SÉPARATION DÉTERMINÉE PAR DES ACTIONS INSTINCTIVES
$ 332. La sémination dans un pomt éloigné du corps ma-
ternel peut être aussi le résultat de mouvemens libres, c’està-dire provenant d’une impulsion Premier intérieure, d’un penchant instinctif.
a. Séparation déterminée par l'instinct du germe.
En entrant dans ce domaine de l’instinct , nous rencontrons un phénomène remarquable, qui consiste en ce que, chez plusieurs Zoophytes dépourvus de locomotivité, lorsqu'ils sont arrivés à leur état parfait, les spores se sèment elles-mémes, et choisissent un lieu dans lequel elles puissent se développer. La force qui manque à la mère est donc accordée ici aux germes de ses petits, puisque, sans cela, ils ne
DU MOUVEMENT DE L'OŒUF. 569 pourraient ni établir entre eux la distance nécessaire, ni rencontrer les conditions qu'ils ont besoin de réunir. Ce mouvement spontané des spores a été remarqué par Ellis dans la Campanularia dichotoma, par Cavolini dans la Gorgonia ver- Trucosa, par Grant dans la Plumularia falcata (1). D'après les observations de ce dernier (2), les spores des Eponges se forment dans la substance parenchymateuse du corps de la mère : fixées par leur extrémité pointue, elles acquièrent peu à peu, à leur extrémité opposée et élargie, une force motrice au moyen de laquelle elles parviennent insensiblement à se détacher et à sortir des canaux excréteurs de la mère : alors elles nagent librement dans l'eau pendant quelques jours, puis se fixent par leur extrémité pointue à un corps solide, sur lequel elles se développent complétement, et dont jamais plus elles ne se détachent ($ 471).
b. Séparation déterminée par l'instinct de la mère.
$ 333. Chez la plupart des animaux, lorsque la mère ne couve pas ses œufs dans son propre corps, elle leur procure, par une série d'actions volontaires, un lieu où ils puissent trouver abri, chaleur et nourriture. Ces actions sont en harmonie parfaite avec le but d'amener les œufs à se développer ; elles procèdent, non d’une influence extérieure quelconque, mais d'un état intérieur particulier, qui doit avoir de l’analogie avec le sentiment que nous éprouvons en nousmêmes.
Ce penchant est faible et ne sollicite qu’à des actions fort simples chez la plupart des Mollusques, les Annélides. les Poissons et les Reptiles. Il a une grande puissance, au contraire, chez les Insectes, où son énergie égale, si même elle ne surpasse, celle du penchant à la conservation de soimême, et alors il détermine une série non interrompue d'actions variées. Ainsi nous trouvons déjà ici des organes particuliers, des espèces de membres, qui servent immédiatement à la sémination (pondoirs, etc.), et des sécrétions spéciales ,
()Froriep , Notisen ,t. XVIII, p. 24. — Lamarck , Histoire des ani maux sans vertèbres , 2° éd., Paris, 4836, t. LE, p. 535. (2) Zbid., p. 8-19.
par exemple, celle de la cire. Cet instinct se déploie surtout avec force chez les Insectes dans lesquels le sexe féminin apparait sous deux formes différentes ; par exemple , chez les Abeilles, les Guêpes, les Frélons, les Fourmis, les Termites , où, d'après les observations de Réaumur , de Geer et de Huber, d'après aussi les remarques de Bonnet, Smellie et Kirby, on rencontre les dispositions suivantes.
1° La femelle complète, ou la reine, a des organes génitaux parfaitement développés ; c’est elle que les mâles fécondent, et qui pond les œufs. Les femelles incomplètes , ou les ouvrières, n'ont que des rudimens d'organes génitaux , dont
Raizeburg à donné naguère la description (1); mais ce sont:
elles qui construisent les nids, et qui soignent les œufs et les larves. Ainsi, les fonctions génitales du sexe féminin sont ré— parties à des individus différens ; la formation et le part appartiennent à la femelle , la sémination et les soins de l’éclosion aux ouvrières : dans la première l'ovaire, et dans les autres la matrice, se sont pour ainsi dire individualisés. De là il résulte que, tandis que les organes procréateurs sont réduits à l’état rudimentaire chez les ouvrières, l'instinct de la conservation de l'espèce se trouve exalté en elles : la fonction est éteinte quant à son côté matériel; mais, en revanche, plus développée quant à son côté moral, ou comme instinct. Ainsi, chez les ouvrières , les antennes, la trompe, les mandibules et les vaisseaux salivaires sont plus développés, les pattes postérieures sont munies de pelotes auxquelles le pollen adhère facilement, et les membranes articulaires interposées entre les anneaux de l'abdomen sont converties en organes sécrétoires de la cire. D’après quelques observations qui paraissent dignes de foi, mais que Treviranus (2) révoque en doute cependant, cette différence dans la direction de la vie féminine tient à l'influence de certaines circonstances qui asissent pendant le développement. En effet, on prétend que si les Abeilles introduisent un œuf de femelle dans une cellule grande et ventrue, contenant une pâtée de saveur douceûtre et un peu piquante , il en sort une femelle complète,
(4) Nov. Act. Nat. Cur., t. XVI, p. 645.
(2) Zeitschrift fuer Physiologie, t, LIT, p. 228.
et que si, au contraire, elles le logent dans une cellule étroite, renfermant une nourriture insipide, c'est une ouvrière qui en provient. Mais ce qui prouve qu'il ne s’agit ici que d'une différence relative, et que, malgré la répartition des fonctions chez des individus différens , tous ont cependant le caractère féminin en commun, c’est que les rôles sont quelquefois échangés. Chez les Guêpes, en effet, il n'y a que les femelles qui passent l'hiver, et par conséquent ce sont elles seules qui, au printemps, construisent des cellules, pondent des œufs et nourrissent les larves; mais, à peine s'est-il développé ainsi des ouvrières, que celles-ci prennent le soin de la sé mination et de l'incubation, en quelque sorte comme si l'accroissement de la famille rendait trop pesant pour la mère le fardeau de veiller aux besoins de tous les œufs et de toutes les larves. De même, les Fourmis femelles, lorsqu'elles fondent de nouvelles colonies, construisent elles-mêmes les nids, et soignent les œufs et les larves. D’un autre côté, il arrive quelquefois aux ouvrières de pondre des œufs, qui, à la vérité, ne donnent que des mâles, mais qui ne se développent pas moins bien que les autres. On présume que ce phénomène tient à ce qu’elles ont reçu par hasard une petite quantité de la nourriture qui était destinée aux larves de femelles.
