‹ Traité de physiologie, consideŕeé comme science d'observationChapitre 57 sur 64 · II, 3 I · texte numérisé non relu

II, 3 I

pérer l'incubation par la chaleur du corps maternel. Les longues pattes du Flamant ne lui permettant pas de se coucher sur son nid, comme font les autres Oiseaux , il construit une espèce d’île flottante, sur laquelle il dépose ses œufs et s'étend ensuite lui-même, en laissant ses pattes pendre dans l'eau. Les Palmipèdes, dont l'épais plumage permettrait difficilement à la chaleur d'agir sur les œufs, et dont le nid construit sans art ne ressent point non plus assez cette chaleur, perdent les plumes de leur poitrine et de leur ventre vers l'époque de l’incubation , ou se les arrachent eux-mêmes, de sorte que les œufs entrent en contact avec la peau, et que chacun d'eux se loge dans une cavité ainsi creusée au milieu des plumes (1). Lorsque le nombre des œufs est considérable, l'Oiseau qui couve les retourne souvent , et ramène ceux du fond à la surface, afin que tous puissent se développer d'une manière uniforme. Les Oiseaux quittent quelquefois le nid ; mais la plupart ne le font que dans les premiers momens de l’incubation, époque à laquelle il paraît que les œufs ne supporteraient point encore une chaleur forte et soutenue : d’ailleurs, jamais ils ne l'abandonnent quand le temps est froid et pluvieux. Ainsi, par exemple, la Séerna caspia ne sort de son nid qu’à midi, quand les rayons du soleil tombent sur les œufs , tandis que d'autres, comme le Coq de Bruyère et le Cygne, ont l'attention de couvrir d’abord ceux-ci avec des plumes ou avec de l'herbe. Les œufs des Palmipèdes sont placés dans des nids moins chauds , et couvés avec moins de Soin ; mas ils ont une coquille plus épaisse, qui les garantit du froid. Les œufs dont la coquille a le plus d'épaisseur sont ceux des Uria, des Alques, des Petrels, etc., qui, déposés sur les rochers du bord de la mer, et couvés avec fort peu d'attention, demeurent plus que tous les autres exposés au froid. Du reste , l'albumine , en sa qualité de mauvais conducteur de la chaleur, est déjà très-propre à maintenir une température uniforme. On peut aussi faire éclore des œufs d’Oiseau par une incubation artificielle. Les Égyptiens ont de puis long-iemps coutume de soumettre les œufs de Poule à

(1) Faber, loc, cit,, p, 189,

l’mcubation, sur de la paille, dans des fours particuliers. Réaumur à fait éclore des Poulets tant dans des fours que dans du fumier chaud ; d’autres se sont servis de an , de vases en bois pleins de paille hachée et placés sur une lampe, de la vapeur d'eau , etc. , en ayant soin d'entretenir habituellement la température de trente à trente-deux degrés , ou seulement de vingt-sept à trente degrés Réaumur, selon Pfeil. Cependant - Gaspard fait remarquer qu’il faut une chaleur moins forte pendant les premiers jours, qu'on doit l’élever par degrés seulement (1), et que, même malgré les plus grands soins, les Poulets qu’on obtient sont souvent faibles et mal conformés GAn que, par conséquent, il est plus facile à l'instinct maternel qu'à l'industrie humaine de rencontrer exactement la température nécessaire. ( Les bornes qui viennent d’être assignées à la chaleur de l’incubation ne sont nullement absolues. J'avais tellement pris l'habitude de reconnaître à la main, dans la couveuse, une température de trente et un degrés, qui, surpassant peu celle de l’homme, excite un sentiment agréable de chaleur, que je pouvais en toute sûreté, sans le secours du thermomètre , déterminer s’il fallait accroître ou diminuer le feu; mais j'ai eu plusieurs Poules très-bonnes couveuses dont le nid me donnait la sensation d’une chaleur qui parais-— Sait dépasser trente-deux degrés. La température est parfois montée pendant quelque temps jusqu'à trente-cinq degrés dans la couveuse , sans que les œufs périssent, excepté quand ils touchaient immédiatement au métal, auquel cas la partie voisine du jaune subissait une décomposition, et les embryons mouraient toujours , quelle que fût leur distance de la réslon altérée du jaune. À une chaleur de quelques degrés au dessous de vingt-huit degrés , l'embryon court encore bien moins risque de mourir, mais il se développe avec plus de lenteur. Vient ensuite un degré moins élevé de chaleur , auquel là vie se conserve, mais sans développement. Après avoir fait couver des œufs pendant cinq jours, je les ai laissés vingt-quatre heures au grand air, en juil, par un temps fort chaud, et

