‹ Traité de physiologie de l'hommeChapitre 64 sur 87 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

de leur Ironc commun, peuvent continuer à marcher isolément, ou bien se réunir de nouveau en un tronc unique. Dans le premier cas, on dit que le plexus est monocentrique ou diffus; dans le second, on l’appelle plexus amphicentrique Parmi ces plexus, les uns sont purement artériels ou purement veineux ; d’autres, au contraire, sont doubles, en ce sens qu’ils sont composés de vaisseaux artériels et veineux, c’est-à-dire, que le plexus monocentrique ou amphicentrique se répète, mais sans qu’il y ait communication entre les vaisseaux d’une espèce et ceux de l’autre.

§ 159. — Les réseaux les plus remarquables sont les suivants :

1° Ceux que présentent les artères et les veines des extrémités de la queue de quelques Mammifères tardigrades, par exemple, des genres Bradypus , Myrmecophaga, Manis , Slenops (1).

2<> Le rete rnirabile caroticum que l’on trouve chez les Ruminants et chez le Cochon. Ce plexus est formé parles branches cérébrales de la carotide commune, qui ensuite se réunissent toutes de nouveau pour produire la carotide cérébrale. Rapp (2) a fait voir que, chez ces animaux, l’artère vertébrale ne va pas au cerveau, mais se réunit à la carotide externe, comme dans la Chèvre et le Veau, ou bien que l’artère vertébrale, tout en s’unissant au réseau admirable, va se distribuer principalement aux muscles du cou, ainsi qu’on l’observe chez le Mouton. Parmi les Reptiles , les Grenouilles présentent un petit plexus artériel au tronc de la carotide (3).

3° Suivant Rapp etBarkow (4), on trouve un réseau artériel semblable dans la cavité orbitaire des Oiseaux , des Ruminants et du genre Chat, parmi les Carnassiers. Ici, les artères du globe oculaire naissent de ce réseau.

4° Les plexus formés par les artères intercostales et les veines iliaques du Dauphin offrent une étendue extraordinaire (5).

5° Quelques uns des plexus les plus volumineux que l’on connaisse ont été découverts par Eschricht et par moi dans certaines espèces de Poissons. Ils sont composés à la fois de veines et d’artères (G).

Dans le Thon ( Thynnus vulgaris et brachypterus), la grande artère des viscères abdominaux donne au foieses branches hépatiques, et produit en ce même endroit plusieurs plexus très forts et en forme de touffes , composés de quelques centaines de branches qui ensuite se réunissent de nouveau en troncs, lesquels vont se distribuer aux diverses parties de l’appareil digestif. En outre, le sang qui revient du canal intestinal eide la rate, avant d’arriver au foie, a à traverser des plexus semblables formés par la veine porte. Chez \e Squalus ( LamnaJ cornubicus et le Squcilus (Âlopias) vulpes j’ai trouvé des réseaux admirables dans d’autres parties. Chez le Squalus cornubicus ils sont situés au-dessus du foie de chaque côté de l’oesophage. Ils sont formés par l’artère viscérale et les veines hépatiques, de sorte que le sang qui revient du foie doit traverser la partie veineuse de ces réseaux pour arriver au cœur. Chez \e S qualm vulpes les vaisseaux de l’intestin, de l’estomac et de la rate donnent également naissance à des plexus. Chez d’autres individus de la famille des Squales on ne découvre aucun réseau de ce genre. Chez le Cochon on trouve un réseau admirable produit par les vaisseaux intestinaux.

6° Les réseaux admirables de la choroïde sont tantôt diffus ou monocentriques,

fl) Carlisle, dans Phil. Transact., 1800; Vrolik, De peculiari art. extremilatum in nonnullis animal tbus disposilione, Ajnst., 1826. — (2) Dans Meckels Archiv., 1827. — (5) Huschke, dans Tiedemann’s Zeitschrift, îv, 1. — (4) Meckel’s Archiv., 1829. — (5) Dreschet, Hist. anal, et physiol. d’un organe de nature vasculaire découvert dans les Cétacés, Paris, 1836; Baer, Nov. Act., xvn. — (6) Eschricht und Müller, Heber die Arlerioesen und JVenocsen jVundernelze ander Leber des Thunfisches Berlin, 1836.