Les découvertes de Huber (1) prouvent que la scission est portée plus loin encore chez les Abeilles; car, comme, chez les Mammifères, la matrice sert non seulement de réservoir protecteur, mais encore de sol nourricier, de même les ouvrières se partagent en deux classes, les Cirières, qui ont l'abdomen plus gros et ne font que construire des cellules , et es Mellifiques, qui n’ont d'autre occupation que de soigner les œufs et les larves. Ici encore, il n°y a qu'une simple différence relative , due à la prédominance de l'une ou de l'ante direction ; en effet, les Abeilles cirières récoltent aussi du miel, mais elles font davantage de cire, et construisent,.la base des rayons , tandis que les Abeilles mellifiques font aussi de la cire, mais en moins grande quantité, et elles en-construisent les alvéoles dans lesquels elles mettent le miel qui
(4) Nouv. Observations sur les Abeilles , Genève, 4844, II vol, in-8,
leur sert à nourrir les larves. Du reste, aucune trace d'organes génitaux n’a été aperçue, ni par Treviranus (1) chez les ouvrières des Bourdons et des Guêpes, ni par Burmeister (2) chez celles des Termites.
2° Dans toutes les espèces dont il s’agit ici, les ouvrières sont plus petites que les femelles et les mâles, mais, enrevanche , plus vivaces et plus actives. |
3° Les ouvrières, parmi les Fourmis, ont des mandibules plus fortes que les femelles et les mâles. Les mandibules des Abeilles ouvrières sont en forme de cueillers, et produisent par leur réunion une pince tranchante, sillonnée dans le milieu , tandis que celles des mâles et des femelles sont mousses et bidentées. De cette conformation il résulte que les ouvrières sont les pourvoyeuses générales; ce qu’elles ont récolté et rapporté de miel, sert non seulement aux larves, mais encore aux mâles, qui consomment sans produire. Sollicitées par le but commun de la conservation de l'espèce , elles ont soin aussi les unes des autres ; celles qui arrivent à la ruche, chargées de miel, en donnent à celles qui ont été ou sont encore occupées à construire des alvéoles ; elles le font remonter de l'estomac à la bouche, où les autres le pompentavec leur trompe. Chez les Guêpes aussi, non seulement les larves, mais encore les mâles et les femelles, sont nourris par les ouvrières. |
he Les ouvrières sont la base de la société, son point central, son lien unissant.
Chez les Fourmis, il n’y a qu'elles qui n'aient point d'ailes, et elles font tous leurs efforts pour retenir les mâles, qui cherchent à quitter la fourmilière aussitôt après qu'ils se sont débarrassés de leurs enveloppes. Les femelles vont bientôt à la recherche des mâles, pour s'accoupler , mais elles reviennent après la fécondation, et elles se dépouillent alors elles-mémes de leurs ailes, en les étendant avec force , et Les tordant en tous sens, jusqu'à ce qu’elles tombent, après quoi on les voit s’enfoncer en terre. Au milieu des airs elles ont goûté les plaisirs de l'amour ; dans la retraite, devenues
(4) Loc. cit., p. 221.
(2) Handbuch der Entomologie, t. T, p. 584.
semblables aux ouvrières, elles amènent le fruit à maturité. Quand une femelle reste hors de la fourmilière , les ouvrières la forcent d’y rentrer, et veillent attentivement à ce qu'elle ne s'échappe pas. Lorsqu'elle n’a pas été fécondée , elle ne perd pas ses aîles.
Les ouvrières des Termites construisent une cellule pour Je mâle et la femelle, et l’agrandissent à mesure que cette dernière grossit; mais elles n’y laissent qu'une ouverture assez étroite pour qu'il soit impossible à l'un ou à l’autre d’en sortir.
5° Les ouvrières sont enfin les défenseurs de la société ; si elles ont perdu l'ovaire , elles unissent l’activité conservatrice du sexe féminin à la hardiesse masculine ; mais comme la féminité dirigée vers la conservation du tout prédomine toujours chez elles , c'est aussi lorsqu'il s’agit de protéger la société que leur courage se déploye. L’aiguillon est un organe purement femelle , car il ne se trouve que chez les Hyménoptères qui n’ont point de pondoir ($ 334, 6°) ,ilentient Ja place , et manque chez les mâles. Les ouvrières l’ont en commun avec les femelles, mais elles ne s’en servent que contre un ennemi quelconque , ce qui fait qu’il est beaucoup plus fort chez elles, tandis que la femelle l'employe principalement pour combattre ses rivales. Les Abeilles ouvrières sont les combattans de la ruche, à l'entrée de laquelle quelques unes se tiennent en sentinelle. Chez les Termites, la métamorphose incomplète fait que les larves sont assez développées déjà pour n'avoir plus besoin de secours ; aussi les plus âgées d’entre elles débarrassent-elles des constructions , de la récolte des provisions et de la surveillance des œufs , les ouvrières, qui n’ont plus alors qu’à protéger et défendre la société. (Les individus que Latreille et Kirby nomment des larves ne seraient-ils pas plutôt des ouvrières d’une constitution plus débile? Il n’est pas vraisemblable que des larves veillent à la conservation du tout) (1).
6° La proportion numérique des individus varie; cependant il y à toujours plus d’ouvrières que de femelles. Dans un
(4) Addition de Baer,
ouépier, par exemple, on compte quelques milliers des premières, pour environ trois cents des autres. Les Abeilles ont cela de particulier, qu’il ne se trouve , dans chaque ruche, qu'une seule femelle pour plusieurs milliers d’ouvrières.
Partout les ouvrières témoignent un amour extrême à la femelle , parce que c’est elle , à proprement parler, qui procrée , et parce que le but ne peut être atteint qu'à la condition qu'elle remplisse aussi sa fonction. Les Fourmis ouvrières sont indifférentes pour une femelle non fécondée ; mais, attentives envers celle qui a reçu la fécondation, elles redoublent d'attention à son égard lorsque son abdomen commence à grossir par le gonflement des œufs qu'il renferme. Alors chaque femelle compte autour d'elle une douzaine d'ouvrières qui la suivent, la servent, lui donnent à manger, et quelquefois la portent; vient-elle à mourir avant d’avoir pondu , celles-ci restent encore plusieurs jours auprès de son cadavre , cecupées à le lécher. Ce phénomène est plus prononcé encore chez les Abeilles, où chaque société ne tire sa progéniture que d’une seule femelle. Celle-ci est le lien de la société entière ; aussi toutes la soignent-elles comme une reine. Dès que la jeune reine revient fécondée à la ruche, les ouvrières s’empressent autour d'elle, la servent, lui offrent du miel, ou la caressent et la nettoyent avec leurs langues. Celles qui se trouvent sur sa route , lui font place; si elle pond un œuf dans une cellule, plusieurs ouvrières se disposent autour d'elle, et quand elle sort de la cellule, quatre à six lui lèchent les anneaux de l'abdomen.