(À) Journal de Magendie , t.-V, p. 310.

(2) Ibid., p. 319.

dans une chambre exposée au nord, dont les fenêtres restaient ouvertes pendant la nuit : jamais l'embryon n’y à péri, et les battemens du cœur ont persisté, à des intervalles d'une à cinq minutes et plus; du reste, le seul changement appréciable consistait en ce qu’il me semblait que le sang fût moins rouge et le système vasculaire moins rempli. On ne peut douter que des embryons plus âgés et parvenus à une vie plus indépendante ne résistassent davantage encore. Pendant la seconde moitié du mois d'août, les embryons plus jeunes ne survécurent pas à un refroidissement de vingt-quatre heures. Réaumur a aussi couvé arüficiellement des chrysalides d’Insectes (*) ) (1).

Bo Chez les Mammifères, la chaleur de la matrice ($ 346, 4°) influe sans contredit, comme condition essentielle, sur le développement de l'embryon, de même que, chez certains Ophidiens et Sauriens , il suflit d’un accroissement de la chaleur extérieure pour déterminer l’éclosion des œufs dans l'intérieur de l'ovicanal. Autenrieth et Schutz ont trouvé une température de trente degrés Réaumur dans la cavité utérine de Lapines pleines.

11. La disposition du lieu où s'opère l’incubation et les membranes qui revêtent l'œuf ne permettent ordinairement pas à la lumière d'agir sur ce dernier, et en général cet agent ne paraît point être favorable au développement. Les œufs des Poissons et des Batraciens semblent seuls faire exception sous ce rapport ; mais, en y regardant de près, on voit que c’est la chaleur seule du soleil, et non point sa lumière, qui favorise le développement. Edwards avait attribué de l'influence à la lumière : mais les expériences de Dutrochet s'élèvent contre ses assertions. À une température de six à dix desrés, des œufs de Grenouille se développèrent tout aussi bien dans l'obscurité qu’à la lumière, en dix jours de temps ; l'air étant à la température d'un à cinq degrés, ils se développèrent en quinze jours au soleil, tandis que, dans l'obscurité, il ne s’en

(‘) L'incubation artificielle est aussi employée pour faire éclore les œufs des Vers à soie : c'est de la chaleur humaine qu'on se sert généralement à cet effet.

(4) Addition de Bäer,

INCUBATION. ; 485 développa que les trois quarts, et qu'à la lumière diffuse à peine un sur cent vint-il à éclore, peut-être à cause du refroidissement déterminé par le courant d'air (L).

Quant à ce qui concerne les plantes, la graine est soustraite par le péricarpe à l'influence de la lumière, qui nuit à la germination, et qui surtout porte d'autant plus de préjudice à la plante, que celle-ci est plus délicate encore (2).

IT. On a observé qu’un degré médiocre d'électricité accélérait la germination des graines et le développement des œufs de Batraciens, mais qu’une forte électricité faisait dessécher ceux des Araignées (3).

b. Action organique.

$ 359. Chez l'homme et les Mammifères, l'influence de la vie maternelle sur le développement de l'embryon est aussi facile à démontrer en général qu’en particulier , et déjà elle s'aperçoit là même où il n’y a point de connexions organiques ($ 392, 1°).

