‹ Traité de physiologie de l'hommeChapitre 61 sur 87 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

du sang veineux dans les oreillettes, comme l’a fait voir Barry. En effet, pendant que nous inspirons, c’est-à-dire, que notre cage thoracique se dilate, il se forme dans sa cavité un vide partiel, et, par conséquent, les fluides tant extérieurs qu’intérieurs doivent tendre à remplir ce vide. Ainsi, d’un côté, l’air atmosphérique se précipite dans les poumons et les dis! end en proportion de la dilatation qu’éprouve le thorax. D'un autre côté, les liquides contenus dans les vaisseaux du corps doivent, par l’effet de la pression atmosphérique extérieure, sc porter plus vivement vers la poitrine et distendre les troncs des grands vaisseaux. Lorsque les oreillettes se dilatent, le même phénomène se produit (1). Barry lia la veine jugulaire d’un animal, et, par une ouverture pratiquée à ce vaisseau audessous de la ligature, il introduisit dans son intérieur un tube recourbé dont l’extrémité inférieure plongeait dans un vase contenant un liquide coloré. 11 constata alors qu’à chaque inspiration le liquide coloré s’élevait dans le tube,

tandis qu a chaque expiration il reprenait son niveau.

Poiseuille a fait aussi quelques expériences sur ce sujet. Il s’est servi pour cela de l’instrument de son invention que nous avons déjà décrit (1. § 118,) Après avoir adapté cet instrument à la veine jugulaire externe d’un Chien, il observa que le liquide s’élevait dans la longue branche perpendiculaire au moment de ! inspiration. Au commencement de l’expérience l’élévation était de85 millimètres et l’abaissement de 90; plus tard le liquide ne montait plus que de GO millimètres, et baissait de 70. Lorsque l’animal exécutait de violents mouvements musculaires, l’ascension qui avait lieu pendant l’expiration mesurait 140 à 155 millimètres, et l’abaissement qui correspondait à l’inspiration était de 240 à 250 millimètres.

Le Dr Barry a exagéré l’influence de l’inspiralion sur le mouvement du sang. Cette influence ne s’exerce que sur les gros troncs veineux voisins du thorax et, dans tous les cas, se trouve neutralisée par l’obstacle que l’expiration oppose à la circulation. Poiseuille, en effet, n’a pas vu changer le niveau de son instrument, lorsqu’il expérimentait sur des veines éloignées du cœur, par exemple, sur les veines des extrémités. L’inspiration vide les gros troncs veineux de la poitrine et, par conséquent, le sang qui revient au cœur par les autres veines éprouve moins de résistance; mais l’intluence qu’exerce l’inspiration n’est pourtant pas la cause principale de la progression du sang dans le système veineux. Chez les Reptiles qui respirent en exécutant des mouvements de déglutition, chez les Poissons et chez le fœtus, il n’existe pas de mouvements inspiratoires , et cela n’empêche pas que le sang veineux ne revienne au cœur.

S 149. — Les modifications qu’éprouve la circulation du sang par l’effet delà contraction du thorax pendant l’expiration déterminent dans certaines parties une espèce de tuméfaction. Comme les troncs vasculaires se trouvent, pendant l’expiration, comprimés par le resserrement de la cage thoracique, le sang artériel s’échappe plus Vivement de la poitrine, en même temps que le courant sanguin vers l’oreillette droite se trouve arrêté. Il résulte de là que non-seulement les veines jugulaires se distendent, mais encore que le cerveau contient une plus grande quantité de sang au moment de l’expiration. Aussi, lorsqu’au moyen du trépan on a enlevé sur un Homme ou sur un animal une portion de la boîte osseuse du crâne, on voit le cerveau s’élever pendant l’expiration et s’abaisser pendant l’inspiration. Magendie pense que la moelle épinière présente le même phénomène, et il dit l’avoir constaté expérimentalement; mais à l’état normal, c’est-à-dire, lorsque la boite crânienne est intacte, la solidité de ses parois ne

(1) Froriep’s Notizen, no 2G0, 574, 595, 304.

m PHYSIOLOGIE SPÉCIALE.

saurait permettre de pareils mouvements du cerveau : le volume de cet organe reste constamment le même. Tous les arguments avancés en faveur de l’hypothèse qui admet que le cerveau éprouve, même à l’état normal, une augmentation de volume correspondant aux mouvements expiratoires, sont réfutés par cette seule considération que le fait est physiquement impossible.

§ 150. — Lorsque la circulation à travers les grands troncs veineux est gênée par un obstacle mécanique quelconque, une certaine quantité des parties aqueuses et albumineuses du sang s’épanche dans les cavités des membranes séreuses et dans le tissu cellulaire. En général, il ne se fait pas d’effusion de fibrine. Néanmoins, dans un cas d’ascite observé par A. Magnus, le liquide évacué par l’opération de la paracentèse se coagula complètement peu de minutes après sa sortie du corps.

article iv. — De quelques particularités que présente *e système vasculaire.

A. Cœurs accessoires.

S 151. — Chez certains animaux on rencontre des cœurs accessoires qui appartiennent soit au système artériel, soit au système veineux. Le plus anciennement connu de ces organes est le cœur aortique ou bulbe musculeux qui existe à l’origine de l’aorte chez les Poissons et les Reptiles nus. Cet organe manque chez les Reptiles écailleux, les Oiseaux et les Mammifères; c’est seulement dans les premiers temps de la vie fœtale que le cœur de ces trois dernières classes d’animaux présente une division analogue. Quant aux Poissons, on trouve un cœur aortique, soit chez les Poissons cartilagineux, soit chez les Poissons osseux. Parmi les premiers on l’observe, par exemple, chez les Chimères, les Esturgeons, les Squales et les Raies. C’est ce qui rend d’autant plus remarquable l’absence complète de ce bulbe musculeux chez les Cyclostomes. En effet, je me suis convaincu qu’il manquait dans le Petromyzon marinus, CAmmocoetes, ainsi que dans les Myxinoïdes.

On rencontre parmi les Poissons cartilagineux quelques espèces pourvues de cœurs axillaires, c’est-à-dire, de renflements musculeux situés sur les artères axillaires. Duvernoy a découvert ces organes chez les Chimères, et J. Davy chez les Raies' électriques (Torpedo); ils n’existent pas dans la Raie proprement dite ( Raia ).

S 152. — En fait de cœurs veineux on ne connaît encore que le cœur caudal de l’Anguille. Il est situé à l’extrémité de la veine caudale, reçoit les veines de l’extrémité des nageoires caudales et décharge dans la veine caudale le sang ' que ces vaisseaux lui rapportent. Leeuwenhoeck, qui le premier a reconnu qu’il existait sur ce point du système veineux de l’Anguille de vives pulsations, n’en a pas reconnu la cause. C’est à Marshall-Hall que nous devons la découverte de ce cœur accessoire. Au reste, cet organe est double et consiste en un cœur droit et en un cœur gauche. 11 paraît exister également chez d’autres espèces d’ Anguilles : du moins, on en trouve un tout-à-fait semblable dans la Murœnophis ; mais il manque dans la très grande majorité des Poissons.

Il parait qu’il existe aussi un cœur accessoire analogue dans les organes externes auxiliaires des parties génitales mâles des Squales et des Raies. Du moins, J. Davy y a observé un organe pulsatoire qui contenait du sang.

B. Corps vasculaires érectiles.

§ 153. — Les organes sexuels érectiles sont essentiellement constitués par des

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