‹ Traité de physiologie, consideŕeé comme science d'observationChapitre 55 sur 64 · ACTION MATÉRIELLE · texte numérisé non relu

ACTION MATÉRIELLE

a. Action mécanique.

$359. Le lieu ‘dans lequel s'opère lincubation procure d'abord à l'œuf un abri qui le garantit de toutes les impres- SIOnS mécaniques capables de porter atteinte d' une manière quelconque à son développement. Ce n’est pas seulement en opérant une destruction réelle qu'une puissance mécanique peut tuer l'œuf; car il suffit de ébranlement qu'elle lui communique pour le frapper de mort : les œufs d'Araignée ne se développent point lorsqu'ils sont tombés de haut sur un corps dur (1), et la même chose arrive à ceux de Poule quand on les à secoués rudement. Mais on ignore encore si, dans ce Cas, la mort des œufs dépend d’une déchirure, par suite de laquelle les parties se mêlent et se confondent ensemble, ou si elle tient à ce que, comme dans la commotion cérébrale , un violent ébranlement intérieur fait cesser immédiatement l’activité vitale.

1° Outre que la plupart des animaux ovipares procurent un abri à Leurs œufs par la manière dont ils les logent en les pondant ($ 333), il en est quelques uns chez lesquels la mère les protége par des actions volontaires, quoiqu'elle ne les couye point elle-même. Les mâles et les femelles des Seiches surveillent leurs œufs pendant qu'ils se développent au sein des eaux; le Poulpe mâle rôde autour du trou de rocher dans lequel se trouve la femelle, ayec les œufs qu'elle y à pondus , et il en défend les a pproches. Certains Poissons restent également au voisinage de leurs œufs. Les femelles des Caimans se réunissent plusieurs ensemble pour pondre leurs œufs au même endroit, et l’une d'elles reste continuellement en sentinelle aux alentours (2). Quelques Ar aignées veillent de même sur leurs sacs à œufs, après les avoir sus-

(1) Herold , Untersuchungen ueber die Bildungsgeschichte der wirbellosen T'hiere im Eye, 1.1, p. 64 À (2) Martius, Reise in Bino er tt il,p. 532.

INCUBATION, ARE pendus à quelque corps solide. Le Bembez S'y prend autrement pour mettre ses œufs en sûreté ; il poursuit les Panorpes, les tue à coups d’aiguillon, quoiqu’elles ne soient ni dangereuses pour lui ni propres à lui servir de nourriture , mais seulement parce qu’elles ont l'habitude de déposer leurs propres œufs dans son nid, ce qui empêche les siens de se \ développer (1). |

2° Ce penchant est plus prononcé encore lorsque l'incubation a lieu par l'application du corps de la mère; car celleci sacrifie souvent sa propre existence pour le salut de ses œufs. Une Araignée-Loup que Bonnet avait fait tomber dans l’entonnoir d’un Fourmilion, se laissa entraîner avec son sac à œufs que la larve avait saisie, et le fil qui la retenait étant venu à se rompre, elle aima mieux se faire enterrer dans le sable avec son précieux sac que de l’abandonner (1). Les femelles des Oiseaux perdent la voix pendant l'incubaticon,, de manière qu'aucun eri de leur part ne peut décéler à leurs ennemis l'emplacement du nid qu'elles ont caché. Quelques unes, comme celle du Coq de bruyère et la Bécasse se laissent prendre sur leurs nids, quoiqu’en tout autre temps elles soient très-farouches. D’autres, par exemple celle de la Sterna arctica, attaquent les hommes qui s'approchent d'elles, et les frappent à coups d’ailes. Il y en a, comme celle du Vanneau, qui volent, en jetant de grands cris, au devant des hommes et des animaux , pour chercher à les éloigner de leurs nids, ou qui, comme la Mofacilla salicaria, ne souffrent aucun autre Oiseau dans leur voisinage. Une Muscicapa, qui a reçu de là l’épithète de éyrannus , défend son nid avec un grand courage, fût-ce même contre un Aigle. La plupart des Oiseaux crient en voltigeant avec inquiétude autour de leurs nids lorsqu'on s’en approche. Il yen a, tels que les Tringa maritima et alpina, qui se jettent à terre, laissant trafner leurs aîles et leur queue. Beaucoup abandonnent leur nid pour toujours, lorsqu'ils s’aperçoivent que les hommes l'ont découvert et ont touché aux œufs. Au moindre bruit ,

(4) Latreille , dans Annales du Muséum , t. XIV, p. 412. (2) Smellie, Philosophie der Naturgeschichte , t. IT, p. 168.

l'Hirondelle de mer s'envole de son nid. Les Alques et les Petrels sont presque entièrement indifférens pour leurs œufs (1). Au rapport de Mackensie, quand l'Eider d'Islande commence à couver, il quitte son nid dès qu’un homme s'en approche , mais plus tard il se laisse prendre à la main; ces Oiseaux s'arrachent du duvet, et le laissent autour de leur nid, pour en couvrir les œufs quand ils sont forcés de s’éloigner ; si on l’enlève, ils s’en arrachent d’autres, et quand ils n’en ont plus, les mâles donnent le leur, de sorte qu’un seul nid peut procurer près d’une demi-livre d’édredon.

