RÉSUMÉ JDES CONSIDÉRATIONS SUR L’INCUBATION
& 361. Au milieu de la diversité qui règne parmi les formes de l'incubation ($ 330-338), nous apercevons un fait constant et général, savoir , que l'ovaire, notamment quand il est arrivé à jouir d’une vie indépendante, et qu'il ne porte plus le caractère de l’oviducte, comme il l'a encore dans le Blennius viviparus, ne peut point amener l'embryon jusqu’à un développement complet, et qu’il est obligé de laisser à une autre force le soin d'accomplir la tache commencée par lui. On pourrait très-bien dire que son inapttude à remplir cet office tient à ce qu'il n’oflre point un espace suflisant; mais il est impossible d'admettre que cette cause soit la seule, car une bien faible modification de structure eût sufli pour donner à l'ovaire l'aptitude d’une matrice , et tant de varieté règne dans la série des êtres organisés, qu'il aurait fort bien pu s’en rencontrer quelqu'un chez lequel l'ovaire eüt été capable de parachever Le développement de l'embryon, s'il se fût agi simplement d’un rapport mécanique. La généralité du phénomène nous autorise donc à considérer l'incubation comme une fonction particulière et essentielle, et à rechercher quel sens spécial elle peut avoir.
4e Les modes inférieurs de propagation se montrent sous la forme de conservation de soi-même, continuation de ce qui existe, et le produit se détache parce que la force de l'être procréateur ne sufit pas pour le retenir enchaîné à son individualité ( $ 324, 2°). Dans cette génération solitaire, par
4) Sims. dans Home, Lectures, &, AIT, p. 184. ; } ; > À
INCUBATION. 495 scission, gemmation, spores et tubercules (S 20-42), il n'y a pas d'incubation constituant une fonciion spéciale.
Au contraire, dans la génération primordiale ($ 322) et dans la propagation par le concours des sexes ($ 325, L), l'hétérogénéité et l'antagonisme sont une condition nécessaire. Mais si, dans la première, les corps procréateurs amènent leur produit à maturité par une action simple et non interrompue , dans la seconde il y a , outre l’antagonisme de l'embryon et de son enveloppe dans l'œuf, un autre antagonisme entre l'organe qui accomplit la procréation et le lieu où s'exécute l'incubation. La fonction est arrivée là à un plus haut degré de développement, puisqu'elle se partage en plusieurs actes, et qu'elle est répartie à des organes différens. L'harmonie à établir entre des choses diverses, la liaison intime à faire naître entre des objets séparés , ces deux circonstances auxquelles se rapporte l’origine de toute vie quelconque, constituent aussi l'essence de l’incubation. Comme le penchant à la vie est mis en éveil par l'accession de l'organe mâle, qui opère la fécondation, de même le déploiement de son activité dépend de l'accession d'un être incubant, dont l'influence est en quelque sorte une répéütion de la fécondation, mais présente un caractère de persistance et de durée. Le rapport de l'incubation à la procréation ne s'exprime nulle part d’une manière plus claire que chez les Oiseaux auxquels on enlève les œufs qu'ils ont pondus; l’exaltation de l’activité vitale s’éteint dans les tégumens du bas-ventre , parce qu’elle n’a plus là d'objet, mais elle se ranime dans l'ovaire, et elle amène à maturité d'autres œufs qui, sans la perturbation accidentelle de l’incubation , ne se seraient point développés cette année. Les organes de la procréation et de l’incubation sont done différens les uns des autres, quant à la forme de leur existence et de leur action; mais ils sont liés ensemble par le but commun de leurs efforts, et l'harmonie règne entre leurs manières d'agir. En ramenant le multiple à son unité primordiale, et établissant une liaison intime entre des parties qui avaient été séparées, l’incubation exprime de la manière la plus complète l’idée de toute vie quelconque. Mais cette haute réalisation de l'unité organique doit exciter une manifestation
plus énergique du penchant à la vie; l'œuf doit se développer d’une manière plus complète, parce qu'il n’est plus sous l'empire d’une seule influence , parce que son existence est liée à une autre existence, parce qu'il reçoit des impressions de plusieurs côtés différens. Ainsi l’incubation devient une condition indispensable du développement de l'embryon, parce que le contact ami d'une existence étrangère et le concours harmonique de deux choses diverses vers un but commun , le placent sous une influence d’un ordre supérieur, et agissent sur lui d'une manière vivifiante, par cela seul qu'ils sont la plus pure expression de la vie.
2° On explique aussi par là comment l'ovaire a une tâche moins étendue chez les organismes supérieurs ($ 327, 338,2"; car ici l'œuf éprouve davantage le besoin d’une influence étrangère, et son développement cesse d'avoir aucune analogie avec le simple accroissement du tronc maternel ; l'organe incubateur doit faire davantage, il doit déployer une action plus intense, et l'harmonie du multiple doit par conséquent se manifester d’une manière plus évidente.
3° De là vient également que l'acte de la génération souffre d'autant moins une interruption, que l'être organique occupe un plus haut rang dans l'échelle de la vie. L'œuf végétal est celui qui supporte les plus longues interruptions de son développement; celles-ci paraissent même jusqu’à un certain point contribuer à le perfectionner ($ 330,1, 7°). L'œuf de l'Oiseau peut rester quelque temps en repos, après avoir été pondu ; mais il se développe avec plus de rapidité quand il est soumis sur-le-champ à l’incubation. Chez les Mammifères, l'acte entier à pour caractères d’être continu et uniforme ; l'incubation se lie immédiatement à la sémination, et elle se continue sans interruption, attendu que la matrice est, comme viscère de la mère, à l'abri des vicissitudes des influences extérieures, et, comme organe plastique, soustraite à l'empire de la volonté.
8362. 1° La membrane proligère, point de l'œuf où se développe l'embryon, est située entre l'embryotropae et la membrane extérieure, par conséquent entre le produit de la mère et la force extérieure d’incubation qui agit à travers cette
membrane enveloppante. Elle a donc ses deux faces tournées vers deux côtés différens; comme la tête de Janus, elle re-
garde à la fois et le passé de la production ovarienne et l’avenir de lincubation.
2° Ce que le lieu où s'opère l'incubation offre à l'œuf jet d’où dépend le développement de l'embryon, doit correspondre à la nature particulière de ce dernier, et présenter des modifications spéciales pour chaque espèce d'êtres organisés, pour chaque mode particulier de manifestation de la vie. Mais comme , en nous plaçant très-haut, toutes les vies nous paraissent n’en faire qu'une, il doit également y avoir quelque chose de commun ou de général, qui appelle la vie et en favorise le développement. Or,
a. Ce qui opère l’incubation devient le support de l'œuf, puisqu'il lui offre tantôt une base mobile, quand lui-même est de l'eau, tantôt un point d'appui fixe, quand il est un
corps solide, et tantôt enfin un abri protecteur, quand il est une cavité close de toutes parts.
b. Il lui procure en outre de la nourriture, soit qu’il ne fasse que communiquer les qualités nécessaires à l'embryctrophe , en le modifiant et surtout en le rendant moins épais, Soit qu'il l’accroisse par une véritable addition de substance. Mais l'aliment le plus essentiel est l’eau , puisqu'elle suffit seule pour faire développer un grand nombre d'œufs végétaux et animaux , et qu'elle fait partie essentielle des liquides organiques que d’autres œufs absorbent pendant l'incubation.
c. L'œuf absorbe aussi de l'air, soit qu'il le prenne dans l'atmosphère, comme chez les Insectes et les Oiseaux, soit qu'il le puise dans l’eau, comme chez les Poissons et les Ba-
traciens, ou dans le sang maternel, comme chez les Mammifères.
d. La Chaleur, comme état d'expansion qui favorise toute action réciproque des différens corps, est l'agent le plus général dans l'incubation. Peu importe qu’elle ait une origine organique ou cosmique ; car la Vipère peut conver ses œufs dans son propre corps, au lieu de les laisser éclore dans le
sable, et nous pouvons faire développer l'œuf des Oiseaux dans un four.
e. L'influence de l’activité vitale de l'organe incubateur est évidente chez les Mammifères. Mais nous sommes en droit de demander si elle appartient exclusivement à cette classe, et si la matrice donnant, comme le monde extérieur, espace, eau, air et chaleur , le monde extérieur, quand il remplit l'office de matrice , n’agit point de même qu’elle, par une activité cosmique vivante.
