‹ Traité de physiologie de l'hommeChapitre 82 sur 87 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

l’absorption, déterminer l’ascension des fluides déjà absorbés. Dutrochct plaça dans l’eau l’extrémité inférieure d’un radicule qui se terminait en cône blanchâtre, et observa, à l’aide d’une loupe, que la surface de la section se couvrait de liquide, et que ce liquide sortait de la partie centrale de la radicule (1). Au reste, De la Baisse et Haies avaient déjà démontré que l’absorption des substances chez les végétaux est effectuée parles extrémités des racines. Haies ayant plongé l’extrémité d’une racine d’arbre dans un tube de verre rempli d’eau, observa, au bout de six minutes, une diminution notable dans la quantité du liquide (2).

Les parties terminales des racines sont les organes auxquels De Candoîle donne le nom de spongioles. Agardh remarque que la structure de ces parties ne diffère pas de celle du reste des racines, si ce n’est que les cellules sont plus petites et par conséquent plus nombreuses. Cependant, suivant cette observateur , ces mêmes cellules qui , lorsqu’elles sont ainsi petites et accumulées <► ensemble, possèdent la faculté d’absorber, la perdent, quand au bout d’un certain laps de temps elles sont arrivées à leur entier développement. Elles cessent donc alors d’absorber, laissant cette fonction aux cellules plus jeunes et plus petites qui se sont formées après elles et au-dessous d’elles. D’ailleurs, les spongioles ou papilles n’absorbent que l’eau et les substances qui s’y trouvent à l’état de dissolution.

Agardh explique l’ascension de la sève par l’activité polarique des racines et des feuilles, en vertu de laquelle les premières attirent les liquides, tandis que les secondes exhalent. Il regarde cet acte comme un fait qui n’est pas susceptible d’explication ultérieure, et le met sur la même ligne que l’action polarique de l’aimant. Quoi qu’il en soit, cette explication ne saurait s’appliquer à l’absorption considérée chez les animaux. En effet, chez ces derniers nous n’observons, s’il est permis de s’exprimer ainsi, que la première moitié du phénomène qui a lieu dans les plantes, à savoir, l’absorption parles radicules des lymphatiques; car, d’autre part, ces vaisseaux vont verser dans le sang le fluide spécial qu’ils contiennent. Au reste, la connaissance de ce fait, que l’ascension des fluides dans les plantes dépend uniquement, comme l’ont prouvé De la Baisse, Haies et Dutrochet , de l’action des racines et des spongioles, c’est-à-dire, de l’absorption continue qu’elles exercent, est d’une haute importance pour la physiologie humaine.

S 206. — Quoique les villosités intestinales ne soient pas des organes absolument nécessaires à l’absorption par les vaisseaux lymphatiques, attendu que, dans la plupart des tissus et des organes, l’absorption lymphatique est accomplie par des réseaux lymphatiques sans villosités, et que, chez un grand nombre d’animaux, l’intestin lui-même est dépourvu de villosités, nous sommes cependant en droit de comparer ces dernières aux spongioles des racines, mais en ayant soin de ne pas oublier que, dans les villosités, les radicules des lymphatiques ne sont pas autrement formées que dans les parties qui ne possèdent pas de villosités. En effet, nous retrouvons les cellules des spongioles dans les cellules épithéliales des villosités intestinales. Ces dernières cellules ont sans doute une signification supérieure aux cellules d’un simple épithélium protecteur. D’après les recherches de Reichert, c’est cette couche de cellules intestinales, qui, dans le développement de la Grenouille, représente primitivement la membrane muqueuse tout entière. Par conséquent, selon cet anatomiste, cette couche, qui se trouve plus tard être la couche la plus externe delà muqueuse, doit être considérée

(1) Dutrochet, L’Agent immédiat du mouvement vital. Paris, 1826, p. 00. — {V Agardh, Allgemeine Biologie der Pflanzen. Greifswald, 1852, p. 9.

PHYSIOLOGIE SPÉCIALE

comme le tissu primitif de la muqueuse et comme l’organe assimilateur proprement dit. En outre, comme on retrouve ces cellules primitives dans tous les organes sécréteurs, il est extrêmement vraisemblable qu’elles sont les éléments véritablement actifs, soit dans ia fonction de l’absorption , soit dans celle de la sécrétion.

S 207. — Puisque la force en vertu de laquelle les vaisseaux lymphatiques absorbent est une faculté organique qui leur appartient en propre, elle doit s’accroître ou s’affaiblir sous l’influence des mêmes circonstances qui sont capables d’affecter l’organisation elle-même. L’absorption, par exemple, semble, ainsi que le remarque Autenrieth (1), diminuer d’énergie dans l’inflammation : telle est la cause qui , selon lui, détermine souvent dans ce cas un gonflement œdémateux et persistant au pourtour de la partie phlogosée.

Comment les agents thérapeutiques qui jouissent de la réputation de rendre l’absorption plus active produisent- ils cet effet? C’est ce que nous ignorons. Evidemment ces médicaments doivent posséder jusqu’à un certain point la faculté d’augmenter l’énergie d’action des vaisseaux lymphatiques, lorsque, par exemple, des collections de liquides sont résorbées. En effet, il ne s’agit pas ici de dissoudre et de ramollir certaines substances, mais de faire pénétrer une substance déjà à l'état liquide dans le torrent delà circulation. Dans beaucoup d’autres circonstances, il faut d’abord qu’il s’opère un ramollissement et une dissolution, c’est ce qu’on observe dans le cas de résorption d’une tumeur dont les molécules deviennent susceptibles d’être reprises par les vaisseaux sanguins. Les médicaments dits anti-hydropiques et l’iode nous fournissent des exemples de ce mode d’action.

Néanmoins l’usage des résolutifs est fort limité dans la médecine pratique, parce que parmi les substances qui possèdent la propriété de dissoudre les matières animales hors de l’organisme il en est un grand nombre qui exercent une action destructive sur les tissus animaux vivants.

S 208. — Certaines parties s’atrophient et disparaissent à des périodes déterminées de la vie; ce phénomène est régulier et tout-à-fait normal. Les molécules constituantes de ces parties se dissolvent, se fondent, pour ainsi dire , dans le fluide nourricier général , sans que nous puissions comprendre comment ce même fluide , qui nourrissait ces parties , devient plus lard pour elles un véritable menstrue. C’est ainsi que nous voyons disparaître la queue des têtards de Grenouilles, la membrane pupillaire, la glande thymus; c’est ainsi que se forment dans l’enfance les cellules du tissu médullaire des os, cellules qui disparaissent en partie dans la vieillesse, en même temps que les os du crâne s’amincissent. Enfin, c’est ainsi que se produisent et s’agrandissent les cavités aériennes des os, les sinus frontaux, les sinus maxillaires, etc.

Au reste , la fonte ou dissolution des parties qui sont parcourues par des vaisseaux sanguins et lymphatiques est encore plus facile à concevoir que la disparition de celles qui sont totalement dépourvues de vaisseaux , comme les dents. Les racines des dents de lait disparaissent avant que ces dents ne tombent, et elles semblent avoir été corrodées. On ne peut pas admettre, dans ce cas ci, qu’il s’opère un ramollissement ; car , à la limite même de l’érosion , le tissu dentaire ne présente aucune altération , et offre autant de dureté que dans les autres points. Ici , la substance qui disparaît n’est pas reprise par les vaisseaux propres de l’organe, mais par ceux du sac dentaire de la nouvelle dent, sac qui est riche en vaisseaux, et qui se trouve en contact avec la racine de la dent de lait.

(1) Physiologie , u, 224.

Page 1