Chez les Fourmis, plusieurs femelles vivent en paix ensemble dans une même fourmilière,; chacune d'elles a sa suite. Les Abeilles, au contraire, ne souffrent qu’une seule reine ; il s'en produit bien plusieurs dans chaque ruche, mais dès-qu’une d'elles est complétement développée, un certain nombre d'ouvrières et de mâles se réunissent autour d'elle, et tous ensemble forment un essaim qui va s'établir ailleurs. Chaque ruche donne trois à quatre de ces essaims par année. Les ouvrières veillent à ce qu’une jeune reine ne sorte point de sa cellule avant qu'il y ait assez d'ouvrières pour former avec elle une nouvelle colonie: elles fortifient le couvercle de
DU MOUVEMENT DE L'ŒUF. 979 sa cellule et la consolent dans cette prison en lui donnant à manger , en lui versant du miel dans la langue qu’elle allonge à travers le couvercle. Aussitôt qu'elle est sortie, la reine s’empresse d'aller à la recherche des autres cellules royales, et elle les détruirait, si les ouvrières qui la surveillent ne l’en empêchaient. Lorsqu'il y a deux reines dans une ruche, elles combattent ensemble jusqu’à ce que l’une succombe. Si une reine étrangère pénètre dans la ruche, les ouvrières l’entourent et la serrent, sans lui faire du mal, jusqu'à ce que la reine légitime l’apercoive ; alors commence un combat à mort entre les deux rivales.
11° Dès que les ouvrières considèrent l'existence de la reine comme la condition essentielle de leur propre activité, comme le pivot sur lequel roule la conservation de l'espèce, c'est une preuve que cette condition leur manque à elles-mémes. Si l’on enlève la reine d’un essaim qui n’a point encore construit de cellules, ou d’une ruche qui n’a point encore d'œufs, les ouvrières ne s'occupent ni de construction ni de récolte, ou bien elles cessent de construire et de recueillir du miel, consomment les provisions mises en réserve , et se dispersent peu à peu dans d’autres ruches, ou périssent sur le théâtre de leur ancienne industrie. Si, tandis qu’elles sont encore réunies dans l’inaction, on leur donne une reine, ou un rayon contenant des cellules et des œufs de reine , ou seulement des larves de femelles qui soientsuscepübles de devenir des reines, sur-le-champ elles reprennent leurs travaux. Lorsqu'on enlève la reine d’une ruche dans les alvéoles de laquelle il y a des œufs, les ouvrières commencent, au bout de quelques jours, à agrandir plusieurs des cellules qui contiennent des œufs de femelles, et elles donnent une nourriture royale aux larves qui en proviennent, de sorte qu'elles ont de nouvelles reines trois semaines environ après. Leur procure-t-on une reine pendant qu'elles sont livrées à ces occupations , elles la reconnaissent de suite pour telle, et cessent les travaux qu'elles avaient commencé ; mais si l'on met une femelle étrangère dans la ruche pendant les premières douze heures qui succèdent à la perte dont, à ce qu'il paraît, elles
n'ont point encore suflisamment apprécié l'étendue, elles l'entourent de toutes parts et l’étouffent.
IT. La durée des soins que la mère consacre aux œufs varie. Tantôt ces soms se réduisent à ceux qu'exige la sémination, et tantôt ils s'étendent jusqu’à une époque plus ou moins avancée du développement de l'œuf.
1° Dans le premier cas, la mère, après avoir logé l'œuf, l’abandonne, comme font celles qui se bornent à le laisser sortir de leur corps après l'avoir formé ($. 331) , et cet œuf n’a pas besoin d'elle pour se développer, de sorte qu’elle peut mourir sans que la conservation de l'espèce soit compromise. Si les plantes annuelles périssent en hiver et confient le maintien de leurs espèces à la vie latente (8 330) des sraines qu’elles ont produites, la même chose arrive chez un srand nombre d’Insectes qui, surtout parmi les phytophages, manquant de nourriture pendant l'hiver, meurent avant la mauvaise saison ; leurs œufs passent l'hiver, garantis du froid par une coquille extrêmement épaisse et dure, et par une espèce de mortier qui les enduit. Ici l'existence de l’espèce est interrompue , et sur la seule vie latente de l'œuf repose la possibilité de sa réapparition à une époque plus favorable. Le phénomène est surtout très-prononcé chez les Pucerons, qui, après avoir mis au monde des petits vivans pendant l'été, pondent en automne, avant de mourir, des œufs dont le développement à lieu au printemps suivant.
2° Chez d'autres animaux, l'instinct maternel s'étend audelà de la sémination. Quelques Araignées veillent leurs œufs avec attention et se tennent auprès d'eux. Les Insectes sociaux et quelques - uns de ceux qui vivent solitaires, comme les Ichneumons, les Perce-oreilles, les Punaises des champs , etc., ont soin, non seulement de leurs œufs, mais encore des larves qui en proviennent ; et comme celles-ci ont besoin de soins, les œufs ne sauraïent survivre ici à la mère. L'existence de l'espèce ne peut point être interrompue comme dans le cas précédent, et elle doit persister aussi pendant l'hiver ; mais l'espèce entière n’hiverne point, et cette faculté n’est accordée qu'au sexe féminin, en raison de la durée plus
longue de sa vie ($ 188, 208). Chez les Guépes, les mâles, les ouvrières et la plupart des femelles périssent, et il ne survit, dans chaque guêpier, que dix ou douze femelles qui, n'ayant point de provisions en réserve, passent l'hiver engourdies, de manière que leur vie devient en quelque sorte latente, comme chez l'œuf qui passe l'hiver et n'éclot qu'au retour de la belle saison. Chez les Bourdons , il n’y a que les mâles et les ouvrières qui meurent en hiver. Chez les Abeilles, non seulement les femelles parfaites, mais encore les ouvrières survivent, parce qu'elles ont amassé la quantité de nourriture nécessaire pour subvenir à leurs besoins ; quant aux mâles, ils sont morts d'eux-mêmes, ou ils ont été tués à l'entrée de l'automne. Les femelles de tous ces Insectes ont été fécondées en été, et elies ne pondent qu’au printemps de l’année suivante : la maturité tardive de l’œuf fécondé dépend donc rigoureusement de ces conditions.
* Protection garantie à l’œuf par l'instinct maternel.
$ 334. Les œufs trouvent protection et nourriture dans le lieu où l'instinct maternel les établit. Cependant les actions déterminées par cet instinct peuvent tendre plus particulièrement à leur procurer ou l’espace ($ 334), ou la nourriture (335) convenable.
Examinons d’abord celles qui ont rapport à l’emplacement.
I. Quelques animaux se contentent de choisir en général un endroit où les œufs puissent se développer.
1° Certains Poissons , l'Ombre, par exemple, pondent les leurs sur des pierres, au fond de l’eau ; d'autres, comme l'Eperlan, surile sable; quelques uns, comme le Gadus molva, sur des plantes aquatiques, dans un marécage. Les Insectes déposent les œufs qu'ils pondent en été dans des lieux où ils soient garantis de la chaleur du soleil, par exemple sur des, murailles tournées vers le nord, ou à la face inférieure des feuilles. Les Tortues pondent dans le sable. Les Serpens amassent leurs œufs, en se roulant autour d’eux et les rapprochant ainsi les uns des autres.