3° L’embryotrophe de chaque œuf paraît pouvoir fournir une substance alibile convenable non seulement pour son embryon, mais encore pour tout autre organisme. L’endosperme végétal est, avec les cotylédons , la source la plus abondante d’une nourriture concentrée pour les hommes et pour les animaux , et l’on ne connaît pas une seule plante dans laquelle il contienne soit des principes vénéneux (1), soit une modification de la substance végétale qui n'ait d'autre action sur l’économie animale que de stimuler un des côtés de la vie et de troubler l'harmonie de cette dernière. De même aussi l'embryotrophe animal semble être une concentration de matériaux organiques réunis ensemble de manière à se faire équilibre , et susceptibles de s’assimiler tout aussi aisément à l'organisme parfait qu’à l'embryon.
A° Ce qui agit dans la génération primordiale est une réunion d’un corps solide, d’eau, d'air, de chaleur, et, nous n’hésitons pas à le dire, d’une vitalité répandue dans l'univers entier; car, avec quelque soin qu'un appartement Soit chauffé en hiver, la production des Infusoires ne s’y opère jamais aussi complétement qu'en été, à une température pareille. Les mêmes circonstances qui président à la formation, dans la génération primordiale, sont donc aussi , dans la propagatios , les conditions d’un développement complet de l'être qui a été procréé. Mais ces circonstances, espace, nourri ture, air eteau, sont ce que l'univers offre aux êtres organisés en général, comme conditions du maintien de leur existence. De sorte que ce sont les mêmes forces qui font éclore
(4) Decandoïle , Organographie végétale , t. IL, p. fi E a
INCUBATION. 901 les premières traces de la vie (dans l'hétérogénie), qui favorisent le développement de la vie éveillée par le concours des sexes (dans l’incubation) , et qui entretiennent la vie développée. Il suit donc de là que ces états, quelque différens qu'ils soient les uns des autres , ont tous la même vie pour fondement. L'’incubation a pour l'œuf, comme l'influence des choses extérieures pour l'organisme développée , ce résultat, qu’elle transforme l'aptitude à vivre en activité vitale, ou qu'elle élève la condition extérieure de la vie à la manifestation , à la réalisation, de cette même vie.
$ 363. La génération est une opération vitale non interrompue , dans laquelle les divers temps que nous sommes nécessairement obligés de distinguer pour en rendre l'intuition plus facile, s'entrelacent diversement et se confondent les uns avec les autres. Une seule et méme source de vie coule à travers l'acte tout entier , un seul et méme souffle vivant pénètre tous les phénomènes. La première formation de l’œuf n’est autre chose qu’une manifestation essentielle de la vie féminine , inséparable de son développement ; la même force plastique qui à fait naître les organes individuels du corps féminin , produit les œufs lorsque ce corps est arrivé au point culminant de son développement ou au terme de son accroissement. Il semblerait que cette force plastique vivante tend à quelque chose qui n’a point de fin, à quelque chose d'’éternel. À peine s’est-elle épuisée à produire l'individu , qu’elle s'occupe de l'espèce; à peine se trouve-t-elle gênée par les bornes que l'individu fini ne peut dépasser, par cela même qu'il est individu, qu'elle crée en lui un germe de nouveaux êtres , qui garantit la durée de l'espèce pour un temps imprescriptible. L’embryotrophe est sécrété, comme tout autre liquide ; mais la force vitale tend à s’y représenter dans une sphère propre, et lui donne une délimitation fixe , par la membrane dont elle l'entoure ; l'œuf naît comme une partie qui croît sur le corps féminin, mais qui est formée par sécrétion, par un véritable déploiement. Une fois Le germe ainsi posé de la tendance à une nouvelle individualité, cette tendance est rapprochée davantage encore de sa réalisation par la fécondation, qui exalte la vie productive féminine en représentant
l'idée de l'espèce ; alors le penchant à vivre, éveillé dans un nouvel être, veut se manifester, et il brise les liens qui l’unissent à l'existence maternelle, parce que sa force dépasse la capacité du vase dans lequel il s’était développé. C’est une scission, une division d’un en deux, mais seulement quant à la limitation ; car la force plastique qui agit dans l'individu est infinie ; elle n’est point particulière à cet individu, elle ne consiste pas en une spécialité, mais elle domine toutes les spécialités et les appelle à l'être. Le moment où l'œuf se détache de l'ovaire, c’est-à dire le premier pas que la tendance éveillée dans l'œuf fait vers l'indépendance , est déjà un commencement de naissance ; mais la sémination , qui en est la continuation , est déjà un commencement d’incubation, puisque l'œuf se développe pendant qu'elle a lieu. Dans la matrice, le développement de l’œuf continue jusqu'à la représentaion de l'embryon, et l'individu devient de moins en moins dépendant, jusqu’à ce que l’éclosion, c'est-à-dire la sortie de l'œuf et la naissance, ou la séparation d'avec le corps maternel, lui imprime le cachet de l’mdépendance.
Telle est la marche que la génération suit chez les Mammifères. Elle n’en prend une autre, chez les Oiseaux , les Repules supérieurs, quelques Poissons cartilagineux et la plupart des animaux sans vertèbres, qu'en ce sens que la sémination se confond avec la naissance, et qu’à celle-ci seulementsuccède l'incubation. Chez les Batraciens, les Poissons osseux, les Céphalopodes et quelques Entozoaires, l'œuf cherche la fécondation et va au devant; quoiqu'il ait encore besoin d'elle, cependant il a déjà tout ce que la vie maternelle peut lui donner, et 1l naît ainsi.
$ 364. L'incubation continue ce que la procréation a ébauché : c'est la mère incubante achevant l’œuvre de la mère procréaltrice.
I. Chez les Mammifères, ces deux opérations ont lieu dans l'ovaire et dans la matrice d’un même organisme , et chaque nouvel organisme n’a qu'une seule mère qui, après avoir COMmencé la génération, la conduit jusqu’à son dernier terme.
A La matrice de la mère donne à l'œuf ce que le monde procure à l'organisme parfait. Ainsi la mère est l'univers de
INCUBATION. 509 l'embryon, dans lequel il se développe, pour pouvoir un jour supporter l'impression immédiate du monde extérieur. Elle digère et respire pour lui, ou ne lui fournit que des substances qui ont traversé son propre organisme et qui ont été métamorphosées par sa propre vie; elle lui communique sa propre chaleur, et le sépare du monde extérieur, afin qu'il ne se trouve point en contact avec les influences générales, qu il ne se ressente ni des variations du jour et de l’année, ni de la saison, etc.
2° La matrice se métamorphose complétement pour pouvoir conserver l'œuf, et elle acquiert, non seulement de nouvelles conditions eu égard à la masse, à la situation, aux limites, mais encore de nouvelles forces. Nous avons vu que la menstruation est une exaltation périodique de l'activité génitale féminine dans la sphère plastique ($ 167); nous pouvons de même considérer la grossesse comme une menstruation plus active et prolongée , puisqu'elle alterne avec elle, qu’elle lui ressemble dans ses premiers phénomènes, el qu'elle suit le même type (1). Si, dans la menstruation, la matrice se débarrasse de son excès de force et de matière par une hémorrhagie en quelque sorte critique, dans la grossesse elle emploie ce superflu à son propre développement (2). Il ya, dans les organes génitaux , un tissu susceptible de turgescence , mais modifié selon la différence des sexes. Tandis que le pénis n'entre en érection que d’une manière passagère, pour l’accouplement, la matrice et les seins y sont toujours pendant la durée de la grossesse, parce que les caractères du sexe féminin sont, non seulement de tendre proportionnellement plus à la conservation de l'espèce qu’au plaisir des sens ($ 255, 4°), mais encore d'avoir pour principal objet la fixité et la durée (& 206 , 3°). L’ascension et la descente de la matrice peuvent être en quelque sorte comparées aux mouvemens analogues des testicules ($ 88, 2°, 3), et elles sont produites par les directions différentes de la turgescence vitale.
