‹ Traité de physiologie de l'hommeChapitre 13 sur 87 · SECTION PREMIÈRE. — DU SANG CONSIDÉRÉ EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

SECTION PREMIÈRE. — DU SANG CONSIDÉRÉ EN GÉNÉRAL

§ 1, — C’est du sang que sont tirés tous les matériaux nécessaires à la formation et à la nutrition des différentes parties du corps animal. C’est lui qui reprend tous les matériaux décomposés et hors de service des différents tissus, pour les faire excréter par des organes spéciaux. Ce fluide se renouvelle au moyen des nouvelles matières nutritives que lui portent les vaisseaux lymphatiques. Ces matières nutritives sont formées en partie par des substances venues du dehors, et en partie par des substances qui ont déjà fait partie des éléments organiques du corps.

S 2. — Le sang qui des poumons est apporté au cœur par les veines pulmonaires, et qui ensuite est lancé par le ventricule gauche dans l’aorte, dans ses branches et dans toutes les parties du corps, est d’un rouge brillant et vermeil. Le sang, au contraire, qui retourne au ventricule droit en traversant tout le système veineux du corps, et qui est ensuite lancé dans les poumons, présente une couleur rouge noirâtre. Le sang est également roirge chez quelques animaux invertébrés: tels sont les Annélides, ou Versa sang rouge. Il est d’une couleur rougeâtre chez quelques Mollusques (Planorbis). Mais, chez la plupart des animaux invertébrés, le sang est incolore.

S 3. — Lorsqu’à l’aide du microscope on examine le sang, soit dans les plus petits vaisseaux d’une partie transparente, soit à l’instant même où l’on vient de le retirer du corps, on voit qu’il est composé de petits corpuscules ou globules rouges et d’un fluide incolore. Ce fluide est la lymphe ou liqueur sanguine ( liquor sanguinis). On doit se garder de confondre ce fluide avec le sérum; ce dernier est un liquide clair qui se sépare du caillot pendant la coagulation. On peut, avant que la coagulation ne commence, obtenir la liqueur sanguine tout-à-fait débarrassée de ses globules rouges, en filtrant le sang d’une Grenouille ou de tout autre animal chez lequel les globules soient assez volumineux pour ne pouvoir passer au travers du papier à filtrer. Les corpuscules rouges du sang sont spécifiquement plus pesants que la partie fluide du sang qui les contient.

S 4. — La pesanteur spécifique du sang humain varie de 1,0527 à 1,057. II a un goût salé, exerce une légère réaction alcaline et répand une odeur particulière, halitus sanguinis, qui diffère un peu dans les animaux d’espèces différentes. L’odeur du sang est plus forte chez les mâles que chez les femelles.

S 5. — Chez tous les animaux vertébrés, le sang tiré de la veine se coagule ordinairement dans l’espace de deux à dix minutes. Il se prend d’abord en une masse gélatineuse; ensuite celle masse se contracte peu à peu, et, en se resserrant, elle exprime un fluide clair, d’un jaune pâle, qui apparaît d’abord sous la forme de

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gouttes à la surface du caillot, et qui augmente graduellement de quantité : c’est le sérum. Le caillot rouge a encore reçu les noms de crassamentum et de placenta sanguinis.

La pesanteur spécifique du sérum est de 1,027 à 1,029. II a un goût salé. Celui des animaux supérieurs exerce une réaction légèrement alcaline, qui est à peine sensible chez la Grenouille. Le sérum tient en dissolution plusieurs matières animales, dont la principale est Yalbumine. Cette substance, pour se coaguler, exige l'intervention de cerlains agents chimiques, tels que les acides, l’alcohol, etc., ou une température de 70 degrés centigrades : elle ne se coagule pas spontanément.

Si on lave pendant quelque temps le caillot rouge dans de l’eau, la matière rouge, cruor, se dissout, et il reste une substance blanche filamenteuse à laquelle on a donné le nom de fibrine. Cette substance, de même que le caillot rouge, tombe au fond de l’eau, à moins qu’elle ne contienne accidentellement des bulles d’air.

Chez les femmes, durant la grossesse et l’état puerpéral, chez les individus atteints, soit de rhumatismes aigus, soit d'affections inflammatoires, en un mot, dans tous les cas où le sang se coagule plus lentement qu’à l’ordinaire, les globules rouges s’abaissent ordinairement au-dessous du niveau du liquide, avant que la coagulation ne commence. Il résulte de là que, lorsque la masse toute entière est coagulée, la partie supérieure du caillot est blanche, tandis que la partie inférieure est rouge. C’est cette partie supérieure que l’on appelle couenne pleurétique , crusta inflammaloria. Lorsque l’on fouette du sang frais, les globules rouges ne sont pas emprisonnés dans le caillot; la fibrine se coagule immédiatement en fibres incolores qui adhèrent à la baguette dont on se sert pour cette opération. Le reste du sang demeure fluide, et l’on y voit nager les globules rouges intacts. Quand on expose du sang frais à une température trèsbasse, il se congèle, et l’on peut le conserver dans cet état* mais il est encore susceptible de se coaguler, dès qu’on le fait dégeler. Les alcalis empêchent la coagulation du sang. D’après les observations de Prévost et Dumas, il suffit d’un millième de soude caustique pour déterminer cet effet. Certains sels, tels que le sulfate de soude, le nitrate de potasse, le carbonate de soude et le carbonate de potasse peuvent, quand on les mêle avec le sang, empêcher ou retarder le phénomène de la coagulation. Fonlana prétend que le poison de la Vipère et celui du Ticunas, ajoutés au sang frais dans la proportion d’une partie sur trente, produisent le même résultat, tandis que le venin de la Vipère, introduit par une plaie dans un corps vivant, détermine une rapide coagulation du sang. Dans certaines circonstances, le sang reste fluide dans les vaisseaux après la mort. C’est ce que l’on observe, par exemple, chez les Hommes et chez les animaux tués par la foudre ou par une forte commotion électrique, chez ceux que l’on a empoisonnés avec l’acide prussique, chez les animaux forcés à la chasse, enfin, chez les personnes qui périssent à la suite de coups violents reçus à l’épigastre. On dit que, dans tous ces cas, le phénomène de la rigidité cadavérique ne se manifeste pas (1).

A l’exception des circonstances que nous venons de citer, le sang une fois sorti du corps vivant se coagule toujours, soit qu’on le laisse en repos, soit qu’on l’agite. Il se coagule encore, quand on le tient à une température égale à celle du corps vivant et quand on le place dans le vide ; on voit également le sang se coaguler, lorsqu’on en remplit exactement des vaisseaux que l’on ferme ensuite hermétiquement, ou bien, enfin, lorsqu’on le met en contact avec des gaz qui ne font pas

(1) Abernetiiy, Pkysiologtcal Lectures, p. 240.

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