Cr
2e L'instinct devient plus manifeste lorsqu'il détermine l'animal à quitter son séjour habituel, Beaucoup de Poissons entreprennent des voyages, tantôt seuls et tantôt par troupes. En général, ils cherchent une eau plus tranquille ou plus basse, afin que les œufs soient à l'abri de la tourmente des vagues et de la dent des Poissons voraces, afin aussi que les petits puissent trouver plus abondamment des Vers et des Insectes pour leur nourriture. Ainsi beaucoup de Poissons pélagiques se rassemblent sur les côtes, pour pondre, et regagnent ensuite la pleine mer. Les Harengs arrivent par bancs, au printemps, sur les côtes d'Europe, et en automne ils retournent, probablement un à un, dans les mers du nord. La Truite de mer voyage aussi, un guide en tête, par bancs cunéiformes. Les Sardines, les Maquereaux, les Thons, etc., font de pareilles émigrations. D'autres passent de la mer dans les fleuves. Au mois de février, les Saumons, réunis en troupes triangulaires , en tête desquelles se trouvent les plus grosses femelles, remontent les fleuves, sans être arrêtés par les chüûtes d’eau, puisqu'ils franchissent même des rochers hauts de plusieurs pieds. La Truite, la Perche, etc., entrent également dans les rivières. Le Brochet se rend sur les bords des prairies, pour y déposer ses œufs. Certains Gastéropodes terrestres, par exemple la Succinea amphibia, se rapprochent, dans la même intention, des rivages qui sont continuellement baignés par les eaux. Les Cousins, les Libellules et les Ephémères pondent à la surface de l'eau. Les Cousius déposent d'abord leurs œufs ies uns à côté des autres, de manière à en former un plan qui surnage, après quoi ils pondent les autres par dessus, en façon de cône. Aux mois d'avril et de mai, les Crabes de terre, réunis en grandes troupes , se rendent pendant la nuit à la mer, par la lisgnela plus directe, et pondent leurs œufs dans l'eau. Les Reinettes, les Crapauds de terre et les Salamandres terrestres vont à l’eau dans la même vue, mais jamais dans les rivières, et toujours dans les fossés, les étangs, les marais, où leurs œufs ne courent pas le risque d'être entraînés et détruits, et où les petits rencontrent la nourriture, consistant principalement en lentilles d’eau, que les eaux courantes ne leur offriraient pas. Les Tortues mari-
nes, au contraire, et les Crocodiles, se rendent à terre pour y déposer leurs œufs sur le sable,
IT. Beaucoup d'animaux exécutent des actions plus ou moins compliquées, pour procurer un abri ou un nid à leurs œufs.
1° Le plus simple de tous les moyens consiste à les déposer sur la surface d’un corps solide, en les y collant au moyen de l'enduit dont ils se recouvrent dans les oviductes ou dans l'ovicanal. Tel est le cas de plusieurs Mollusques, par exemple des Limnœus stagnalis et Voluta, qui fixent leurs masses d'œufs à un corps solide quelconque , sous l’eau. La même chose à lieu chez plusieurs Insectes ; ainsi, par exemple, divers Bombyx pondent leurs œufs en lignes spirales autour d'une branche d'arbre ; d'autres les déposent sous des feuilles que la glu qui les enduit oblige, en se desséchant, à se rouler sur elles-mêmes. Les Tritons se posent sur une plante aquatique, ramènent de bas en haut la face inférieure d’une feuille, pondent dessus, et ploient ensuite cette feuille, dont les deux moitiés sont retenues collées ensemble par le mueus quientoure les œufs.
2° Quelques Phalènes ont à l'abdomen un bouquet de poils qu'elles arrachent elles-mêmes avec l'extrémité en pince de leur ovicanal, pour en couvrir leurs œufs. La Phalæna dispar colle ses œufs, réunis en masses ovales, à des troncs d'arbres, et les couvre de ses propres poils ; la Phalæna processionea Couvre une place de mucus, étend dessus la moitié de son bouquet de poils, puis y dépose ses œufs par his, et recouvre le tout de poils dirigés dans le même sens, c'està-dire ayant leurs racines tournées vers les œufs, et l'extrémité plumeuse en dehors.
8° Certains Mollusques déposent leurs œufs dans les cavités qu'ils rencontrent. D’autres creusent des trous dans lesquels ïls insinuent leurs œufs, qu'ensuite ils recouvrent. Ainsi le Limaçon des vignes passe une journée entière à creuser une espèce de fosse, qu'il agrandit par la torsion de son corps, et qu'il dispose de manière à ce qu'elle soit plus large en bas qu'en haut; alors il y introduit la tête et le col, y dépose ses œufs, et les couvre de mousse et
380 é DU MOUVEMENT DE L'ŒUF.
de menue paille. La ZLytfa vesicatoria fouille également la terre, y pond ses œufs en masse, et les couvre de feuilles. Le Saumon creuse dans le sable, avec sa queue, un trou profond d'un pied et demi , et y pond ses œufs, qu'il recouvre après qu'ils ont été fécondés. Les Eézards pondent dans le sable, sous les racines d'arbres, et dans les fentes de rochers. Ea femelle de l'Allisator place ses œufs dans le sable du rivage, les couvre d'un mélange de vase et de feuilles, dépose une seconde couche d'œufs pardessus, et continue ainsi jusqu'à ce qu'elle ait formé une pyramide haute de plus de quatre pieds, qui contient soixante à quatre-vingts œufs. Ea Tortue franche creuse, avec les ongles de ses pattes de derrière, une fosse profonde de deux pieds, dans laquelle elle pond pendant la nuit ses œufs, qu’elle recouvre ensuite de terre ; elle choisit pour cela des lieux d'une élévation telle que la marée montante ne puisse pas y atteindre.
4° Plusieurs Insectes enfoncent leurs œufs dans des corps solides. A cet effet leur abdomen est muni d'un organe composé de substance cornée, et qui porte le nom de pondoir ou de tarière. Les pondoirs consistent en deux lames étroites et terminées en pointe, que l'animal enfonce dans la terre meuble et dans des trous déjà existans , et entre lesquelles glissent les œufs ; on en observe chez les Orthoptères, chez quelques Névroptères, et chez les Tipules. Les tarrières, qui appartiennent aux Hyménontères et à la famille des Cicadaires, sont ou terminées en pointe pour perforer, ou dentées en scie pour couper, et elles se trouvent renfermées dans une gaine composée elle-même d’une ou de deux lames creuses.
