‹ Traité de physiologie, consideŕeé comme science d'observationChapitre 34 sur 64 · F. fe 3. F. F ER · texte numérisé non relu

F. fe 3. F. F ER

Anna parle (4) d’un homme bien conformé , parmi les parens duquel s’en trouvaient deux atteints du bec-de-lièvre ï qui eut, d’une première femme, onze enfans, dont deux avec un bec-de-lièvre, et d’une seconde deux, présentant la même difforrhité. Deux époux, dont les pères étaient roux', mais qui n'avaient pas les cheveux de cette couleur, mirent au monde quatre fils roux, et trois filles dont la chevelure avait une autre teinte (2). |

3° Peu à peu l’anomalie s'éteint et la nature revient à l'état normal. On trouve, parmi les Limaçons, des individus dont la coquille s’enroule à gauche, et dont les sacs génitaux, comme tous les autres organes, sont situés au côté gauche, au lieu de se trouver à droite. Ces individus ne peuvent s’ac— coupler avec ceux dont la coquille tourne à droite: l’accouplement n’est praticable pour eux qu'avec d’autres individus à coquille également senestre ; cependant ils produisent des petits conformés comme à l'ordinaire (3).

La nature tend partout à l'harmonie, de sorte qu'elle se complaît à un terme moyen de forces dans ses produits. Aussi, après avoir pris un plus grand élan chez certains individus , révient-elle promptement à sa mesure ordinaire. Le vrai génie est toujours isolé, et ne se réveille point dans sa pos-

(4) Salzb, med. chir. Zeitung, A805,, t. IV, p. 242. (2) Siebold , Journal fuer Geburtshuelfe , 1. TX, p. 266. (3) Chemnitz, dans Der Naturforscher, 1, VILL, p. 463; €. XVI, p. 9,

térité ; les talens meurent dans une famille, à laquelle il ne reste plus qu'à vivre dela gloire de ses ancêtres ; et tandis que les anciennes races s'abâtardissent , il s'en élève de nouvelles, ce qui rétablit l'équilibre.

f° Un caractère étranger ne peut se maintenir dans une espèce ou une race qu'à la condition que la génération sera continuellement opérée par l'espèce ou la race étrangère à laquelle ce caractère appartient. Il s'opère donc alors jusqu'à un certain point un passage d’une espèce ou d'une race à l'autre. Lorsque Koælreuter fécondait le stigmate du Mcotiana rustica avec le pollen du Micotiana paniculata, répétait la même opération sur les plantes nées des graines, et continuait ainsi pendant quelques générations , il obtenait des plantes qui ressemblaient de plus en plus au Wicotiana paniculata , et qui finissaient même par appartenir entièrement à cette espèce (1). L’accouplement avec un Faisan du bâtard produit par la Poule domestique et le Faisan ,,reproduit des Faisans purs. On ne parvient à rendre permanentes les races perfectionnées de Chevaux et de Brebis qu'en ayant soin, pendant au moins six générations, de n’employer à la propagation que des animaux de la race plus noble, des étalons arabes , anglais ou espagnols, et des Beliers d Espagne. De même , la race des Turcs et des Persans n'a gagné du côté de la beauté que parce qu'elle se mêle depuis des siècles avec des femmes de la Mingrélie et de la Circassie. En Amérique, les mulitres retournent à leur race primitive dès la troisième génération , lorsqu'ils s'unissent à des individus de cette race, et même , suivant quelques auteurs, quand ils se propagent dans leur propre caste (2).

5e La nature met obstacle à ce que les anomalies se conservent. La majeure partie des monstres manquent des conditions nécessaires pour vivre; les géans et les nains sont en général inhabiles à se reproduire. La plupart des bâtards d'espèce sont tout-à-fait impuissans , ou du moins ils ne peuvent se reproduire entre eux, et ne deviennent féconds qu'avec

(4) Kælreuter, Fortsetzung , t. I, p. 54.

