ACTION DE L'ORGANISME SUR LE SANG. 449 2. ESSENCE DE LA VÉNOSITÉ
$ 752. I. La réalité d’une différence entre le sang aftériel et le sang veineux | |
4e À été niée par Harvey et les premiers défenseurs de la circulation, parce qu'ils trouvaient la métamorphose du li : quide inconciliable avec la rapidité du mouvement qui l’entraine de l'extrémité des artères dans le commencement des veines. En conséquence, ils attribuaient la diversité de couleur à un changement de densité, provenant lui-même de circonstances mécaniques. Au dix-huitième siècle, plusieurs phy-
siologistes, Carminati par exemple, réduisirent toute la diffé-
rence entre les deux sangs à une nuance diverse de coloration, et nièrent qu'elle s’étendit au degré de chaleur, à la pesanteur spécifique et à la coagulabilité (1). Mais on doit ranger parmi les sinoularités de notrésiècle que cette opinion ait été récemment encore soutenue par J. Davy, qui n’adniet , entre le sang veineux et le sang artériel, qu'une simple différence de couleur, encore même purement accidentelle. Suivant lui , le sang coule des artères avec plus de rapidité, et il paraît plus vermeil parce que son cruor est plus divisé, attendu non seulement qu'il ÿy a du chyle avec lui, mais encore que de l'air s’y mêle pendant qu'il s'épanche ; le sang veineux, au contraire, coulant avec plus de lenteur, le cruor peut s’y précipiter par l'effet de sa pesanteur spécifique , de sorte que la condensation des particules colorantes rend sa couleur plus foncée, effet auquel contribue encore lastase du sang dans la veine, déter-
minée par la ligature qu'on applique avant de pratiquer la.
saignée (2).
2° D’autres, au contraire, ont jugé la différence entre le - sang veineux et le sang artériel si considérable, qu'elle leur a fait nier l'identité des deux courans et le passage direct du sang du système aortique dans celui des veines caves. En admettant ce passage des artères dans les veines pulmonaires , et par suite la conversion du sang veineux en sang artériel, ils
(4) Giornale per servire alla storia della medicina, t. I, p. 266. (2) Archives générales , t, XXVI, p. 394. -
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se sont montrés moins conséquens que ceux quiniaient absolument toute différence, et pig ne croyaient pas plus à la métamorphose dans le poumon qu'à celle dans le reste du corps. 5° Le juste milieu entre ces opinions extrêmes est moins pi=
quant sans doute , mais il renferme si évidemment la vérité, que nous ne pouvons point hésiter à nous: y ranger. Nous ad mettons donc à la fois et la différence et l'identité des deux courans, ou, en d'autres termes , une métamorphose du sang: Il est certain que: partout les artères se continuent aveciles veines ($ 704 ); or il ne l’est pas moins que, pendant sa révo: luion, le sang subit des changemens , dont la possibilité ressort déjà des phénomènes qu'on observe en examinant le sang coulantdes vaisseaux (5707), ou tiré par lasaignée (S 666-669); Car ces phénomènes attestent combien il est sujet à varier.
IL. Nous demanderons d’abord par quoi est déterminée {a métamorphose di sang artériel , ou säiconversion en sang ven neux.
4° Quandia chimie pneumatique eut enseigné qu'en Me du caractère veineux au caractère artériel, le sang absorbe de l'oxygène dans l'atmosphère, on crut qu ‘il devenait veineux par la continuation de l'opération chimique , sans nulle autre. Circonstance quelconque. Lagrange pensait que l'oxygène, faiblement uni au sang dans les poumons, contracte peu à peu une combinaison plus intime avec lui pendant le cours de la circulation, et notamment s'empare de son carbone et de‘son hydrogène. Il se fondait sur ce que du sang artériel qu'on enferme dans des tubes de verre hermétiquement clos ; prend de lui-même une couleur plus foncée au bout de quelque temps , et que le sang veineux qu'on traite de même ; après l'avoir rendu vermeil par le contact du gaz 6Xy- * gène, reprend également peu! à peu sa teinte noire. Cepen-®. dant on peut objecter contre ces’argumens que le'sang ar= tériel ne noircit hors du corps vivant qu’autant que la putré= faction commencé à s'emparer de lui; que jusqu'alors 1e caillot auquel il a donné naissance demeure vermeil, non seulement à la surface en contact avec l'air , mais encore dans sa masse entière ; qu'enfin même la teinte rutilante commu niquée par l'air au sang veineux dure assez long-temps ; Car »
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elle persiste pendant quelques jours à la face du caïllot tournée d'abord vers le haut, puis vers le bas. Quant à la conclusion qu'avait tirée Lagrange , ce qui la réfute complétement , c’est que lesang ne devient veineux qu’en traversant les vaisseaux capillaires. Lorsqu'on Me des vivisections, les ramuscules.les plus déliés du système aortique donnent du sang vermeil,tandis que ceux du système de la veine cave en fournissent de noir, et partout où la transparence des vaisseaux le permet, on remarque la différence de couleur dans le sang qu'ils charrient. Kaltenbrunner dit avoir remarqué que les globules, parvenus dans les capillaires les plus déliés, où ils acquièrent une teinte plus foncée, se renflent en même temps un peu, deviennent moins nettement circonscrits , éprouvent une légère déperdition de substance sur les bords, et ne s’accolent plus alors ensemble (1). Krimer avait déjà affirmé que les globules sont plus gros dans’le sang veineux (2). Enfin, Pallas a trouvé que le sang qui sortait des vaisseaux capillaires au moyen de ventouses ou de sangsues, se comportait encore comme sang artériel, et différait du,sang veineux (3), incontestablement parce qu’en pareilles circonstances il sortait de ces vaisseaux avant d'y avoir séjourné assez long-temps pour pouvoir subir sa métamorphose.