5° D’autres Insectes donnent une disposition particuiière aux cavités qui doivent recevoir leurs œufs. L’Apis papaveris creuse un trou enterre, le tapisse de pétales de coquelicot, qu'elle apporte pièce à pièce, couvre les œufs avec ces mémes pétales, et bouche le trou avec delaterre. L’Apis centuncularis creuse, dans la terre ou dans du bois mort, un tuyau long de huit ou dix pouces, et , avec des feuilles, y fabrique six à sept cellules qui entrent l’une dans l’autre comme autant de dés; à cet effet, elle se pose sur le bord d'une feuille d'arbre, et coupe, avee ses mâchoires, un morceau
DU MOUVEMENT DE L'OŒUP. 581 de la grandeur et de la forme qui lui conviennent , et lorsque ce lambeau ne tient plus qu'à une fibre, elle déploie ses ailes afin de pouvoir s'envoler avec lui dès que la séparation est complète ; elle rapproche les morceaux les uns des autres, de manière que tous les vides disparaissent et que les bords se joignent parfaitement. La Melitta creuse un conduit long de deux pouces dans de la terre sèche, et elle y construit trois à quatre cellules, également enfoncées les unes dans les autres comme des dés, mais formées d’un tissu particulier et délicat, qui résulte d’une humeur visqueuse sécrétée par elle , et dont elle met trois ou quatre couches les unes pardessus les autres ; elle termine en bouchant le trou avec dela terre. L'Odynerus musorius creuse dans le sable un canal de deux ou trois pouces, dont il consolide les parois en les enduisant d'une matière visqueuse; au moyen de la même matière, il réduit le sable qu’il a tiré en petites boules, dont il fait une porte qui lui sert à clore l'ouverture , quand sa construction est terminée. L’Apis manicata construit des cellules semblables à celles de la Melitta, mais dans des creux d’arbres et autres vides qu’elle rencontre , et les couvre de coton qu'elle ratisse sur les feuilles des plantes. L’Apis violacea emploie ses mandibules à creuser le bois sec ; elle y pratique un canal , d'abord horizontal, puis vertical, long de un à douze pouces, dans lequel elle construit, au moyen de la sciure délayée avec un liquide visqueux, une douzaine de cloisons, laissant entre elles autant de cellules pour les œufs. L'Apis cucurbitina creuse de même, dans les framboisiers, un canal d’où elle ne peut sortir qu'à reculons, parce qu'il n’a qu’une ligne et demie de large.
6° Un instinct supérieur se déploie chez les animaux qui ne se contentent pas de disposer des corps étrangers de manière à pouvoir y placer leurs œufs, mais exécutent à cet effet des constructions particulières.
Nous citerons d'abord l’ouvrage de l'Apis muraria; cet Insecte construit, à l’aide de sable humecté avec sa salive, quatre à huit cellules, ayant chacune une demi-ligne de large, sur une ligne de lons, remplit les intervalles de sable plus
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grossier, et couvre ensuite le tout des mêmes matériaux,
de manière que le nid entier ressemble à un tas de sable.
Gette Abeille, de même que celle dont il a été parlé plus haut, vit solitaire.
Les Insectes sociaux exécutent des constructions plus parfaites, qui sont l’œuvre des efforts réunis de toutes les ouvrières , et qui servent en méme temps de demeure aux individus parfaits.
Les matériaux employés par les Fourmis sont la paille, la sciure de bois, de petites pierres, des feuilles, en un mot tout ce que le hasard leur présente; elles les mêlent avec de la terre, et font du tout une masse, qui devient tellement solide par la dessiccation, que l'eau de la pluie ne saurait y pénétrer.
La Formica æthiops prend de la sciure de bois pour construire les parois et remplir les vides. :
Le Formica flava sesert, pour sa construction entière, d'une pâte de sciure de bois, de terre et de toiles d’araignée. Les ouvrières déploient une vivacité et une activité extraordinaires pour se procurer les matériaux et les mettre en œuvre; l'accord entre elles est si parfait qu'aucune ne dérange les autres, et que toutes, simultanément ou successivement, travaillent à l'exécution d’un seul et même plan. Elles commencent par creuser la terre, puis elles construisent dans le trou des cellules disposées sur plusieurs étages, entre lesquels elles ménagent des espaces libres, et à l'extérieur desquels elles laissent aussi des ouvertures en plus où moins grand nombre, suivant les besoins de la population; puis elles construisent une voûte ou coupole par dessus, et donnent au tout la forme d'un cône. Les cellules des étages inférieurs servent à loger les œufs, les larves et les chrysalides pendant la nuit et les journées froides ; les étages supérieurs sont destinés aux heures de la journée et à la saison chaude ; la nuit et quand il pleut, les issues de la fourmilière sont closes avec
de petits morceaux de bois.
La Formica brunnea ne bâtit que pendant la pluie, avec de la terre humide ; elle dresse d’abord des parois verticales à la circonférence , et construit ensuite des piliers dont le volume s’accroit de bas en haut jusqu’à ce qu'ils finissent par se réunir
en une voûte commune. Elle élève quelquefois ainsi l’un au dessus de l'autre quarante étages , avant environ cinq lignes de haut, dont moitié sous terre, et moitié au dessus, et les fait communiquer ensemble par des rayons obliques. Les femelles déposent leurs œufs indistinctement où le hasard les amène ; les ouvrières s'emparent aussitôt de ces œufs, les humectent avec la langue , et les portent dans les cellules.
Les Termites construisent en terre des bâtimens de forme conique, qui ont jusqu’à douze pieds de hauteur, mais dont il n y a que la partie inférieure qui soit habitée : là, au centre , se trouve la cellule pour le mâle et la femelle, et tout autour d’elles on voit les cellules des ouvrières; plus en dehors encore sont celles pour les alimens et les œufs; ces dernières sont en sciure de bois mastiquée avec de la résine ; de nombreux conduits et ponts établissent à communication entre les divers espaces. Dès que la femelle à pondu dans sa cellule , les ouvrières s'emparent des œufs et les portent dans les cellules destinées à les recevoir.
L'instinct des Guêpes est plus perlectionné encore. Ces Insectes construisent un nid dans lequel on à de la peine à distinguer les matériaux qui ont servi à le fabriquer. La Guêpe creuse un trou en terre, ou s'empare d'une cavité aban-
donnée par les Taupes ou les Mulots ; alors, avec ses fortes
mandibules , elle ronge le vieux bois, et en détache de petites fibres, qu’elle humecte dans sa bouche avec une humeur visqueuse ; puis elle pétrit le tout en une pâte qu'elle étale en couches minces, et que la dessiccation convertit ea une sorte de carton. Cette masse lui sert à construire d’abord la paroi extérieure ou la coupole, composée ce plusieurs couches, laissant entre elles des intervalles, afin que la pluie ne puisse point pénétrer; une ouverture est ménagée pour servir d'entrée, et une autre pour la sortie; de l’une et de l'autre partent de longs et tortueux conduits souterrains qui mènent au dehors. Au milieu de cet espace, qui a quelquefois deux pieds de diamètre , les Guêpes construisent de haut en bas ; elles font descendre de la voûte des piliers forts, arrondis, plus épais à leur base et à leur sommet, que réunit inférieurieurement un rayon horizontal et arrondi ; du dessous de ce
rayon partent d'autres piliers, également réunis par un se2 cond rayon, et ainsi de suite, jusqu’à ce qu'il y ait douze à quinze rayons, dont les mitoyens sont plus grands que les supérieurs et les inférieurs , et qui laissent entre eux des passages spacieux. Chaque rayon se compose de cellules hexagones, dont le fond est tourné en haut, et l'ouverture en bas: les cellules des premiers rayons sont plus petites, et destinées aux œufs qui doivent fournir des ouvrières; dans les rayons construits en dernier lieu se trouvent les œufs de mâles et de femelles, dont les cellules ont la même profondeur ; mais la largeur de celles des œufs de femelles est plus considérable. À mesure qu’une cellule est terminée, une femelle vient y pondre un œuf.
