CHAPITRE II. Formes de la matière organique
S 13. — Nous avons maintenant à étudier les formes les plus simples sous lesquelles la matière organique se présente à notre observation.
Un grand nombre de tluides contiennent de la matière organique à l’état de dissolution tellement parfaite, qu’à l’aide même du microscope, on n’y peut découvrir de molécules visibles. C’est ainsi, par exemple, que dans le sérum du sang, il existe de la matière animale dissoute qui se forme en globules, dès que le sérum est soumis à l’action de la chaleur du galvanisme ou de différents agents chimiques. Une partie de la matière animale contenue dans la lymphe des vaisseaux lymphatiques s’y trouve également à l’état de dissolution.
S 14. — La matière organique s’offre fréquemment à nous sous la forme de molécules arrondies et microscopiques. On doit les considérer comme des précipités déliés et encore amorphes qui s’opèrent dans les dissolutions de la matière organique. Ces corpuscules se produisent sous l’influence delà vie et ressemblent, du reste, singulièrement aux précipités déliés et globulaires que l’on obtient artificiellement au moyen des réactifs, dans les dissolutions de substances organiques. A cette forme de matière organique appartiennent les globules , qui constituent en partie le contenu des cellules végétales et animales, ainsi que les globules pigmentaires des cellules pigmentaires, etc. Lorsque ces particules si ténues et amorphes se trouvent suspendues dans un liquide , elles présentent le phénomène connu sous le nom de mouvement moléculaire, phénomène que Robert Brown a découvert. Ce mouvement consiste en une oscillation assez rapide , uniforme, continue , qui a lieu dans des limites très-bornées et que l’on peut apprécier au moyen du microscope. Il s’observe dans les molécules organiques privées de vie, et n’est pas même particulier à la matière organique solide réduite à un état d’extrême ténuité ; caries particules minérales très-finement pulvérisées qui sont suspendues dans un liquide présentent également ce phénomène. Jusqu’à présent nous en ignorons complètement la cause.
La matière organique, considérée dans son état primordial et de plus grande simplicité, soit dans les végétaux, soit dans les animaux, se présente toujours
sous la forme d une cellule (Scüwaihn), qui contient ordinairement un noyau ou nucléus attaché à la paroi interne. La membrane de la cellule n’offre pas une structure compliquée ; elle est simple , et l’on n’y peut distinguer aucune aggrégation de particules plus petites. Le noyau est finement granulé, et souvent on y remarque un corpuscule un peu plus gros , c’est le corpuscule du noyau ou nucléole. D’après les découvertes de Schwann, la cellule constitue l’élément primordial de tous les tissus animaux. Les cellules se transforment pour engendrer les divers tissus; ou bien elles s’allongent de manière à produire des filaments, ou bien plusieurs cellules se réunissent pour former une cellule secondaire. Jamais, au contraire, on ne voit une aggrégation de globules donner naissance à des fibres ou à un tissu quelconque. Déjà la théorie qui veut que les tissus animaux résultent d’une aggrégation de globules a perdu toute probabilité depuis les travaux d’Ehrenberg. Les globules dont il s’agit auraient un diamètre de plus de 1/2000 de ligne; or, cet observateur a découvert que les Monades, qui n’ont qu’un diamètre de 1/2000 de ligne, présentent encore des organes composés. Parmi les cellules dont nous venons de parler, les unes nagent dans un liquide et sont indépendantes les unes des autres: tels sont les corpuscules rouges du sang et les globules du jaune ; les autres sont adhérentes entre elles et avec d’autres parties solides : telles sont les cellules que l’on observe dans les différents tissus de l’économie animale.
8 — 15. Les solides vivants sont mous, et cet état de mollesse est exclusivement propre aux êtres organiques. C’est à l’eau qui constitue, suivant Berzélius, les quatre cinquièmes de leur poids, que les tissus doivent leur extensibilité et leur flexibilité. Cependant on ne peut pas dire que les tissus soient humides, car ils ne mouillent pas d’autres corps en leur communiquant l’eau qu’ils contiennent. Celte eau semble, ainsi que Berzélius le fait observer, n’être pas combinée chimiquement avec eux ; car elle se perd lentement par l’évaporation et l’on peut l’enlever tout d’un coup, en comprimant fortement le tissu entre deux feuilles de papier-Joseph. Quand elle a été privée de son eau, la matière animale n’est plus succeptible de vie, à l’exception de quelques animaux inférieurs qui, de même que les plantes, reviennent à la vie , dès qu’on les humecte de nouveau (1).
Quoique les tissus animaux desséchés se laissent parfaitement pénétrer par l’eau salée, l’alcohol, l’éther, l’huile, etc., cependant, d’après Chevreul, l’eau pure est le seul liquide capable de leur donner le degré de mollesse qui les distingue.
Lorsqu’une substance soluble se trouve en contact avec les tissus animaux humides, elle se dissout dans l’eau qui remplit leurs pores invisibles; si, au contraire, celte substance est déjà dissoute, elle se distribue à l’eau propre du tissu. 11 en est de même pour les matières qui sont contenues à l’état de solution dans un tissu; de là, elles pénètrent aisément dans les autres tissus qui peuvent les dissoudre. Les lois qui régissent l’attraction des substances à l'état de dissolution et de mélange, celles qui régissent la distribution et l’équilibre des fluides miscibles entre eux, s’appliquent donc également au cas de membranes animales humides. Ainsi, quand une membrane organique poreuse se trouve par chacune de ses faces en contact avec de l’eau , le niveau s’établit entre les deux moitiés du liquide à travers les pores du diaphragme ; alors les matières dissoutes dans chaque moitié du liquide traversent peu à peu la membrane, jusqu’à ce qu’elles soient également distribuées dans les deux liquides. Les gaz qui sont en contact avec des parties animales humides se comportent de la même manière. Dans le cas où le diaphragme qui sépare deux dissolutions différentes est formé par une mem-
(l) Berzélius : Thierchemie, 3 Aufl., p. 15.
brane organique, comme clans celui où il consiste en un corps inorganiqne poreux , la dissolution la plus dense reçoit plus de la solution moins dense que celle-ci ne reçoit de celle-là. Nous reviendrons plus loin sur cette loi remarquable. La faculté d’être perméable aux üuides n’appartient pas seulement aux tissus complexes, elles s’observe aussi dans les tissus les plus simples, dans la membrane des cellules élémentaires, soit végétales, soit animales. Le fluide pénètre dans l’intérieur de la cellule à travers ses parois , et l’inverse a lieu également. On doit même se représenter chaque globule qui nage dans un liquide comme pénétré et gonflé d’eau. Les atomes chimiques homogènes doivent dans ce cas être groupés de telle sorte, qu’il reste entre eux des intervalles qui permettent à l’eau d’y pénétrer.