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CHAPITRE III. — De l' irritabilité animale

S 62. — Nous avons déjà dans la section précédente étudié les lois de l’irritabilité des êtres organiques en général. Nous avons alors déterminé les rapports qui existent entre les stimulants vitaux et les manifestations de l’activité vitale. Ici lions tâcherons de déterminer avec plus de précision les lois de l’irritabilité chez les animaux, quoique, dans l’état actuel de la science, il ne soit guère possible de jeter quelque lumière sur ce problème difficile, dont la solution serait cependant si importante pour la médecine pratique qui, sous ce rapport, a beaucoup à attendre des progrès de la physiologie.

Quelle que soit la source de la force organique, qu’elle résulte de la combinaison de substances pondérables et impondérables, ou bien qu’au contraire ce soit la force organique elle-même qui détermine et maintienne la composition de la

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matière organique, nous voyons que, dans des circonstances données, celle force s’accroît dans certains organes: ces derniers agissent alors plus longtemps et avec plus d’énergie, comme on l’observe dans l’appareil génital durant la grossesse et pendant le rut. C’est ainsi que la force organique diminue dans le vieux bois du Cerf, lorsqu’il est près de tomber, et qu elle augmente de nouveau quand il se reproduit et se développe. L’accumulation de la force organique dans une partie s’accompagne d’un afflux plus considérable de sang et de la conversion d’une quantité plus considérable de sang en matière organisée. Suivant la remarque de Tiedemann, quand un organe est dans un état d’excitation, les changements qu’il subit dans sa composition matérielle s’opèrent plus promptement, et par conséquent, le sang, qui seul peut rendre un organe capable de déployer plus d’énergie, s’y trouve attiré avec plus de rapidité et en plus grande quantité (1). D’autre part, lorsqu’une partie quelconque a souffert, par suite de quelque lésion matérielle, il s’y déploie bientôt un surcroît d’activité vitale, afin de rétablir l’état normal; mais cependant il faut pour cela que cette lésion ne soit pas trop considérable. Les corps organisés possèdent toujours la faculté de conserver et de maintenir dans tous les organes la composition nécessaire à la vie du tout. Toutes les fois que celte composition est altérée, la force organique se déploie pour y porter remède. Ceci, du reste, est une simple conséquence de la loi d’après laquelle les corps organiques s’efforcent incessamment de contrebalancer les affinités chimiques. Si Iß sang afflue en plus grande abondance dans une partie lésée , cela lient à l’augmentation de l’activité organique dans cette même partie. Dans l’inflammation, on reconnaît l’existence évidente d’un antagonisme entre la tendance à la décomposition, et la force organique qui s’accroît et tâche de contrebalancer cette tendance.

S 63. — Cet exemple et beaucoup d’autres du même genre nous font voir que la force organique est, pour ainsi dire, consumée par l’exercice des fonctions. La fatigue et l’anéantissement que nous éprouvons après des efforts violents et soutenus le prouvent également. Les phénomènes qui s’observent après la mort nous montrent aussi cet épuisement de la force organique. Si, par exemple, l’on prend deux portions de muscle semblables sur un animal que fou vient de tuer, puis, qu’au moyen d’un scalpel, l’on excite de légères convulsions dans l’un de ces lambeaux, sans toucher à l’autre, le premier perdra son irritabilité plutôt que le second, et la perdra d'autant plus vite qu’il aura été plus irrité (2). Toute impression de lumière émousse la vue jusqu’à un certain point, et, bientôt après, la réaction n’est plus égale à la stimulation. Il faut alors que l’œil se repose.