Les Frélons bâtissent environ neuf rayons semblables, dont le plus petit renferme trois cent cnquante cellules, de la profondeur d’un demi-pouce ; mais la paroi du nid consiste en un labyrinthe de cavités irrégulières , qui communiquent toutes ensemble et servent d'habitation.
7° Enfin les Abeïlles construisent leurs alvéoles avec une substance qui se produit dans leur propre corps par assimilation et sécrétion. En effet, la membrane qui unit ensemble les cinq anneaux moyens de l'abdomen forme quatre paires de poches , par les parois desquelles la cire est sécrétée, sous la forme de lames minces. Les Abeilles cirières restent pendant vingt-quatre heures immobiles, réunies toutes ensemble , et attendent ainsi que la cire se soit formée ; alors , avec le secours d’une espèce de pince que le tarse de derrière produit par sa jonction avec le tibia, elles tirent une de ces lames de cire , l’amènent à leur bouche avec l’une des pattes de devant', et la réduisent en pâte par les mouvemens rapides et variés de leurs mâchoires et de leur langue, avec l’aide de la salive , que sa nature alcaline rend dissolvante. Après qu’une abeille cirière à ainsi préparé sa cire , elle la fixe à la voûte de la ruche ou du trou d'arbre dans lequel l’essaim construit, lui donne la direction convenable avec la pointe de ses mâchoires, et retourne ensuite au tas qu’elle a quitté; toutes viennent ainsi l’une après l’autre au même travail, et constuisent un disque perpendiculaire , mégal, qui est la base du
MOUVEMENT DE L'OŒUF. 385 rayon. Dès qu'il y à une portion de terminée sur laquelle une cellule peut trouver place , une Abeille mellifique arrive, creuse un trou avec ses mâchoires , et cède le pas à une autre dès qu’elle est fatiguée , de manière que, par les efforts successifs de plus de vingt insectes, le trou se trouve amené à la profondeur suffisante pour former le fond d'un alvéole. Les abeilles cirières appliquent alors de nouvelle cire au bord de ce fond , et les abeilles mellifiques la réduisent en parois de cellules, l'aplanissent avec leurs mâchoires, la rendent plus dense et plus mince en la battant, la diminuent partout où elle est trop massive, et reportent ce qu'elles en détachent dans les endroits qui n’ont point assez d'épaisseur. De cette manière , près de cent cellules sont achevées dans l’espace de vingt-quatre heures. Lorsque quelques séries de cellules ont été construites dans un rayon, les Abeilles appliquent de nouveaux rayons des deux côtés , de sorte que le travail avance toujours de dedans en dehors. Le rayon est un disque qui pend horizontalement du toit de la ruche jiet dont les deux faces sont creusées de cellules horizontales. 11 reste toujours, entre deux rayons, un vide assez large pour que deux Abeilles puissent y trouver place à côté l’une de l’autre. Une substance particulière et résineuse, qu’on nomme propolis, sert à fortifier chaque rayon à son bord supérieur et latéral, là où il tient à la ruche , à former, autour des orifices des cellules, des anneaux trois ou quatre fois plus épais que le reste des parois, et enfin à boucher tous les trous de la ruche. Les cellules sont serrées les unes contre les autres, et toutes hexagones. Le fond de chacune est pyramidal, et consiste en trois rhombes, qui concourent à la formation du fond de trois cellules sur la face opposée du rayon. Ayant ainsi Ja forme de prismes à six pans terminés par des pyramides triangulaires, ces alvéoles ne laissent point de vide entre eux, et chaque paroi de chacun d'eux semble servir en même temps de paroi à ‘un autre. Ce mode de Construction permet donc d'obtenir avec le moins de cire possible , des cellules aussi spacieuses qu'il est praticable de Je faire dans le plus petit espace possible. Kong, Maclaurin et Maraldi ont démontré par le calcul qu'il y aurait impos-
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sibilité de résoudre plus parfaitement ce problème qu’il ne l’est dans la construction d'une ruche ; cependant la solution n’est pas rigoureusement mathématique, puisque chaque cellule a ses parois propres. Au reste, les alvéoles hexagones sont de trois sortes ; celles pour les œufs et les larves des ouvrières sont les plus petites, elles n'ont pas tout-à-fait deux lignes et demie de diamètre , sont construites les premières, et occupent par conséquent la partie supérieure de chaque rayon : celles des mâles se trouvent plus bas, à peu près vers le milieu et sur les bords latéraux des ravons : elles ont trois lignes et un tiers de diamètre ; enfin celles dans lesquelles les Abeilles conservent le miel, sont encore plus larses et plus profondes. Ces Insectes ne construisent qu’en dernier lieu, et ordinairement après la ponte des œufs de mâles, seize à vingt alvéoles pour des œufs et des larves de reines, qu’on distingue des autres sous tous les rapports, enr ils oc— cupent le bord inférieur du rayon; leurs parois ont tant d’épaisseur qu'il y entre bien assez de cire pour suffire à une centaine de cellules ordinaires ; ils sont beaucoup plus spacieux que ces dernières, non anguleux, mais arrondis et pyriformes ; enfin ils ne sont point horizontaux, mais perpendiculaires, ayant leur partie la plus étroite et leur ouverture dirigées vers le bas. Dès qu'une cellule à œuf est construite , la reine s’en approche, y enfonce son abdomen, et Y pond un œuf, qu'elle fixe au fond, pendant que les ouvrières sont occupées autour d'elle à la caresser avec leur trompe et à lui offrir de temps en temps du miel. R
Tandis que l’Abeile ordinaire établit ses rayons dans les creux d'arbres , l’Apis muscorum cherche un trou sur les coteaux incultes, le couvre d'un feutrage en mousse, et le garnit de mousse à l’intérieur, travail pour lequel les ouvrières se mettent en files et se passent les brins de l’une à l'autre ; il n’y à qu'un seul conduit souterrain qui mène du dehors dans la partie inférieure du nid.
* Nourriture assurée à l’œuf par l'instinct maternel.
$ 335. Tout œuf quelconque est porté dans un lieu, où soit lui-même, soit le jeune animal qui s’en développe, trouvela
nourriture dont il a besoin. Chez la plupart des animaux inférieurs , tels que les Poissons et les Batraciens , l’eau et son contenu offrent une alimentation suffisante , et chez les autres Reptiles l'œuf lui-même renferme déjà toute celle qui est nécessaire au nouvel être. Les Insectes , AU Contraire, procurent des alimens à ce dernier par des actions particulières.
1° Quelques uns dispersent leurs œufs dans des lieux où se rencontre la nourriture convenable, par exemple, sur des branches et des feuilles garnies de Pucerons , Quand ceux-ci doivent servir à nourrir la jeune larve.
