‹ Traité de physiologie de l'hommeChapitre 30 sur 87 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

n’est pas aussi nécessaire à l'accomplissement des fonctions de la vie organique. C’est ce qu’on peut conclure de ce fait, que les sécrétions sont quelquefois etfec tuées pardesorganesqui reçoivent beaucoup plus de sang veineux que de sang artériel. Ainsi, par exemple, la bile est tirée en partie du sang veineux de la veine porte: chez les Reptiles et les Poissons, la plus grande partie de l’urine provient du sang veineux qui, dans ces animaux, est amené aux rems par des veines afférentes tout-à-fait indépendantes des arteres rénales et des veines efférentes qui rappor tent le sang du rein au cœur.

S 53. — Lorsqu’on lie à la fois tous les troncs artériels d’un membre, on anéantit la myotiliié de ce dernier, et enfin le sphacèle s’en empare. Chez les animaux supérieurs, une hémorrhagie abondante détermine immédiatement l’asphyxie. Les animaux à sang froid, au contraire , survivent très-longtemps à la soustraction de la plus grande partie de leur sang. Une Grenouille, par exemple, vit encore plusieurs heures après qu’on lui a arraché le cœur; elle conserve même, malgré cette mutilation, la faculté d’exécuter toute sorte de mouvements. Bien plus, lorsqu’on plonge dans du sang des parties entièrement détachées du corps de cet animal étayant déjà perdu leur irritabilité, il semble qu’elles recouvrent un certain degré de vitalité. C’est ce qu’a observé Alex, de Humboldt, en expérimentant sur un cœur de Grenouille qui avait cessé de se contracter. D’après les observations de Purkinje et de Valentin, lorsqu’on prend un lambeau de membrane muqueuse pourvue de cils microscopiques vibratiles, et qu’on le tient plongé dans du sang, ces cils continuent de vibrer pendant un temps extrêmement long,

S 54. — Prévost et Dumas ont démontré que le pouvoir vivifiant du sang réside moins dans le sérum que dans les giobuies rouges qui y nagent. Un animal saigné jusqu’à ce que syncope s’en suive ne revient pas à la vie, lorsqu’on se contente d’injecter dans ses vaisseaux de l’eau ou du sérum pur à la température de37°centigr. Mais, si l’on emploie, pour faire l’injection, du sang d’un animal de même espèce, on le voit, à chaque coup de piston, se ranimer et ressusciter, pour ainsi dire. Dieffenbach (1) et BischoÎF ont répété ces expériences et confirmé leur exactitude.

D’après Prévost et Dumas, Dieffenbach et Bischoff, on parvient encore à rendre la vie à l’animal, lorsqu’on lui injecte dans les veines du sang fouetté et dépouillé de sa fibrine, en d’autres termes, un liquide incoagulable composé de sérum et de globules du sang. Comme, ainsi que je l’ai démontré, l’enlèvement de la fibrine du sang n’altère aucunement les globules rouges , on devra donc , dans les cas rares d’hémorragie assez effrayante pour autoriser une opération aussi grave que la transfusion du sang humain, on devra, dis-je, employer de préférence du sang dépouillé de fibrine et chauffé à une température convenable. Car, dans cet état, le sang est complètement fluide, et se conserve tel. De cette manière, on évitera la principale difficulté de la transfusion, difficulté qui résulte de la promptitude avec laquelle le sang se coagule lorsqu’on le lire d’un vaisseau pour 1 injecter dans un autre.

^ 55. — Lorsque , pour pratiquer cette opération , on emploie du sang d’un animal appartenant à une autre espèce, c'est-à-dire, du sang dont les globules, quoique de mêmeforme, ont un volume différent, le retour à la vie ne s’effectue que d’une façon incomplète, et l’animal meurt ordinairement dans l’espace de six jours. Alors le pouls s’accélère, mais la respiration reste la même; la température de l’animal baisse avec une très grande rapidité ; les excrétions deviennent

développement et les fonctions du corps humain, remarques fondées sur l’étude d’individus affectés de cyanose ou maladie bleue, dans Reil’s Archiv., t. x, p. 215.