On pourrait expliquer ce fait en supposant qu’une partie de la force organique est dépensée pour contrebalancer les changements matériels que le stimulus détermine dans la substance même de l’organe. Mais cet épuisement a également lieu, même en l’absence de toute stimulation extérieure, quand un organe agit beaucoup plus qu’à l’ordinaire, s’il n’y a pas en même temps accroissement delà force organique. En conséquence, il semble que l’action même des organes suffit pour déterminer en eux un changement matériel. 11 se peut que le changement incessant qui est produit dans la substance de l’organe par l’action du sang artériel et qui est aussi nécessaire à la vie que la décomposition de la matière combustible l’est au phénomène de la combustion, il se peut, disons-nous, que ce changement s’accélère ou s’accroisse, tandis que, d’autre part, la réparation, au moyen de la matière nutritive, ne s’effectue pas avec une rapidité proportionnelle, et même ne puisse s’opérer graduellement que pendant le repos. Quoi qu’il

(1) Tieuemann’s, Physiologie, 336. — (3) Auieniuetii’s, Physiologie, t, 63.

en soit, d’ailleurs, plus un homme est actif et prend d’exercice, plus la décomposition organique parait être rapide chez lui ; aussi a-t-il besoin d’aliments plus abondants ou plus nutritifs. Les hommes elles animaux qui succombent, après s'être livrés à des efforts extraordinaires, un Cerf forcé à la chasse, par exemple, se putréfient beaucoup plus promptement que les animaux qui ont été égorgés. Autenrielh, qui a fait cette remarque, cite encore un expérience intéressante à ce sujet. Un muscle enlevé sur un animal avant que l’irritabilité soit anéantie se putréfie beaucoup plus tôt, si on l’irrite de manière à y déterminer de fréquentes contractions, qu’un autre muscle semblable qu’on laisse en repos (1). Dans les fonctions du système nerveux en particulier, le repos est si nécessaire, que l’être même qui passe la vie la plus tranquille et la plus inactive a besoin de sommeil; et le sommeil survient, lors même que les causes qui mettent en jeu l’activité du système nerveux, c’est-à-dire, les stimulus extérieurs, continuent d’agir sur lui. Mais ces stimulus ne produisent alors aucun effet, parce que le système nerveux est rendu insensible à toutes les impressions par le changement qu’à déterminé en lui son état antérieur d’activité.

Les stimulus vitaux ou intégrants généraux, en revivifiant incessamment les parties organisées, les rendent plus aptes à remplir leurs fondions, en proportion de la rénovation qu’ils ont produite en elles. Mais si leur action s’accroît ou s’accélère, il faut que le repos lui succède, pour que l’organe regagne l’aptitude à agir qu’il a perdue par le fait même de son activité antérieure.

§ 64. — En général, chez un animal bien portant, la force organique se reproduit au bout d’un certain temps, précisément en proportion de l’épuisement qu’elle a éprouvé pendant qu’elle était en action. On observe néaumoins des cas où cette restauration est supérieure à la dépense et augmente graduellement d’énergie. Ce phénomène a lieu lorsque l’activité des organes se déploie d’une manière régulière, ou lorsque cette activité alterne avec le repos. C’est surtout dans le jeune âge que ce phénomène est prononcé, parce qu’alors, pour les raisons que nous avons exposées plus haut (S 47), l’affinité des particules organiques pour les stimulants vitaux généraux paraît d’autant plus grande que le développement de l’organisme est moins avancé. Mais, en général, la force d’un organe s’accroît toujours par l’exercice, pourvu que cet exercice ne soit pas exagéré, et qu’il alterne avec le repos; l’inaction, au contraire, affaiblit ordinairement les organes. Faire alterner l’activité ou l’exercice d’une partie avec son repos, voilà le secret d’augmenter graduellement l’énergie de son action. Comme la vie, en général , s’accompagne d’une décomposition de matière organique, peut-être en est-il de même pour chaque partie considérée isolément; peut être l’action d’un organe entraîne-t-elle la décomposition d’une partie de sa substance, tandis que de nouveaux matériaux viennent se combiner intimément avec son tissu, de sorte que, si l’activité de cet organe lui fait perdre quelque chose, elle le rend en même temps plus apte à attirer de nouveaux matériaux, et, par suite, à agir avec plus d’énergie qu’auparavant. Mais, quand l’action d’une partie se répète trop fréquemment ou a lieu avec trop de violence, la régénération matérielle devient insuffisante, et de là résulte l’épuisement de cet organe. C’est ce qui s’observe, lorsque la force organique a été consumée ou est devenue incapable d’agir par l’effet d’une déploiement exagéré d’activité, et que la restauration n’a pas marché aussi vite que la dépense. L’épuisement est d’autant plus considérable, que les organes, qui ont été soumis à un exercice trop répété et trop violent, sont plus nombreux et jouent