2° D'autres différent de pondre jusqu’à ce qu'ils trouvent, pour y déposer leurs œufs, un corps dont la substance puisse être dévorée par la jeune larve. Ainsi les Capricornes percent le bois avec leur aiguillon plat et solide, pour y pondre leurs œufs. Les Dermestes et les Teignes recherchent les pelleteries et les laines pour y déposer leurs œufs , parce que leurs larves s’en nourrissent. Plusieurs Insectes pondent à la surface où dans l'intérieur des charognes; la Mouche à viande est attirée de fort loin par l'odeur des cadavres, et s'empare de la dépouille des animaux peu de temps après leur mort : les Nécrophores cherchent pour leur ponte les cadavres de petits animaux , comme Grenouilles » Taupes , etc., qu’ils enterrent de quelques pouces, en fouillant au dessous d’eux et les reouvrant ensuite de terre, afin qu'ils ne puissent se dessécher à l'air, ni devenir la proie d’autres animaux. Quelques uns choisissent des animaux vivans, dans le corps desquels leurs larves vivent en parasites. L'OEstre du Mouton se glisse par les narines des Brebis, et va pondre dans leurs sirus frontaux: celui du Cheval voltige autour de cet animal, jusqu'à ce qu’au moment où le rectum se renverse pour expulser les matières fécales , il puisse déposer ses œufs à la surface de cet intestin. Une autre espèce pénètre dans Ja gorge du Cerf, par ie nez, et va placer ses œufs dans les poches situées sur les côtés de la base de langue. Les Ichneumons pondent dans le corps d’autres Insectes; les larves qui éclosent sont dépendantes de la vie des animaux qu’elles habitent, et le rapport entre eux est tel que, quoique l’Insecte qui sort du nid soit incessamment dévoré, cependant il ne périt que quand l’autre, arrivé au
dernie: terme de son développement , n’a plus besoin de lui pour se nourrir. Mais une espèce de Cynips est à la recherche! de la larve d’un Ichneumon qui vit ainsi dans les Pucerons, et elle pond ses œufs dans son corps , de manière que le] jeune Cynips vit de l’Ichneumon, celui-ci du Puceron, et ce dernier enfin de la plante (1). are espèce néatdé dépose ses. œufs sur le dos de la Nèpe; un Monocle dans l’instestin de l'Ecrevisse , et l'Oniscus squilliformis dans l’espace compris: entre l'estomac et le foie de ce Crustacé. La Chique pond les siens dans la peau placée au dessous des orteils des hommes, et des Singes , où elle détermine une vive inflammation, suivie de suppuration.
3° D’autres Insectes construisent un nid dans lequelils déposent, à côté de leurs œufs, une nourriture choisie ou préparée par eux. Les Abeilles, tant sociales que solitaires, mettent auprès de leurs œufs une pâtée de miel et de pollen; le Bousier les entoure de fumier; le Bousier-Araignée fabrique une espèce de pilule de fumier, au milieu de laquelle il dépose un œuf , et qu'il porte dans un trou creusé par lui en terre; une espèce de Sphex place à côté de ses œufs les lar= ! ves d’autres Insectes, mais seulement d’une espèce déterminée , et qu'il a soin de choisir adultes, c’est-à-dire aptes à | vivre sans nourriture à l’état de chrysalide, jusqu'à ce que la | larve sorte de son propre œuf; il dispose ainsi ces provisions | | vivantes par séries et par couchés, de manière qu’elles ne | puissent ni se nuire les unes aux deoss ni nuire aux œufs. | | La Bembex rostrata choisit pour cela des Mouches ; le Phil! anthus apivorus amasse , pour six œufs, dix Abeilles qu’il al enlevées sur les fleurs ou sur les bords d'une ruche , et mises | à mort ; l'Ammophile traîne pour eux de fort loin des Che-| nilles ou des Araignées mortes, même beaucoup plu grosses | que lui.
L° Quelques Insectes ne construisent pas eux-mêmes de | nid, mais pondent leurs œufs dans celui d’autres Insectes. |
(1) Gœze , dans le Naturforscher, t. XII, p. 197. | (4) Dutrochet, Mémoire pour servir à l’histoire des végétaux et des animaux, Paris, 1837, t. IL, p. 249 et suiv. |
MOUVEMENT DE L'OŒUF. 386
Les Chrysides attendent que l'Abeille maçonne quitte son nid, etelles y déposent alors leurs œufs, dont les larves dévorent non seulement les provisions mises en réserve, mais encore les larves d’Abeilles. La Parnope incarnata cherche également les nids des Bembex dans le Sable, et y pond en leur absence.
5° D'autres œufs sont déposés dans des endroits où il n’y a point encore actuellement de nourriture , mais où il s’en développera plus tard, par l'effet d’une action organique. Plusieurs Papillons pondent sur des arbres, dont le feuillage qui doit paraître au printemps suivant servira de pâture à leurs larves. Ils déposent leurs œufs soit sur le tronc et les branches, soit sur des feuilles qu'ils collent de manière à ce qu’elles ne tombent pas, à ce que les vents mêmes ne puissent les détacher, tandis qu'ils n’attachent que faiblement aux feuilles les œufs qui doivent éclore dans le courant du même été. Les Charançons pondent leurs œufs dans des fleurs, parce que leurs larves se nourrissent des fruits qui s’en développent, par exemple, des grains de blé ou des noisettes.
6° L'instinct est parfois aussi calculé pour l'avenir, de manière que l'acte même de la sémination détermine la formation de la nourriture qui convient à l’œuf et à la larve. C’est ce qu'on voit chez certains Insectes qui déposent leurs œufs dans des organismes vivans. La piqûre des Cynips fait développer sur les plantes une organisation anormale, au sein de laquelle l’œuf trouve abri et la larve nourriture. Il en est de même de la piqûre des Taons, qui détermine des abcès sous la peau des bêtes à cornes, des Cerfs , des Chevreuils et des Rennes.
7° Enfin l’Œstre du Cheval, dont les larves ne peuvent vivre que dans l'estomac de ce dernier animal, où l’Insecte lui-même ne saurait cependant porter ses œufs , a un instinct qui coïncide avec celui du Cheval; il attache ses œufs aux poils de l’amimal, mais seulement dans les endroits où celuici peut atteindre avec la langue , notamment aux genoux et aux épaules , qui sont les parties qu'il lèche le plus souvent; les œufs ou les larves qui éclosent en peu de jours sont avalées ainsi , et parviennent dans l'estomac.
B. Application de l'œuf au corps de la mère:
$ 336, Les œufs dont la mère opère l'incubation sont ou non ($ 337) attachés à son corps.
À, APPLICATION AYEC ADHÉRENCE,
I. La première forme de connexion est celle dans laquelle l'œuf tient au corps de sa mère par la mucosité qui l’entoure lui-même.