(4) Wagner, Loe. cit., p. 473-490.
(2) Carus, Lehrbuch der Gynaehologie , t.X, p. 51.
bc INCUBATION.
3° Si la matrice de la femme a des parois plus épaisses et plus de tissu susceptible d'entrer en turgescence que celle des animaux, si par conséquent aussi la membrane nidulante et le placenta s’y développent d’une manière plus complète, c'est une preuve qu'il existe une connexion plus intime entre elle et l'œuf, et qu'elle peut exalter davantage la vie de l'embryon; car la vitalité de l'organisation maternelle agit comme puissance vivifiante sur le fruit. Nous serions peutêtre fondés à dire que la matrice de la femme fournit une nourriture plus complète et plus noble, qui convient au développement d'un individu humain, tout comme la reine Abeille ne peut éclore que dans une cellule plus spacieuse, pourvue d'une nourriture plus abondante et plus parfaite.
lo La connexion entre l’œuf et la matrice n’est point gemmaire, c'est-à-dire qu'elle n’est ni primordiale , ni produite par une communication immédiate de vaisseaux allant de l’un à l’autre ; elle consiste uniquement en approche , comme il convenait qu'elle fût dans un cas où il y a réunion d'indépendance et de communauté intime entre deux parties. Chacun, malgré son activité vitale propre, dépend de l’autre ; l’embryon peut prospérer tandis que la mère se dessèche ; mais la mort de celle-ci entraîne nécessairement la sienne. Si l'embryon meurt le premier, la matrice cesse de se développer, parce qu’elle n’est plus excitée par son antagoniste vivant, elle se resserre, et expulse l'embryon, devenu corps étranger.
9° Les plantes et les animaux, spécialement les Mammifères, peuvent servir de matrices à des œufs d’Insectes, et les amener, par leur vitalité, à un développement complet. Ici la différence des formes de la vie est une nouvelle preuve de l'harmonie et de l'unité essentielle de toute vie, quelle qu'elle soit ($ 362,2°,3°,4°), puisque l'organisme couve les œufs d'êtres organiques d’une autre classe, ou même d’un autre règne , tout aussi bien que les siens propres. D'un autre côté, nous y voyons aussi qu'une affinité spécifique existe entre certains êtres organisés , puisque chaque Insecte ne dépose ses œufs que dans une espèce déterminée de végétaux ou
INCUBATION., 5o5
d'animaux , et que ces œufs ne pourraient point se développer dans une autre espèce.
IT. Beaucoup d'animaux, Reptiles, Poissons, etc., se séparent de leurs œufs après les avoir déposés dans le milieu qui leur sert à eux-mêmes de séjour; mais le monde extérieur, la terre , l'eau et l'air, devient la mère adoptive de ces orphelins, et les couve. Ils passent immédiatement du corps de leur mère dans le milieu où l'organisme doit vivre après son développement; mais la membrane de l'œuf, et surtout le nidamentum , est, si l'on peut parler ainsi, l'organe maternel qui les isole, afin que le monde extérieur n’accable pas le germe de sa toute-puissance.
IT. Si lincubation est opérée dans le premier cas par un être organisé , dans le second par les forces générales de la nature , il y a des circonstances aussi où ces deux modes se trouvent réunis.
1 L'Oiseau donne à son œuf abri et chaleur vitale ; mais le concours de l'air extérieur est nécessaire tant pour éveiller et entretenir la vie, que pour amener les changemens par lesquels lembryotrophe acquiert des qualités sans lesquelles il n'aurait point de plasticité.
2° Chez la plante, l’incubation se partage en deux périodes; elle à d’abord lieu par une force organique, qui produit la maturation; ensuite elle dépend d'une force générale, qui détermine la germination. La plante n'ayant qu’une polarité simple , et le développement linéaire prédominant en elle, de manière que les parties sortent par déploiement les unes des autres et vivent l’une après l’autre , tandis que l’animal se caractérise par une simultanéité d’antagonismes divers et de vies différentes , l'incubation organique et l’incubation dépendante des forces générales de la nature doivent avoir lieu, chez elle, en des temps différens. Mais, pendant la maturation de son fruit, la plante a des connexions si intimes avec lui, qu’on n’en retrouve de semblables qu'au plus haut degré de l'échelle animale, chez les Mammifères et notammens dans l'espèce humaine ; l'ovaire se convertit en un nidamentum (péricarpe ), qui, durant la maturation , représente une matrice , d’un côté parce qu’il a des connexions organiques avec
le tronc maternel, d'où il tire la substance nourricière , qu'il élabore et conserve, d'un autre côté parce qu’il fournit cette substance à l'œuf, qu'il couve cet œuf, et que l’embryon se développe en lui. Nous avons vu que l’homme et la femme sont dans le même rapport, l’un à l'égard de l’autre, que l'animal et la plante ($ 248); nous avons vu aussi qu'en conséquence de ce rapport et en vertu d’une affinité intérieure existant entre les plantes phanérogames et les Insectes ailés, ceux-ci remplissent à l’égard de celles-là les fonctions du sexe masculin, et accomplissent la fécondation , tandis que la plante remplit celles du sexe féminin à l'égard de l'œuf des Insectes , qu’elle couve ($ 263, 1°). Cette prédominance du caractère de la féminité fait que la plante a une connexion plus intime avec son fruit que n’en ont la plupart des’ animaux. Mais si elle se rapproche des Mammifères à cet égard, elle diffère d'eux par le mode de connexion avec son fruit. Comme la vie végétale manque encore de centralité, et qu’elle ne regarde que l'extérieur, les vaisseaux du tronc maternel se continuent immédiatement avec ceux de l'œuf, de telle sorte que celui-ci ressemble à un rejeton ou à un bourgeon, mais n’a point de connexion organique avec l'embryon , tandis qu'au contraire , chez les Mammifères , l'œuf fait un tout organique avec l'embryon, témoigne une tendance plus prononcée à l’individualité , et ne fait que s'appliquer à la matrice. De plus , la sexualité n’est qu'indiquée dans la plante ; elle n’acquiert son plein et entier développement que chez les Mammifères et surtout chez l'homme. La féminité imparfaite de la plante fait donc qu'elle ne peut opérer le complet développement de l'embryon, qu'elle rejette son fruit , et qu’elle abandonne à la terre , c’est-à-dire à la mère commune, le soin de parachever l'incubation. Le péricarpe n'est qu'une matrice incomplète, ou la première moitié d'une matrice , dont le sol représente l’autre moitié, dans laquelle l'embryon, que le tronc maternel avait laissé échapper comme simple avorton, achève de se développer. Mais alors l'œuf végétal entre en relation aussi intime avec le sol, que l'œuf des Mam- “mifères avec la matrice, puisqu'il en tire sa nourriture, qu'il s’y implante, qu'il y jette des racines; la seule différence
consiste en ce que ces racines procèdent immédiatement de l'embryon, tandis que les parties qu’on peut leur comparer chez les Mammifères appartiennent davantage aux enveloppes de l’embryon.
8 365. L'harmonie est le caractère de l’incubation ($ 360), comme de la séminmation. Or l'harmonie de la vie s’y montrant d’une manière plus évidente et plus étendue que partout ailleurs , nous allons en suivre les traces , et d’abord nous examinerons comment les diverses circonstances relatives à ces fonctions s’entremélent enSemble dans l’intérieur du corps de la mère.
1° La séparation de l'ovaire et de l’oviducte , chez les animaux placés au sommet de l'échelle, paraît avoir pour but de permettre que ces organes puissent entrer simultanément en exaltation de vitalité et se lier l’un avec l'autre en un seul tout ($ 94, 6°). Les franges du pavillon sont organisées pour entrer en turgescence et embrasser l'ovaire, ce qu’elles font d'une manière si parfaite qu’à peine une fois sur cent mille manquent-elles de recevoir l'œuf. Chez les Batraciens et les Poissons, le pavillon est immobile et fort éloigné de l'ovaire, en sorte que la propagation serait impossible, si d’autres organes qui n'ont pas de rapport direct avec cette fonction, les muscles abdominaux , le péritcine, le foie et le péricarde , n'étaient disposés de manière à ce qu'ils doivent conduire l'œuf dans l’oviducte (S 328, 1°).
