LIVRE PREMIER
bries, les Arénicoles et les Naîdes. En même temps, le sang passe alternativement d’un côté à l’autre par les vaisseaux transversaux, c’est-à-dire qu’un tronc se remplit pendant que l’autre se contracte, comme on le voit sur YHirudo vulgaris (1). Il en résulte que ces animaux présentent à la fois une circulai ion incomplète (par les troncs) et une fluctuation alternative. Un phénomène fort remarquable est celui que j’ai vu dans YHirudo vulgaris : c’est l’alternance dans la direction de la contraction, de telle sorte qu’un seul et même cœur en forme de vaisseau se contracte quelque temps dans une direction, puis toutà coup se contracte dans la direction opposée. Ce phénomène a été également observé chez les Ascidies.
Les Néréides, d’après les recherches de Rud. Wagner, présentent deux troncs longitudinaux ; l’un, situé à la région dorsale, offre des pulsations et chasse le sang d’arrière en avant ; l’autre , qui occupe le côté abdominal et s’étend sous l’intestin (ou le cordon nerveux), ne présente ni pulsation, ni contraction. Indépendamment de ces troncs, il existe des vaisseaux transversaux supérieurs et inférieurs qui correspondent aux anneaux du corps. Ces derniers, c’est-à-dire, les vaisseaux transversaux inférieurs qui naissent du tronc longitudinal de l’abdomen et se rendent aux pieds (ou branchies ) sont le siège de fortes pulsations. Mais les vaisseaux transversaux supérieurs qui naissent des branchies et se terminent dans le tronc dorsal ne présentent pas de pulsations (2).
§ 73. — Dans les animaux chez lesquels il n’existe qu’un seul vaisseau contractile, la circulation est simple, quoique parfaite II n’y a pas de fluctuation du sang d’un côté à l’autre ; mais il y a des courants artériels et veineux très distincts. Telle est la circulation que Carus a découverte chez ies Insectes (3). Le sang décrit un simple cercle; il est chassé par un vaisseau dorsal contractile, revient en suivant la direction opposée après avoir traversé le corps, et rentre ensuite dans le vaisseau dorsal.
Les courants sont très-simples et ne se ramifient pas. Dans les pattes, par exemple, il n’existe que deux courants simples qui man lient en sens opposé, le courantartériel formant une anse pour se continuer immédiatement avec le courant veineux.
Wagner a confirmé la découverte de Carus d’une circulation visible chez les Insectes, et y a ajouté de nouveaux détails. Il a vu les corpuscules du sang marcher distribués en deux courants veineux très-distincts, placés de chaque côté de l’intestin et du vaisseau dorsal. Ces petits courants paraissent s’opérer dans des canaux dépourvus de parois membraneuses. En même temps, il a vu les globules sanguins charriés par ces courants rentrer dans le vaisseau dorsal par des fentes latérales. Déjà Strauss, avant lui, avait décrit les fentes que présentent les différentes divisions du vaisseau dorsal. Chez le Hanneton, Meloloniha vulgaris , ce vaisseau, suivant Strauss, se compose de huit chambres ou cellules séparées les unes des autres par de doubles valvules disposées de façon à permettre au sang de les traverser d’arrière en avant (4). J’ai découvert chez la plupart des Insectes, entre le vaisseau dorsal et les oviductes, une communication particulière qui, cependant, me parait être étrangère à la circulation (5).
