EFFETS DE L'AUGMENTATION DU SANG
IT. Lorsque la quantité du sang dans le corps entier, outre-. passe les proportions normales,
#“K (1) Opera minora, t. 1, p. 416. |
(2) Loc. cit., p. 342. , (3) Burdach, Vom Baue des Gehirns , t, III, p. 444. (4) Diss. de natura medicatrice, p. 44.
6° Il en résulte d’abord une excitation générale, qui entraîne l'accroissement de la force des battemens du cœur, de la plénitude , de la grandeur et de la fréquence du pouls, de la fréquence de la respiration, du volume du corps, de la rougeur des tégumens , du développement de la chaleur et de la transpiration. Mais, quand la pléthore dure long-temps, ou qu’elle est portée à un plus haut degré , elle occasione l'irrégularité des battemens du cœur, l'oppression ou la lenteur du pouls , la difficulté de respirer, l'anxiété, le vertige et un sentiment de faiblesse.
7° Les eflets d'un afflux trop considérable du sang vers certains organes se manifestent surtout au cerveau , à l'œil et à l'oreille, parce que là l’état intérieur auquel sont ainsi amenés les organes s'annonce davantage dans les fonctions animales.
Sous le rapport du cerveau, nous distinguons quatre degrés (1). Un médiocre accroissement de l’afllux du sang, qui ne porte aucune atteinte à l’action du viscère , produit une tension plus considérable, un excitement plus vif, un accroissement de l’activité de l'âme, une facilité plus grande à passer d’une idée à l’autre ou à lier les idées ensemble, une exaltation du sentiment intérieur, une propension aux affections énergiques. Si l’afflux du sang est plus considérable, en proportion de la force du cerveau , il survient un état de dépression; la tête est lourde et abasourdie , il y a malaise général, impossibilité de s'appliquer à rien, difficulté de suivre le fil des idées et de rassembler ses souvenirs, propension à la taciturnité et à la morosité , ou à l'agitation et à l'anxiété, somnolence et cependant impossibilité de dormir tranquillement; la brusquerie dans les paroles et les mouvemens annonce l’état d’excitement où se trouve le centre du système de la sensibilité. Si l’afflux est plus fort encore, et qu'il y ait en même temps une certaine tension dans les activités cérébrales, l'âme devient étrangère à elle-même, et la confusion se met dans les idées ; les sens sont le jouet d’hallucinations , quoique la conscience persiste encore, ou bien il
(4) Burdach, Loc. cit, t. III, p. 440-413.
y à perte de la liberté et de la présence d'esprit, ou de la
faculté de mettre ses idées en équilibre les unes avec les
autres, et l'imagination se livre sans frein à ses capricieux
écarts. Enfin, si la pléthore arrive au plus haut degré, que
ce soit par sa propre intensité absolue, ou parce que le cerveau
a moins de force réactionnaire , l’activité de l'âme en général
succombe , et il y a paralysie, qui tantôt ne porte que sur la vie
intellectuelle et morale, se manifestant alors par la stupeuret l'hébétement, tantôt frappe la vie tout entière du cerveau,
qui se noie dans le sang ou meurt d’apoplexie.
Ce qui prouve que ces phénomènes ne tiennent pas uniquement à l’afllux actif du sang et à l'ébranlement du cerveau ($ 746, 7°), mais qu'ils dépendent aussi de la quantité de ce liquide qui arrive au viscère , c’est qu'ils se déclarent dans les attitudes qui , donnant plus d’action à la pesanteur du sang, rendent son afllux vers la tête plus facile, et son retour plus difficile. Certames personnes ont plus d'aptitude à méditer lorsqu'elles se tiennent couchées, et Bricheteau (1) cite un homme qui n’avait de mémoire que quand il s'étendait, la tête très-basse. La céphalalgie et le délire augmentent dans le décubitus horizontal , et il arrive souvent aux attaques d’apoplexie d'être déterminées par l'horizontalité du corps ou par l’action de se baisser.
L'augmentation de l’afflux du sang vers les organes des sens supérieurs commence également par exalter la faculté sensorielle ; on voit mieux dans un demi-jour, on entend les moindres sons, puis la perception devient obtuse, ensuite on éprouve des hallucinations, enfin la surdité ou la cécité se déclare, surtout quand le sang accumulé devient stagnant.