2° L’oviducte des Oiseaux développe l'œuf, et lui fournit précisément autant d’embryotrophe qu'il en aura besoin pendant toute l’incubation , attendu qu'alors il ne peut recevoir de nourriture. Au contraire , ia matrice des Mammifères communique la nourriture à l’œuf peu à peu et par portions, attendu que son organisation lui permet de le retenir au dedans d'elle-même et de l'y soigner sans interruption, Il est chair que les organes de la sémination et de l'imcubation ne sont point contraints par une stimulation locale à exécuter les sécrétions nécessaires à l'œuf, mais qu'ils se disposent, par l'effet d'une sympathie , et en quelque sorte librement, à recevoir en eux cet œuf. Car, chez les Acéphales, les œufs se développent encore dans l'ovaire, que déjà les branchies se
5o8 INCUBATION.
préparent à les recevoir, les parois de leur canal s'écartant l'une de l'autre et formant des compartimens transversaux, qui se remplissent d’un liquide mucilagineux (1). De même l'oviducte des Batraciens commence la sécrétion du mucus gélatmeux, et celui des Oiseaux la sécrétion du blanc, dès avant que l’œuf se sépare de l'ovaire. De même aussi la matrice de la femme produit la membrane nidulante avant même que l'œuf soit arrivé dans son intérieur ; elle attend cet œuf et fait d'avance ses préparatifs pour le recevoir : voilà pourquoi elle se métamorphose après la fécondation , alors même qu'un obstacle empêche l'œuf de se rendre dans sa cavité (dans le cas de grossesse extra-utérine ); elle devient plus volumineuse , plus molle et plus impréonée de sang ; son orifice s'arrondit, son col se remplit d’une sorte de gelée, et le reste de sa cavité est tapissé d'une membrane nidulante, comme l'ont observé Lallemand (2), Langstaff (3), Grandville (4), Porter (5), Stanley (6), Painter (7), et autres; seulement ces changemens ne sont ni aussi prononcés , ni aussi complets dans la grossesse extra-utérine que dans la grossesse normale. La matrice ne se métamorphose donc que pour se mettre en harmonie avec l'ovaire fécondé, et nous pouvons. considérer la connexion des deux organes, par des vaisseaux et des nerfs, comme le moyen à la faveur duquel se réalise cette harmonie ; mais la connexion elle-même n’est qu’un produit de la formation organique, qui ne peut avoir sa véritable cause que dans le but auquel tend l’incubation. 3° Le corps tout entier de la femme est également prédisposé à ces changemens ; tous les traits de son organisation et de sa vitalité sont calculés en vue de la grossesse, et aucune circonstance essentielle ne saurait manquer sans que le développement de l'embryon devienne impossible.
(4) Pfeifer, Naturgeschichte deutscher Mollusken , t. IX, p. 414. (2) Observ. pathologiques , p. 8.
(3) Meckel , Deutsches Archiv,t, VI, p. 271, 273.
(4) Ibid. p. 392.
(5) Zid., t. VIII, p. 476.1
(6) Gerson, Magazin , t. I, p. 429.
(7) Jbid., t. VIX, p. 187.
ho Le développement de la matrice et celui de l'œuf marchent d'un pas égal, et se correspondent l’un à l’autre d'une manière exacte. L'époque du retour de la matrice à une vie plus tranquille, par l'effet d'une contraction sur elle-même, coincide avec celle où l'embryon est apte à se séparer du corps de la mère et éprouve le besoin de respirer l'air atmosphérique. Chacun d’eux a son type particulier, mais il existe une véritable harmonie préétablie entre les deux types. Nous en avons la preuve la plus évidente dans la grossesse extra-utérine, où la matrice se contracte vers la fin du dixième mois, et se dispose à l’accouchement, quoiqu'il n’y ait point en elle d'être à mettre au monde : il survient des douleurs, qu'ont observées entre autres Bay (1), Morley (2), Birbeck (3), Houston (4), Middelton (5), etc., ou bien la membrane nidulante est expulsée, parfois au milieu d'une hémorrhagie, comme l'ont vu Lacroix (6), Turnbull (7), Valero (8) et autres.
5° Pendant la grossesse, les mamelles éprouvent un commencement de turgescence et de ramollissement , qui les prédispose à la sécrétion du lait. Elles témoignent d'une sympathie entre elles et la matrice, sans qu'il y ait de connexion établie entre les deux organes par des nerfs et des vaisseaux, et ce n’est pas tant la distension de la matrice que son conflit vivant avec l'embryon, qui accroît leur activité, car elles se flétrissent lorsque l'embryon meurt sans qu'il survienne de fausse couche. Il ne s’agit point là non plus d’un rapport sympathique simple , mais d’un rapport d’antagonisme conforme au but vers lequel tend l'organisme tout entier , car les mamelles atteignent leur plus haut degré de vitalité après l'accouchement, lorsque la vitalité de la matrice diminue, de
(A4) Philos. Trans., t, XII, p. 979.
(2) {bid., t. XIX , p. 486.
(3) Ibid. t. XXII, p. 4000.
(4) Ibib., n° 378, p. 387.
(5) 1bid., n° 475, p. 336; n° 484, p. 647.
(6) Bu:let. de la soc. philomat., t. I, p. 35. (7) 1bid., p. 95,
(8) Gerson, Magazin, t. V, p. 481.
même qu’on a quelquefois observé la fièvre de lait et la sécrétion lactée, dans le cas de grossesse extra-utérine, après les douleurs survenues vers la fin du dixième mois. Un rapport d’antagonisme se manifeste aussi dans l’organisation des animaux à bourse ; ici, en effet, la matrice est tellement imparfaite , qu'elle ne peut se développer que fort peu pendant la gestation, en sorte qu'il est impossible à l'œuf d'y 3éjourner assez long-temps, et à l'embryon d’y acquérir le développement nécessaire ; mais la résion des mamelles est développée en une poche qui sert de supplément à la matrice, et dans laquelle les mamelons remplissent l'office du placenta disparu de bonne heure , en sorte que l'insuflisance de l’incubation intérieure est compensée ici par une incubation extérieure.
6° Nous reconnaissons dans tous ces phénomènes unité entre les diverses parties du corps organique, coopération à un but commun, direction du multiple vers un point unique, et la vie nous apparaît comme identité dans la multiplicité, comme harmonie, comme amour ( 262 ).
7° Le but des diverses activités ne saurait être méconnu. Il ne peut être atteint que par une certaine organisation, telle que nous la trouvons réellement. Ainsi cette organisation repose sur des vues, sur des intentions, et ce qu’il y à d’essentiel dans la vie, c’est la domination de l’idée.
8° Chaque chose a sa raison suffisante particulière, mais qui est en harmonie avec un but éloigné. Ainsi le foie des Batraciens est construit d’après des lois qui lui sont propres, mai sa forme est précisément ce qu'elle doit être pour concourir à la translation des œufs dans l'oviducte ; de même, chacune des particularités de l’organisation féminme, telle qu'elle s'est développée dès l'état embryonnaire, à sa cause matérielle propre, mais son but ne se manifeste que pendant la grossesse, puisque sans elle le développement complet du fruit serait impossible. Une chose isolée agit sans but, et seulement comme le comporte sa nature matérielle; le but ne s'aperçoit que dans le concours d'action des choses particulières : que l'œuf parvienne ou non dans la matrice, celle-ci s'agrandit, produit une membrane nidulante, se resserre à
INCUBATION. 5ri
une époque déterminée, et le but de ces actions ne devient apparent que quand les oviductes ont pu exercer d'une manière convenable l'activité qui dépend également de leur nature particulière. Il est donc évident que l’idée ne réside point dans le paruculer, mais bien dans le général. Ou si la vie est une action qui tend à un but, c'est-à-dire si elle est déterminée par une pensée, nous reconnaissons aussi qu'elle n'existe point là et ici, qu’elle n'est pas liée à une certaine organisation, à tel ou tel espace, mais que c'est un caractère général et idéal imprimé à la totalité de la vie organique. L'idée n’est point encore devenue réelle ici; elle crée l’être vivant, voltige au dessus de lui, et le détermine à agir dans un certain but, sans que lui-même ait de but. |
$ 366. L'harmonie entre les differens êtres organiques se manifeste diversement dans l'incubation.
