I. Indépendance
$ 353. L'embryon est donné, quant à son essence, par l'idée de lespèce, qui veut se réaliser plus ou moins complétement par lui ($ 230, 3°) : la mère n’est que le moyen d'arriver à ce résultat ; elle n’agit sur l'embryon que par sa vitalité en général , et par sa substance plastique, que celui-ci modifie ensuite d’après son type propre. De même aussi l’organisme maternel existe pour lui-même, et poursuit son but
(4) Transactions of the Linnean society, \. X, p. 811.
particulier, attendu qu’il ne peut point renoncer à son individualité. Voilà pourquoi nous voyons si souvent, entre l’état de la mère et celui de l'embryon, des contrastes qui tiennent à ce que l'un et l’autre sont des êtres spéciaux et ixdépendans. n'est pas rare qu'une mêre malade, atteinte de la sale, de la syphilis, du marasme , mette au monde des enfans qui jouissent d'une bonne santé et se font remarquer par leur embonpoint ; il arrive non moins fréquemment que des enfans petits, maigres et chétifs, proviennent de mères bien portantes et surtout replètes, parce qu'ici la nutrition, devenue pour ainsi dire exubérante, s’est dirigée plus spécialement vers le corps de la mère ($ 302). Les principes contagieux agissent tantôt sur la mère seule , et tantôt seulement sur son fruit (4). Une femme qui avait éprouvé des coliques de miserere, accoucha d'un enfant plein de vie, quoique sa matrice eût fourni un suintement ichoreux fétide, que le placenta fût vert et puiréfié, et qu'on ne sentit point de pulsations dans le cordon (2).
Déjà Frank (3) cite des cas d'embryons qui vivaient encore, dans la matrice, plusieurs heures et même deux jours après la mort de la mère : des observations analogues ont également été faites dans ces derniers temps (4).
Lorsqu'on enlève à une branche d'arbre un anneau d'écorce d'environ neuf lignes de hauteur, on accélère la maturation des fruits, parce que la formation, qui ne peut plus s’exercer à la périphérie, se tourne tout entière vers le centre. Mais,
ans des circonstances si contraires à l’ordre naturel des Hs cette formation souffre, sous à point de vue de l'intensité ; car presque toujours les fruits sont moins savoureux, quelquefois même les graines ne se développent point, et les branches périssent ensuite (5).
(4) Haller, Elem. physiol. , 1. VIIT , p. 247.
(2) System einer vollstændigen medicinischen Polizei, t. 1, p. b7b-
(3) Dict. des sc. méd., t. XVIT, p. 442. — Neue Zeitschrift fuer Geburés kunde L. IV, p. 58.
(4) Hufeland , Journal der praktischen Heilkunde , octobre 1817, p. 114.
(3) Lancry, dans Bulletin de la soc. philom., & I, p. 46.
INCUBATION: 47t Ex, Conflit.
À; Action du fruit sur la mère.
$ 354. A l'écard de l'influence générale que l'embryon exerce sur la mère, il occupe l’activité plastique de cette dernière, en l'obligeant à se porter au dehors , à se déployer en formations, et à s’exercer d’une manière conforme à son but; dans le même temps il détermine une excitation qui est favorable à l'activité vitale ($ 157, ‘3a7). Mais, d'un autre côté aussi, il devient une cause de tn ice parce que son individualité agit comme puissance étrangère sur la vie maternelle (S 348, IT), et qu’ en raison de Ia distension qu'il détermine et des mouvemens qu'il exécute, il provoque des elfets analogues : à Ceux quiré ‘sulteraient de la présence d'un corps venu du dehors ($ 350, IT). |
1° L'embryon exerce une influence matérielle en soustrayant de la substance nutritive. Mais l'organisme de la femme est constitué de telle manière (S 179), que Sa vie n’en reçoit aucune atteinte ; il n'y a de danger que pour les femmes délicates dont les grossesses sont trop fréquentes et’trop rapprochées les unes des autres ; encore même ce danger tient-il plutôt alors à l'épuisement dot forces qu à la soustraction des matériaux de la nutrition. L'arbre nourrit les œufs que le Cynips a semés dans son écorce , et ne périt que quand il y en a trop. Les Oiseaux nous montrent comment Îa substance nutritive change de direction pendant la formation des œufs, puisque, d'après la remarque de Vague (1), les excrémens de ceux qui pondent ne contiennent plas la chaux qu'on y rencontre en d'autres momens.