3° Sans être sollicités à des actions volontaires par aucun penchant, les Mammifères procurent à leurs œufs l'abri le plus sûr qu’ils puissent leur donner, puisqu’un travail organique dont ils n’ont point la conscience, les amène chez eux dans la matrice. Cependant cet abri ne sufit pas toujours : des actions mécaniques exercées de dehors sur le corps de la mère, comme des coups ou des pressions, peuvent se propager à l'embryon, et lui occasioner des contusions, des luxations ou des fractures, surtout pendant la dernière période de la grossesse , lorsqu'il est refoulé vers les os pelviens de sa mère. Ainsi, une femme qui avait reçu un coup sur le bas-venire au sixième mois de sa grossesse , mit au monde un enfant dont les os de l'avant-bras et de la jambe avaient été fracturés et s'étaient resoudés sous un angle aigu.

b. Action chimique.

$ 356. Les substances qui agissent sur l'œuf pendant l’incubation, sont un liquide nourricier et l'air.

4° Une affluence de liquide nourricier n’accompagne point partout l’incubation. Il y a des œufs , ceux surtout des Oiseaux et de la plupart des Insectes, qui, dès l'instant même de la ponte, contiennent dans leur embryotrophe toute la nourriture nécessaire au Complet développement de l'embryon; ceux-là ne reçoivent rien de liquide pendant l’incubation, de sorte qu’ils ne deviennent ni plus volumineux ni plus pesans.

(1) Faber, Loc, cit, p. 455.

Lorsque la mère les entoure de nourriture en les pondant, ce n’est que pour subvenir au besoin des larves qui doivent éclore ($ 335).

D’autres œufs reçoivent des :iquides pendant l’incubation ; par conséquent leur poids et leur volume s’accroissent.

2° Le liquide nourricier varie quant à sa nature.

Les œufs des plantes et de beaucoup d'animaux absorbent de l’eau. Les graines des plantes terrestres ne germent dans la terre que quand l’eau trouve accès jusqu'à elles, alors elles renflent sensiblement et deviennent plus succulentes : les autres germent dans l’eau pure. De même, les œufs des Poissons et des Batraciens se gonfient dans l’eau, et ce qui prouve qu'ils en absorbent une certaine quantité, c'est que, quand le liquide est lésèrement coloré , la même couleur ne tarde pas à se faire apercevoir dans leur intérieur. Ils ne se développent non plus que dans l’eau, et jamais dans d’autres liquides, tels que le petit-lait, le blanc d'œuf, l’urine. Les œufs des Araignées se corrompent également lorsqu'on les imbibe huile grasse ou volatile, d'alcool ou d’éther (1). Comme la plupart des plantes terrestres ont besoin, outre l'eau, d’un corps solide, mais meuble , notamment de la terre végétale, et qu’un terrain ou trop sec ou trop humide est également impropre à la germination de leurs graines, de même aussi les œufs de certains animaux, les Lésards et les Couleuvres, par exemple, n'éclosent que dans la terre humide : au grand air ou dans un terrain sec, ils se flétrissent et meurent d'une manière lente; trop d'humidité les fait également périr (2).

D'autres œufs tirent leur nourriture des corps organisés dans l'intérieur desquels ils ont été déposés ($ 335, 2°, 6°). Ainsi ceux des Cynips croissent dans l'écorce d’une branche ou dans les nervures d'une feuille de rosier, parce que le suc qui coule par la piqüre qu'a faite leur mère, leur sert d’aliment; car ils se flétrissent, sans se développer, quand la branche ou la feuilie vient à. être rompue et à se faner, La

(4) Herold , Loc, cit, t. Ip. 6.

(2) Reil, Arehip, 1, IX, p. 84J

même chose a lieu pour l'œuf contenu dans üne galle végétale, ou dans une tumeur inflammatoire, chez les bêtes à cornes. |

Enfin, chez les Mammifères, l'œuf reçoit continuellement sa noutriture du corps de la mère, et c’est pendant l’incubation qu'il croît le plus; car, au moment où il arrive dans l'organe destiné à la lui faire subir, il est proportionnellement beaucoup plus petit que chez aucun animal ovipare quelconque.

3° Comme ici la mère nourrit son œuf sans en avoir là conscience , et d’une manière purement végétale, la nourriture arrive à cet œuf des parties qui l'entourent, sans qu’il soit besoin pour cela d'aucune action volontaire. Il n'y a que quelques Insectes chez lesquels la femelle paraisse communiquer continuellement un liquide aux œufs; du moins remarquet-on, quand on enlève les œufs de Fourmis aux ouvrières chargées de les soigner, qu'ils ne tardent pas à se dessécher et à se corrompre.

