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APPLICATION SANS ADHÉRENCE

$ 337. L'Oiseau couve ses œufs avec son corps, par une influence organique ; du reste , il n’a aucune connexion méca— nique avec eux, et l’incubation s'opère dans un nid , qu'on peut considérer comme le complément de son corps, contre lequel il s'applique, mais qui est composé lui-même de substances étrangères et construit d’après les inspirations de l'instinct.

Il paraît que les Monotrèmes couvent leurs œufs de la même manière, et qu’ensuite ils allaitent les petits.

1° Chez les Oiseaux polygynes, la femelle seule construit le nid. Chez les monogames , le mâle contribue la plupart du temps à en réunir les matériaux ; mais la construction appartient également à la femelle. Il n'y a qu'un petit nombre

(4) Isis , 4833 ,5p. 597.

(2) Muller , Loc. cit., 4835, p, 169.

(3) Addition de Rathke.

d'espèces , telles par exemple que les Hirondelles, chez lesquelles le mâle prenne part à cette œuvre.

2° Chez quelques Oiseaux polygynes, plusieurs femelles se réunissent pour Construire un nid dans lequel elles couvent leurs œufs en commun. Tel est le cas, par exemple , des femelles du Crotophage de l'Amérique méridionale et de l'Autruche , qui se rassemblent au nombre, les premières de six à dix, et les autres de deux à cinq, ayant quelquefois ensemble jusqu'à soixante œufs. Les compartimens qu'on remarque dans le nid de Lanius gryllivorus, bâti d’après le même principe , font ressortir mieux encore l'analogie de ces constructions avec celles des Insectes sociaux. Les Albatros partagent l'endroit où ils couvent en carrés réguliers contenant autant de nids et communiquant par des chemins , tandis qu'une chaussée, couverte en pierres, entoure la place audehors (1). De même aussi, les Pingouins réunissent leurs nids par milliers , en séries parallèles (2). |

3° Les Oiseaux de passage se rendent dans les pays septentrionaux pour y nicher. Quant à ce qui concerne le choix de l'emplacement, chaque Oiseau établit son nid dans l'endroit qui répond le mieux à son genre de vie, et où il trouve une nourriture Suflisante, mais surtout les Moyens de mettre ses œufs et ses petits à l nu des ennemis et des injures du temps. Beaucoup de Palmipèdes quittent la mer, à l’époque de la ponte, pour aller chercher des eaux plus tranquilles. L’Aigle et autres grands Oiseaux de proie construisent leurs aires sur des rochers élevés. C'est au sommet des arbres les plus hauts que la Pie établit son nid. Le Chardonneret et le Moineau placent le leur entre les branches d'arbres médiocres ; les Pics et les Perroquets, dans des creux d'arbres. La plupart des Oiseaux chanteurs nichent dans les buissons et les haies. La Bécasse, la Caille , Alouette, choisissent Les prés et les champs cultivés ; le Butor, les îlots des marécages ; le Cygne et les Ca nards, les roseaux : la plupart des Gallinacés , la terre, dans des creux qu'ils pratiquent eux-mêmes. Les Todiers et les

(2) Delano , dans Froriep , Motizen ,t. XVIII, p. 47. (2) Froriep , Notisen, t. XXXIV, p. 177.

Guépiers pondent dans des loges souterraines, profondes de trois pieds ; la Gorge-blanche, sous des mottes de terre ; la Bartavelle et la Perdrix rouge, sous des pierres ou des racines d'arbres. Pendant que les Faucons et les Hibous ne nichent que dans les lieux écartés des hommes, les édifices en ruines et les tours à demi renversées , les Cigognes et les Hirondelles établissent leurs nids dans le domicile même des hommes. Ces dernières reviennent tous les ans au même endroit que celui où elles ont déjà couvé en sûreté , malgré quelques petits dérangemens qu’elles ont pu y éprouver. On à vu des Rouge-queues qui nichaient depuis plus de cinquante ans dans une pompe, y revenir encore , bien qu’elle fût restée une année entière en démolition (4). Mais certains Oiseaux dédaignent leurs anciens nids : ainsi le Pic noir creuse tous les ans, dans un arbre pourri au cœur, un nid profond de seize pouces, large de huit vers son fond , et à parois très-lisses, qui exige de sa part quinze jours de travail.