1° Des changemens généraux survenus dans l'état de ja vie, chez les femmes enceintes, peuvent, surtout lorsqu'ils sont soudains et violens, tuer le fruit et déterminer l’avortement. Tel est l'effet, par exemple, des eflorts considérables, des affections morales, de la fièvre, des évacuations intestinales abondantes, des vomissemens violens, etc. Nous devons présumer, en pareil Cas, que la matrice reçoit trop ou trop peu de sang; qu’elle se contracte avec trop de force sur l'œuf, ou que, flasque et relâchée, elle cesse d’agir sur lui ; qu’elle acquiert une température ou trop élevée ou trop basse; qu’elle sécrète un liquide de nature altérée, ou que sa sécrétion s’est arrêtée ; en un mot, que l'harmonie de son activité vitale avec celle de l'embryon est troublée. C'est de cette manière que des influences défavorables, en agissant sur l’activité vitale de la mère, peuvent amener dans la matrice des changemens qui deviennent ensuite autant de causes morbifiques par rap-

(4) Mém. pour servir à l’hist. anat, et physiol. des végétaux et des animaux, t. II, pag. 263.

(2) Gmelin, dans Naturwissenschaftliche Abhandlungen , t, I, p. 257.

(3) Herold , Loc. cût.,t. I, p 6. |

port au fruit. Hausmann a remarqué qu'après un été extraordinairement humide, dans des pays plats, il naissait beaucoup de cochons atteints d'hydrocéphale ou autres anomalies , et de chevaux aveugles portant les traces manifestes d’une ophthalmie qu'ils avaient éprouvée dans la matrice, Certaines affections générales de l'organisme maternel paraissent se jeter moins sur la matrice : ainsi, par exemple, une fièvre typhoide nuit rarement au développement du fruit (4).

2° Des maladies contagieuses de nature spécifique peuvent passer de la mère au fruit. Wolstein assure (2) que les Veaux nés de Vaches qui avaient eu le typhus pendant la gestation Sont moins sujets à cette maladie que ceux dont les mères avaient déjà été précédemment atteintes de l'épidémie. La petite-vérole ne se transmet pas toujours (3) au fruit, mais la chose arrive fréquemment. Il semble que l'infection n'ait lieu, la plupart du temps, qu'après la guérison de la mère (4), et que, quand elle survient avant cette époque, elle détermine ordinairement une fausse-couche (5). Unger (6) a abservé un avortement dans lequel l'embryon vint au monde atteint d'une petite-vérole en pleine suppuration ; à juger d’après le temps, il avait dû être infecté à l’époque où la suppuration de la variole s'était effectuée chez la mère. Quelquefois la transmission au fruit paraît agir comme-métastase critique sur la mère : ainsi Hausmann et Rathke ont remarqué que les Vaches pleines guérissaient plus souvent de la pommelière lorsqu'elles avortalent.

3° Le corps de la mère n’est parfois que le conducteur d’un principe contagieux , pour lequel lui-même n’a aucune réceptivité. Ebel a observé, pendant une épidémie de petite-vérole, une femme qui , une quinzaine de jours environ ayant d’ac-

(D) Burns, The anatomy of the gravid uterus, p. 61. ! (2) Weber das Paaren der Menschen, r. 416.

(3) Philos. Trans., n° 493, p. 235. — Ch. Roesch, Histoire d’ane épidémie de variole (Ann. d'hygiène publique, 4837, t. XVIII, p. 420 ).

(4) Philos. Trans. , 4780, p. 128.

(5) lbid., 1781, p. 372.

(6) Medicinische Jahrbuecher des œsterreichischen Staates , t. XIV, P. 545. —P. Rayer, Traité des maladies de la peau, Paris, 4835, t. I, p. 537, pl. 6, fig. 40.

toucher, avait éprouvé des malaises et senti son enfant remuer avec violence; celui-ci vint au monde avec des boutons varioliques en pleine suppuration, et qui se multiplièrent même encore les deuxième et troisième jours après la nais. sance (1). Kessler et Watson (2) ont vu des femmes, qui avaient eu jadis la variole et qui. pendant leur grossesse, s'étaient tenues auprès de personnes atteintes de cette affection, mettre au monde des enfans portant des boutons ou des cicatrices de petite-vérole.Jenner a fait la même remarque.