4° Il n'est presque aucune plante dont les feuilles ne nourrissent une espèce particulière d'Insectes, et l'époque à laquelle ceux-ci sortent des œufs pondus à l’automne, coincide exactement avec le moment où les arbres sur lesquels ils sont placés, et dont le feuillage leur sert d'aliment, se couvrent de verdure. Le développement des œufs et celui des feuilles qui leur correspondent ont donc besoin d'un même degré et d’une même durée de température.Si, vers la fin de l'hiver , on prend une branche d'arbre sur laquelle un Insecte a déposé ses œufs, et qu'on la tienne dans de l’eau , au milieu d'une chambre échauflée, de manière qu'elle pousse des feuilles un mois avant le temps ordinaire, les larves éclosent ésalement de meilleure heure. Les œufs des Pucerons du bouleau et du frêne ne diflèrent pas les uns des autres, quant aux caractères extérieurs : cependant, toutes choses égales d'ailleurs, les premiers éclosent un mois plus tôt que les autres, parce qu'il y a la même différence , relativement à la pousse des feuilles, entre les arbres sur lesquels ils ont été déposés.
2° Une multitude de fruits et d'œufs n'arrivent point à se développer , parce qu’ils servent de nourriture à des animaux (S 362, 3°). Tel est surtout le sort des œufs qui sont produits en quantité innombrable ($ 266, 6°). S'il n'en périssait pas
Dr2 INCUBATION.
une partie, la terre ne pourrait bientôt plus contemr toutes les plantes, ni la mer tous les Poissons. Mais leur perte est un moyen de conservation pour d’autres êtres organisés, de sorte qu'une même disposition prévient la multiplication excessive des espèces et assure la conservation uniforme du règne organique.
3° Nous voyons par là que les différens étres organisés concourent à un but commun , qu'ils se complètent mutuellement, et quils jouent les uns à l'évard des autres le même rôle que les parties d’un organisme. La vie qui règne dans tout le monde organique est donc une, et comme les diverses espèces d’êtres vivans ont leur place assignée dans le tout, comme elles coopèrent au même but que les autres, d’une manière propre à chacune, elles doivent être aussi des modifications spéciales de cette vie générale, et avoir en elle leur fondement essentiel.
$ 367. L’harmonie avec le monde extérieur se manifeste de plusieurs manières.
Ao Chaque œuf est organisé pour les circonstances au milieu desquelles il doit se trouver un jour. Le nidamentum est , chez les Batraciens, une espèce d’albumine , qui absorbe de l'eau, pour servir de nourriture ; chez beaucoup de Lépidoptères, c'est un mortier épais, qui préserve de l'humidité en biver. Les œufs des Cynips n’ont point assez d'embryotrophe, mais la mollesse de leur test permet qu'ils tirent une nourriture suffisante de la plante qui les couve. Les œufs de la plupart des autres Insectes ne peuvent exercer cette absorption, à cause de fa coquille cornée qui les enveloppe, et n'ont pas non plus de nidamentum qui leur fournisse de nourriture, mais ils contiennent assez d'embryotrophe pour subvenir à leur entier développement. Les œufs qui ne tardent pas à se corrompre lorsqu'ils ne subissent point l’incubation après leur sortie du corps maternel, sont pondus précisément à l'époque où la saison favorise leur éclosion (8 331, 4°). Ceux, au contraire, qui sont pondus dans un temps où la saison ne permet pas l’incubation, ont une aptitude germinative qui se maintient jusqu’à l’arrivée du moment favorable (8 330, L).
2° La durée de l’incubation est tellement en harmonie avec
l’époque de la fécondation, que l’éclosion arrive au moment où le jeune animal trouve la réunion des circonstances extérieures qui sont nécessaires à son existence, tant sous le rapport de la chaleur que sous celui de la nourriture ($ 365, 4e). Les Abeilles sortent de leur chrysalide au mois de mai, époque à laquelle elles trouvent la chaleur du printemps et des fleurs riches en miel ; les Guêpes parviennent à l’état parfait au mois de juillet, lorsque les fruits mürissent. Les Lépidoptères dont les chenilles vivent de plantes annuelles, passent l'hiver à l’état de chrysalide, et ne quittent leurs enveloppes qu'après le développement des plantes qui servent de nid à leurs œufs et de nourriture à leurs larves. Les Oiseaux de passage qui reviennent en février et en mars s’empressent moins de construire leurs nids et de pondre que ceux qui arrivent en mai seulement, parce que, dans ce dernier cas, la chaleur est déjà continuelle à l’époque où se termine l’incubation (1). Les Mammifères herbivores mettent bas au commencement de l'été, lorsque l'herbe est tendre et surabondante ; le Lièvre s'accouple en mars, la Jument en mai, la Vache en juin, la Brebis en octobre ; mais tous ces animaux mettent bas en avril et mai, parce que la durée de leur gestation est différente. Les Biches ne meitent bas qu’en mai et en juin, parce que c’est à cette époque seulement que l'herbe devient abondante dans les montagnes et les forêts où elles vivent.
3° Le vent et l’eau accomplissent la sémination des œufs végétaux , dont l’organisation est calculée pour cela ($ 334, 3°). La terre, l’eau et l’air font éclore une innombrable quantité d'œufs , et leur procurent tout ce que le corps maternel pourrait leur fournir. Mais ce qui prouve qu'il n’y a point ici de différence réelle, c’est que nous trouvons des cas dans lesquels l’incubation est confiée tantôt aux forces générales et tantôt aux forces organiques ($ 364, 6°, 7°), particulièrement chez les animaux ovo-vivipares ($ 338, 3°), où la mère tantôt couve ses œufs dans son propre corps, tantôt abandonne l'incubation au monde extérieur, et où le développement s’opère d'une manière aussi complète dans un cas que dans l’au-
. (4) Naumann , Naturgeschichte der Fægel,1,X, p. 94. ll, 33
tre. De même que la matrice acquiert un surcroît de vitalité après la fécondation, de même aussi la terre, au printemps, devient plus meuble, en raison de l'humidité et de la chaleur qui la pénètrent, et procure ainsi la nourriture nécessaire à l'œuf végétal qu’elle a reçu dans son cein. L’eau échauflée par le soleil et chargée d'air devient également le foyer d'incubation d'une multitude d'œufs.
ho Le monde extérieur est donc en harmonie avec le monde organique. Il est disposé comme l'exige le besoin des êtres organisés, et il agit de manière que des êtres vivans se développent partout. Si nous réfléchissons maintenant que tous les corps célestes réagissent les uns sur les autres, que l’activité de notre planète s'accroît et diminue par un rhythme régulier, que l'obliquité de l’écliptique a pour résultat de répandre uniformément la vie partout, que l’air et la chaleur sont dans un état continuel de développement et de destruction, enfin que, malgré toutes ces mutations, ils se maintiennent cependant toujours, nous nous sentons forcés de reconnaître dans lunivers une vie qui ne se manifeste à nous sous la forme de traces éparses, que parce qu'il ne nous est point donné d'embras- ‘ser le tout d’un seul coup d'œil. Mais s’il y à, dans l'univers, “une force vivante qui produit toutes les vies diverses et les lie “en un tout harmonique, ou quise révèle par une continuité non interrompue de multiplication et deretour à l'unité, l'être organique (S 365, 6°, 7°, 8°) etlemonde organique ($ 366, 3°) s'offrent à nous comme une image ou un reflet de l'univers. Et si l'univers est le multiple éternellement semblable à lui-même, il doit se répéter lui-même ou se refléter à des degrés divers dans ses différens produits. Dès lors l’origine de toute vie organique, qu'il serait impossible d'expliquer autrement, nous àäpparaît comme une chose nécessaire. Alors aussi nous saisissOnS la signification des agens de l’mcubation. L'eau, l'air et la ‘chaleur, entraînés dans un courant perpétuel , disparaissent ‘sans cesse pour reparaitre toujours de nouveau, et, subsistant dans un étât continuel de jeunesse, sont les plus pures ex- “pressions de la vie cosmique en général; mais, par cela même aussi, ils sont favorables à la vie de tous les êtres organisés , ils sont les conditions les plus générales de leur développe-
ment (incubation), comme de leur existence, en un mot ils sont les liens qui unissent la vie particulière à la vie générale. Chez les êtres organisés supérieurs, le reflet de l'univers est plus complet, et par cela même l’individualité plus parfaite : ici l'organisme maternel prend la place du monde , et l'embryon reçoit de lui des liquides organiques au lieu d'eau, les principes constituans de l'air au lieu de l'air en nature, et la chaleur vitale au lieu de la chaïeur solaire ; la matrice remplace le sol, et la vie maternelle est substituée à l’activité générale ou cosmique.
