III. En quoi consiste cette métamorphose
Elle ne saurait être de nature mécanique et dépendre d'une condensation du cruor, comme le dit J. Davy; cette hypothèse est réfutée par les circonstances au milieu desquelles elle a lieu (4°-6°), par les conséquences qu'elle entraîne pour la vie ($ 743, IL), même par la couleur à la manifestation de laquelle elle donne lieu, puisque celle-ci diffère non pas seulement par le degré,mais encore par l'espèce ; car on aurait beau étendre la teinte du sang veineux ou concentrer celle du sang artériel, jamais on n'obtiendrait ni, dans le premier cas, la couleur dusang artériel , ni, dans le second , celle du sang veineux. L'analyse a fait entrevoir des différences chimiques ($ 751, 44°), et Ia formation du sang veineux doit dépendre d'un échange de matériaux entre le sang artériel et la substance organique placée au dehors de lui. Mais cet échange a lieu d’une manière instantanée , et il ne constitue qu’une fraction infiniment petite de l'opération chimique par laquelle la vie se maintient. En outre, comme il dépend de l'activité vitale, il doit subir un changement considérable quand celle-ci vient à être modifiée. Ces deux circonstances nous expliquent les contradictions qu'on remarque entre les observateurs, par rapport à la qualité du sang veineux ($ 751). Pour bien saisir la différence , il faut apporter une exactitude minutieuse dans l'examen , et une longue série d'observations peut seule mettre à même de décider si celle que l'on constate est générale et normale , ou si elle se rattache seulement à un état accidentel et passager de la vie. Jusqu’à présent , Denis est celui qui à fait le plus de recherches chimiques sur le sang, et ses travaux confirment ce qui a été dit précédemment ; le sang veineux lui à offert plus d'eau que le sang artériel (4), mais
(4) Loc. cit., p. 285. “
parfois aussi moins (1); plus d'albumine , mais une fois aussi autant de cette substance (2); moins de cruor, mais quelquefois aussi une pareille proportion. Il reste encore bien des choses à faire pour les chimistes qui ont une idée juste de la vie ; quant aux faits dont nous pouvons disposer aujourd'hui, ils paraissent conduire aux résultats suivans :] 7° Le conflit avec la substance organique diminue la tension intérieure du sang , et en combine les matériaux d’une manière plus mme ; le liquide perd de son expansion; il devient plus lourd , moins odorant et moins chaud ; son aptitude à se décomposer diminue , ainsi que sa propension à se coaguler et à tomber en putréfaction. Le sang veineux peut être comparé à une puissance chimique qui à épuisé son action et qui a été neutralisée. L 8° Il à abandonné quelques uns de ses matériaux à la substance organique, et [a quantité de ses principes constituans actuels est accrue. Le cruor, qui appartient exclusivement au sang , est la partie qui a le plus diminué (de 0,10 à 0,25, selon Denis), de sorte que le nombre des globules est devenu visiblement plus considérable , et qu'il y en a par conséquent une partie qui a passé dans la substance organique , à l’état. de dissolution, Il a disparu moins de la fibrine. Les substances que l’on rencontre partout, l’eau , les sels et l’albumine, ont augmenté , et cela, à ce qu'il paraît, non pas seulement d’une manière relative, à raison de la perte éprouvée en Cruor et en fibrine , mais encore d'une manière absolue , par l’accession des matériaux provenant des tissus organiques, qui se. sont réduits en une dissolution saline d’albumine. 4 9° La qualité des matériaux immédiats du sang, et, pr vant Michaelis , la proportion de leurs élémens, ont changé dans la même mesure. Le cruor ne présente plus la même couleur, expression totale de sa composition élémentaire (S 687, 3°); il a perdu 0,01988 d'oxygène et d'hydrogène, et acquis en revanche une quantité équivalente de carboné et d'azote. La fibrine* n’a changé que de cohésion; elle a perdu 0,01254 de carbone et d'azote, qui ont été remplacés par de (4) Loc. cit., p. 265.
(2) Loc, cit,, p. 266. «
Le AÔTION DE L'ORGANISME SUR LE SANG. 55 * J'oxigène et de l'hydrogène. Les qualités de l'albumine n’ont point subi de changement appréciable; mais la perte de carbone et d'azote, et l'acquisition d'hydrogène et d'oxygène qu'elle a faites s'élèvent à 0,00414. Ge qu'il y à de plus considérable , c’est l'augmentation du carbone (0,04849) et la diminution de l'oxygène (0,01345) dans le cruor. La fibrine perd plus en azote et en carbone que l’albumine, mais
elle perd proportionnellement beaucoup plus du premier (0,00320 : 0,00057) que du second (0,00934 : 0,00357).
I, Efféts non ordinaires de l’organisme sur le sang.
$ 753. Après avoir passé en revue les effets de l'organisme sur le sang qui sont constans et accompagnent continuellement la vie ($ 750-752), nous avons à examiner ceux auxquels ce même organisme ne donne lieu que dans certames circonstances particulières.
À. Effets produits par des états particuliers de la vie.
De même qu’il n’y a guère de dérangement un peu consi- dérable de la santé qui n’entraîne à sa suite une modification quelconque des battemens du cœur, de même aussi le sang change dans un grand nombre d'états morbides dont la cause se rattache uniquement à des rapports dynamiques, à une exaltation ou à une dépression des fonctions, et à une action ‘de stimulus qui, par leur nature, ne peuvent modifier la composition organique. La pathologie nous fournirait donc des renseisnemens précieux sur l'influence de Îa vitalité; si elle | était arrivée à un plus haut degré de perfection que celui où nous la trouvons aujourd'hui. Car, outre que, comme l’a déjà fait remarquer Davy (1), le sang ne subit pas de changemens appréciables dans certaines maladies , l'apoplexie et le tétanos, par exemple , les analyses chimiques que nous possédons de ce liquide ne sont pas assez nombreuses encore, et n'ont pas été faites avec autant d’atiention aux circonstances dans lesquelles . se trouvait la vie, qu’on pourrait d désirer. D’ailléurs nous trouvons , en,ce qui concerne même les qualités physiques du sang , une foule de contradictions qui tiennent à ce qu’on n'a
(4) Eroriep , Notisens XIII , p.455. à
mn
point eu égard aux états morbides, mais seulement aux for-
mes de maladies qui pouvaient cependant avoir pour causes
des conditions de vie totalement différentes les unes des au-
tres. Cependant nous’ n’en devons pas moins chercher à tirer parti de ce que nous possédons aujourd'hui.