&° Maisla matrice doit aussi influer par sa seule vitalité, et sans leur rien communiquer de matériel, sur les organes embryonnaires qui sont en contact avec elle; car, de même que l'aimant excite la vertu magnétique dans le fer, où qu’un corps électrisé en fait passer un autre à l’état électrique, sans que nous apercevions aucune transmission de substance, de même, dans l'organisme, une partie vivante agit sur une autre de manière à éveiller et stimuler la vie en elle. Voilà pourquoi nous voyons certains états spécifiques de la vie, qui ne dépendent point d'une substance spéciale, se propager, avec tous les caractères qui leur sont propres, de la mère à son fruit. Le cas n’est point rare en ce qui concerne les fièvres intermittentes : ainsi une femme enceinte fut atteinte d'une fièvre tierce opiniâtre, avec froid extrêmement vif et teintictérique ; elle guérit après le septième mois de sa grossesse, etelle mit au monde un enfant à terme, qui était affecté de la même maladie, offrant les mêmes symptômes ; la fièvre intermittente avait donc duré plus long-temps chez cet enfant, ou bien il n'en avait été attaqué qu’à l'époque de la guérison de la mère (3). On a souvent observé que des enfans dont les mères avaient éprouvé une trop vive frayeur pendant la grossesse, étaient atteints de tremblemens dans les membres, d'épilepsie ou d'idiotisme (4). Il arrive quelquefois qu'on trouve dans un état de raideur spasmodique les embryons qu sont

(1) Grasmeyer , De conceptione, p. 32.

(2) Philos. Trans., n° 493, p. 235.

(3) Asklæpieion , 1811, p. 195.

(4) Wierholt, F’orlesungen ueber die Entstehung der Missgeburten , p. 28-37.

morts pendant de violentes convulsions dont leurs mères avaient été attaquées (1). Wigand (2) a remarqué que, chez les enfans qui naissent après un spasme prolongé de la matrice, la langue est ordinairement épaisse et fortement collée au pa- Ris, en un mot à l’état tétanique , et que cet état cesse tout d’un coup au bout de quelques minutes, la langue redevenant alors molle et retombant à la base de la cavité orale. Une femme prit de l'opium avant d’accoucher ; son enfant vint au monde comme frappé de stupeur, et tomba dans les convulsions (3). Une autre, à laquelle les troubles de la guerre avaient causé beaucoup d'inquiétude pendant sa grossesse, et fait passer plus d’une nuit sans sommeil, accoucha d’un enfant mâle qui témoigna de suite une agitation extraordinaire, et qui, tout en se portant bien d’ailleurs, dormait fort peu durant la nuit; cet état cessa par degrés au bout d’un an (4).

5° On prétend avoir observé une influence spécifique des Oiseaux qui couvent sur les petits qui se développent dans les œufs, quoiqu'ici toute communication matérielle soit rendue impossible, tant par l’épiderme et le plumage, que par la coquille calcaire. Suivant Frisch (5), un Oiseau couvé par une femelle d’une autre espèce, est presque aussi impropre à la génération qu'un bâtard; ($ 304, 5), et, d’après les remarques de Faber (6), le Canard mâle qui a été couvé par une Poule s’accouple plus volontiers avec les Poules qu'avec les Canes. Selon Bechstein, une variété de Pigeons à ailes ét queue noires, dont les petits ne diffèrent jamais de leurs parens pour la couleur, acquiert quelques plumes rouges à la queue ou aux ailes quand on la fait couver par une autre variété tachetée de rouge (7). Nous devons, ou regarder les assertions de ces ornithologistes comme contraires à la vérité, ou admettre que, pendant l'incubation, il

(A) Zbid. , p. 40-52.

(2) Die Geburt des Menschen , t. X, p. 292.

(3) Mende , Handbuch der gerichtlichen Medicin , t, XIX, p. 42. (4) Asklæpieion , A811 , p. 187.

(5) Der Naturforcher , t. VII, p. 56.

(6) Loc. cit., p 200.

