‹ Traité de physiologie, consideŕeé comme science d'observationChapitre 13 sur 64 · RAPPROCHEMENT DES SEXES · texte numérisé non relu

RAPPROCHEMENT DES SEXES

plusieurs jours ensemble et mangent peu; les tentatives pour se rapprocher davantage n’ont lieu encore qu’en tremblant pour ainsi dire , et ils se retirent en toute hâte dès que leurs tentacules viennent à entrer en contact (1).

f° Chez plusieurs animaux , il n’y a en général que les individus du même sexe qui vivent ensemble, et le rut seul rapproche les deux sexes. Les Gerfs adultes se tiennent ordinairement en troupes, et ne souffrent parmi eux ni jeunes ni femelles ; chaque femelle vit avec les faons qu'elle a mis dernièrement au monde, et avec les petits âgés d’un an ou deux ; mais, depuis l’époque du rut jusqu’à la parturition, les mâles vivent parmi les femelles. Chez le Renne et l'Elan, les vieux mâles recommencent, dès après le rut, à faire bande à part. Chez certains Oiseaux aussi, le Tetrao bonasia , par exemple , les deux sexes se tiennent séparés hors du temps de la propagation.

5° Dans d’autres espèces, le mâle seul reste isolé; ainsi la Laie vit toujours en troupe avec ses petits d'un an à trois, tandis que, hors de l'époque durut, on rencontre presque toujours le mâle seul.

6° Certains animaux , surtout parmi ceux de proie, vivent isolés, et ne souffrent aucun individu de leur espèce dans leur voisinage , la femelle elle-même ne tardant pas à se séparer des petits, dès qu'ils ont acquis un peu de force; mais ils se rapprochent pendant les amours. C’est ‘ce qui arrive, par exemple, au Vautour des agneaux et à l'Ours, chez lesquels le mâle et la femelle restent ensemble jusqu'au temps de la parturition. Le Hamster vit solitaire dans son terrier, et combat ses pareils avec fureur, quand il en rencontre; mais, à l’époque du rut, le mâle et la femelle se tiennent ensemble et se prêtent mutuellement secours, quoiqu'ils ne tardent pas à se séparer. Les Araïgnées sont aussi des animaux qui se combattent à outrance lorsqu'ils viennent à se rencontrer; mais l'instinct propagateur triomphe de la haine qu’ils se portent ; d’après les observations recueillies par Degeer, le mâle cherche alors une femelle, dont il s'approche avec cir-

(4) Swammerdam, Pibel der Natur,, p, 57.

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conspection et à pas comptés; puis il allonge les pattes, secoue un peu la toile et se hasarde à toucher la femelle du bout de ses pattes; cet attouchement lui inspire quelquefois une frayeur telle, qu'il se laisse tomber en toutediligence et reste pendant quelque temps suspendu à son fil; mais il reprend courage, remonte et s’approche encore de la femelle ; après s'être palpés de loin assez long-temps, les deux sexes finissent par devenir peu à peu plus intimes et par se joindre (1).

Si l'instinct de la procréation était permanent chez tous les animaux, constamment aussi ils auraient des dispositions sociales, et comme il dure plus long- temps chez les femelles, qu'il s'étend même chez elles jusqu'aux soins à donner aux petits, et que ce sont ordinairement les mâles qui recherchent l’autre sexe, la femelle paraît être le lien proprement dit des espèces et le véritable fondement de la sociabilité.

A. Pantogamie.

$ 250. Quant à ce qui regarde le choix des individus, la Pantogamie (Venus vulgivaga) , dans laquelle l’individualité n'entre nullement en ligne de compte, est la forme la plus basse. Partout où l'accouplement est extérieur, l’individualité ne joue aucun rôle : chez les Poissons, ce sont plutôt les produits de la génération que les individus producteurs qui se recherchent; chez les Grenouilles, un mâle quitte l’accouplement au bout d'un ou deux jours, pour faire place à un autre , et aller lui-même chercher une autre femelle après avoir restauré ses forces. Mais ce cas arrive aussi quelquefois dans l’accouplement intérieur, notamment chez les Chiens et les Loups, où l’on voit tous les jours une femelle s’accoupler avec plusieurs mâles et un mâle avec plusieurs femelles, un mdividu quittant l’autre dès qu'il a satisfait sa fantaisie.

De même que ses maladies, les aberrations morales de l’homme doivent être considérées comme des retours vers l’animalité , puisque chaque degré de la série animale n’est réel-

(2) Lepelletier, dans Nouv. Bullet. de la Soc. philomat., 67e cah., p. 257.

