‹ Traité de physiologie de l'hommeChapitre 14 sur 87 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

partie de l’air atmosphérique (1). La cause unique de la coagulation consiste donc en ce que le sang cesse d’être soumis à l’influence des tissus vivants et principalement des vaisseaux, influence qui est seule capable de maintenir la combinaison normale des éléments de ce liquide. C’est pourquoi le sang se coagule ordinairement, quand il s’est épanché hors de ses vaisseaux, et quoiqu’il soit encore retenu dans l’intérieur des organes vivants. Suivant les recherches de Schroeder van der Kolk, le sang se coagule avec une rapidité extraordinaire, lorsqu’on détruit violemment le cerveau et la moelle épinière; quelques minutes après cette opération, ce physiologiste trouvait déjà des caillots dans les grands vaisseaux. Hewson, Parmentier, Deyeux et Schroeder van der Kolk ont remarqué que le caillot se forme avec d’autant plus de rapidité, que les forces vitales se trouvent plus déprimées au moment où l’on tire du sang de la Yeine d’un animal. Plusieurs observateurs, parmi lesquels on distingue Gordon, Thomson, Mayer, prétendent que le phénomène de la coagulation s’accompagne d’uneélévation de température; mais J . Davy et Schroeder van der Kolk contestent l’exactitude de celte observation (2),

S 6. — Il est impossible de déterminer avec exactitude quelle est la masse de sang que contient le corps vivant, en calculant la quantité de ce liquide que perd un animal dans une hémorrhagie mortelle, car alors il reste encore dans les petits vaisseaux une quantité considérable de sang qui s’y coagule Mais Valentin a imaginé et employé une méthode très ingénieuse pour résoudre ce problème (3). Il notait le poids d’un animal ; puis il lui ouvrait la veine et en tirait une certaine quantité de sang Alors il déterminait la quantité de matière solide que donnaient cent parties de ce sang. Cela fait, il injectait une quantité déterminée d’eau dans la veine, et tirait ensuite par divers vaisseaux une nouvelle quantité de sang. II s’assurait comme auparavant de la proportion du résidu solide sur cent parties du sang donné par cette nouvelle saignée ; d’après la différence des deux résidus obtenus dans les deux opérations, il calculait la quantité de sang qui avait été étendue d’eau. Il faut supposer ici que l’eau injectée s’est promptement et uniformément distribuée dans le sang par rapport au poids du corps; on peut donc conclure la quantité de sang que doit contenir un corps humain dont le poids est connu. D’après les recherches de Valentin, la proportion du sang au poids du corps est, en moyenne, comme 1:4 1/2 chez le Chien et comme 1 : 5 chez le Mouton (4).

CHAPITRE PREMIER. — Examen microscopique et mécanique du sang. article premier. — Des globules du sang (5).

§7. — Quand on veut étudier les globules du sang, il faut se garder de les étendre d’eau ; on les verrait alors tout autrement qu’ils ne sont dans le corps

(l) Schroeder van der Kolk, Comment, de sanguinis coagulatione, Groning., 1820; Diss. sist. sang, coagutantis hûloriam > Groning , 1820. —(2) J. Davy, Tentamen experimentale de san~ guine, Edinb., 1814; Meckel’s Archiv., i, 117; fi, 517; ni 454, 456. — (3) Repertorium, ni, 281. (4) sur le sang considéré en général, consultez Parmen her et Deyeux, dans Reil’s Archiv., Bd.,

I. , Heft., il, 76; Hewson, Experimental inquiries, 1772; Prévost et Dumas, dans Bibliothèque universelle, xvn,294: Meckel's Archiv., vni; Scudamore, On the blood, London, 1824; Berzélius» Traité de Chimie, trad. par Esslinger, Paris, vol. vit; Denis, Rech. expérim. sur te sang humaint Paris, 1830; M. Edwards, dans Todd, Cyclopœdia of Analomy and Physiology-, C. H. Schultz, System der circulation, Stuttgardt, 1836; H. Nasse, Das Blut physiologisch und pathologisch untersucht, Bonn., 1836; Hünkfeld, Der Chemismus in der Thierischen organisation, Leipzick,

4840. (5) Fontana, Nuovi osservazioni sopra i globetti rossi del sangue, Lucca, 1766: Hewson,

Experimental inquiries, part. 3, London, 1777; Prévost et Dumas, Bibliolh. univers., xvii,