(7) Gemeinnuetzsige Naturgeschichte , t, IX, pl. 4034.

s'exerce une‘influence immatérielle en vertu de laquelle la vie et la formation du petit qui se développe dans l'œuf reçoivent une direction particulière.

$ 360. On regarde avec raison comme fort peu vraisemblable que l'imagination maternelle influe sur la formation du fruit, et que les idées dont la mère s’est vivement occupée puissent laisser des traces dans l'organisation du fœtus (1). La croyance populaire n’est d'aucun poids ici, car elle repose uniquement sur l'inquiétude qu'ont toutes les mères de savoir si la mystérieuse force plastique qui agit dans leur sein, suivra une marche régulière et produira un fruit qui réponde à leurs désirs. Nulle femme donc , quelque cultivée que soit sa raison, ne pourra, dans la pratique, écarter entièrement l’idée d'un prétendu pouvoir exercé par l'imagimation. Mais la physiologie elle-même n’a commencé que depuis la fin du dernier siècie à combattre cette croyance, et jusqu'à présent la victoire qu’elle s’attribue n’est point incontestée; car il semble y avoir de la témérité à déclarer une chose impossible tant que lanalogie ne s'élève pas absolument contre elle. Si nous voulions nier un phénomène vital par la seule et unique raison qu'il nous serait impossible de dire quelles en sont les conditions matérielles, il faudrait aussi déclarer qu'il y à impossiblité à ce qu'une qualité quelconque passe du grand-père à son petit-fils , ou à ce que le fils hérite des traits, de la taille, de la constitution, des prédispositions morbides, des talens et des inclinations de son père ($ 306). Il finirait même par ne point être fort difficile de prouver l'impossibilité de la génération en général, et de démontrer que c’est un pur effet du hasard quand une naissance succède à un accouplement , puisqu'il y a bien plus de copulations qui n'amènent point ce résultat qu'on n’en compte qui ie produisent, puisque, chez une multitude de végétaux et d'animaux , on voit très-positivement un nouvel individu se détacher du corps maternel sans qu'il y ait eu d'accouplement préalable,

Admettre la possibilité que l'imagination maternelle influe

(4) Ts. Geoffroy St-Hilaire , Hist. des anomalies , et l’organisation chez l’homme et les animaux, Paris, 4836, t, III, p, 544. :

sur la formation du fruit, implique deux hypothèses ; il faut supposer d’abord que ce qui existe en idée peut se corporaliser, se matérialiser , ensuite qu'un tel phénomène peut avoir lieu sans continuité des vaisseaux et des nerfs.

1° Les idées produisent dans le corps un changement qui leur correspond ; elles accroissent certaines sécrétions ; elles augmentent l’afflux du sang vers tel ou tel organe ; elles déterminent certains mouvemens , et font naître des sensations particulières. Voilà ce que l'expérience de tous les jours nous apprend. La seule chose qui soit improbable, c’est qu'elles dominent la force plastique au point de pouvoir se manifester par des particularités persistantes de conformation. Mais nous remarquons d’abord que l'imagination se rapproche beaucoup de la génération, qu’elle lui ressemble surtout à l'égard du pouvoir créateur , et que par cela même elle exerce la plus puissante influence sur les crganes génitaux. Nul auire organe n’a des connexions plus immédiates avec l’idée de l’objet auquel il se rapporte, de sorte que la mise en action de l'organe peut imprimer une direction déterminée à l'imagination , et que l'idée de la fonction peut faire entrer l'organe en jeu ($ 246, 2°). Il est surtout remarquable, comme nous l'avons dit ($ 299, 5°), qu'un Oiseau qui a pour habitude de ne pondre qu’une seule fois par an, donne deux ou trois fois des œufs, même sans avoir été fécondé de nouveau, lorsqu'on lui enlève celui qu'il dépose dans son nid, phénomène dont on profite, en Islande, par exemple, afin d'obtenir des produits plus abondans(1), et qui prouve manifestement que l'imagination peut amener à maturité des œufs qui n’ont point encore atteint ce terme. L’imagination des femmes enceintes est dirigée tout entière sur leur fruit : ce n’est pas seulement leur corps qui porte l'embryon, et leur âme est grosse aussi de la pensée de ce même embryon. Comme l’activité entière de leur vie n’a d'autre tendance que la formation du fruit , les affections prennent un caractère de détermination à l'égard de cette formation, de même que, chez un blessé, la pensée concentre principalement son action sur la