(1) 4 utenuietii’s. Physiologie, i, HSj comp. A. Y. Humboldt : Ueberdie gereizle Muskel-und

Nervenfaser.

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lin rôle plus important dans l’économie. Ainsi, par exemple, dans le coït, le système nerveux presque tout entier entre en activité, et l’on éprouve, à la suite de cet acte, un affaiblissement marqué de la force organique. Cet épuisement de l’énergie vitale est également plus prononcé, soit lorsque l’organe qui agit transmet un principe quelconque à d’autres organes, comme cela paraît avoir lieu dans le cas des nerfs, soit lorsque l’action d'un organe s’accompagne d’une perte considérable de substance, comme dans le cas de sécrétions trop abondantes, du lait, par exemple. L’inertie momentanée de la force organique qui succède à son activité, et la régénération graduelle de cette force se remarquent même sur des membres de Grenouilles séparés du corps. Ainsi, par exemple, quand, à l’aide du galvanisme, on stimule fréquemment une cuisse de Grenouille détachée de l’animal, elle cesse de répondre à l’excitation ; mais un instant de repos lui rend son irritabilité. Dans cette expérience, la reproduction de l’irritabilité épuisée dépend vraisemblablement de l’influence qu’exercent sur ce membre le contact de l’air et la présence-du sang qui est encore contenu dans les vaisseaux.

Lorsqu’un organe agit trop rarement, le repos ne lui profite pas autant que s’il était soumis à un exercice modéré. Ainsi, l’œil a besoin de repos, après avoir exercé son activité; mais des alternatives convenables de repos et d’exercice augmentent la puissance de la faculté visuelle. Quand cet organe reste quelque temps dans un repos absolu, au milieu de l’obscurité, par exemple, il devient beaucoup plus sensible à l’impression delà lumière. Si l’on augmente graduellement, la force de l’œil, suivant la loi que nous venons de poser, c’est-à-dire, au moyen d’alternances ménagées d’exercice et de repos, il devient capable d’efforts plus considérables et ne se fatigue pas aussi vite qu’auparavant. Si, au contraire, on laisse trop longtemps cet organe dans une inactivité absolue, il acquiert, il est vrai, une sensibilité excessive, mais la force vitale devient d’autant plus faible dans cet organe, qu’il a été moins exercé. L’impression subite d’une lumière extrêmement vive peut même déterminer la cécité chez les individus qui sont restés fort longtemps dans une obscurité profonde. Il en est de même pour les muscles: un repos trop prolongé leur fait perdre une grande partie de leur puissance motrice ; c’est ainsi que les muscles de l’oreille sont ordinairement paralysés par défaut complet d’exercice (1).

S 65. — Jusqu’ici nous n’avons considéré que d’une manière générale les changements qu éprouve l’activité organique dans les animaux; maintenant nous devons examiner l’action que les influences extérieures exercent sur ces changements. Les stimulus intégrants extérieurs qui entretiennent la vie ne sont pas les seuls agents capables de produire des modifications dans la composition des organes. Toute cause susceptible de troubler la composition matérielle et l’équilibre de distribution des substances impondérables dans les parties organisées peut également modifier l’action de l’organisme en général, et des divers organes en particulier. Lorsque cette modification est considérable, on l’appelle réaction; l’influence qui détermine la réaction de la part de l’organisme se nomme irritation , et la cause qui produit l’irritation a reçu le nom de stimulus , d 'irritant, ( irritamentum .) La réaction contre un stimulus est toujours un phénomène vital, une manifestation d’une propriété vitale de l’organique.