J. Müller, dans Buroach’s Pfcysto/ojL, iv, trad. iranç., vi, et dans Poggf.ndorff’s Annal., 1832, H.;

PHYSIOLOGIE SPÉCIALE

vivant: l’eau, en effet, change instantanément leur forme. Ainsi donc, on doit étaler le sang en couche très-mince sans y mêler aucune substance, ou bien on se contente de l’étendre simplement avec du sérum. De l’eau dans laquelle on a fait dissoudre un peu de sel commun ou de sucre peut également servir à diluer le sang, ces dissolutions n’altérant en rien les globules sanguins.

S 8. — La forme des globules du sang varie singulièrement chez les divers animaux ; néanmoins, qu’ils soient elliptiques ou circulaires, ils sont toujours aplatis. Chez l’Homme et la plupart des Mammifères ils présentent des disques arrondis. Un fait intéressant découvert par Mandl, c’est que le Chameau et le Lama font exception à cette règle ; chez eux , en effet , les globules sont elliptiques. Dans plusieurs espèces du genre Cerf Gulliver a trouvé , outre les disques arrondis , des corpuscules sanguins qui avaient la forme d’un croissant à extrémités pointues.

Les globules sanguins sont elliptiques chez les Oiseaux, les Reptiles et un grand nombre de Poissons; quelquefois, pourtant, chez ces derniers, ils se rapprochent de la forme ronde, comme on l’observe dans le sang des Carpes ; ils sont môme parfaitement ronds chez quelques Poissons, ainsi que l’ont découvert Rudolphict Rud. Wagner. Les globules elliptiques du sang des Reptiles et des Oiseaux sont à peu près une fois aussi longs que larges.

On reconnaît que les globules sont aplatis , lorsque, après avoir étendu de sérum ou d’eau soit salée, soit sucrée, une goutte de sang placée sur le porteobjet du microscope, on l’agite un peu ; dans ce mouvement il arrive toujours qu’un certain nombre de globules se placent de champ. C’est chez les Reptiles et les Poissons que l’aplatissement de ces corpuscules est le plus considérable relativement aux autres diamètres ; mais, entre tous , ce sont les globules sanguins de la Salamandre que je trouve les plus aplatis: ils sont également extrêmement plats chez la Grenouille, dont les globules sont de huit à dix fois moins épais que longs. Les globules sanguins de la Salamandre, quand ils sont posés de champ, c’est-à-dire, sur leur bord, ne présentent d’élévation sur aucune des faces de leur disque, qui sont, au contraire, uniformément plates. Ceux des Grenouilles, placés de la même manière, offrent parfois, mais pas toujours d’une manière bien distincte, au centre de leurs deux faces un léger bombement. Ce phénomène dépend du noyau contenu dans l’intérieur du globule sanguin. L’aplatissement des globules sanguins elliptiques, quoique moins considérable chez les Oiseaux que chez les Reptiles, est néanmoins évident. Quand aux globules de l’Homme et des Mammifères, ils sont uniformément aplatis, et dans aucun cas on ne voit de bombement au centre de leur face. Lorsqu’on les examine de champ, ils ressemblent à une ligne courte, sombre, également épaisse partout ; leurs deux extrémités, au lieu de paraître arrondies, semblent cesser brusquement. Dans cette position, on peut les comparer à une pièce de monnaie que l’on regarde par son bord. Les globules rouges du sang humain sont quatre à cinq fois plus minces que larges. (PI. 1, fig. 1.)

§ 9. — Les globules sanguins des Reptiles nus sont les plus gros que l’on connaisse: ceux des Oiseaux, des Poissons et des Reptiles écailleux sont moins volumineux; mais les plus petits sont ceux de l’Homme et des Mammifères. Toutefois, il existe des différences sous ce rapport parmi ces derniers animaux :

8; Rud. Wagner , Zur Vergleichenden Physiologie des Blutes, i, 1834; h, 1838; Schult/, Syslcrr, der Circulation, Stutlg., 1836; Mandl, Anat. microscopique. Taris, 1838 ; Hünefeld’s Der Che-* mismus in der thierùch. Organ., Leip., 1810; Gulliver, dans London and Edinburgh philos , magaz., xvi, 1840; Owen, Land . tned. gaz., 1839, nov. 283, déc. 473.

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