(4) Faber, Loc, cit., p. 465.

partie qui est en travail de se régénérer ; car formation et reproduction se ressemblent quant aux traits essentiels (1). Si nous considérons en outre que l’activité plastique n'est qu'une forme particulière de l’activité vitale, qu’elle ne diffère pas absolument des secrétions et des mouvemens, qui sont déterminés d'une manière spécifique par l'imagination, que l'activité vitale de l'embryon consiste uniquement en formation, que si les idées de la mère agissent sur elle, cette action ne peut s'annoncer que par un mode de formation qui y corresponde , enfin que, même chez l'adulte , une anomalie de conformation peut être amenée par l'influence de l'imagination , nous sommes obligés de reconnaître que la première hypothèse est d'accord avec l'expérience.

2° Ordinairement on ne s'arrête qu'à cette circonstance , qu'aucun nerf ou vaisseau ne passe du corps de la mère dans celui de l'embryon. Mais l’action serait-elle plus facile à comprendre, quand bien même une pareille communication aurait lieu ? Les nerfs ne sont pas des réservoirs dans lesquels les idées se répandent pour créer, avec les matériaux du sanp, une formation faite à leur image. Les seins sont sollicités par l'état de la matrice, sans étre liés avec elle par des nerfs et des vaisseaux spéciaux. Le cristallin n’a point de connexions vasculaires avec sa capsule, et cependant l'état général de l'activité vitale exerce de l'influence sur lui. La continuité de la moelle épinière et de ses nerfs peut être interrompue, et cependant l'impulsion du mouvement et du sentiment se propager encore. Enfin, dans le magnétisme animal, un organisme agit sur ce qu'il y a de plus intime’ dans un autre organisme, par simple attouchement extérieur, ou même seulement par approche. Les faits qui ont été rapportés plus haut (6 359, 4°) prouvent qu'entre l& vie de la mère et celle de l'embryon il règne un rapport si intime , qu’on peut le comparer à celui du magnétisme animal, etsi les observations faites sur les Oiseaux qui couvent (8 359, 5°) sont exactes, elles démontrent que la vie de l’embryon peut être modifiée d’une manière spécifique par celle

(4) Stark, Beitræge zur psychischen Anthropologie, p. 170.

de la mère, sans qu'il y ait nécessité d’une liaison ou d'une connexion organique.

3° D'ailleurs , à peine est-il nécessaire de rappeler que, si nous reConnaissons comme un fait incontestable la possibilité que des monstruosités soient l'effet de l'imagination maternelle , nous ne prétendons pas dire par là que toutes les monstruosités dérivent de cette source, de même que parce qu'on reconnaît qu’une fièvre ou l'hydrophobie peut dépendre de l'imagination, il ne s'ensuit pas que la première ne puisse aussi résulter d’un refroidissement et la seconde de la morsure d’un chien enragé. Loin de là, nous croyons, au contraire, qu’en vertu de sa tendance innée à l'indépendance (8 353), la vie de l'embryon résiste ordinairement à cette influence, et n’y cède que dans des cas rares ou exceptionnels. Nous n’admettons pas non plus que toutes les idées de la mère produisent cet effet, et nous croyons qu'il exige un ébranlement plus profond, ou une tension long-temps soutenue de l'imagination, et une susceptibilité extraordinaire de l'embryon; car ces conditions sont celles que l’on observe toutes les fois qu'il y à action sur la vie, etle chagrin, par exemple, ne détermine pas toujours un cancer, quoiqu'il fasse quelquefois naître cette affection. Enfin nous ne croyons qu'aux faits rapportés par des observateurs dignes de foi, et portant le cachet de la vérité; à ceux dans lesquels l’impression reçue par l'imagination était connue avant l'accouchement, et s’est trouvée correspondre exactement à la nature de la monstruosité, à ceux aussi dans lesquels l'époque de l'impression reçue est proportionnée au genre de la difformité, car les monstruosités qui ont jeté de profondes racines dans l'organisation ne peuvent être survenues que pendant la première moitié de la grossesse , tandis qu'il est possible que celles qui intéressent seulement des parties superficielles datent d’une période moins éloignée.