§ 66. — La propriété d’être déterminé par des influences extérieures à produire certains phénomènes réactionnels n’appartient pas exclusivement aux êtres organisés et encore moins aux seuls animaux. C’est ainsi qu’un grand nombre de corps inorganiques développent de la lumière et de la chaleur, dans certaines circons-

(1) Autewueths ; Physiol., i, 104.

tances, à la suite d’un choc, par exemple. Les physiciens admettent que la lumière ou la chaleur existent dans ces corps à l’état de combinaison, et se dégagent par l’action du choc. Les corps élastiques nous fournissent un exemple de ce genre encore plus évident. Les molécules de ces corps exercent les unes sur les autres une telle attraction, que toute tentative, pour en déplacer une portion, agit en général sur le corps entier ; mais aussitôt l’attraction réciproque de toutes les molécules opère dans le corps une restitutio in integrum , qui se manifeste par le phénomène de l’élasticité et la production de vibrations sonores. Au reste, il n’existe pas un seul corps inorganique qui se comporte dans ses réactions d’une manière aussi uniforme que les corps organisés. En effet, quelle que soit l’influence qui altère la composition d’un organe quelconque, celui-ci manifeste toujours sa réaction par le même signe, par le même phénomène, à savoir , le phénomène spécial qui est l’expression de la propriété particulière que cet organe a reçue du principe vital.

L’uniformité du mode de réaction des corps organisés tient sans doute à la propriété fondamentale que possède chacun d’eux de maintenir, contre toute cause de trouble, la composition organique qui lui est propre ; chez l’individu en bonne santé, cette propriété ou cette force l’emporte manifest» ment sur les causes qui tendent à altérer la composition des corps organisés; et, par conséquent , elle maintient l’état normal. La force qui , après une altération matérielle quelconque des parties organisées, rétablit les choses dans leur état primitif, est identique avec celle qui, par l’action incessante de la nutrition et de la régénération , conserve l’intégrité de ces mêmes parties. Le phénomène qui accompagne le rétablissement de l’équilibre est complexe ; il résulte à la fois et du changement que la cause externe a produit dans l’organe, et de l’effort que déploie le principe vital pour opérer la restitutio in integrum de l’organe affecté, et pour rétablir l’équilibre de l’économie animale.

S 67. — Suivant Dutrochet (1) , toutes les causes excitantes déterminent dans l’organisme le même changement. Toutes mo»lifienl l’état d’oxydation de la matière organique sur laquelle elles agissent. D’après le même physiologiste, les stimulants agissent simultanément sur l’oxygène et sur la substance organique, et les déterminent à se combiner l’un avec l’autre. Si ingénieuse que soit cette théorie, elle n’est encore jusqu’à présent qu’une pure hypothèse. Il en est de même de la conclusion de Dutrochet, qui prétend que l'excitabilité est une véritable combustibilité. Cette combustibilité doit être très considérable dans la jeunesse , parce qu’à cette période de la vie l’organisme est oxydable à un haut degré , et ne contient encore que peu d’oxygène combiné avec sa matière organique. Dans la vieillesse, au contraire, les stimulants ont moins d’action sur lui ; car, alors, la tendance à l’oxydation est moindre, à cause de la quantité d’oxygène qui se trouve déjà dans l’organisme, à l’état de combinaison. Il nous paraîtrait plus vraisemblable d’admettre que l’action chimique et dynamique stimulante de certains stimulus tient à ce qu’ils favorisent l’affinité chimique entre la substance organique et le sang devenu excitant par l’effet de la respiration, et en ce que, par l’introduction de ce principe dans le sang, ils accroissent et accélèrent les transformations matérielles dont le corps animal est le théâtre.

