LIVRE PREMIER
de la petite circulation et ceux de la grande. Ainsi, deux cas se présentent : 1° le sang est soumis au contact de l’air pendant qu’il circule dans le corps entier ; dans ce cas, il n'y a qu’une partie du sang qui s’aére, et la petite circulation n’est, suivant l’expression de Cuvier, qu’une fraction de la grande. 2° La masse entière du sang doit d’abord traverser les poumons ou les branchies pour s’y artérialiser, avant de se répandre dans tout l’organisme; c’est-à-dire, que la petite circulation doit précéder la grande. Le premier de ces modes de circulation s’observe, parmi les Invertébrés, chez les Crustacés inférieurs, les Arachnides (?), les Annélides, et parmi les Vertébrés, chez les Reptiles. Le second a lieu chez les Mollusques, les Crustacés Décapodes, les Poissons, les Oiseaux, les Mammifères et l’Homme. Si on les envisage uniquement sous ce point de vue, les Poissons paraissent supérieurs aux Reptiles, et ces derniers semblent même inférieurs à la plus grande partie des Mollusques et des Crustacés. Mais Cuvier remarque avec raison, que la respiration aquatique est beaucoup plus imparfaite que la respiration aérienne. Par conséquent, quoique chez les Mollusques, les Crustacés et les Poissons qui respirent dans l’eau , la masse tout entière du sang passe à travers les organes respiratoires, cependant la respiration est imparfaite chez eux ; car ses résultats ne sont pas différents de ceux que donne la respiration pulmonaire beaucoup plus parfaite des Reptiles, chez lesquels la petite circulation ne forme réellement qu’une fraction de la grande circulation. Néanmoins, les Gastéropodes à respiration aérienne, c’est-à-dire, qui respirent au moyen de sacs pulmonaires, semblent occuper dans l’échelle animale un rang plus élevé que les Reptiles à respiration aérienne. En effet, chez ces derniers il n’y a qu’une partie du sang qui s’aére, avant d’entrer dans la circulation générale; tandis que, chez les premiers, la masse tout entière du sang est aérée, quand elle va se distribuer à toutes les parties de l’organisme. Toutefois, il faut se rappeler que, dans les poumons des Gastéropodes, le nombre des vaisseaux et de leurs ramifications est infiniment moins considérable que dans les poumons des Reptiles, et que, par conséquent, le sang, en passant à travers l’appareil respiratoire, se trouve beaucoup moins exposé au contact de l’air chez ces Mollusques que chez les Reptiles. Il existe une diversité infinie dans la manière dont les artères et les veines des organes respiratoires naissent du système circulatoire général. Toutes les formes qu’il est possible d’imaginer, la nature semble les avoir réalisées. On peut les classer de la manière suivante :
A. — La petite circulation forme une fraction de la grande circulation.
lo La petite circulation fait partie du système vasculaire veineux. Ainsi, par exemple, chez les Rivalves, si la description donnée par Bojanus est exacte, une partie du sang veineux qui revient du corps pénètre immédiatement dans les oreillettes, tandis que la majeure partie de ce fluide traverse préalablement les branchies et revient aux oreillettes.
2° La petite circulation fait partie du système vasculaire artériel. Par exemple, parmi les Reptiles nus, chez les Proléides ( Proteus ), chez les Grenouilles, ainsi que chez les Salamandres à l’état de larves, les artères branchiales naissent sous forme de branches latérales des arcs aortiques, et ces derniers reçoivent les veines branchiales, comme autant de branches latérales.
3° La petite circulation fait partie des systèmes artériel et veineux. Ainsi, par exemple:
a. — Les Salamandres et les Grenouilles arrivées à l’état parfait n’ont plus de branchies, mais des poumons. Les Proléides, au contraire, conservent à Ja fois des branchies et des poumons, pendant toute la durée de leur vie. Or, dans les deux classes d’animaux, c’cst-à-dire, les Proléides et les Batraciens proprement
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dits, les artères pulmonaires sont des branches des ares aortiques, et les veines pulmonaires se terminent dans l’oreillette gauche, tandis que les veines du corps versent leur sang dans l’oreillette droite. Nous devons la découverte de ces faits à J. Davy, Martin Saint-Ange et M Weber.
b. — Chez les vrais Reptiles ou Reptiles écailleux, l’artère pulmonaire naît, comme les autres artères du corps, directement du ventricule unique du cœur. Les veines branchiales se vident dans l’oreillette gauche, et les veines du corps dans l’oreillette droite.
B. — La petite circulation forme antagonisme à la grande.
1« La petite circulation naît des veines du corps et se termine au cœur. Exemple : les Mollusques et les Crustacés supérieurs.
2° La petite circulation commence avec les artères branchiales qui partent du tronc artériel ou bulbe de l’aorte, et se continue par les veines branchiales, qui se réunissent pour former un nouveau tronc artériel, lequel distribue ensuite le sang dans tout le corps. Ici viennent se ranger les Poissons qui ont une oreillette où aboutissent les veines du corps, et un ventricule.
3° La petite circulation part du ventricule pulmonaire et retourne au ventricu'e’cTe la grande circulation.
a. — Chez les Seiches, le cœur aortique et les deux cœurs branchiaux sont sépaiés les uns des autres et dépourvus d’oreillettes.
b. — Chez les Oiseaux, les Mammifères et l’Homme, il existe un ventricule aortique et un ventricule pulmonaire, chacun avec une oreillette. Ces quatre cœurs réunis constituent un cœur divisé en quatre compartiments
Les veines pulmonaires se déchargent dans l’oreillette du ventricule aortique, c’est-à-dire, dans l’oreillette gauche, et les veines du corps ou veines caves versent le sang qu’elles rapportent dans l’oreillette du ventricule pulmonaire, c’està-dire, dans l’oreillette droite.
§ 77.— Le cœur des Poissons se compose simplement d’une oreillette et d’un ventricule : l'oreillette reçoit le sang qui revient par les veines du corps; le ventricule donne naissance au tronc artérieux {truncus arteriosus) avec son bulbe contractile. Le tronc artérieux se divise pour produire les artères branchia’es. Les veines branchiales se réunissent ensuite pour former l’aorte abdominale qui est située à la partie antérieure de la colonne vertébrale, et de laquelle naissent les artères qui distribuent le sang à tout le corps.
§ 78. — Un p énomène physiologique d’un haut intérêt que présentent certains animaux Vertébrés est celui de la métamorphose de la circulation branchiale en circulation pulmonaire. On observe cette transformation dans la classe des Reptiles .
Les Reptiles nus dans leur premier âge, c’est-à-dire, lorsqu’ils respirent au moyen de branchies, ressemblent beaucoup aux Poissons sous le rapport de la circulation; mais, après leur métamorphose, leur cœur est pourvu de deux oreillettes, comme celui des Reptiles écailleux.
Tous les Reptiles nus ont deux oreillettes séparées seulement par une cloison nterne; celte division n’est pas visible à l’extérieur. Ils n’ont qu’un seul ventricule. On remarque, en outre, chez ces animaux deux condyles occipitaux, l’absence d’articulation rotatoire entre l’allas et l’axis, de limaçon, de fenêtre ronde, de pénis, et de vraies côtes. Tous les Reptiles écailleux, à savoir les Chéloniens, les Sauriens et les Ophidiens ont deux oreillettes dont la séparation est visible même à l’extérieur, mais il n’ont également qu’un seul ventricule. On trouve chez ces animaux un condyle occipital unique. L’articulation de l’allas et de l’axis est en général une articulation trochoïde, comme chez les animaux supérieurs; ils possèdent une