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lement qu'un point de transition, qu'un âge de la vie : chaque vice n’est donc qu'une rétrogradation vers telle ou telle nature animale. C'est en ce sens que les Romains avaient parfaitement raison d'appeler lupa la femme qui fait métier de sa personne. Mais comme, dans ces sortes de chutes , l'homme descend toujours au dessous de l'animal auquel alors il ressemble et auquel la nature à assigné cet échelon, de même aussi la Chienne est fort au dessus de la femme qui la copie; car si elle n’a pas non plus d'amour pour aucun individu déterminé , cependant elle ne cherche autre chose que la fécondation dans les sacrifices qu'elle fait à Venus vulgivaga, et dès qu’elle l'a rencontrée , elle est satisfaite ; elle à agi dans l'intérêt de la nature, et véritablement rempli son but.

Les Grecs entretenaient des prêtresses publiques de Vénuüs, et faisaient vœu, dans les € langers , d'en consacrer de nouvelles à la divinité (4). En n'éstimant pas les femmes, ils se punissaient eux-mêmes, puisqu'ils étaient obligés de se rejeter sur celles dont ils avaient fait une marchandise vénale. Par l'éducation qu'ils donnaient à leurs filles , ils empêchaient l'esprit de se former chez elles, et l'époux trouvait moins de charmes dans le commerce de sa femme que dans celui des hétaires, qui s'étaient développées plus librement. Aussi Démosthènes put-il dire en public qu’il fallait prendre des femmes pour avoir des enfans légitimes , des concubines pour trouver ces soins attentifs dont l'homme a tant besoin, et des courtisanes pour goûter avec elles les jouissances dé l'amour (2). Parmi les hétaires, il s’en trouva plusieurs qui parvinrent à se former l'esprit, parce qu'aucune chaîne ne leur était imposée ; elles fréquentaient les leçons des philosophes , qui ne craignaient pas de se laisser voir chez elles ; telles fu: rent Diotime , Aspasie et Phryné. Ainsi les baïadères des Indes sont des poètes, des chanteuses et des danseuses, qui émbellissent par leur art toutes les fêtes publiques, civiles et religieuses, et les courtisanes du Japon sont des espèces de dévotes, auprès desquelles les gens pieux se rendent, après

(4) Meiners, Geschichte des weiblichen Geschlechts , 1. 1, p. 338, (2) Ibid, p. 840.

| POLYGYNIE. 55 avoir accompli leurs prières. Tous lés peuples se sont égarés de cette manière dans des institutions contraires à la nature : les législateurs ont dû assigner des priviléges à la prostitution, afin de mettre les femmes et les filles innocentes à l'abri de la brutalité , parce que les mœurs qui répugnent à la nature muluplient toujours le nombre des hommes célibataires. Ainsi, dans les grandes villes de l'Égypte, on entretient des prosti= tuées pour l'usage des voyageurs, et dans la Perse on les loue à l'étranger en vertu d’un contrat qui reçoit la sanction des formes judiciaires. Solon faisait acheter des femmes étrangères pour cet usage, et en Chine on relègue les filles de joie dans les faubourgs des villes ; mais, quelque cachet de mépris qu'on puisse leur imposer, elles sont plus propres à favoriser qu’à restreindre la brutalité, et n’atteignent qu’imparfaitement le but de leur institution.

B. Polygamie.

$ 251. La Polygamie peut être polygynique ou dratile (S 252).

À. POLYGYNIE.

Un seul mâle pour plusieurs femelles constitue la Polygynie. Cette combinaison se rencontre chez divers Oiseaux et Mammifères. On compte pour un seul mâle deux à cinq femelles chez l’Autruche , trois à quatre chez le Faisan à l'état de liberté , dix à vingt chez le Coq domestique, vingt chez la Mésange à longue queue, quatre chez l'Éléphant, six à huit chez Ha Lapin, six à dix chez le Renne, huit à quinze chez le Cerf, dix à douze chez le Sanglier, dix à quinze chez l'Ane, quinze à vingt chez le Cheval, dix à trente chez l'Ours marin, vingt à vingt-cinq chez le Mouton, vingt à trente chez le Cochon domestique, vingt à quarante chez les bêtes à cornes, trente à cinquante chez les Chèvres. Quelques unes de ces proportions ne sont pas naturelles , mais découlent de la domesticité ; car, par exemple, on peut, dans les faisanderies , n'avoir qu'un seul mâle pour soixante poules, quand on lui donne une nourriture plus abondante.

