FÉCONDATION
a. Conditions de la fécondation.
$ 286. La condition de la génération sexuelle est que le testicule ou son produit influe sur l'ovaire ou son produit.
4° Si l’on enlève les étamines ou le pistil d’une plante monocline, ou si l’on sépare l’un de l’autre les deux sexes, dans les plantes monoïques ou dioïques, de manière que le pollen ne puisse pas se transmettre, la génération n’a point lieu. Les fleurs qui n’ont que des étamines ne portent jamais de fruit ; celles qui contiennent un ovaire n'en donnent qu'autant que du pollen arrive jusqu’à elles ; on peut même y faire parvenir cette poussière par des moyens artificiels, et l’on reconnaît que la fécondation s’est réellement opérée à ce que le fruit prend les qualités de la plante d’où le pollen a été tiré. Tels sont les faits que le génie de Linné sut féconder après Camerarius, et dont la vérité a été constatée mille fois depuis, par Desfontaines encore dans les temps modernes (1). Si nous comprenons dans son vrai sensla part que les sexes prennent à la génération, c’est-à-dire que la femelle forme la substance du fruit, mais ne peut l’amener à parfaite maturité, quand l'organisme occupe un haut échelon de la vie, qu’autant que le mâle vient exercer sur elle son influence, nous ne) saurions douter de la sexualité des plantes. Cependant la doctrine de Linné paraissait être complétement établie, lorsque Schelver et son ingénieux successeur, Henschel, élevèrent des objections contre elle.
Ils rapportèrent d’abord des faits attestant que des fruits s'étaient formés sans influence du pollen. Mais la monogénie
(1) Froriep, Motisen, t, XXXVIL, p. 113.
est hors de doute; elle domine dans les derniers rangs du
règne végétal, comme dans ceux du règne animal, et peut aussi se manifester exceptionnellement chez des êtres qui, d'aprèsla règle, doivent être produits parla générationsexuelle. Donc, en prouvant la monogénie , on ne réfute pas la digénie, puisque la nature se déploie partout en formes variées, et qu'il lui arrive fréquemment , lorsque déjà elle est parvenue à l’un des échelons supérieurs, de redescendre à quelqu'un de ceux qui se trouvent au dessous.
En second lieu, Schelver et Henschel firent ressortir les diflicultés que présente chaquemode de transmission du pollen au stigmate ; mais ils ne prouvèrent pour aucune plante que la transmission ne püt point avoir lieu d'une manière ou d’une autre. Par exemple , ils firent voir que, dans beaucoup de végétaux , la pesanteur du pollen s'oppose à ce qu'il arrive de lui-même au stigmate :: mais ce qu'il aurait fallu démontrer, c'est que tout autre moyen quelconque d'y parvenir lui est également interdit dans ces plantes. De ce qu'un fait nous semble diflicile à concevoir, ce n’est jamais une preuve qu'il ne soit point réel, pas plus ici qu’à l'égard de tout autre phénomène de la nature. L'absence d’une direction déterminée du pollen tient à celle de la locomotilité animale , et la surabondance de ce produit s'explique par la nature même de la plante, qui consiste uniquement à former, et en conséquence à produire en profusion ($ 235).
En troisième lieu , Schelver et Henschel ont appelé le raisonnement à leur secours. Chez les animaux , disent-ils, toutes les parties sont vivantes à la fois; dans les plantes, au contaire, elles ne le sont que l’une après l'autre, puisque chacune d'elles se développe indépendamment de l’autre, la branche de la feuille, la fleur de la branche , etle fruit de la fleur (1). Mais ce n’est là qu’une différence relative , tenant à ce que l'unité qui caractérise toute vie quelconque est plus développée chez l'animal , en vertu de l'existence du système nerveux. Il n’est pas vrai d’ailleurs que, chez les plantes, une partie soit absolument indépendante d'une autre, etqu'elle vive
(4) Henschel, Von der Sexualitæt der Pflanzen , p. 39.
seule à une époque déterminée. Enfin , chez l'animal, il existe aussi des parties qui jouissent d’une certaine indépendance, et qui atteignent leur point culminant en des temps différens. Ainsi, par exemple, la vie tout entière est absorbée par la génération pendant le rut , dans les intervalles duquel elle se dirige vers la conservation de l’individualité.
Henschel considère le pollen comme la substance végétale soustraite à la puissance enchaînante de l'accroissement, comme un poison dirigé contre le progrès de la vie végétale, qui agit par infection sur le stigmate , et détermine ainsi la formation du fruit (1) ; mais comme il explique également la génération des animaux par une infection (2), on doit conclure de là que lui-même reconnaît la nature procréatrice du pollen.
Au reste, quant à Ce qui concerne la fécondation artificielle, il y à fort long-temps déjà que les Orientaux portent des fleurs mâles de Dattier sur les pieds femelles, en secouant la poussière des premières sur les seconds. Le Jardin des Plantes de Berlin possédait depuis trente ans un Chamærops humilis femelle, qui n'avait jamais porté de fruits parfaits; Gleditsch le féconda avec du pollen que Kælreuter lui avait envoyé de Carlsruhe, à cent soixante lieues de distance , et il en obtint ensuite des fruits complets. On a fait la même observation sur l’ÆAbroma angusta (3), le Mastix et le Térébinthe (4). Les amateurs d’horticulture ont employé ce moyen pour produire différentes variétés d’œillets et d'oreilles d'ours. Les gens de la campagne savaient aussi depuis longtemps qu'il ne faut point arracher les pieds stériles (mâles) du Chanvre, avant que les graines aient commencé à se développer sur les pieds fertiles (femelles).