$ 368. L'instinct manifeste la même harmonie que l’œuvre de la formation.
1° Ilest d'abord en harmonie avec l’organisme propre. À mesure que les œufs müûrissent dans l'ovaire, l'instinct de la sémination et de l'incubation s’éveille.
De même que, chez les Mammifères, une sympathie parfaite entre l’ovaire et la matrice préside aux fonctions plastiques , de même aussi, chez les Abeilles, l'instinct des ouvrières, qui sont des matrices personnifiées, s’harmonise avec Pactivité procréatrice de la reine. En effet, les ouvrières construisent d’abord des cellules pour les œufs des futures ouvrières, après quoi elles en font pour ceux des mâles, puis pour ceux des femelles; mais la reine suit le même ordre dans la ponte de ses œufs. Il est bien clair déjà de soi-même que ce n'est pas la vue de telle ou telle cellule qui détermine sa volonté à pondre l'œuf en rapport avec les dimensions ou la forme de ce logement. Mais ce qui le démontre parfaitement, c’est que les œufs se succèdent de la même manière dans une ancienne ruche, où tous les alvéoles existent déjà. Une harmonie analogue se manifeste aussi dans cette autre circonstance que, généralement parlant, les ouvrières con- Struisent autant de cellules qu’il y aura d’œuts pondus par la reine, et cette proportion mérite d'autant plus d’être remarquée, que ce n’est point un seul individu, mais la totalité des ouvrières , qui travaille à la bâtisse des alvéoles.
L'instinct des Oiseaux correspond au degré de. développement que leurs embryons acquièrent. Les Échassiers et les Palmipèdes ne construisent que des nids simples et sans arti-
fice, parce que leurs petits sortent de l'œuf déjà tout formés et couverts de plumes, de sorte qu’à peine ont-ils besoin de rester quelque temps dans le nid après l’éclosion. Les Passereaux, au contraire, font des nids plus soignés et plus chauds, dans lesquels leurs petits, qui éclosent faibles et sans plumes, puissent achever de se développer.
Chez les Mammifères aussi, il y a correspondance entre le degré de développement qu’atteint l'embryon et la protection que trouve l'animal nouveau né. Les petits carnassiers sont pour la plupart moins développés, mais ils trouvent sécurité suflisante dans la force et le courage de la mère, qui les défend. Les herbivores ne peuvent pas protéger autant leurs petits; mais ceux-ci naissent en général plus développés, de manière qu'ils acquièrent en peu de temps la force nécessaire pour se soustraire au danger par la fuite.
2° Lorsque la mère ne peut pas répandre elle-même sa progéniture, celle-ci, par un mouvement spontané, va à la recherche de l'habitation qui lui convient. La force motrice, refusée à la mère , a été accordée aux spores ($ 332).
3° L’harmonie de l'instinct avec l’organisation d’autres êtres vivans se manifeste chez tous les animaux qui déposent leurs. œufs dans des corps organisés. La piqûre du Cynips ne sert pas seulement à frayer une voie à l'œuf que l’Insecte veut déposer ; elle excite encore une sécrétion qui sert de nourriture à cet œuf ($ 335, 6°). Chaque Ichneumon cherche , pour y déposer ses œufs, un Insecte dont la taille et la durée de la vie correspondent au volume de ses œufs et au temps que ses larves emploient à se développer, et, malgré sa fécondité, il ne pond qu’un seul œuf dans chaque Insecte (8 335, 2°). Les Insectes (8 335, 4) et les Oiseaux ($ 337, 3°) qui ne sont point en état de construire eux-mêmes des nids, mettent à profit pour leurs œufs l’industrie d'autres animaux, et l'ins: tinct du Taon est tellement en harmonie avec l'instinct du Cheval, que celui-ci achève la sémination commencée par Celui-là (6 335, 7°).
fo L'instinct se dirige d’après les circonstances que l'œuf
rencontre dans le monde extérieur.
… Les lusectes, les Araignées, etc, ,tissent un nidamenéum
différent suivant que les œufs doivent subir l'mcubation dans des cavités de corps durs, dans l’eau, ou à Pair. Et la nature, dans ses productions , vient en aide à cet instinct : sur les parois des cellules des Termites, qui sont composées de morceaux de bois collés ensemble, à l’aide d’une substance résineuse, il croît, par génération primordiale, une trèspetite moisissure qui sert de nourriture aux larves (1). L'époque à laquelle se manifeste l'instinct de l’accouplement est déterminée par les circonstances générales qui ont lieu à l’époque où les petits viennent au monde ($ 244, 7°. 8 366, 2°). La Brebis porte cinq mois; mais tandis que, chez nous, elle s’accouple en octobre et novembre , pour metire ‘bas en mars et avril, dans le midi de l'Europe son accouplement a lieu en juin et juillet, et la parturition en novembre et décembre , époque de l'année à laquelle, dans ces climats,
l'herbe convient le mieux pour pâture (2).
Bo L'instinct se manifeste donc par des actions volontaires,
tout comme la vie organique agit par des actes de plasticité. Le même but est atteint à l'aide des mêmes moyens, tantôt pas l'instinct , tantôt par la force vitale plastique. Le sac protecteur des œufs, que l’Araignée et l'Hydrophile ont tissé , est tout-à-fait semblable à celui qui, chez les Sangsues et les Squales, s’est formé dans l’ovicanal; l'un ramasse avec soin de la nourriture pour la placer à côté de ses œufs, et l’autre sème les siens dans des endroits où plus tard de la nourriture se développera par l'influence de la vie plastique ; chez l'un le sac à œuf se colle spontanément au corps, l’autre Pattache lui-même au sien. Le moral n’est donc qu’une forme particulière de la vie. Si la vie corporelle est une harmonie du mul-
tiple , l'unité revêt ici une forme déterminée , elle devient un
phénomène à part, elle se prononce comme sentiment, dont la réaction produit l'instinct. L'animal se sent comme unité,
et ce sentiment , quelque obseur qu'il puisse être , fait naître
en lui l'aurore d'une vie morale. L'idée, qui est l’origme de toute vie, commence à devenir réalité, et à se manifester
(1) Smellie , toc. cit, t. IT, p. 443.
(2) Zbid., t. Il, p. 47.
D15 us INGUBATION.
comme fonction dans l'individu, quoiqu’elle sommeille encore dans ses enveloppes embryonnaires ; elle donne l'éveil à une vie intérieure, tandis que là où elle ne fait que surnager le tout, pour créer et arranger, il n’y a non plus qu'une vie extérieure et corporelle.