La polygynie ne se rencontre guère que chez les animaux

56 POLYGYNIE.

qui vivent en troupes. Le mâle est ordinairement distingué par sa taille et sa beauté, ou par sa force , ses armes et son courage , de manière qu’il devient aussi le dominateur et le protecteur du troupeau. En même temps il possède à un haut degré la puissance génératrice , et le besoin de s’accoupler a chez lui beaucoup de vivacité , tandis que la femelle est plus retenue et ne cède même quelquefois qu'à la contrainte. Cependant, malgré toute son ardeur et sa lasciveté, le mâle montre aussi une certaine modération, en harmonie avec la mesure de ses forces ; le jeune Cerf, qui est plus faible que le vieux, à moins de femelles que lui ; chaque Cerf connaît ses femelles, les surveille, et n’en laisse aucune s’écarter du troupeau, mais ne convoite point celles d’un autre (1). Parfois aussi le mâle témoigne de la préférence pour certaines femelles, et le Coq, par exemple, a presque toujours ses poules favorites.

Dans les contrées méridionales, la polygynie règne aussi parmi les hommes. À Benin et au Mexique, 1l se trouve des hommes qui ont jusqu'à cent femmes; chez les Nègres, un homme du commun en à deux à dix, un grand trois cents à mille , et tel prince jusqu'à quatre mille. On prétend ordinairement que la polygynie est conforme à la nature dans ces climats , parce que le nombre des femmes y surpasse celui des hommes ; cependant la question n'est nullement décidée, et l’on ne raisonne que par hypothèse, puisqu'on n’a point de recensemens officiels. Les observations de Potter (2) semblent établir qu'il ne naît pas plus de filles que de garçons en Orient, et cela est d'autant plus facile à croire que les femmes destinées aux harems des grands sont tirées en partie de fort loin ou ravies à des peuples étrangers, que ces contrées fourmillent en outre d’eunuques et autres esclaves célibataires , enfin que les Nègres se font les uns aux autres des guerres sanglantes, à la suite desquelles ils emmènent, comme butin , les femmes et les filles des morts et des vaincus. On cite quelques calculs à l'appui de l'opinion qu'il y a plus de

(A) Harvey, Exvercitat. de gencratione , p. 306. (2) Philos. Trans., t. XLIX , P, 1, p. 96.

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femmes que d'hommes dans les pays chauds ; on dit, par exemple , que la proportion des hommes aux femmes est de 4 © 4,10 à la Nouvelle-Hollande, de 4:°1,16 au Caire, de 4 ©: 1,20 à Quito, au Japon et aux Indes orientales ; de À : 4,25 au Mexique et dans le centre de l'Asie ; de 1 : 41,40 parmi les Guarines, en Amérique (1). Mais, en supposant ces évaluations exactes, il ne s’ensuivrait pas encore que la polygynie füt conforme à la nature, car aucune d'elles ne donne deux femmes pour un homme, et la proportion la plus élevée n’est que d’une et une fraction ; tout au plus donc , parmi cinq hommes, deux pourraient-ils vivre en bigamie, et alors on se demanderait d’où ce droit leur serait venu. En second lieu, toutes ces assertions ne reposent point sur des tables de naissances , mais sur des évaluations approximatives, ou sur des proportions établies d’après les résultats de la guerre, de l'esclavage, etc. Humboldt nous a donné, sur la proportion des naissances dans l’Amérique méridionale, des documens plus certains, d'où il résulte que quatre-vingt-dix-sept filles viennent au monde pour cent garçons. Enfin la polvgvynie n’a pas lieu seulement parmi les habitans des pays chauds, puisqu'on la trouve aussi chez les Samoïèdes , les Kamtchadales, les Ostiaques, les Tonguses, les Sauvages du nord de l'Amérique , etc. Il paraît donc évident, d'après cela, qu'elle tient principalement à la barbarie des hommes. Quand l'homme, en vertu de sa nature, se crée un plus grand cercle d’action, mais que le penchant animal prédomine en lui, il ne se contente pas d’une femme , et veut en posséder plusieurs ; et lorsqu'il considère la femme comme une chose, comme un moyen de satisfaire ses désirs , lorsqu'il ne connaît d'autre droit que celui du plus fort dans ses rapports avec les autres hommes , 1l s'empare d’autant de femmes étrangères que sa puissance ou son caprice le lui permet; il.descend au rang de l'animal polygyne, dont il n’a pas même la modération, et peuple son harem en raison de sa convoiuse et non de ses facultés physiques. Voilà aussi pourquoi la polygynie est la compagne ordinaire du despotisme politi-

(4) Dict, des sc. médical., t, XIV, p. 582.

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