‹ Traité de physiologie de l'hommeChapitre 38 sur 87 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

fenêtre ronde, un limaçon, de vraies côtes, un pénis distinct; enfin, ils ne subissent pas de métamorphoses.

Les Reptiles nus comprennent :

1° Les Cæcilies, qui, ainsi que je l’ai découvert, possèdent, dans leur premier âge, des fentes branchiales sans branchies.

2° Les Dérotrêmes avec des fentes branchiales permanentes sans branchies,

(. Amphiuma , Menopomq.)

3° Les Protéides avec des fentes branchiales permanentes, des branchies et des poumons (Sirene, Siredon , Proteus , Menobranchus.)

4o Les Salamandres.

5o Les Batraciens proprement dits, ou les Grenouilles et les Crapauds.

Parmi ces Reptiles, les Salamandres et les Batraciens proprement dits sont ceux qui subissent les métamorphoses les plus remarquables , tant dans la forme générale de leur corps que dans leur mode de circulation.

Les Salamandres, dans la première période de leur état de larve, ont des branchies extérieures et des fentes branchiales, pas de membres, mais une queue. Dans la seconde période, indépendamment de leur queue, elles possèdent quatre membres. Eu même temps, elles présentent des branchies extérieures en forme d’aigrette, des fentes branchiales et des rudiments de poumons. Par conséquent, à cette époque, elles ressemblent parfaitement aux Protéides arrivés à leur état permanent. Lorsque les Salamandres ont atteint leur plus haut degré de développement , elles conservent encore leur queue ; mais les branchies ainsi que les fentes branchiales disparaissent, dès que ces animaux sortent de leur état de larve.

Les Grenouilies et les Crapauds, dans la première période de leur état de larve, n’ont point de membres; mais ils possèdent une queue, des fentes branchiales avec des branchies extérieures en forme d’aigrette. A la deuxième partie de cet état, ces animaux perdent leurs branchies extérieures et offrent des branchies internes attachées aux arcs branchiaux. Ces branchies nouvelles sont recouvertes par une membrane qui ne présente qu’une seule ouverture au côté gauche (Grenouille). Ces animaux ont encore une queue et sont en même temps dépourvus de membres. En subissant leur dernière métamorphose, ils acquièrent des membres, lenrs branchies, et leur queue disparaît par l’effet de la résorption.

Chez les Protéides [Proteus), le tronc artérieux qui part du ventricule unique se divise immédiatement en plusieurs arcs aortiques de chaque côté, arcs qui correspondent aux arcs branchiaux. Ces arcs aortiques se réunissent de nouveau en arriére pour former l’aorte abdominale. De ces arcs aortiques partent les grandes artères branchiales, et les veines branchiales aboutissent également aux arcs aortiques.

Chez les larves de Salamandres, le tronc artérieux se divise, comme chez le Protée, principalement pour former les artères branchiales qui s’anastomosent avec les veines branchiales, lesquelles constituent , à proprement parler, les racines du système artériel du corps. Pendant la métamorphose, la circulation cesse graduellement dans les branchies et se limite aux arcs aortiques permanents (1).

Lorsque la Grenouille est dans la première période de son état de têtard, c’està-dire, lorsqu’elle a des branchies externes, la circulation branchiale s’opère chez elle comme dans les larves de Salamandres. Durant la seconde période, époque à laquelle la Grenouille a des branchies internes couvertes, et où ses poumons commencent à se développer, la distribution de ses vaisseaux offre, sui-

(1) Rusconi, Amours des Salamandres. Milan, 1821.

140 PHYSIOLOGIE SPÉCIALE

vant Huschke, plus d’analogie avec celle des Poissons. Le tronc artérieux se divise en artères branchiales pour les quatre arcs branchiaux. Les veines branchiales marchent parallèlement aux artères et se réunissent dans une direction opposée. Cependant, au commencement de chaque arc branchial, il existe une courte anastomose entre l’artère et la veine, ce qui n’a pas lieu chez les Poissons. La métamorphose achevée, il ne reste plus de chaque côté qu’un seul arc artériel qui, après avoir donné en arrière l'artère branchiale, va se réunir à l’arc artériel du côté opposé pour former l’aorte abdominale. Les artères pulmonaires et celles de la tête, quoiqu’elles semblent réellement naître du commencement des deux arcs aortiques, ne sont pas, comme on le croit généralement, des branches de ces arcs. En effet , lorsqu’on examine avec soin les deux troncs divergents formés par la division du tronc artérieux, on reconnaît que chacun d’eux est composé de trois tubes qui semblent constituer un tronc unique, mais qui sont séparés les uns des autres par de minces cloisons. Ces trois tubes représentent les restes des artères des arcs branchiaux. Le tube médian se continue avec l’aorte; l’inférieur donne l’artère pulmonaire et une seconde artère qui se rend à l’occiput, tandis que le tube supérieur se continue avec le tronc artériel qui va distribuer le sang à la tête de l’animal. Après la métamorphose complète, le sang veineux du corps se verse dans l’oreillette droite, le sang veineux du poumon se rend dans l’oreillette gauche, et de là tous deux passent dans le ventricule unique qui les lance dans le système artériel.

S 79. — Chez les Vertébrés à sang chaud, la circulation pulmonaire ou petite circulation ne fait plus partie de la grande. En effet, la masse tout entière du sang doit traverser l’appareil pulmonaire avant de se distribuer dans le reste du corps. 11 existe pourtant chez les animaux supérieurs, ainsi que chez tous les autres Vertébrés, une circulation plus petite encore, qui n’est qu’une simple dépendance de la grande, nous voulons dire la circulation portale. De même que lu circulation branchiale des Reptiles nus pourvus de branchies n’est qu’une simple dépendance de la circulation artérielle, car elle commence par les artères et revient aux artères, de même la circulation portale constitue une simple dépendance de la circulation veineuse. Ici, c’est tout simplement une portion du sang veineux qui fait un détour avant de se réunir au reste du sang veineux qui revient des diverses parties du corps pour se jeter dans l’organe central de la circulation. Il existe chez les animaux Vertébrés deux circulations accessoires de ce genre, celle du foie et celle des reins. Celle-ci ne s’observe que chez les Poissons et les Reptiles; la première a lieu chez tous les Vertébrés, comme chez l’Homme.

Chez tous les Mammifères, y compris l’Homme, les veines qui rapportent le sang de la rate, de l’estomac, du canal intestinal, du mésentère, de la vésicule biliaire et du pancréas, se réunissent pour former la veine porte, laquelle se ramifie dans le foie à la manière d’une artère. Le sang veineux, après s’être ainsi distribué dans les vaisseaux capillaires du foie, est repris par les veines hépatiques qui le versent dans la veine cave intérieure, où il se mêle avec le reste du sang veineux. Dans les autres classes de Vertébrés, c’est-à-dire, chez les Oiseaux, les Reptiles et les Poissons, la veine porte du foie reçoit une partie du sang veineux qui revient des extrémités inférieures, de la queue et du bassin; chez les Poissons meme elle reçoit quelquefois le sang de la vessie natatoire et celui des organes génitaux. (Jacobsov, Nicolaï et Rature.)

Chez les Reptiles, les reins, ainsi que l’a découvert Jacobson, reçoivent, indépendamment des artères rénales, des veines portes qui versent dans ces organes une partie du sang veineux provenant des extrémités postérieures et de la queue. Le sang qui revient des extrémités postérieures, des muscles abdominaux et de la

Page 1