8 357. L'affluence d'une certaine quantité d'air est nécessaire. | 4e Sans cette condition l'œuf végétal ne peutse développer. Des graines tenues dans le vide , trop profondément enfouies en terre, plongées dans une atmosphère de gaz hydrogène, de gaz azote , de gaz acide carbonique, ou enfin immergées dans de Ke bouillie, couverte d'huile ou garantie du contact de l'air (4), ne serment point. Il est certaines semences, comme le seigle et le sarrazin, qui demandent à n'être couvertes que d'une couche très-mince de terre, tandis que d’autres , par exemple le blé, l'orge , l'avome et les légumineusés, peuvent être enfouies davantage. Les graines de quelques plantes aquatiques, quand elles commencent à germer, s'élèvent du sol à la surface de l'eau, où l'air et Îa lumière agissent davantage sur elles, et ne se développent point quand les restent au fond.

Parmi les œuf des animaux, il n’en est pas auxquels l’accès

(1) Gmelin, Handbuch der theoretischen Chemie, p. 4651.

INCUBATION. 479 de l'air soit plus nécessaire qu’à ceux des Insectes et des Oiscaux. |

2° Les œufs d'insectes qu'on tient dans les gaz azote , acide carbonique , hydrogène carboné et hydrogène sulfuré , ne prennent aucun développement et se corrompent ( (1). Parmi ceux que la mère dépose à des profondeurs diverses, les plus rapprochés de la surface sont aussi ceux qui éclosent les premiers. Les œufs d'Araisuées ne se développent non plus que dans Pair HAE ER ils périssent dans le gaz azote, dans le gaz hydrogène, dans l'acide carbonique, et même dans l’ oxygène (2).

3° Réaumur et Viborg avaient déjà remarqué que les œufs des Oiseaux ne se développaient point sans air ; Ia même chose arrive quand on les plonge dans des gaz irrespirab! es (3), ou quand on les enduit de cire et autres substances semblables (4). Après quelques obsérvations insuffisantes, qui semblaient établir le contraire, Schwann (5) a entrepris de nouvelles recherches à ce Sujet, et constaté que les œufs ne se développent point dans le gaz acide carbonique ; que, dans le gaz hydrogène, dans le g4z azote, et dans le vide presque complet, la formation Te halos, 14 séparation de la membrane proligère, sa scission en as feuillets, et la formation de l'area pellucida, en un mot, les Bhétoinênes du développement, oht lieu comme dans l'air atmosphérique pendant les quinze premières heures, mais ne vônt pe plus loin; enfin que l'embryon et le sang ne se forment qu'au milieu d un air contenant du gaz oxygène.

20 Le incubation que les Acéphales font subir à leurs œufs dans les branchies, et quelques Crustacés près des stigmates du ventre, semble annoncer }a nécessité d’une action de l'air sur ces Corps. | | |

(À) Sorg , Disquis. circa respirationem Insectorum, p. 75.

(2) Herold , loc. cit., t. I, p. 5.

(3) Ball. des sc. médie., t. I, p. 26.

(4) Pfeil, Diss. de evolutione pulli in ovo incubati, p. 42.

(5) Dissertatio de necessitate aeris aimosphærici ad evolutionem pulli in 0v0 , p, 46.

80 s INCUBATION.

5e Home présume (1) que les œufs des Poissons ont égale= ment besoin d'air pour se développer, parce que leurs mères les pondent surtout dans l'eau imprégnée d'air , par exemple au voisinage des sources, ou dans les endroits peu profonds, tels que les approches des rivages, ou enfin sur des plantes aquatiques qui exhalent de l'oxygène ; il pense que l’enduit gélatineux de ces œufs, en absorbant de l’eau, attire aussi de l'oxygène, et que c’est à cela qu'on doit rapporter l’organisation spéciale des Squales vivipares, chez lesquels l'eau pénètre dans l’ovicanal et gonfle la gelée au milieu de laquelle les œufs se développent, tandis que, chez les Squales ovipares , la coquille cornée des œufs présente de chaque côté deux ouvertures par lesquelles l'eau peut s'introduire. En effet, on remarque que les œufs des Poissons qui vont au fond de l’eau ne se développent point.

6° Lorsque les œufs des Batraciens se sont gonflés d’eau, ils montent du sol à la surface, où l'air peut agir sur eux. Cependant l'air mêlé avec l’eau paraît leur suflire; car ils se développent dans un vase plein d'eau bouché d'une manière hermétique , pourvu toutefois que ce vase soit grand, et qu’il contienne assez de liquide.

7° Chez les Mammifères, il est difficile que de l'air passe dans la matrice à travers le mucus gélatineux, comme Home présumait que la chose a lieu chez les Marsupiaux , mais en se fondant uniquement sur ce qu'il n'avait trouvé aucun ves— tige de placenta dans la matrice de ces animaux. Cependant Muller a remarqué qu'un œuf de Lapine, presque à terme, ou un embryon dépouillé de ses enveloppes, et tenant ou non au placenta, périssait plus rapidement sous le récipient de la machine pneumatique, ou sous l'huile, que dans Pair atmosphérique (2).

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