[1) Die Transfusion des Blutes. Berlin, 1828.

m PHYSIOLOGIE SPÉCIALE.

muqueuses et sanguinolentes. Malgré cela, les fonctions cérébrales semblent n’éprouver aucune altération.

Lorsque Bischoff prenait du sang d’Homme, de Mammifère ou d’Oiseau, et, après l’avoir fouetté pour le dépouiller de sa fibrine , l’injectait dans les veines d’une Grenouille, la mort survenait toujours, et en général au bout de quelques heures. Dans tous ces cas, la circulation s'affaiblissait rapidement. Après la mort, il trouvait constamment des exsudations de sérum et même de globules rouges provenant, soit du sang de la Grenouille , soit du sang injecté. On doit, en outre, dans les expériences de transfusion, tenir compte de l’arlériosité et de la vénosité du sang. En effet, quand Bischoff injectait du sang veineux de Mammifère dans les veines d’un Oiseau, il déterminait des accidents violents et semblables à ceux que produit un empoisonnement des plus intenses : l’animal , au contraire, supportait parfaitement l’injection du sang artériel de Mammifère (1).

S 56. — Lorsqu’en pratiquant la transfusion , sans prendre les précautions convenables, on injecte de l’air dans les veines et le sang d’un animal vivant, il périt presque subitement, par suite de l’obstacle que la présence de l’air dans les petits vaisseaux et dans le cœur oppose à la circulation. Néanmoins, dans ses expériences, Nysten a pu, sans causer d’accidents mortels, injecter de très petites quantités, non-seulement d’air atmosphérique et d’oxygène, mais encore de gaz irrespirables, tels que 1 azote, le protoxyde d’azote , l’hydrogène, l’hydrogène carboné, Tacide carbonique, l’oxyde de carbone. Quant aux gaz deuloxyde d’azote, ammoniaque, hydrogène sulfuré et au chlore gazeux, ils étaient absolument mortels (2).

article h. — Propriétés vitale du sang.

§ 57. — Il est hors de doute que l’on doive considérer le sang comme un fluide vivant ; mais jusqu’ici les observateurs n’ont pas réussi à y découvrir un acte vital se révélant comme phénomène visible. Lorsqu’on étudie la circulation du sang dans des parties transparentes éclairées par un jour brillant, mais non par les rayons directs du soleil (car ces derniers étant réfractés par les tissus animaux transparents, produisent un éclairage scintillant et extrêmement confus), on n’aperçoit jamais la moindre trace de mouvement spontané dans les molécules isolées du sang : on ne remarque non plus jamais la moindre trace d’attraction et de répulsion de la part des globules rouges ou des particules de la iiqueur sanguine. Mais si l’on permet aux rayons du soleil de traverser des parties animales transparentes, 1 image ne présente plus aucune netteté. Ce phénomène dépend de la réfraction de la lumière que produisent les inégalités de la surface du tissu, ainsi que les globules rouges du sang, qui, dans ce cas, agissent commeautant de petites lentilles. Alors l’expérimentateur ne voit plus les globules du sang cheminer régulièrement dans leurs vaisseaux. Il aperçoit seulement une vibration générale vague, un mouvement de scintillation, dans lequel il lui arrive souvent de ne pouvoir pas même distinguer la direction du courant sanguin. La même illusion d’optique se produit quand, à l’aide des rayons solaires directs, on examine un fluide qui contient des globules, du lait, par exemple, pendant qu’on le fait couler sur le porte-objet du microscope. Il en est encore de même lorsqu’on regarde, à la lumière solaire directe, de l’eau pure placée sur un verre dépoli. La surface granulée des tissus animaux peut se comparer à la surface d’un verre dépoli. Quant à la faculté que l’on a attribuée au sang de se mouvoir spontanément , faculté qui s’exercerait

(I) Müller’s Archiv., 1835, p. 347; 1838. p. 351. - (2) Nysten, recherches de Physiologie ci de Chimie pathologiques. Paris, 1811.

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