PHYSIOLOGIE SPÉCIALE

el tantôt amphicentriques. On rencontre des réseaux monocentriques dans la choroïde des Mammifères, des Oiseaux, des Reptiles et des Poissons cartilagineux; dans les Poissons osseux , les plexus sont amphicentriques. La prétendue glande choroïdale ( glandula choroïdalis ) constitue un véritable plexus. Ici , le sang artériel traverse des milliers de tubes capillaires et se rassemble ensuite de l’autre côté dans les artères de la choroïde. Les veines de la choroïde se divisent également dans cet organe en milliers de tubes qui se réunissent de nouveau en un tronc veineux qui sort de l’œil. Dans les Poissons osseux, la grande artère de la glande choroïdale provient de la branchie accessoire ou pseudobranchie, organe qui est étranger à la respiration, et qui cependant est quelquefois recouvert par la membrane des cavités branchiales et même par les muscles. Cet organe reçoit du sang artériel et donne du sang veineux ; or, c’est précisément l’inverse qui a lieu dans les véritables branchies. Mais ce qu’il y a de très remarquable, c’est que sa veine, comme une veine porte, se transforme en l’artère de la glande choroïdale. On doit donc aussi ranger le système vasculaire des branchies accessoires dans la catégorie des plexus vasculaires (1).

7° Les réseaux admirables de la vessie natatoire sont ou monocentriques , comme chez les Cyprins el les Esoces, ou amphicentriques. Dans ce dernier cas, ils forment les corps rouges de la vessie natatoire, dont les artères et les veines se ramifient de nouveau dans cet organe, ainsi qn’onle voit dans l’Anguille, la Perche, le Gadus , etc. Au reste, ces réseaux s’observent dans la vessie natatoire, soit qu’il existe un canal de communication entre cet organe et le pharynx, soit qu’il n’en existe pas. Ainsi, on trouve un canal aérien ou excréteur chez les Cyprins, les Brochets, les Anguilles, tandis qu’on n’en découvre point chez les Gadoïdes, les Percoïdes, etc. Beaucoup de Poissons dont la vessie natatoire est pourvue d’un canal aérien ne présentent point de plexus vasculaires ; tels sont les Esturgeons, les Silures, les Clupes, les Saumons.

§ 160. — Ces réseaux admirables dont la disposition est si remarquable doivent nécessairement exercer sur le sang une influence quelconque, soit mécanique, soit chimique. Le passage du sang à travers un nombre infini de canaücules déliés qui se réunissent ensuite en troncs plus volumineux parait n’avoir pour but que de ralentir localement la circulation, effet nécessaire des nombreux frottements auxquels le liquide sanguin est soumis dans ces plexus. Celte explication peut s’appliquer également à toutes les formes de réseaux admirables. Tout le monde sait que le sang qui revient des organes digestifs est obligé, chez tous les Vertébrés, de traverser deux systèmes de vaisseaux capillaires, celui du canal intestinal et celui du foie. Or, si cette disposition anatomique semble déjà destinée à ralentir la marche du courant sanguin, les réseaux admirables qu’on observe chez les Poissons dont nous venons de parler doivent nécessairement diminuer encore davantage la vitesse de son mouvement.

On a supposé que ces plexus impriment au sang une modification chimique quelconque ; mais, jusqu’à présent, il n’existe aucun argument en faveur de celle hypothèse, si ce n’est la comparaison de ces réseaux avec les ganglions lymphatiques : car ces derniers représentent de véritables plexus amphicentriques de vaisseaux lymphatiques. Quant aux réseaux admirables artériels et veineux mêlés ensemble, où les canaux vasculaires sont d’une ténuité capillaire, peut-être l’une des espèces de tubes exerce-t-elle sur l’autre une action particulière qui modifierait le sang en vue de la sécrétion gazeuse qui a lieu à l’intérieur de la vessie natatoire.

(1) Voy. J. Müller, dans Abhaiull. d. Acad, der Wiss.t a. d. J. 1830.

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