LIVRE PREMIER
encore lorsque le cœur a cessé d’agir, nous discuterons cette hypothèse en exposant les phénomènes de la circulation capillaire, (i. S 136.)
Quelques observateurs ont considéré comme un mouvement automatique ce léger déplacement des globules que l’on voit continuer quelques secondes, lorsque l’on place une goutte de sang sous le microscope. Mais cette manière de voir est évidemment fausse: ce qui le prouve, c’est que l’on aperçoit ces prétendus mouvements des corpuscules sanguins dans une goutte de sang depuis longtemps hors de ses vaisseaux. Ainsi, par exemple , quand on fouette du sang de Grenouille pour le dépouiller de sa fibrine, que l’on prend, au bout de douze et même vingtquatre heures, une goutte du sérum mélangé de globules rouges qui reste après cette opération, et qu’on la place sur le porte-objet du microscope , on voit les globules se comporter delà même manière que dans du sang frais. Ces mouvements ne peuvent donc pas être de véritables actes de vitalité. Les observations de ce genre que l’on a faites sur le sang des animaux à sang chaud n’ont aucune valeur, car ces mouvements peuvent dépendre de l’évaporation. Il est encore possible quele léger, mais quelquefois rapide changement deforme qu’éprouvent les bords d’une goutte de liquide étalée sur une plaque de verre, exerce une grande influence sur les mouvements dont nous parlons.
Peut-être aussi la chute des globules sanguins au fond du liquide joue-t-elle un rôle dans ce phénomène. Enfin, on comprend aisément que les globules qui se trouvent dans le voisinage des membranes pourvues de cils vibratiles , telles que les muqueuses des organes de la génération, de la respiration, etc., doivent, comme tous les petits corpuscules, être mis en mouvement par la vibration de ces cils.
S 58. — Les divers éléments du sang, considérés isolément, ne sont, il est vrai, le siège d’aucun phénomène qui puisse témoigner à nos sens de l’activité vitale de ce fluide ; mais son activité se manifeste d’une façon incontestable par des phénomènes généraux que l’on ne saurait révoquer en doute. En effet, le sang est doué de propriétés organiques évidentes : il est attiré par les parties vivantes et irritées ; il existe entre lui et les tissus animaux un conflit ou une action vitale réciproque, et ce liquide y prend autant de part que les organes eux-mêmes. Lorsqu’on frictionne la peau ou lorsqu’on l’irrite d’une manière quelconque, elle éprouve une modification particulière telle, que le sang afflue en beaucoup plus grande quantité qu’à l’ordinaire dans les capillaires cutanés. On observe alors tous les phénomènes de la turgescence vitale ( tnrgor vilatis). La fibrine du sang, qui, dans l’inflammation, transsude à travers les vaisseaux, est d’abord fluide et produit, en passant à l’état solide, des pseudo-membranes. Ensuite, sous l’influence de l’action vitale qu’exercent l’un sur l’autre la fibrine et l’organe exsudateur, ces pseudo-membranes s’organisent, c’est-à-dire, qu’elles se pénétrent de sang et qu’il s’y développe des vaisseaux sanguins. Ainsi donc, le sang est réellement doué de propriétés vitales.
S 59. — L’analogie des globules sanguins avec les éléments primitifs de tous les tissus est d’une haute importance pour l’intelligence exacte de la vie du sang. Les globules sanguins constituent de véritables cellules pourvues d’un noyau comme les cellules des tissus; mais il y a une différence entre ces deux espèces de cellules: c’est que, dans le sang, les éléments organisés nagent dans un liquide, tandis que, dans les parties vivantes solides, les cellules sont plus ou moins intimement unies entre elles. Toutefois, sous ce point de vue même, il n’existe pas entre les deux ordres de cellules de caractère différentiel 'absolu; car, dans l’œuf des animaux, les particules animées les plus petites représentent également des cellules, cellules qui dans le jaune ne sont pas encore unies entre elles, mais
PHYSIOLOGIE SPÉCIALE
nagent aussi dans un liquide. Or, il est impossible de refuser à ces cellules une vie propre. Ce qui le prouve, c’est d’abord leur croissance spontanée; car elles donnent naissance à d’autres tissus par une sorte de végétation; c’est ensuite le pouvoir qu’elles possèdent de produire, soit au dehors d’elles, soit à l’intérieur de leur cavité, de nouvelles cellules parfaitement semblables à la cellule mère. Ainsi, à l’intérieur de certaines cellules, de celles des cartilages, par exemple, on voit apparaître de jeunes cellules qui résultent du développement de nouveaux noyaux. D’antres cellules, au contraire, comme celles du tissu corné, se forment les unes à côté des autres, et sont produites par une substance créatrice, appelée eytoblastême , dans laquelle on n’aperçoit d’abord que les noyaux autour desquels se développent les cellules, de sorte que partout c’est lin noyau qui donne naissance à la cellule ; aussi a-t-on donné au noyau le nom de cytoblaste. Le principe générateur de toutes les nouvelles formations consiste donc en une substance formatrice fluide, le eytoblastême, soit que les nouvelles cellules se produisent au dedans des cellules mères, soit qu'elles naissent en dehors de celles-ci.
Cette loi de formation, qui a été découverte par Schleiden dans les tissus végétaux, et par Schwann dans les tissus animaux, nous indique la place déterminée que les globules sanguins occupent dans la vie générale de l’organisme. Elle nous prouve que nous devons attribuer à ces globules, comme à toutes les autres cellules, des propriétés vitales générales. Ainsi, il y a conflit vital réciproque des cellules sanguines entre elles, et avec les cellules d’espèce différente, c’est-àdire, avec les éléments des tissus des organes; le liquide qui les entoure subit une transformation ( force métabolique). Énfin, elles déploient des phénomènes vitaux particuliers qui dépendent de leur structure et de leur composition chimique. La liqueur sanguine, liquor sanguinis , représente donc le eytoblastême propre du sang; mais en même temps, elle constitue le eytoblastême général de tous les organes. C’est du sang, en effet, que tous les organes tirent les éléments nécessaires à leur nutrition. Car, s’il est évident que les globules sanguins sont construits de la même manière que les cellules primitives des autres parties en général, il est pourtant certain que les éléments des tissus ne proviennent jamais des globules du sang. La nature semble avoir destiné les cellules sanguines à entretenir, pendant la circulation du sang, un conflit vivant général entre toutes les cellules et entre toutes les particules élémentaires des tissus qui proviennent de cellules, puis à communiquer, par le moyen de ce conflit, à toutes les parties des organes, la stimulation que les globules sanguins eux-mêmes ont reçue au contact de l’air atmosphérique pendant leur circulation à travers les capillaires du poumon.
article ni. — Formation du sang.
S 60. — Les matériaux qui servent à la formation du sang sont, chez les adultes, la lymphe et le chyle que charrient les vaisseaux lymphatiques. La lymphe est limpide et provient de l’intérieur des parties organisées. Le chyle, qui est blanchâtre, est constitué par la portion de matière alimentaire que les vaisseaux lymphatiques absorbent dans le canal intestinal. Ces deux liquides sont versés dans le sang par le canal thoracique. La lymphe et le chyle contiennent tous deux de l’albumine et de la fibrine à l’état de dissolution.
Grâce à la présence de la fibrine et de l’albumine, la lymphe ressemble complètement au fluide limpide, liquor sanguinis, qui constitue le sang, abstraction faite des globules rouges. Nous sommes donc parfaitement en droit de donner le nom de lymphe du sang à la liqueur sanguine incolore. Nous pouvons dire que