S 74. — D’après les observations de Zenker et de Gruithuisen, la circulation chez les Arachnides et les Crustacés inférieurs, tels que les Daphnies et les Cloportes ( Oniscus ), est presqu’aussi simple que chez les Insectes. Il n’existe pas de
(1) Foy. J. Müli.er, dans Meckel’s Archiv, 1828, et dans Burdach’s Physiologie, Bd. iv; traduct. franç. par Jourdan, t. vi, p. 163; Dugès, Annales des Sciences naturelles, t. xv. — (2) Au sujet de la circulation chez les Annélides, comparez Milne-Edwards, dans Nouvelles Annales des Sciences naturelles, 1838. — (3) Entdeckung eines Blutkreislaufes , etc. Leipsick, 1827; Nov. Ac . nal. cur., t. xv, p. 2. — (4) Strauss, Cvnsidérations générales sur l'anatomie des animaux articulés, etc. Paris, 1829. — (5) Voy. Nov. Act. nal. cur., t. xn, p. 2; Wagner, dans Isis, 1832, p. 520
circulation pulmonaire distincte de la circulation générale chez les Crustacés inférieurs et chez les Arachnides pulmonaires ; une partie du sang est aérée par les organes respiratoires, pendant que ce liquide traverse le système circulatoire général. Chez les Arachnides trachéennes, de même que chez les Insectes, le sang est aéré par les trachées qui se distribuent par des ramifications très-déliées jusque dans toutes les parties du corps.
Chez les Crustacés supérieurs il existe ou bien un cœur long et tubuleux, comme dans les Squilles, ou bien un cœur court et large, comme dans les Décapodes. Le sang est repris dans toutes les parties du corps par les veines, qui le portent aux branchies ; puis les veines branchiales le ramènent au cœur, qui le distribue ensuite dans tout l’organisme. C’est à Milne* Edwards et à Audouin que nous devons la découverte de ce mode de circulation chez les Crustacés. Pendant mon séjour à Paris, je me suis convaincu moi-même, en injectant un Homard, de l’exactitude de leurs observations. Je regarde, avec Meckel, la couverture membraneuse du cœur non comme une oreillette, ainsi que l’a fait Strauss, mais comme un simple sinus veineux, duquel le sang pénètre dans les ouvertures en fente du cœur (1).
S 75. — Chez les Mollusques la circulation s’opère d’une manière analogue à ce qu’on observe chez les Crustacés. Chez les Acéphales nus ou sans coquille, comme les Ascidies et les Salpes, les veines branchiales entrent immédiatement dans le ventricule. Chez d’autres, au contraire, comme la plupart des Gastéropodes, le sang qui vient des branchies se rend d’abord dans une oreillette, et de là dans le ventricule. Le cœur des Mollusques bivalves est muni de deux oreillettes, qui toutes deux reçoivent le sang des veines branchiales et le versent dans le ventricule unique.
Dans le plus grand nombre des Mollusques la masse tout entière du sang veineux traverse l’appareil branchial avant d’arriver au cœur. Chez les Bivalves, suivant Bojanus (2), c’est seulement la plus grande partie du sang qui, après avoir traversé un organe creux spongieux et pourvu d’un conduit excréteur, organe que cet anatomiste regarde comme un poumon et que d’aulres observateurs plus récents regardent comme un rein, passe à travers les branchies et se rend dans le cœur, tandis que le reste de ce fluide se verse dans les oreillettes sans traverser les organes respiratoires. Treviranus (3), au contraire, dit que, chez les Mollusques bivalves, une partie du sang qui vient des branchies traverse encore l’organe spongieux de Bojanus, avant d’arriver au cœur ; de même que chez les Gastéropodes, Limax et Helix , une partie du sang qui revient des poumons se distribue, avant de se verser dans le cœur, à l’organe qui sécrète l’acide urique ou saccus calcareus , puis se réunit de nouveau en un tronc pour pénétrer dans l’oreillette.
Chez les Seiches, il existe trois ventricules séparés. Le ventricule du corps, ou le cœur proprement dit, donne naissance à l’aorte qui distribue le sang au corps tout entier, d'où il est rapporté par les veines aux deux cœurs branchiaux latéraux. -Ces derniers le lancent dans les branchies, et les veines branchiales le reportent au cœur aortique.
S 76. — Sitôt que, en remontant l’échelle animale, on rencontre une véritable circulation, toutes les modifications ultérieures que l’on peut observer dépendent du rapport qui existe entre les vaisseaux de l’appareil respiratoire, (poumons ou branchies) et les vaisseaux du corps, en d’autres termes, entre les vaisseaux
^1) Jnnales des Sciences naturelles, 1827, pl. 24 à 32. — (2) Iris, 1819. — (5) Erscheinungen und Gesetze des organischen Lebens, i, p. 227.