‹ Traité de physiologie de l'hommeChapitre 62 sur 87 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

vaisseaux sanguins qui présentent une disposition particulière. Leur intérieur est en grande partie formé par un labyrinthe de veines anastomosées entre elles, qui, pendant l’érection, regorgent de sang, mais qui, dans l’état ordinaire de flaccidité, conduisent ce liquide aussi facilement que le font les autres parties du système veineux. De ce labyrinthe veineux le sang passe dans une multitude de veines qui perforent la tunique fibreuse des corps caverneux, en partie dans les veines profondes du pénis, lesquelles sortent entre les racines divergentes des corps caverneux de la verge, en partie dans la veine dorsale qui reçoit également le sang du corps caverneux ou spongieux de l’urèthre et du gland. La veine dorsale et les veines profondes du pénis versent leur contenu dans un labyrinthe veineux qui est situé derrière la symphyse pubienne et qui se décharge dans les plexus vésicaux et honteux (1). Nous avons déjà, à l’occasion de la contractilité des artères ( I. S 125.), parlé de la substance d’apparence musculeuse dont sont formés les faisceaux qui existent entre les veines à l’intérieur des corps caverneux.

Les artères présentent, à l’intérieur des corps caverneux du pénis, tant chez l’Homme que chez plusieurs Mammifères, une particularité que j’ai découverte. Les artères profondes de la verge se divisent, comme dans les autres parties, en ramifications de plus en plus déliées, et se transforment enfin en vaisseaux capillaires qui sont contenus dans les parois des vaisseaux plus volumineux, et spécialement dans les parois des plexus veineux. En outre, les branches des artères profondes donnent naissance à de petits diverticules en forme de vrilles, que l’on peut reconnaître à l’aide d’une loupe : ce sont les artères hélicines (PI. I. fig. 6, 7, 8.). Tantôt chaque artère est isolée; tantôt elles naissent plusieurs à la fois d’un petit tronc de manière à représenter un bouqnet. Ces diverticules sont creux et ordinairement courbes. Il est plus rare de les voir présenter la forme d’une grappe, disposition qui s’observe cependant dans le corps spongieux de l’urèthre du Cheval. Ils ne s’ouvrent pas dans l’intérieur des cellules veineuses où ils se projettent et constituent de simples dilatations du système artériel. Des côtés ou même des extrémités arrondies de ces diverticules parlent quelquefois des artères capillaires qui se ramifient dans le tissu trabéculeux de la verge (2).

§ 154. — En sortant des vaisseaux capillaires de la verge, le sang passe dans les cellules des plexus veineux et de ceux-ci dans les veines efférentes. C’est pour cela que, sur les cadavres, on rencontre constamment du sang dans les cellules veineuses des corps caverneux. Pendant l’érection , des obstacles mécaniques forcent le sang de séjourner dans ces parties. Les muscles ischio-caverneux, par suite de la détermination du système nerveux pour produire l’érection, se contractent violemment et d’une manière continue. Or, en se contractant, ils compriment les racines des corps caverneux et les tirent contre les ischions. Tel est, ainsi que l’a démontré Krause (3), le mécanisme qui empêche au sang accumulé dans les veines profondes des corps caverneux de continuer sa marche dans la direction du cœur. Quand à la veine dorsale du pénis, ces muscles n’exercent sur elle aucune action directe.

S 155. — Quelle est la force de pression nécessaire pour donner au pénis, dans les corps caverneux duquel le sang s’accumule, la rigidité convenable à l’exercice de ses fonctions? Pour résoudre cette intéressante question, j employai le procédé suivant. Après avoir, sur un cadavre, pratiqué une ouverture à l’un des

(I) Cuvier. Vcrgl. anal., iv, 4G8; Moresghi, dans Meckel’s Archiv., v, 405; Rires, ibid., v, 447: Tiedemann, ibid., n, 9Ö; Panizza, Osscrvaziuni anlropo-zoolnmiche-fisiologtche , Pavia, 1830; Mayer, dans Froriep’s Nol.. n« 8S3; Müller, dans Encyclop. ff'oerlerb. d. med. Wixsensch , xi, 462. — 12) J. Müller, dans Müllers Archiv., 1834, 202, Tab. 13; Valentin, ibid., 1838, 182; JErdl, ibid., 1841, tab. 13, fig. I, 2. — (3) Müller s Archiv., 1837.

186 PHYSIOLOGIE SPÉCIALE

corps caverneux de la verge, j’y fixai un tube de verre de six pieds de longueur; puis je le lins perpendiculairement et le remplis d’eau , en même temps que l’on empêchait le reflux du liquide dans les veines hypogastriques, en comprimant les racines des corps caverneux à l’intérieur du bassin. Lorsque la colonne d’eau arriva à la hauteur de six pieds, je trouvai la verge dans un état d’érection et de figidité complètes. Par conséquent, le sang accumulé dans les corps caverneux pendant l’érection est soumis à une pression égale à celle qu’exerce une colonne d’eau de six pieds d'élévation. C’est à peu près la pression à laquelle est soumis le sang qui circule dans le système artériel (I. § 118.).

S 156. — L’influence nerveuse qui détermine l’érection part du cerveau et de la moelle épinière. Néanmoins elle peut encore être excitée par l’état d’irritation des organes génitaux, attendu que l’action centripète des nerfs sensoriels détermine la moelle épinière à déployer sa puissance motrice sur les muscles qui agissent dans le phénomène de l’érection. Günther a observé que la division des nerfs delà verge du Cheval rend l’érection impossible chez cet animal (1). Les nerfs qu’on rencontre dans l’intérieur de la verge sont composés de branches appartenant au système nerveux de la vie animale et de nerfs ganglionnaires provenant du plexus hypograstique (2).

§ 157. — Le redressement du lobe mobile situé sur la tête du Coq d’Inde, redressement qui a lieu toutes les fois que l’animai éprouve l’influence de quelque passion, offre une certaine analogie avec l’érection de la verge, mais s’en distingue cependant sous le rapport de la cause interne qui détermine ce phénomène. En effet, Schwann a découvert qu’il existe dans cette espèce de crête un fort faisceau de véritable tissu musculaire. Hyrtl, au contraire, a observé que le réseau capillaire situé dans la peau de cet organe envoie à la périphérie une multitude de prolongements en forme de culs-de-sac qui rappellent les artères hélicines (3).

On doit se garder de confondre avec le phénomène de l’érection le redressementdumamelon de l’Homme et de la Femme, qui a lieu à la suite d’une irritation mécanique. Chez l’Homme, cet organe se redresse immédiatement, quand on le manie brusquement. Dans ce cas, le mamelon s’alonge et devient en même temps plus mince. Ainsi, les femmes qui allaitent manient quelquefois rudement leur mamelon pour le faire ériger, lorsqu’il est affaissé. Ce phénomène dépend vraisemblablement de la présence, dans le mamelon, de cette espèce de tissu contractile qui se trouve disséminé dans un grand nombre de points de la surface sous-cutanée du corps. C’est ce même tissu contractile qui existe dans le dartos, entre les lames dn prépuce, et qui parait entourer les follicules cutanés, où son action détermine le phénomène particulier connu vulgairement sous le nom de chair de poule ( cutis anserina).

Page 1