Les forces organiques étant en harmonie les unes avec les autres , l'activité des organes génitaux et l'instinct générateur Séveillent ensemble, et quand le premier disparaît, l'autre “éteint aussi. Les Oiseaux auxquels on a enlevé l'ovaire , n’éprouvent plus ni la congestion, ni le désir de l’incubation; ils n’ont même plus l'aptitude à couver:; car lorsqu'on les oblige à le faire, il s'y prennent avec maladresse, écrasent les œufs, ou les jettent hors du nid. Ainsi l'instinct n’est point né de l'ovaire, mais il n’est qu'un développement harmonique dans la sphère morale, de même que la matrice n’est point un produit des ovaires, mais se déploie harmoniquement avec eux, et se flétrit pour toujours quand on vient à les extirper. La congestion sänguine qui s’opère dans les tégumens abdominaux de l’Oiseau est liée à l'instinct de l'incubation; mais elle-même n’est qu'un moyen de satisfaire cet instinct. On peut bien éveiller l'instinct en excitant la congestion ; mais la chose n’est possible que parce qu'il y a harmonie entre l’un et l’autre, et nous ne doutons point que l'instinct de l'incubation ne puisse provoquer l'apparition de la chaleur incubatrice chez l'Oiseau , tout comme, chez l'homme , l’imagination détermine une congestion dans les organes génitaux. Cette harmonie libre du moral et du physique se manifeste surtout en Ce qu'ici, comme dans une foule d'autres circon- Slances organiques, Ce qui est ordinairement uni par les liens de la sympathie, peut également entrer en antagonisme ; ainsi, Chez les Abeilles ouvrières, l'imperfection du physique tourne au profit du moral, et le caractère de la féminité, utilé sous le rapport de l'organisation matérielle , arrive à une hauteur étonnante sous celui de l'instinct ($ 332, 4°).
L'unité du physique et du moral se manifeste également, Chez l'homme, par l’analogie qui existe entre leurs dispositions respectives ; si la femme enceinte a quelquefois des caprices, nous pourrions aussi en attribuer à sa constitution organique,
INCUBATION. 519 qui produit des phénomènes passagers , bizarres, en dehors. du cours ordinaire des choses , et auxquels On ne saurait as— signer aucune cause appréciable.
8 369. Tout instinct doit reposer sur un sentiment qui lui corresponde. L'animal ne peut être déterminé aux pénibles labeurs de la sémination et de l’incubation que par le.sentiment de l’unité avec son œuf, que par l'amour pour cet œuf.
4 C’est surtout à l'amour de la vie, qui renferme un sens si vrai et si profond ($ 365), qu'est confié le soin d'éveiller Ja vie pendant la génération ($ 263), et de, surveiller la vie qui se développe pendant la sémination et l'incubation. À la vérité, ce n’est qu’une image confuse de cet amour qui pousse ici l'animal, puisque celui-ci travaille pour un avenir que l'obscurité lui dérobe, construit un nid avant de pondre , et soigne ses œufs souvent sans voir sa progéniture, Comme il arrive surtout à beaucoup d’Insectes qui meurent aussitôt après avoir pondu , et ne sont jamais témoins de l’éclosion des larves. Mais nous ne trouvons pas de ligne de démarcation bien tranchée entre le soin des œufs et celui des petits, car l’un et l’autre sont réunis, chez les Abeilles, parexemple: De même aussi l'instinct de l'animal femelle pour Ja conser vation de ses petits ne nous paraît être qu’un tronc organique sur lequel l'amour maternel finit par déployer toutes les nuances délicates dont le cœur humain seul est susceptible. Ainsi, les phénomènes de l'instinct animal sont analogues à ceux de l'instinct maternel qui parvient à triompher entièrement de l’ésoisme : l'animal renie son individualité , et cherche des circonstances qui ne sont pas un besoin pour lui, qui ne peuvent servir qu’au développement des œufs et des petits; le Crabe et la Rainette quittent les champs et les bois et se mettent à la recherche de l’eau, uniquement pour y déposer leurs œufs; le Papillon n'éprouve, quant à luimême, que de l'indifférence pour les tiges et les feuilles des plantes, et cependant il les cherche dans l'intérêt de ses œufs ; la Mouche à viande ne se nourrit point de chair , mais celle-ci l’attire de loin pour y déposer ses œufs. Le soin des œufs se manifeste même encore au moment dela «mort;
520 à INCUBATION.
quand on pique une Phalène fécondée sur une épingle, elle pond aussitôt, comme si elle devait se hâter d'assurer la vie de sa progéniture avant de mourir elle-même.
2° L'instinct de la sémination et de l’incubation, et les talens qui s’y rattachent, ne sont point acquis par les animaux ; ils leur sont donnés, comme le pondoir ($ 334, 6°), les filières ($ 344, 5°), ou l'organe préparateur de la cire (334, 90). Les jeunes construisent tout aussi bien que les vieux, même quand ils n’ont jamais assisté à la bâtisse d’un nid même lorsqu'ils n’ont point vu celui de leur propre espèce, ayant été couvés dans un nid étranger. Cependant les animaux n’agissent pas non plus comme des machines; leurs actions sont réglées d’après les circonstances ; elles ont lieu avec réflexion et jugement. Qu'un rayon, par exemple, vienne à se détacher et à tomber dans une ruche, les Abeilles construisent sur son bord supérieur assez de cellules pour qu'il puisse attemdre jusqu'à la couverture de la ruche, et en même temps elles consolident, par prudence, tous les autres rayons. Nous voyons donc poindre ici la première lueur d’une intelligence qui n’est que le développement d’un instinct vague et obscur.
3° En vertu de son origine, l'instinct se manifeste d’une manière non moins harmonique que toute fonction organique quelconque. Lorsqu'il n’y a pas d’incubation possible, la mère ne prend non plus aucun soin de ses œufs. Le Limnée pond plus de mille œufs jusqu’au milieu de septembre ; ceux qu'il pond plus tard, ayant besoin d’un mois environ d’incubation, ne peuvent point se développer, à cause des froids qu'amène l'automne ; aussi la mère, comme si elle prévoyait ce résultat, mange-t-elle son dernier frai aussitôt après s'en être débarrassée (4). Quand la reine Abeille est très-féconde, qu'il n’y a pas assez de cellules, soit parce que la cire manque , soit parce que les ouvrières sont en trop petit nombre, elle pond deux œufs dans chaque alvéole ; mais les ouvrières en retirent un sur-le-champ et le détruisent, comme si elles voyaient l'impossibilité qu'il se développât. De même , l’Au-
(4) Pfeifer, Loc, cût., 4. I, p. 87.
truche, d'après les observations de Barrow, rejette quelques œufs hors de son nid quand il y en a trop. La plupart des Oiseaux qui ne couvent qu’un seul œuf, en ont eu deux ou trois. Ainsi l'instinct agit comme la force médicatrice de la nature, détruisant et repoussant ce qui met obstacle à la vie ou ce qui n’est point apte à vivre.