(2) Diet. des sc. méd. nt. XX XIV, p. 522.

les individus des espèces primitives auxquelles leur posté rité ne tarde pas à retourner. Dans les végétaux hybrides, tout est d'ordinaire parfaitement développé, au pollen près, qui ne consiste qu'en utricules vides, de sorte que les fleurs ne donnent point de graines (1); cependant il peuvent être fécondés par le pollen du père et de la mère , quoique même alors ils portent moins de graines que les plantes normales (2). Quand les bâtards du Faisan et de la Poule domestique, ow ceux du Chardonneret et du Serin, s’accouplent ensemble, ils pondent bien des œufs, mais ou ils ne couvent pas, ou leurs œufs n'éclosent point (3). On assure que les Mulets n’ont pas d'animalcules spermatiques, et que les ovaires et la matrice sont moins développés dans les Mules : le Mulet est beaucoup plus ardent que le Cheval, ce qui fait qu'on à coutume de le . châtrer (4), mais cette circonstance n'empêche pas qu'il ne Soit en général inhabile à se reproduire, Le Bardeau et le Mulet engendrent avec le Cheval ou l'Ane, mais souvent les petits qui proviennent de ces unions sont faibles et meurent peu de temps après leur naissance (5). Tout ce qu'on a dit de la fécondité des bâtards du Serin et du Chardonneret, du Renard et du Chien, du Chien et du Loup, etc. (6), se rapportait probablement à des cas dans lesquels il y avait eu accouplement de ces métis avec des individus d’une des deux races méres. On connaît des exemples, chez les végétaux, d'hybrides qui se sont propagés sous leur forme ; mais, d’un côté, il est plus commun que les plantes provenant de là ressemblent davantage à l'une ou l'autre des deux souches (7), et d'un autre côté ces hybrides sont peu féconds, ils ont des grains de pollen plus petits et moins riches en substance combusüble, et leurs anthères, tantôt ne s'ouvrent jamais, tantôt s’ouvrent peu et seulement à l'époque où déjà les fleurs com

(1) Kelreuter, Ferlœufige Nachricht , p. 39, (3) Der Naturforscher, t, VII , P. 56.

(4) Bechstein, Loc. cit.,t.1, p. 293.

(5) Gleichen, loc. cit,, p. 25.

(6) Treviranus, Biologie , t. III , P. 443.

(7) Kælrenter, Fortsetzung , t. I, p. 41.

mencent à-se faner (1). Au reste, on remarque une grande variété à cet égard suivant les espèces; les hybrides des Mcotiana major et glutinosa étaient absolument inféconds ; ceux des Micotiana rustica et paniculata se laissaient féconder par le pollen 'de l’une des espèces mères, tandis que le leur propre n'avait pas la moindre vertu; ceux des Dianthus chimensis et carthamus étaient un peu aptes à la reproduction, tant du côté du mâle que du côté de la femelle (2).

Au total la nature ne conserve que ce qui est en harmonie

avec elle. Ge qui s’est formé à l'encontre de ses lois, porte avec soi, en arrivant à l'être, le cachet d'une inévitable ruine.

& 305. Les principales circonstances qui déterminent les qualités de la progéniture sont :

A0 L'harmonie entre les individus qui accomplissent la génération. Parmi les animaux domestiques, on choisit pour la monte les plus beaux individus, ceux qui se portent le mieux, ceux entre lesquels il y a le plus d'analogie sous le rapport de la taille, de la couleur, etc. Quand la dissemblance est trop grande entre le mâle et la femelle, il y a dégénérescence, et Wolstein donne le nom de bâtards aux produits (3). Mais l'harmonie la plus pénétrante est un amour réciproque ; si les parens éprouvent de l'aversion l'un pour l’autre , ils produisent des formes désagréables, des enfans moins vifs et moins dispos. Les enfans de l'amour ont plus d'esprit, de beauté et de santé; cependant il ne faut pas, par un euphémisme absurde, réserver surtout cette épithète aux enfans nés hors mariage, car l'expérience établit le contraire à l'égard de ces derniers.

90 Chez les animaux, la propagation dans une même famille a de bons résultats. C'est elle qui assure la beauté des Chevaux arabes et anglais, des Brebis espagnoles, etc. Bojanus fait remarquer que lemélange des différentes races, lorsqu'ilse prolonge pendant quelque temps , amène une dégénérescence générale dans l'espèce chevaline. Le fait peut être vrai aussi

(4) Léid.,t. IT, p. 39.

(2) Did. t. 1, p. 49.

(3) Ueber das Paaren und} Verpaaren der Menschen und Z'hiere, p. 48, 21.

