‹ Traité de physiologie de l'hommeChapitre 83 sur 87 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Mais nous ne pouvons nous faire aucune idée d’un menstrue capable de dissoudre à la fois les sels de chaux et le cartilage de la dent au simple contact d’une surface riche en vaisseaux.

Les os que comprime incessamment une tumeur quelconque sont résorbés. Voilà encore un phénomène pathologique qu’il nous est actuellement impossible d’expliquer. Nous ne sommes nullement autorisés à admettre qu’une portion d’os morte, par exemple, nécrosée par le contact d’un organe vivant, soit modifiée par l’absorption (1).

article il. — Changements que les vaisseaux lymphatiques impriment aux

liquides qu’ils contiennent.

S 209. — Les vaisseaux lymphatiques dont les parois sont parcourues par des réseaux capillaires sanguins paraissent modifier la composition du chyle et de la lymphe. L’action des glandes lymphatiques est la même que celle des vaisseaux ; elles servent simplement à augmenter l’étendue de la surface qui agit sur la lymphe. En effet, chez les Vertébrés inférieurs ces glandes sont remplacées par de simples plexus, et, en réalité, ces ganglions ne sont que des plexus à un degré supérieur de développement. Suivant Tiedemann et Gmelin, le chyle des vaisseaux lymphatiques du mésentère ne possède la faculté de se coaguler que lorsqu’il a déjà traversé les ganglions mésentériques. En conséquence, les vaisseaux lymphatiques et leurs glandes paraissent également avoir, pur l’action propre de leurs parois sur leur contenu, la faculté de convertir en fibrine une partie de l’albumine du chyle. Dans certaines maladies l’action que les vaisseaux lymphatiques exercent sur la composition de leur contenu se trouve modifiée , ou bien ils souffrent eux-mêmes par suite de l’influence qu’exerce sur eux la présence de fluides qui ne sont pas à l’état normal; c’est ce qui a lieu dans les affections scrofuleuses.

§ 210. — Les vaisseaux lymphatiques sont doués d’une sensibilité particulière à l’égard des matières étrangères. Quand ils absorbent ces substances , ils deviennent douloureux, quelquefois même ils s’enflamment et se tuméfient. On les distingue alors à travers la peau au moyen des lignes rouges qui se dessinent à l’extérieur. Dans les mêmes circonstances, les glandes lymphatiques situées au voisinage des vaisseaux affectés augmentent de volume et deviennent douloureuses. En général, quand l’absorption de la matière irritante vient à cesser, la tuméfaction disparait; mais quelquefois les glandes s’enflamment et suppurent. Celte tuméfaction des glandes lymphatiques voisines du point affecté se développe dans des circonstances très différentes. C’est ainsi qu’on l’observe à la suite de l’introduction d’un poison animal sous l’épiderme, de l’application d’un vésicatoire, de la morsure d’un Serpent, d’une coupure ou d’une piqûre faites en ouvrant certains cadavres, de frictions faites avec de la pommade émétisée, ou avec du mercure. On voit quelquefois aussi survenir cette tuméfaction au voisinage d’un aposlême ou d’une partie enflammée au moment de la formation du pus. C’est ainsi que les glandes inguinales se tuméfient dans le cas de gonorrhée vénérienne, et dans celui d’infection syphilitique des organes génitaux , alors même qu’il n’existe pas de gonorrhée. Il semble qu’il y ait entre les glandes lymphatiques du mésentère et l’intestin le même rapport qu’entre les ganglions lymphatiques superficiels et la peau; l’inflammation s’em-

(1) Au sujet de l’absorption morbide, consultez Schroeder van der Kolk, dans Llchtman's De absorptionis sanœ et morbosœ discrimine. Traj. ad Rhen., 1829.

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pare des glandes mésentériques, lorsque les intestins viennent à s enflammer et à s’ulcérer, dans le cas, par exemple, de typhus abdominal.

article ni. — Mouvement de la lymphe.

§ 211. — La cause essentielle qui détermine Je mouvement de la lymphe à l’intérieur des vaisseaux lymphatiques réside dans l’absorption même qu’exercent incessamment les radicules de ces vaisseaux. C’est pourqnoi, lorsqu’on a lié le canal thoracique, on le voit se distendre au-dessous de la ligature jusqu’à ce qu’il éclate (1).

Le canal thoracique, de même que les vaisseaux lymphatiques , n’est le siège d’aucune contraction vermiforme. En étudiant, Schwann et moi, à l’aide du microscope , les vaisseaux lymphatiques du mésentère du Lapin , nous n’avons observé ni contraction des parois des lymphatiques , ni mouvement des valvules, ni même la moindre trace de cils vibratiles à la surface interne de ces vaisseaux.

§ 212. — Les vaisseaux lymphatiques ne se contractent pas d’une manière perceptible sous l’influence des stimulus. Schreger (2), néanmoins, prétendait les avoir vus se contracter. Tiedemann n’a jamais pu , au moyen d’irritants mécaniques et chimiques, déterminer de contraction du canal thoracique; seulement, il a observé que ce canal expulsait son contenu sous forme de jet, lorsqu’il le piquait avec une aiguille. En appliquant sur le canal thoracique d’une Chèvre les deux pôles d’une pile galvanique, je n’aperçus d’abord aucun phénomène de contract ion; mais au bout de quelque temps je remarquai une constriction à peine perceptible.

§ 213. — Les valvules des lymphatiques servent dans ces vaisseaux au même usage que dans les veines : elles annulent l’effet des pressions extérieures qui tendraient à arrêter la marche de la lymphe.

Les cœurs lymphatiques que j’ai découverts chez les Reptiles doivent singulièrement faciliter le mouvement des liquides dans les vaisseaux lymphatiques de ces animaux. Ils servent à verser immédiatement la lymphe de la partie inférieure du corps dans la veine sciatique, et celle de la partie supérieure dans une branche delà veine jugulaire. Chez les Mammifères et chez l’Homme, c’est seulement dans les veines sous-clavières que le chyle et la lymphe se mêlent avec le sang, c’est-à-dire que tout le chyle et la plus grande partie de la lymphe sont versés par le canal thoracique dans la veine sous-clavière gauche. Il arrive même souvent de découvrir de la lymphe et du chyle dans le sang de la veine cave supérieure. Je n’ai jamais réussi à apercevoir la moindre trace de mouvement, soit dans le canal thoracique et le réservoir de Pecquet, soit dans une partie quelconque du système lymphatique des Mammifères. Chez les Reptiles, les cœurs lymphatiques sont les seules parties appartenant à l’appareil lymphatique , qu’on voie se contracter.

§ 214. — On peut se former une idée approximative de la vitesse avec laquelle marche le chyle, d’après la quantité de fluide qui s’écoule du canal thoracique. Dans une de ses expériences, Magendie ayant ouvert le canal thoracique sur un Chien de moyenne taille, recueillit, dans l’espace de cinq minutes, une demi-once de chyle. En expérimentant sur un Lapin qui n’avait pas pris de nourriture depuis vingt-quatre heures, Collard de Martigny obtint en dix minutes neuf grains de lymphe provenant du canal thoracique. Collard de Martigny ayant , au moyen

(l) Autenrieth, Physiologie , n, 115; Caiics, dans Meckel’s Archiv îv, 420. — (2) De irritât, vas. lymph. Lipsiifi, 1789.

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