4° La sûreté de la progéniture est le but des actions que les animaux exécutent dans la sémination et l'incubation. Mais, comme ils n’ont pas la conscience de ce but , ils doivent donc éprouver des sentimens particuliers qui les sollicitent aux actions propres à y atteindre. Dans la propagation en général, la vie des individus est tournée vers le centre idéal, vers l'espèce : pendant la grossesse, l’activité se concentre dans la matrice, et la vie de la mère se dirige principalement vers le développement du fruit. L'incubation a donc pour caractère la prédominance de la direction du dehors au dedans ; aussi, est-ce dans cette fonction que se manifeste le plus évidemment la féminité, qui suit cette direction de préférence à toute autre (8 207). Les parties périphériques de la fleur périssent tandis que l’œuf continue de se développer dans l'ovaire. La Fourmi fécondée dépose ses ailes et renonce au plaisir du mouvement libre, attendu que sa tendance au dehors est surmontée par un instinct qui la pousse à se concentrer en elle-même ; l’Oiseau s’ensevelit dans son nid solitaire et caché, et ne fait plus entendre ses chants ; la menstruation cesse comme excrétion , chez la femme, et fait place à une secrétion nourricière. A cette concentration en soi-même correspond l'amour pour le sol natal, qui est un trait indélébile de la féminité, en vertu de son affinité avec la nature végétale ($ 241, 2), et qui se manifeste surtout pendant l’incubation, parce que cette fonction appartient spécialement au sexe féminin. Pendant la sémination, nous voyons tous les animaux ovipares retourner à l'élément dans lequel euxmêmes se sont développés. Après la fécondation, l'Insecte parfait revient à l’espèce de plante sur laquelle il a commencé à vivre, et il y dépose ses œufs. Les Poissons qui fraient cherchent l'endroit où eux-mêmes sont éclos : si l'on met des œufs fécondés de Saumon dans une rivière qui n’a point en-
core nourri d'animaux semblables, tous les ans ensuite des Saumons y remontent de la mer pour y déposer leur œufs(1), Lorsque l'Oiseau de passage s’est développé, le sentiment de sa puissance de vol le pousse au dehors, et il cherche à se rapprocher de l'équateur, où tout se déploie bien davantage vers l'extérieur ; mais l'instinct générateur le ramène au lieu de sa naissance. Il revient faire son nid et couver près du pôle, où toute vie est plus concentrée en elle-même. L'instinct qui détermine toutes ces migrations doit reposer sur un sentiment subjectif, que nous pourrions comparer à la nostalgie; l'amour et le désir de la génération attirent la force du dehors au dedans, et la remènent vers le primitif en général, par conséquent aussi vers le sol ou le climat natal,
5° Comme toutes les forces organiques sont diversement réparties, de même aussi nous trouvons une grande diversité parmi les animaux , sous le rapport de l'intensité, de la durée et des formes de l'instinct séminateur, et inoubateur, mais toujours en harmonie parfaite avec les besoins de l'œuf et les circonstances au milieu desquelles il doit se trouver. Lorsque le monde extérieur suffit à cet œuf, la mère ne s’en inquiète point, et quand elle lui consacre de grands soins, 1 est construit de manière que sans cela sa mort serait infaillible. Les animaux chez lesquels l'instinct développe le plus de puissance , sont les Insectes et les Oiseaux, c’est-à-dire les animaux aériens , parce que l'air est le lien général qui unit toute existence terrestre ($ 263, 1e). Les animaux aquatiques, tels que les Poissons et les Reptiles, n'offrent que de faibles traces des soins maternels, qui sont déjà moindres aussi, proportion gardée, chez les Oiseaux et les Insectes dont la vie se passe dans l’eau. Les Insectes et les Oiseaux ont entre eux quelque rapport sous ce point de vue, et principalement en ce qui concerne l'instinct de la construction des nids , la construction de nids.communs ($ 334, 8° ; $ 337, 2°), la construction de nids dont les matériaux proviennent de leurs propres sécrétions ($ 334, ® ; $ 337, 6°), la ponte des œufs dans
di
(1) Bloch , loc. cit, E , p. 465.
INCUBATION. 523 des nids étrangers ($ 335, 4°; 337, 9°), et l'influence sur la propagation des plantes; car si les Insectes contribuent à opérer la fécondation ($ 237), les Oiseaux remplissent le même office eu égard à la sémination ($ 331, 3°).
Il est certaines fonctions dans lesquelles la forme inférieure s’accomplit par la force animale, par une action musculaire plus ou moins soumise à la volonté, et la forme supérieure , au contraire, par une simple turgescence, par une activité végétative sans conscience. Ainsi l'érection ($ 278) et le mouvement de l’œuf dans l'oviducte ($ 328, 2°), qui sont l'effet d'une action musculaire chez les animaux, dépendent tous deux de la turgescence chez l'homme. Le nidamentum ; que l'Insecte prépare avec tant d'art, la nourriture qu'il place à côté de son œuf, la chaleur que l'Oiseau communique au sien par une incubation assidue , tous ces eflets, la matrice des Mammifères les produit sans que la mère en soit informée, sans qu'elle y contribue par son activité libre. Là précisément où la femme, considérée au physique, est le plus mère, où elle porte son fruit dans son cœur, elle agit sans conscience et d’une manière purement végétative , parce que la plante est le prototype de la féminité dans toute sa pureté. La concentration calme qui résulte d'un sentiment satisfait, et l'attention plus grande à se garantir des atteintes du dehors; sont les seuls signes par lesquels s’annonce l'amour maternel, qui ne déploie toute son énergie qu'après là naissance. Dans la nature entière , ce qui paraît trop tôt porte le cachet.d’avorton; c’est ce qui a lieu pour l'amour maternel , chez les animaux , quand il se dirige sur les œufs : il est déjà épuisé au moment où les petits ont acquis leur développement. Les Mammifères ne sont , sous ce rapport, que des degrés pour arriver à l’espèce humaine , où l'amour maternel, développé plus tard , devient un sentiment qui persiste pendant toute la vie.
$ 370. 4° L'instinct agit partout en vue d’un but à atteindre; mais 1{ n’est pas jusqu’à la vie maternelle elle-même danslaquelle la relation avec l’avenir s’annonce aussi partout, parce que l'essence de la vie consiste précisément dans la domination de l'idée, qui ne peut point être arrêtée par les bornes du
temps. De même que l'Oiseau construit son nid avant de pondre , de même aussi la matrice forme la membrane nidulante avant d'avoir reçu l'œuf, et comme l'Insecte place auprès de ses œufs une nourriture qui ne pourra profiter qu'aux larves, de même les mamelles commencent à sécréter du lait dès avant la naissance de l'enfant.
‘2 Ce qui agit dans le présent pour atteindre un but déteraniné dans l'avenir, doit avoir ses racines dans un passé certain. Aussi chaque chose de la nature a sa cause spéciale, doit né- «essairement exister, et subsiste pour soi-même, quoique, par rapport à l'existence d’autres choses, elle développe des suites qui servent à un certain but. Le vent ne souflle pas, l'eau ne coule point, la pesanteur n’agit pas pour que les fleurs arrivent à être fécondées , et les graines à être disséminées ; mais cependant il est certain que ces mouvemens généraux viennent en aide à Ja vie enchaînée de la plante, et que sans eux nulle végétation ne pourrait durer. Si la Vipère pond des œufs dans la saison froide, et les fait éclore en elle-même dans les temps chauds, la cause en est certainement qu'à une basse température son ovicanal est trop resserré pour pouvoir retenir les œufs, tandis qu'à une température plus élevée, l'activité vitale, qui devient plus forte , le fait entrer en turgescence , de sorte qu'il offre alors un espace suflisant. Mais il est certain aussi que la vie du jeune animal se trouve assurée par là » puisque, dans un cas, l’incubation est retardée jusqu'au moment où la saison deviendra plus chaude, et que, dans l'autre, le monde extérieur remplissant les conditions nécessaires au maintien de son existence, il peut se séparer déjà développé de sa mère. Si les herbivores prennent plus de développement que les carnivores dans le sein de la mère, c'est sans doute parce que la plasticité a davantage d'activité chez eux; mais on n’en est pas moins frappé du caractère harmonique de ce phénomème , car si le Faon et le Levreau restaient aussi long-temps aveugles et débiles, après leur naissance , que l'Ours et le Loup, leurs espèces ne tarderaient point à disparaître.
3° Cette liaison'de choses nécessaires dans l'intérêt d’un but ultérieur annonce qu'il y a une vie générale dans l'univers.
Cette unité organique de l'effet produit par une cause avec l’accomplissement de plusieurs buts divers, conduit à reconnaître nne cause idéale ; la pénétration réciproque du présent, du passé et de l'avenir, annonce quelque chose d'infini, quelque chose de supérieur aux bornes du temps. Ainsi nous reconnaissons la force universelle, émanée de l’idée infinie, qui partout crée , forme, anime, et qui met en mouvement, ici le monde extérieur, là la formation organique, plus loin la vie morale. .
L° Toutes les fois que nous étudions la nature, nous devons chercher la cause de chaque phénomène ; mais il ne faut pas que nous perdions de vue la liaison avec le tout, la domination de l’idée, qui se réalise par les phénomènes particuliers. Tant que nous n’apercevons que le but d'un phénomène, sans concevoir le mécanisme au moyen duquel il a lieu, notre connaissance est assurément incomplète ; mais nous restons bien plus en arrière encore du véritable savoir lorsque, absorbés par la contemplation des phénomènes isolés, nous n’arrêtons nos regards que sur le mécanisme, sans faire attention au lien vivant qui les unit en un tout harmonique.