bo Si le sang trouve, dans les vaisseaux capillaires, et son but et le point tropical de Sa révolution, parce qu'il s'y met en conflit avec ce qui est placé au dehors des vaisseaux (8 746, 5°), si, de plus, il entre en rapport avec l'atmosphère dans les vahéehus capillaires des poumons, et par là ne fait
que passer de la forme vemeuse à la forme artérielle , il n'est
pas douteux que la métamorphose du sang artériél en sang veineux ne soit opérée par le conflit avec la substance orpanique dans laquelle se répandent les dernières ramifications du système aortique. Nous en trouvons la preuve dans l'expérience, puisque du sang artériel qui reste pendant quelque temps en contact avec la substance organique, prend le ca-
(A) Froriep, Notisen , t, XVI, p. 308.
(2) Loc. cit., p. 228.
(3) Journal de chimie médicale , t IV, p. 465,
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ractère veineux. Lorsque Hunter plongeait un corps aigu dans l'artère crurale d’un Chien, bouchait la plaie , et la rouvrait au bont de quelque temps, il trouvait que le sang épanché dans le tissu cellulaire avait pris une teinte noire; quand il avait appliqué deux ligatures sur là carotide d’un Chien, le sang y devenait noir au bout de quelques heures. Lorsque : dans une opération chirurgicale, le tourniquet est resté appliqué pendant un certain laps de temps sur une forte artère, le sang qui coule après qu’on cesse de comprimer est quelquefois veineux. La même chose arrive aussi à celui qui stagne dans les tumeurs anévrysmales. Le sang qui séjourne dans les bronches ou dans le rectum, après s'être échappé des vaisseaux pulmonaires ou d'hémorrhoïdes internes, est plus foncé que celui qui arrive au dehors immédiatement après son extravasation. Lauer fait remarquer que, dans les maladies où il y a un grand relâchement des organes, notamment du foie et de la rate , la circulation se fait d’une manière lente, mais qu'en même temps le sang est plus noir et plus liquide (4). Œsterreicher (2) et Wedemeyer (3) ont vu aussi les globules du sang prendre une couleur jaune plus intense, lorsqu'ils étaient devenus stationnaires par l’eflet d'uneirritation mécanique ou galvanique. Le sang veineux des grands animaux paraît être plus noir et plus différent de l’artériel que celui
des petits animaux, ce qui pourrait bien tenir, d'un côté, à
ce que les battemens du cœur sont moins fréquens, de l’au-
tre , à ce que la carrière est plus longue , de sorte que le sang:
reste plus long-temps en contact avec la substance organique.
6° Mais ce qui dénote que la substance organique détermine la métamorphose du sang par l'impression vivante qu’elle
produit sur lui, c’est que cette métamorphose souffre toutes
les fois qu'il survient des changemens considérables dans l'activité vitale (8 756); c’est aussi que, malgré le soin qu'on prend d'entretenir la circulation chez un animal mis à mort, en continuant la respiration par des moyens artificiels , le sang
(4) Hecker, Literarische Annalen der Heilkunde!,°t. XNVIIXL, p. 272. (2) Darstellung der Lehre von Kr RE p: 429.
(3) Untersuchungen , p. 213.
artériel ne devient cependant point veineux, circonstance sur laquelle Legallois à le premier appelé l'attention des physiologistes.
Mais l’activité vitale ne saurait opérer directement et par elle-même un changement matériel; elle ne le peut qu’en faisant naître certaines relations matérielles. |