2° Il est manifeste que la vie de l'embryon exerce une influence dynamique générale sur celle de la mère . Lorsque l’embryon meurt, la mère est prise d'un grand froid, qui part ordinairement de l'abdomen, où elle le ressent même quelquefoi s dans une étendue tt délimitée ; elle éprouve, dans le bas-ventre , la sensation d'un corps étranger #t pesant, qui,
(1) Bullet. de la soc. philom. , t, I, P. IT, p. 464.
472 INGUBATION.
lorsqu'elle se retourne dans son lit, tombe de l’autre côté, comme une masse ; Son visage devient pâle et terreux, ses traits s'affaissent, ses yeux se cernent , ses seins se flétrissent, et quand elle accouche , la matrice est moins chaude, moins tendue , plus lente à se contracter. Ces phénomènes, qui soit tantôt plus et tantôt moins prononcés, ont lieu alors même que Ja putréfaction ne s’est point encore emparée de l'embryon, et ils ne peuvent tenir qu'à l'extinction de l'influence vivante que ce dernier exerçait sur la mère.
3° L'état particulier de la vie de l'embryon peut également déterminer, dans la vie maternelle , des changemens spéciaux qui ne correspondent à aucune modification matérielle apparente. Il n’est pas rare qu’une femme enceinte d’un fœtus monstrueux éprouve des sensations particulières et des incommodités plus grandes , qu’on ne saurait expliquer par la disposition mécanique de la monstruosité elle-même.
Hohl a observé (1) que la couleur du visage ne change ordinairement pas chez les femmes enceintes d'un garçon , ou qu'il se manifeste seulement de petites taches brunes sur le front et autour de la bouche , et que la ligne blanche conserve sa teinte ou figure une étroite bandelette d'un jaune brunàtre , tandis que , chez celles qui sont enceintes d’une fille, on observe fréquemment des taches brunes sur le nez et autour de la bouche, que la ligne blanche forme une large bande brune, et que les taches de rousseur, les taches hépatiques et les aliérations tégumentaires désignées sous le nom de signes , deviennent plus apparentes ; mais il émet l’hypothèse que ce phénomène tient à ce que les femmes chez lesquelles prédomine le système artériel procréent des garçons, au lieu que celles dont le système veineux a la prédominance mettent au monde des filles (2). ;
Suivant Osiander (3), la femme enceinte se porte mieux quand l'enfant qu’elle porte dans son sein est du même sexe qu’elle ; seulement elle à des nausées plus fortes ;'un embryon
(1) Die geburtshuelfiiche Exploration , t. IT, p. 46. (2) Ibid. p, 83. | | | (3) Wagner, Comm. de fœminarum ün graviditate mutationibus, p, 453,
mâle , au contraire , trouble davantage la digestion; 1l provoque des caprices et des antipathies plus prononcées, le soda, des flatuosités, des coliques, la constipation , des envies de dormir plus fréquentes, des maux de tête, des stries brunes sur le bas-ventre. D’autres prétendent que les femmes encéintes d’un garçon sont plus sujettes au vomissement , qu’elles ont l'œil plus vif, et le pouls du bras droit plus fort, tandis que celles qui sont enceintes d’une fille ont des écoulemens muqueux plus abondans par le vagin, des syncopes plus fréquentes et le pouls du bras gauche plus développé (1). Présentées ainsi d’une manière générale , de telles assertions sont absolument inexactes. Mais ce qu’il y a de certain, c’est que certaines femmes éprouvent des sensations et des accidens d’une autre nature lorsqu'elles portent un garçon dans leur sein, que quand elles doivent mettre une fille au monde ; seulement cette différence n’est point: appréciée par toutes les femmes , et elle varie aussi en raison de l’individualité. Ainsi une femme tombait en démence toutes les fois qu’elle concevait un garçon, et recouvrait la santé chaque fois qu’elle devenait enceinte d’une fille (2). On en cite d’autres qui étaient atteintes de flux hémorrhoïdal, de procidence de la matrice, etc., toutes les fois qu’un enfant du sexe masculin se développait dans leur sein.
Chez les Oiseaux eux-mêmes , l’état particulier de l’œuf et de l'embryon qu’il renferme paraît produire sur la mère une impression particulière, qui ne pent consister qu'en sensations. Les Oiseaux s’aperçoivent souvent que leurs œufs sont pâtés, et alors ils les abandonnent. Lorsque les embryons ont acquis un certain développement , les mères témoignent plus de soin qu'auparavant pour leurs œufs, elles couvent avec plus d’assiduité , et à l'approche de l’homme elles témoignent leur inquiétude par les mêmes gesticulations que quand leurs petits sont déjà éclos.
4 (4) Carus , Zur Lehre von Schwangerschaft,1. IL, p. 85. (2) Asklæpieion , 1811 , p. 181. Est
ob INCUBATION.
B." Action du corps incubateur sur le fruit.