2° La génération des animaux peut devenir le sujet d’observations immédiates lorsqu'elle s'effectue hors du corps de la femelle. Spallanzani, en saisissant cette idée, à enrichi la science des découvertes les plus précieuses, qui seront ici notre principal guide.
(1) Zhid., p. 431 et 435.
(2) Ibid, p. 441.
(3) Willdenow, Grundriss ” Krœuterkunde ; p, 413. (4) Treviranus, Prologie, t, XII, p. 346.
C'est d’après le résultat, et en voyant se développer des œufs, que Spallanzani jugeait qu’il y avait eu fécondation. Il reconnut que les Reptiles sont dans le même cas que tous les autres animaux, C'est-à-dire qu'aucune génération n’a lieu chez eux quand on extirpe les ovaires ou les testicules, ou lorsqu'on empêche l'accouplement. Ayant ouvert cent cinquante-six grenouilles femelles accouplées, mais dont les mâles n’avaient point encore émis leur sperme , il vit tous les œufs se putréfier, sans que nul têtard s’y développât (21). Lorsqu'il habillait les mâles avec des caleçons de taffetas ciré, l’accouplement n’était pas suivi de fécondation (2). Baignait-il au contraire des œufs de Grenouille, de Crapaud ou de Salamandre, avec le sperme du mâle, ils se développaient d'une manière aussi rapide et aussi complète qu'après la fécondation naturelle (3). Duhamel et Jacobi (4) sont parvenus aussi à féconder artificiellement des œufs de Saumon , de Truite et de Carpe. L'expérience a cependant échoué entre Les mains de Cavolini. Elle n’a pasréussinon plus à Spallanzani, avec les Vers à soie ordinaires (5), quoiqu'il soit possible que ces animaux se trouvent dans le cas de la monogénie ($ 44). Spallanzani, ayant renfermé une Chienne, lui injecta, au vingt-troisième jour de la clôture et au treizième depuis la manifestation de la chaleur, dix-neuf grains de sperme, qui fut lancé à l’aide d'une seringue échauflée ; l'animal mit bas trois petits soixante-deux jours après l'injection (6). Cette expérience a été faite avec le même résultat par Rossi (7). Hunter, consulté par un homme atteint d’hypospadias, lui conseilla d'injecter sa propre semence au moyen d’une seringue échauflée, et sa femme devint enceinte (8) ; ilne dit pas que cette dernière ait été enfermée avant et après l'opération, mais on peut en douter.
(4) Spallanzani, Exp. sur la génération, p. 9.
(2) Ibid., p. 43.
(3) Iéid., p. 142.
(4) Treviranus, loc. cit., t. IIT, p. 370.
(5) Spallanzani , Loc. cit., p. 250.
(6) Ibid., p. 226.
(7) Ibid., p. 311.
(8) Home , Lectures on comparative anatomy; [, p. 219.
CAE =
3°.On a pensé que la liqueur séminale du mâle pouvait être remplacée jusqu'à un certain point par d’autres substances chez les plantes et Les animaux inférieurs ; mais nous avons be-
soin encore de nouveaux faits pour admettre un tel phénomène, qui prouverait que cette liqueur n'agit pas d'une manière matérielle et chimique, mais d'une manière générale et dynamique. Henschel raconte (1) qu'après avoir saupoudré des stigmates de ricin, les uns avec de la magnésie, les autres avec de la poudre de lycopode, il vit les premiers donner quelques petites graines et les autres des semences plus grosg ses’, il ajoute que les arbres à fruits couverts de la poussière “qui s'élève de la grande route donnent les récoltes les plus abondantes, ce qui fait que les jardiniers des environs de Breslau sont dans l'habitude de saupoudrer les arbres en fleurs avec cette poussière. Des pieds de maïs, dont il avait coupé les
épis mâles et couvert les stigmates avec de la magnésie, du soufre , du charbon, du lycopode , donnèrent des graines parfaitement mûres (2). Mais ces graines se produisent aussi par monogénie, sans l'intervention de poussières étrangères, de manière qu’il n’est point prouvé que celles-ci exercent une influence fééondante. L'électricité, le sang, le vinaigre, l'alcool, les huiles essentielles n'ont pu servir. à féconder des œufs de Batraciens (3); mais l'urine des mâles de Grenouilles , retirée de la vessie à l’aide d’une canule pointue , sans blesser les organes génitaux, à presque toujours opéré la fécondation (4). Cependant Prevost et Dumas (5) font remarquer que les canaux déférens de la Grenouille s'ouvrent dans les uretères, que ceux-ci forment une poche latérale, qui se gonfle beaucoup au temps des amours, que l'urine sert vraisemblablement à étendre le sperme, et qu’au printemps elle contient des ani-
malcules spermatiaues.
$ 287. Quant à la nature du sperme, 1° Le sperme tiré des vésicules séminales du Bufo calamita
(4) Henschel, Loc, cit., p. 286.
(2) Schlesische Provinzialblætter, 1824, p. 462.. (3) Spallanzani, loc. cit., p. 153, 154, 243.
(4) Jbid., p. 307.
(o) Annal. des se. nat., t. I, p. 278.