EFFETS DE LA FÉCONDATION. 259 pour l'homme , en ce qui concerne le physique; mais, quand la propagation est renfermée chez lui dans les limites d’un cercle qu'elle ne peut franchir, le développement des facultés intellectuelles s’en ressent presque toujours. L'alliance entre proches parens est contraire à la nature dans l'espèce humaine ; il faut que ce qui est séparé se réunisse, et il n'y à qu'une telle réunion qui rende possible un amour chaud et une progéniture vigoureüse. Aussi les mariages entre proches, quoiqu'admis dans l'antiquité reculée, ont été rangés au nombre des crimes par tousles peuples ennoblis qui ont considéré les liens de famille comme une chose sacrée: Chez les Mahomé-

tans, au contraire, l'inceste n’est point sévèrement puni, et il à lieu fréquemment chez les Caraïbes, auxquels il ne répugne pas d'épouser leurs filles ou leurs sœurs. De pareilles unions sont impossibles parmi plusieurs espèces d’animaux , comme le Cerf, le Chevreuil, etc. , ‘parce qu'il n'y à que des individus du même âge qui entrent ensemble en chaleur.

+. 8° La débauche et l'immoralité n'engendrent la plupart du temps que desenfans faibles de corps et d'esprit. L'état physique, au moment de la génération exerce aussi uné influence considérable. Les enfans procréés pendant l'ivresse n’ont souvent qu'une sensibilité obtuse , où même sont tout-à-fait idiots (1).

A° L'âge des parens détermine les qualités de la progéniture. Les œufs des poulettes sont plus petits de moitié que ceux des Poules, et les jétits qu'une Chienne rñet bas après sa première fécondation, n'äcquièrent presque jamais une srande taille (2). Lorsque l'Elan commence à se reproduire dans Ja troisième anhée, parce qu'il à trouvé une nourriture abondante , ses petits sont chétifs (3). Le Cérf qui provient de pa rens âgés acquiert plus promptement son bois, celui-ci devient plus beau, ët lui-même entre en chaleur quelques semaines avant les autres (4). De même aussi, dans l'espèce

() Hofacker, loc. cit., p. 401,

(2) Bechstein, loc, cit, t, I, p. 585.

(3) Schriften der Berliner Gesellschaft, etc., t. I, p. 32. (4) Neujahrsgeschenk fuer Jagdliebhaber, 4796, p. 47.

humaine , les premiers-nés sont fréquemment plus délicats et plus faibles, parce que c'était la première fois que la force plastique suivait cette direction, et que, là comme ailleurs, elle a besoin d'exercice pour acquérir de l'énergie. Plusieurs instituteurs ont remarqué aussi que les aînés sont fort sou— vent surpassés en talens et en aptitude par leur cadets.

Les enfans procré és dans un âge trop avancé sont sujets à devenir rachitiques , les maladies hémorrhoïdaires se développent chez eux de bonne heure, et ils ont quelque chose de morne ou de mélancolique qui n'appartient pomt à l’enfance.

Lorsqu'il existe une différence d'âge entre les parens, la progéniture est plus vigoureuse si l’âge de l’homme dépasse celui de la femme que dans le cas contraire.

$ 306. Quelles sont les qualités qui se propagent, et du père, et de la mère, à l'enfant? Une réponse précise à cette question nousferait connaître quelle part chaque sexe prend à la procréation. Cependant nous ne tarderons pas à nous convaincre qu'il n’y a rien d’absolu non plus sous ce rapport, que tout est possible, et qu’il se trouve seulement des phénomènes qu’on observe plus souvent que d'autres.

1° En général, le bâtard réunit les qualités du père et de la mère. Mais trois cas sont possibles : ou le bâtard ressemble au père sous le rapport de certains organes, de certaines qualités, et à la mère sous celui d’autres organes et qualités, de sorte qu'il réunit en lui des qualités qui appartiennent à ses deux parens ; ou bien les qualités des parens se neutralisent en quelque sorte, et le produit ne tient ni de l’un ni de l'autre ; ou enfin les qualités d’un des deux parens prédominent en lui. La couleur de la peau nous fournit des exemples frappans de ces trois nuances. Quelquefois le petit porte à la fois les couleurs de ses deux parens ; il est ce qu’on appelle pie, dans les bêtes à cornes et surtout dans l'espèce chevaline, lorsque les couleurs des parens étaient opposées ou au moins fort dissemblables. Dans d'autres circonstances , les couleurs des deux parens se fondent en une seule, par exemple le blanc et le noir en gris, dans les Oies, les Bœufs , les Chevaux. Girou de Buzareingues prétend qu'il y a d'autant moins

fusion que les couleurs des parens sont plus contrastantes, les forces motrices de l’animal plus grandes, et l'insertion des poils plus profonde ; il soutient qu’elle cesse principalement sur les points les plus éloignés du foyer principal de la vie intérieure, tels que les parties antérieures de la tête ou les extrémités des membres (1). Dans le troisième cas, il n’y a que l'une ou l'autre des deux couleurs qui se prononce sur les pe- uits; les agneaux des Brebis noires et blanches sont, la plupart du temps, ou entièrement noirs, ou totalement blancs; les petits des Souris blanches et grises sont toujours, d’après Colladon, ou blancs ou gris en totalité; les faons des Cerfs blancs et bruns ne sont jamais mouchetés, mais blancs ou bruns (2).