L° Les organes homonymes de la mère et du fruit paraissent être tellement en harmonie les uns avec les autres , que quand ceux de la mère subissent une lésion, ceux du fruit peuvent subir un changement correspondant dans leur conformation. L’embryon d’une Vache qui avait reçu un coup de

INCUBATION: 495 raassue sur le front, portait une contusion au même endroit ; cette observation a été faite également sur le Faon d’une Biche qui avait reçu un coup de feu à la partie latérale de la tête (1). Une Chatte avait eu la queue écrasée; elle mit bas cinq Chats, dont quatre avaient la queue déformée de la même manière qu’elle, courbée à angle droit vers le côté gauche, et munie, au sommet de l'angle , d’un tubercule gros comme un pois (2). Stark parle d’une femme à laquelle un Chien avait mordu les parties génitales au travers de ses vêtemens , de manière que ces organes rendirent beaucoup de sang , et furent atteints d'un gonflement considérable; un enfant mâle dont elle accoucha trois jours après cet accident, et avant terme , portait des traces de lésion au gland , et demeura sujet à l’épilepsie ; arrivé à un certain âge, il annonçait l’approche des accès en s’éveillant en sursaut et s’écriant qu'un Chien le mordait, quoiqu'il n'eût jamais été mordu par aucun Chien (3). Des faits analogues ont été rapportés par Bechstein (A), Stark (5), Schneider (6), Sachs (7), Balz (8), etc.

5° Lorsque la vue d’un organe blessé ou déformé chez un autre homme fait une vive impression sur nous, nous éprouvons une sensation particulière et désagréable dans l'organe correspondant de notre propre corps. On peut donc fort bien admettre qu'en pareil cas l'organe correspondant de l’embryon subit une déformation, par l’effet de la sympathie dont nous venons de parler (4°). Klein à connu une femme qui, au huitième mois de sa grossesse, éprouva une vive frayeur à la vue de son mari brisé de coups, ayant le côté gauche de la fisure bleu et enflé, le nez gros, et la lèvre supérieure pendante ; elle mit au monde une fille chez laquelle le côté gauche du front et la partie supérieure de la joue étaient couverts

(4) Bechstein , Loc. cût., t. I, p. 47.

(2) Trans. of the Linnean society, t. IX, p. 323.

(3) Archiv fuer die Geburtshuelfe , t. V, p. 574.

(4) Loc.'cit., 1. T, p.418:

(5) Loc. cit.

(6) Siebold , Journal fuer Geburtshuelfe , t. X, p. S6;t. XVI, p.424, (7) Hist. nat. duorum leucæthiopum , p. 3.

(8) Medezinische Zeitung, t. V, p. 190.

d’une excroissance fongueuse d’un bleu rougeâtre ; le nez était tuméfié , la lèvre inférieure bleue et pendante (1). Une femme dont parle Carus (2) accoucha d'un enfant qui portait un bec-de-lièvre ; pendant sa grossesse elle avait vu fréquemment un enfant atteint de cette difformité , et s'était beaucoup tourmentée de l’idée que le sien pourrait en être également attaqué. Des cas semblables ont été observés par Brandis (3), Klein (4), Hoare (5), Toone (6), etc. (Une femme enceinte fut très-effrayée à la vue d’une flamme éloignée qu'elle apercevait dans la direction de son endroit natal. L'événement apprit qu’elle avait eu raison. Comme la distance était de quatorze lieues, il se passa quelque temps avant qu'on sût rien de positif, et cette longue incertitude agit probablement avec force sur l'imagination de cette femme, qui assura ensuite avoir toujours la flamme devant les yeux. Deux ou trois mois après l'incendie, elle accoucha d'une fille qui avait sur le front une tache rouge, terminée en pointe , comme une flamme ondoyante : cette tache ne s'effaça qu'à l'âge de sept ans. Je rapporte ce fait, parce que j'en connais très-bien tous les détails, attendu qu'il concerne ma propre sœur, que j'ai entendue se plaindre avant l'accouchement de la flamme qu'elle avait sans cesse devant les yeux, de sorte qu'ici on ne fut pas obligé, comme à l'ordinaire, de remonter vers le passé pour y trouver la cause de l'anomalie) (7). Aux observations qui ont été rapportées précédemment ($ 359, 5°) sur l'incubation des Oiseaux. nous en ajouterons une encore dont les détails sont donnés par Stark (8). Une paire de Pigeons grosse-gorges jaunes et d'un gris argenté, après avoir perdu un petit qui venait d'éclore, nourrirent un jeune Claquart noir que l'on plaça dans leur nid, et comme ils continuèrent à lui