4° La grandeur du nid correspond à la taille de l'Oiseau et au nombre de ses œufs.

5° Le mode de construction varie suivant le degré de chaleur qu'exige l’incubation , suivant aussi les précautions qu'il importe de prendre contre les ennemis du dehors etles injures de l'air. Plusieurs Palmipèdes, tels que les Pingouins et les Guillemots , couvent sans nid proprement dit, dans de simples excavations. Il en est de même à l’évard de quelques Rapaces, les Chouettes, par exemple, la plupart des Gallinacés, le Coq de bruyère, la Perdrix, le Birkan, l'Outarde, etc. , et plusieurs Echâssiers , par exemple , la Bécasse , ne font qu'un nid fort simple. Les nids construits avec le plus d'art sont ceux des Passereaux. Jesse fait remarquer que tous les Oiseaux qui sont obligés de s'absenter long-temps pour chercher leur nourriture, construisent des nids plus chauds que Ceux qui trouvent sans peine des alimens (2).

6° Les grands Oiseaux prennent pour base de leurs nids des

(4) Froriep, Notizen ,t, XX XVI D. 200: (2) Zd,,t. XXXIIT, p. 234.

396 MOUVEMENT DE L'OŒUF.

branches d'arbres; ceux de moyenne taille, des ramilles, des roseaux et autres objets semblables ; les petits, de l'herbe, de la paille, de la mousse, des lichens , etc. Les premiers garnissent les nids de roseaux, de jones, d'herbe fine, de foin; les autres, de mousse, de coton, de toiles d’araignée, ou de laine, de plumes et de poils, qu'ils ramassent dans les pâturages. Les Pélicans, les Plongeons, les Oies, les Perdrix, etc., s’arrachent le duvet de la poitrine pour en faire un lit plus doux et plus chaud à leurs œufs. Certains Oiseaux, par exemple , les Hirondelles, construisent avec de la terre humectée : le Torchepot emploie de l'argile pour maçonner une porte étroite à son nid, d'autres, comme les Grues et les Merles, l’enduisent de terre ou de limon. La Eitorne fait usage de bois pourri, qu’elle réduit en pâte avec sa salive. La Sarlangane construit son nid avec des fucus et un mucus gélatineux que sécrètent les glandes de son estomac et qu'elle rend par le vomissement , de sorte qu'il y à ici quelque analogie avec la construction des ruches d’Abeilles.

7° Les Gallinacés se contentent d’entasser leurs matériaux les uns sur les autres ; les Passereaux, la plupart des Rapaces et plusieurs Echâssiers et Palmipèdes, les entrelacent ensemble. La Mésange de Lithuanie fabrique une espèce de feutre avec du coton qu'elle récolte sur les plantes. Le Crotophage coud ensemble des feuilles sèches et fraîches avec des fibres végétales. La Sylvia cysticola niche dans des amas de laiches vertes dont elle coud proprement les feuilles ensemble par les bords avec du fil tiré du sac à œuf des Araignées , ou fabriqué avec du coton. La Pie fait son nid avec des ramilles et de la terre humectée, et l'entoure de branches épineuses entrelacées en manière de grille ; l’Hirondelle délaie de la terre dans de l’eau, applique ce mortier pièce à pièce avec son bec, forme la cavité intérieure en y appliquant fréquemment son corps et l'agitant de tous les côtés, enfin aplanit le bord en le frottant avec son col, la tête pendante.