1° Ge phénomène peut dépendre d'un simple acte de for mation. Déjà, dans plusieurs Algues (les Ectospermes), les spores sorties de la plante restent quelquefois à la surface extérieure , et même, dans les Sertulaires , elles demeurent attachées pour toujours au tronc maternel. Chez les Ascidies, l'ovicanal conduit les spores , par l'ouverture anale, à la surface extérieure de J'enveloppe coriace, où elles contractent adhérence et se développent. Dans les Cirripèdes , les œufs pondus se réunissent sous le manteau , et y séjournent quelque temps. Chez plusieurs Gastéropodes, Foluta vespertilio, Murex canaliculatus et tulipa, Helix janthina, etc., les poches d'œufs tiennent par un pédicule à la surface du corps de la mère ; mais Comme elles sont fixées sur la coquille, le corps de la mère ne peut fournir aucune nourriture aux œufs. Dans les Nérites, les œufs adhèrent sans pédicule à la coquille maternelle. Chez quelques animaux, c’est le mâle qui porte les œufs, par exemple le Syngnathus ophidion à l'extérieur
du ventre, et le Crapaud accoucheur sur les cuisses , autour desquelles il les entortille pendant l’accouplement , et les conserve jusqu'à ce que les tétards soient sur le point d'en sortir.
2° Dans l’Écrevisse la fixation des œufs est le résultat d'une acuon volontaire. Les œufs sont couverts d’un enduit muqueux, qui s'étire derrière eux en un fil, par le moyen duquel, après leur sortie, ils restent pendans au corps de leur mère ; celle-ci les fixe alors, à l’aide de ces mêmes fils, aux lamelles qu’elle porte sous la queue, et qu’on a considérées comme des rudimens tant de pattes que de lames branchiales; elle les y distribue d’une manière uniforme , et ces œufs
y demeurent suspendus par leurs extrémités filiformes. ( La queue repliée sous le thorax reçoit les œufs, qui se collent aux lamelles par le moyen de la sécrétion visqueuse des oviductes, dont le contact de l’eau détermine la coagulation) (1).
II. D’autres œufs, au lieu d’être couverts d’un enduit muqueux, le sont d'une membrane nidulante, qui les fait tenir au corps de la mère.
Le Pipa mâle, après avoir fécondé les œufs, les étend sur le dos de la femelle , où ils font naître un état particulier de la peau , tel que chacun d'eux se trouve contenu dans une cellule profonde à peu près de cinq lignes, dont l’orifice à plus de deux lignes de largeur; on compte environ quatrevinots de ces alvéoles, dans lesquels les œufs subissent l’incubation et les têtards leur métamorphose.
D'après Johnson (2), quelques Sangsues portent leurs œufs dans une poche abdominale qui, chez i’Hirudo stagnalis, ne se développe qu’au temps de la ponte. Mis ce n’est là qu'une capsule ou une membrane nidulante, qui, suivant Mayor, adhère au ventre de la mère par le moyen de son enduit muqueux (3) : tel est surtout le cas de l’Hirudo complanata, qui, selon Duméril (4), reste plusieurs jours immobile sur ses œufs.
4° Enfin la formation et la consolidation de la membrane nidulante sont le résultat de l'instinct chez plusieurs Araïgnées, notamment les Araignées-Loups. Ces animaux üssent une poche dans laquelle iis mettent leurs œufs, et qu'ils fixent à leur dos ou à leur ventre, de manière qu'ils les traînent partout avec eux.
Ac Cette membrane nidulante est produite par un acte de formation, et unie à la mère, dans plusieurs Entomostracés ; car , suivant Ramdobr (5), ellé constitue originairement une membrane très-délicate , située à l'orifice des oviductes , et
(4) Addition de Rathke.
(2) Philos. Trans., 4817, p. 339.
(3) Bibliothèque Miersclle de Genève ,t. XXX V, p. 51. (4) Nouveau Bullet. de la soc. philom., feuill. X, p. 468. (5) Beitræge zur Geschichte einiger Moneculusarten , p. 3.
592 MOUVEMENT DE L'OŒUF.
que les œufs distendent en manière de vésicule ou de grappe. Ainsi, dans le Monoculus quadricornis, on voit pendre, des deux côtés de la queue, un sac d’œufs retenu par un pédicule grêle. Les Monoculus castor et staphylinus ont, à l’orifice des oviductes, deux prolongemens articulés et mobiles à la volonté de l'animal , par conséquent deux espèces de membres, qui servent de supports aux sacs des œufs.
(Les Cyclopides et les Lernéides couvent leurs œufs dans deux sacs membraneux qui tiennent aux deux orifices génitaux. Ces animaux , ainsi que je l'ai aperçu spécialement chez les Cyclops, Lernæopoda, Lernæocera, Dichelesthium et Achthères, ont, dans la cavité du corps , deux organes spéciaux , en forme de sacs, qui s’abouchent avec les oviductes par un orifice commun, et qui sécrètent un liquide épais, visqueux, coagulable dans l’eau. Ce liquide agglutine les œufs à leur sortie , et, en s’endurcissant surtout à la surface de la masse qu'ils représentent, forme le sac dans lequel ils sont logés ) (1).
D'après Ehrenberg (2), ilse forme, chez les Méduses, aux deux feuillets des bras, de petites bourses , qui reçoivent les œufs à leur sortie des orifices des oviductes , et disparaissent après que ces œufs sont éclos.
Dans le Syngnathus acus il se produit une cavité mcubatoire, dont Rathke a soigneusement étudié la formation (3). Au commencement du printemps on voit, sur le côté ventral de la queue, les tégumens se renfler en deux bandelettes rubanées ; longeant les deux côtés de la ligne médiane du corps, et qui peu à peu s'élèvent en forme de plis. La face interne de ces plis, de même que la peau qui est comprise entre eux, et qui forme le fond de la cavité pectorale , s’amollit, devient plus gorgée de sang, plus rouge, et prend l’acpect d’une membrane muqueuse. Quand les œufs sont parvenus dans la cavité ainsi produite, les bords des replis cutanés s'appliquent l'un contre l’autre , et se collent ensemble,
(4) Addition de Ratbke, (2) Muller, Archiv fuer Anatomie , 4834, p. 569. (3) Reisebemerkungen;, p. 153-157,
MOUVEMENT DE L'OEUF. 399 au moyen d'un liquide épais, de manière qu’on a de la peine à les écarter. Au bout de quelque temps , cette adhérence se rompt, les petits éclos sortent par la fente , les plis disparaissent peu à peu, et la peau reprend son précédent aspect. Mais, d'après Eckstræm (1) et Retzius (2), c'est chez le mâle que se forme cette cavité nidulante , et la femelle y dépose ses œufs.
(Les femelles des Amphipodes et de la plupart des Isopodes acquièrent aussi une cavité incubatoire. Cette cavité est composée de Ia paroi inférieure du thorax et de plusieurs paires de valvules lamelleuses, principalement formées d'épiderme endurci, dont chacune tient au thorax par l’une de ses extrémités, conjointement avec une patte, mais qui ioutes se recouvrent en partie comme des tuiles, et constituent la paroi inférieure de la cavité abdominale. Pour que les petits sortent de cette cavité fermée en anneau, il faut que quelques unes des plaques se soulèvent un peu de dessus les autres ) (3).