(4) Meckel, Deutsches Arehiv, t. IT, p. 253.

(2) Zur Lehre von Schwangerschaft , t. X, p. 217. (3) Hufeland, Journal der praktischen Heilkunde, 1815, cah. VITE, p. 38, (4) Siebold , Journal fuer Geburtshuelfe , t, TL, p. 259-272. (5) Gerson , Magasin, t. VII, p. 470.

(6) Ibid. , t. VIII, p. 430.

Ë (7) Addition de Baer.

&. (8) Bettrægen sur psychischen Anthropologie , t. I, p. 294.

donner des soins pendant l’incubation suivante, les petits soris des œufs ne leur ressemblèrent plus, comme par le passé, mais offrirent l’image parfaite, quant à la couleur et aux taches, de l'étranger qu'ils avaient élevé.

6° Il y a accord entire ce que nous avons dit précédemment ($ 301, 6°) et cette circonstance que l'impression faite sur limagination peut avoir agi dès avant la conception. Une femme qui avait déjà mis au monde cinq enfans bien constitués , fut très-effrayée , six semaines avant de concevoir le sixième, par l'aspect d'un mendiant qui marchait sur des jambes de bois et qui n'avait que des moignons de bras, avec lesquels il fi le mouvement de l'embrasser ; elle ne pensa plus ensuite à cet événement; mais, pendant sa grossesse, elle eut de l'agitation et de la fièvre, avec incontinence d'urine. L'enfant dont elle accoucha avait deux moignons de bras, une jambe bien conformée, et une autre réduite à un Simple moignon (1).

7° L'impression peut également étendre son effet sur plusieurs grossesses successives, mais en S’affaiblissant peu à peu. Une jeune femme eut peur, dans le premier mois de sa grossesse , d’un enfant qui avait un bec-de-lièvre , et depuis lors elle ne put se délivrer de la crainte de transmettre cette infirmité à son fruit ; en effet, l'enfant dont elle accoucha avait un bec-de-lèvre complet; un second n'eut qu'une scission de la lèvre supéricure , et un troisième une simple ligne rouge à cette même lèvre (2).

8° Il est possible aussi que l'impression n'ait point d'effet sur la grossesse présente, mais qu'elle influe sur celle qui vient aprés. Une femme enceinte fut très-effrayée par un mendiant qui lui présenta inopinément un moignon de bras à la portière de sa voiture ; depuis ce moment elle ne put écarter la cränte d’avoir été frappée d'un regard, et cette idée s'enracina tellement dans son esprit, qu’elle n’y put renoncer qu'en voyant la bonne conformation de l’enfant dont elle accoucha. Cette frayeur ne lui revint naturellement plus pen-

(D) Gerson , Masazin , t. VIT, p. 357.

(2) Vering , Psychische Heilkunde, 1,1, p. 42, ,

dant Le cours d'une grossesse subséquente , et cependant l’en fant qu'elle mit au monde cette fois, présentait précisément l'espèce de diflormité qu’elle avait redoutée pour le premier (1).

L’analogie nous permet donc de croire à la vérité de toutes ces observations; mais il ne s'ensuit pas de là que tous les faits du même #enre soient exacts.

Page 1