a pas remarqué qu'après la ligature de ces vaisseaux, tant du côté du cœur que du côté des capillaires, ou lorsqu'on faisait agir sur eux des irritans, ils ne se bornassent pas uniquement à se rétrécir , mais exécutassent réellement des pulsations.
B. Causes inhérentes au sang.
$ 738. D'après les recherches auxquelles nous nous sommes
(4) Loc. cît., p. 433.
(2) Meckel, Archiv fuer Anatomie, 1830 , p. b. (3) Loc. cit., t. II, p. 37.
(4) Opera minora , t, I, p. 175, 223. :
(5) Gefæsslehre, p. 418.
(6) Untersuchungen , p, 20, 488.
(7) Loc. cit., p. 138,
(8) Loc. cit., p. 83..
(9) Loc. cit., p. A7.
livrés jusqu'ici , la paroi proprement dite de la carrière parcourue par le sang, où la membrane vasculaire commune, est une condensation ou coagulation de la substance organique, analogue aux tissus épidermoïdes, qui manque en général d'activité vitale et en particulier de force motrice propre. À la périphérie du système, le sang entre en conflit vivant avec le reste de la substance organique, et là il n’est plus entouré que de cette membrane vasculaire ; qui, par sa présence, le maintient à l'état d'existence indépendante, sans néanmoins gèner en rien le conflit; les vaisseaux capillaires n’ont done pas de force motrice propre, qui puisse déterminer le cours du sang. Au contraire, dans le centre du système, où le sang est accumulé en plus grandes masses , ses relations avec l'organisme ne se manifestent que par son courant, la vie extéfieure, le mouvement , se déploie ici d'une manière plus puissante , et la carrière que le sang parcourt se développe, par un dépôt de masse musculeuse à la surface de la membrane vasculaire , en un organe doué d'une mobilité énergique, qui, lui-même, à titre d'organe spécial et susceptible de déplacement, est entouré d'une membrane séreuse. C’est ainsi que le cœur détermine le cours du sang par $a force motrice. Mais le cours du sang ne correspond pas toujours aux mouvemens du cœur, et il a lieu même alors que celui-ci manque ; par conséquent le cœur n'en est que l'organe, et non la cause essentielle ; il fait seulement qu’à un degré supérieur d'organisation le mouvement du sang, qui dépend d’une autre cause, constitue une manifestation particulière de la vie, ou s’accomplit sous la forme d’une fonction spéciale. Maintenant, les artères et les veines pourraient déterminer lé cours du sang lorsqu’ilne correspond pas aux mouvemens du cœur, et le produire quand le cœur n'existe point; en effet, elles ne diffèrent de lui que sous le point de vue de la quantité, puisqu'elles sont pourvues de muscles et de nerfs, et douées d’une force motrice vivante. Mais cette force est trop faible pour pouvoir déterminer à elle seule le cours du sang, ni même y contribuer; la plénitude de la vie ne se manifeste qu'aux points opposés du système, à la périphérie comme conflit chimico-dynamique , au centre comme force motrice indépendante; les rayons,
artères et veines, sont des chaînons intermédiaires, pour ainsi dire passifs, dans lesquels les qualités des deux pôles se trouvent réduites à l'indifférence , de sorte que la force motrice va toujours en diminuant à mesure qu'on s'éloigne du cœur, et le conflit vivant, par exemple la sécrétion et l'absorption à mesure qu’on s'écarte des vaisseaux capillaires. Aux derniers degrés de l'échelle de l’organisation, on reconnaît d’une manière plus positive encore que la propulsion du suc vital ne dépend point d'une force motrice des parois. La circulation partielle dans l’intérieur d’une cellule végétale a lieu sans que celle-ci exécute le moindre mouvement, et sans qu'il y ait de canaux conducteurs ; la séve monte dans de simples interstices, les méats intercellulaires, et lorsqu'elle s'élève aussi dans des vaisseaux propres, non seulement on n’aperçoit aucune trace quelconque de mouvement dans ceux-ci, mais encore on ne peut considérer la capillarité comme étant la cause dü phénomène, puisque la séve s'élève à peu près de vingt pieds dans un tube adapté à l'extrémité d’un sarment de vigne coupé en travers , tandis que la capillarité n’est qu’une forme de l’adhésion, et qu’elle peut bien attirer un liquide dans un vaisseau capillaire, même l'y faire monter, mais jamais le faire arriver au-delà de ses bords. De même, chez les animaux qui n’ont point de sang, le corps entier s’imbibe du suc vital, qui n’est pas encore distinct des autres humeurs : ce suc paraît donc se mouvoir en vertu d'une force qui lui appartient en propre. Or, comme la cause essentielle de ce mouvement doit être la même aux plus hauts degrés de l’organisation qu'aux plus bas, et qu'en réalité la cause fondamentale du cours du sang ne réside point dans les parois, il nous faut la Chercher dans le sang lui-même, à moins qu’elle ne soït contenue d’une manière quelconque dans l’intérieur du système vasculaire. Nous allons examiner cette hypothèse sous le point de vue de sa probabilité ( $ 739 ), après quoi nous peserons les argumens empiriques qui parlent en sa faveur ( $ 740 ).