8 Le nid des Rapaces et autres pros Oiseaux est presque plat, celui de la plupart des Oiseaux forme une, demisphère creuse, dont l'ouverture est tournée en haut et cou-

MOUVEMENT DE L'OEUF. 39 verte par le corps de la mère quand elle couve. Mais , chez quelques espèces , le nid représente une cavité close de toutes parts, dans laquelle l'Oiseau qui couve se trouve lui-même abrité. Celui de la Sylvia cysticola est tellement fermé par les feuilles cousues ensemble, qu’il n’y reste plus qu'une étroite ouverture à la partie supérieure, par laquelle la mère peut se glisser dedans. Celui de la Pie, du Merle, du Troglodyte et de la Mésange à longue queue, est couvert endessus, et il a son entrée sur le côté. Plusieurs petits Oiseaux, par exemple , la Mésange de Lithuanie, ferment également leur nid, mais le suspendent à une branche d'arbre , par le moven d’un fil, et lui donnent la forme d'une bouteille dont le col, placé en bas, contient l'ouverture, tandis que les œufs sont logés dans la partie supérieure et renflée. Le nid du Gros-Bec d’Abyssinie a une cloison verticale, au dessus de laquelle il faut monter pour arriver du vestibule dans l’intérieur, où se trouvent les œufs. Celui de la Mésange du Cap a également trois compartimens, dont l’un sert de demeure au mâle pendant la couvaison. Le Roitelet huppé construit son nid par terre et le couvre de mousse, au point qu'on ne pourrait le reconnaître. D'autres Passereaux , qui établissent leur nid dans les buissons , les cachent en ployant au devant les branches du voisinage.

9°. Le Coucou ne bâtit point de nid chez nous ; il dépose ses œufs dans les nids de Fauvette, de Roiïtelet, de Hochequeue, de Cochevis, de Loriot, de Linot ou de Chardonneret, où tantôt il laisse et tantôt il détruit les œufs de ces animaux. Comme ses œufs sont de la même taille que les leurs et n’exigent pas une plus longue mcubation , les mères étrangères se chargent de les couver. L'organisation du Coucou ne le rend cependant pas inapte à couver lui-même. Jenner (1) présume que c’est son séjour trop peu prolongé dans les contrées du nord qui l'empêche de se livrer à lincubation ; car ses petits, qui éclosent en mai, ont encore besoin, en juin et juillet, de recevoir la pâtée de leurs parens, qui à cette époque quitent déjà nos climats. Il pense que le Coucou construit lui-

(4) Philos, Trans., 1788, p. 226.

même son nid dans les pays chauds. Mais, d’après Naumann (1), la principale raison tient à ce que les œufs se développent avec lenteur dans l'ovaire, en sorte que , depuis mai jusqu'en juin, le Coucou pond à des intervalles de huit à quinze jours. Ajoutons que, suivant la remarque de Barkow (2), les jeunes sont encore trop petits au sortir de l'œuf, et que, pour croître avec une rapidité qui leur permette de participer à la prochaine migration, ils ont besoin d’une nourriture plus abondante que celle qui pourrait leur être donnée par leurs propres parens, ceux-ci digérant fort vite et étant très-voraces. |

Il arrive aussi quelquefois au Hibou et à la Chouette de déposer leurs œufs dans des nids étrangers.

EL. Déposision de l’œuf dans l’intérieur du corps de la mèrr.

$ 338. Examinons maintenant l’incubation dans le corps même de la mère.

Elle à lieu chez quelques animaux ovipares. Après avoir été fécondé et avoir pris tout son développement, l'œuf séjourne encore quelque temps dans le corps de la mère, et lorsque celle-ci le pond, c’est-à-dire lorsqu'il naît, il contient déjà un embryon plus ou moins développé. Il en est ici à peu près de même que chez la plupart des plantes phanérogames, où la formation de l'embryon commence dès avant que la graine se soit détachée du trone maternel, et ne fait que se continuer dans le sein de la terre. Ainsi l'embryon est déjà très-développé dans l'œuf des Sauriens , lorsque ceux-ci pondent. De même, les œufs de certains Entozoaires, le Cucullan, par exemple, laissent apercevoir déjà des embryons tandis qu'ils sont encore contenus dans les oviductes (3), et ce phénomène à lieu aussi probablement chez un grand nombre d’autres ovipares. |

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