Suivant Kælreuter (3) le mélange ou la fusion des qualités qui appartiennent aux parens a lieu principalement dans les cas où il se produit des hybrides stériles, tandis que la prédominance des qualités propres à l’une des deux races procréatrices s’observe dans ceux qui conservent encore quelque fécondité.

2° 11 paraît que c’est en partie la nature des espèces qui fait que le produit ressemble davantage ou au père ou à la mère. Quand !e Micotiana paniculata avait été fécondé avec le pollen du Micotiana rustica, et qu'ensuite on fécondait les hybrides provenant de ce mélange avec le pollen du Mcotiana paniculata, les plantes ressemblaient au Micotiana rustica mâle ; venait-on, au contraire , à féconder le Vicoana rustica avec le Nicotiana paniculata, et les hybrides avec le pollen de cette dernière, la plante ressemblait au Nicotiana rustica femelle, de sorte que celui-ci avait partout la prépondérance (4). Que Knight prit plus ou moins de pollen d’autres variétés de Pommier pour féconder ceux de Sibérie ou d'Angleterre, les bâtards ressemblaient toujours à la variété mère (5); lorsqu'au contraire il répandait le pollen d'un

(2) De la génération, p. 424, 425.1

@) Neujahrsgeschenk fuer Jagdliebhaber , A818 , p. 465. . (3) Kalreuter, Forisetsung, 1. III, p. 407.

(&) Ibid. t.I, p.45.

(o) Reil, Archiv fuer die Physiologie, {, XII ,"p. 97,

Amandier sur des fleurs de Pêcher, il obtenait des pêches du noyau desquelles naissaient des pêchers (1). Un habile jardinier de Kænigsberg, Senff, féconda les fleurs du calville rouge d'été avec le pollen de cinq variétés diverses de Pommier ; les fruits des arbres bâtards qu'il obtint ainsi furent très-diflérens; ceux de la variété dite #interhurzstielchen avaient la consistance et le goût de la mère ; ceux de la royale d’Angleterre réunissaient la couleur et la forme de la mère à la con-

sistance et à la saveur du père ; enfin ceux de l’Holzapfel te-

naient davantage de la mère, tant sous le rapport de la forme que sous celui de la saveur. On a trouvé plus de ressemblance avec le père chez les bâtards du Chardonneret et du Serin, du Chardonneret et du Verdet (2), du Putois et du Furet, selon Lewis; du Bouquetin et de la Chèvre, suivant Wattewvyl ; davantage avec la mère chez ceux du Cygne chanteur et de l'Oie (3), du Bouc et de la Brebis mérinos, d'après’Ribbe, ete. Cependant ce ne sont là que des faits is0lés et il semble que, chez les animaux, la nature des individus procréateurs exerce une influence plus prononcée sur la détermination des qualités du petit. Humphreys a remarqué que les petits de l'Ancon ressemblaient tantôt plus au père et tantôt plus à la mère , qu'un Ancon mâle se fût actouplé avec une Brebis, ou un Ancon femelle avec un Belier (4). Les bàtards qu’une Chienne produit avec un Loup ont plus dej ressemblance tantôt avec la mère (5), tantôt avec le père (6). Cependant l'individualité n’est pas toujours non plus le principe déterminant, car on rencontre quelquefois des variétés différentes dans une même portée; ainsi, des cinq petits pro— duits par un Corbeau et une Corneille mantelée , deux étaient noirs comme le père, deux gris comme la mére , et un de couleur mélangée (7). Hamphreys a vu aussi que, de deux

(4) Nouv. Bull. de la Soc. phil., 4820 , p. 90.

(2) Dict. des se. méd., t. XXXIT, p. 264.

(3) Annales du Muséum , t. XIT , p. 419.

(a) Philos., Trans., 1813, p. 88.

(5) Masch, dans Der Naturforscher, {. XN,.D:.22:

(6) Geoffroy Saint-Hilaire , dans Annal. du Muséum, t. IV, p. 402. (7) Naumann, Naturgeschichte der Vægel , t. U, p. 6ë.

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