8 739. Si le sang se meut de lui-même, ce ne peut être qu’en vertu du rapport mutuel de ses molécules, ou par l’effet d’une force propre à sa masse.
1e Suivant Doœllinger, les globules du sang sont à l'état
d’antagonisme intérieur, d’un côté individuels et indépendans, de l’autre côté parties d’un tout et ne subsistant que par rapport . à la masse. Ainsi ils s’attirent et se repoussent, se meuvent et sont mis en mouvement , se séparent du système du sang, et cherchent à se réunir (1). On comprendrait bien mal l’auteur, si l’on croyait voir là autre chose qu’une conception idéale du phénomène de la formation, et si l’on pensait qu'il a voulu peindre ainsi la cause déterminante du mouvement du sang. Si les globules du sang étaient dans un état continuel d'attraction et de répulsion les uns à l'égard des autres, une circulation continue ne pourrait avoir lieu. La simple vue du cours du sang (S$$ 688, 2°; 713, 1°) nous apprend que les globules marchent dans le même sens côte à côte, et à la suite les uns des autres , et qu’ils se comportent avec uneindifférence absolue à l'égard les uns des autres. A la vérité, - dans certaines circonstances, ils s’attirent et se repoussent, ce qui produit une sorte de fluctuation. Ainsi Haller (2) a vu que, quand du sang s'était accumulé en plus grande quantité dans une artère , il y affluait de toutes les branches ; ce liquide se rendait à une branche anévrysmatique, mais ne tardait pas à retourner dans le courant ; si du sang était accumulé sur deux points, il se manifestait une oscillation entre ces deux masses magnétiques ; entre lesquelles les globules semblaient osciller jusqu’à ce qu’ils fussent retenus par l’une d'elles; dans un cas où ils s'étaient épanchés, par la plaie d’une veine , entre les feuillets du mésentère, ils flottèrent de telle sorte que Ia veine alternativement les absorbait et les laissait ressortir. Spallanzani (3) aussi a remarqué souvent qu'il y avait attraction mutuelle entre les globules. D'après une observation faite par Koch, le sang s’écoulait par la plaie d'une artère de la membrane natatoire d’ane Grenouille, s’infléchissait sous un angle aigu, pénétrait dans un vaisseau capillaire voisin, qui était ouvert, et passait ainsi dans la veine (4). Baumgært-
(4) Denkschriften der Akademie zu Muennchen, t, VIX, p. 225. (2) Opera minora, t. I, p. 127, 239.
(3) Loc. cit., p. 382. Ÿ
(4) Meckel, Archiv fuer Anatomie, 1827, p. 443.
ner a remarqué également (1) que , dans le nombre desglobules du sang qui s'étaient amassés auprès d’une artère de la queue coupée d’untêtard de Grenouille, et au milieu desquels ceux qui venaient après eux entretenaient un certain mouvement, il s’en trouvait un qui se glissa entre les autres , décrivit un petit arc pour aller gagner l'ouverture d’un capillaire voisin, s'insinua dedans, et fut suivi alors d’autres encore, qui rentrèrent ainsi avec: lui dans les veines. Lorsqu'une grande masse de sang est stagnante, le liquide se trouve attiré vers elle, et reflue des branches dans les troncs; aussi, en pareil cas, observe-t-on ordinairement le mouvement régulier dans les veines et un mouvement rétrogade dans les artères. Mais cette action des globules les uns sur les autres n’a lieu que quand la force qui les met tous en mouvement cesse d’agir ; elle ne peut donc pas opérer le cours du sang.
(Lorsqu'on examine une goutte de sang de Grenouille au microscope , et que les globules sont très-épars, avec ou sans eau, on remarque d'abord l’entrecroisement qui a lieu dans tous les liquides contenant des globules , le lait par exemple, quand on les a mis en mouvement, et qui dépend de causes purement mécaniques. Plus tard , lorsque les globules sont devenus tranquilles, si l'on observe avec beaucoup d'attention , on en voit quelques uns se rapprocher trèslentement jusqu’au point de se toucher. Je n'ai jamais pu voir ce phénomène dans le sang humain, parce qu'il se coagule trop vite, et que l’évaporation s'opère avec trop de rapidité quand la goutte occupe une large surface.) (2)
Mais si Ja force motrice existe dans le sang en masse, elle . peut avoir son siége ou dans-une substance motrice , qui serait mêlée avec ce liquide, ou dans la substance du sang luimême.
2° La première théorie est celle de Rosa, suivant laquelle le sang produit la pulsation des artères; mais, comme ce liquide ne bat point dans les veines , Rosa attribue le phénomène non au sang lui-même , mais à la partie éthérée et élas-
(4) Beobachtungen ueber die Nerven und das Blut ; p. 408. (2) Addition de J. Muller,