§ 68. — A toute irritation d’une partie organique quelconque correspond un changement matériel déterminé. Nous devons supposer que le stimulus de la lumière détermine également un changement dans l’œil. La lumière , en effet, paraît entrer dans la composition d’un grand nombre de corps , et y produire

(1) Froriep’s Notizen , n« 724.

certains changements chimiques : c’est ce que l’on observe dans beaucoup d’expériences chimiques, et même dans les plantes, qui, sous son influence, exhalent de 1 oxygène. L’effet immédiat que détermine un stimulus varie selon la nature du stimulus et du corps organique irrité; ainsi, par exemple, cet effet peut être une compression, un changement chimique, etc., tandis que l’effet secondaire ou consécutif, c’est-à-dire, la réaction contre le changement, produite par le stimulus, est tout-à-fait indépendante de la nature de celui-ci; car l’effet secondaire n’est ni mécanique, ni chimique: c’est une simple manifestation de la propriété vitale de l’organe irrité, telle qu’une sensation de douleur, une inflammation, des spasmes, etc. Le calorique, l’électricité et la lumière se distribuent aux corps organisés comme aux corps organiques, suivant les lois générales de la physique ; mais dans la restitutio in integrum, il se produit toujours en même temps une manifestation vitale qui diffère selon la partie qui a éprouvé le changement. Les phénomènes que l’on observe alors jusqu’au rétablissement parfait de l’équilibre normal, sont complexes : ils dépendent à la fois et de l’action du stimulus et de la réaction vitale contre ce dernier. Les substances chimiques altèrent aussi la composition des corps organiques, et tendent à former des composés binaires à leurs dépens. Lorsque ce cas se présente, et que l’affinité organique est insuffisante à maintenir la composition des tissus et à résister à l’action chimique , il se forme un produit chimique nouveau aux dépens de la partie affectée qui périt nécessairement. C’est ce que nous observons chaque jour dans les cas de brûlure, d’application d’acides minéraux ou d’alcalis caustiques. Néanmoins, tant que le tissu qui est soumis à l’action d’une substance chimique continue de vivre, il déploie les propriétés organiques qui lui sont particulières. Les agents chimiques, tels que les acides et les alcalis, peuvent, il est vrai, former des combinaisons binaires avec la substance organique sur laquelle on les applique, et de cette manière déterminer le sphacéle ou la mort d’une portion de tissu ; mais sur les limites de cette portion mortifiée, les propriétés organiques du tissu se manifestent avec énergie, il se développe des phénomènes inflammatoires, etc.

La réaction des corps animaux contre l’action des irritants externes se manifeste constamment, ainsi que nous l’avons vu, par des phénomènes vitaux : mais ce n’est pas tout. Comme les propriétés organiques dont jouissent les divers organes ou tissus varient elles-mêmes selon la nature et la composition de ces parties, il résulte de là qu’il existe autant de modes de réaction différents les uns des autres. Ainsi, par exemple, un stimulus quelconque , mécanique, chimique, électrique, appliqué à un muscle, y provoquera toujours le même mode de réaction, à savoir, des contractions. De quelque manière que l’on irrite un nerf sensitif, on ne déterminera jamais qu’une sensation ; toutefois, l’espèce de sensation varie encore dans les différents nerfs de sentiment, lors même que c’est toujours le même stimulus qui agit sur eux; mais, en revanche, dans le même nerf, les stimulus les plus divers n’excitent jamais qu’une seule espèce de sensation Ainsi, dans le nerf optique, les irritations mécaniques et électriques déterminent une impression de lumière, parce que telle est la propriété spécifique de ce nerf, et semblent ne causer aucune douleur, tandis que l’irritation d’un nerf de sensibilité générale a pour effet constant d’exciter une sensation de douleur et nullement une impression lumineuse. Il en est de même pour les nerfs anditif et olfactif. Les irritants mécaniques et électriques déterminent, dans le premier la sensation d’un son , et l’électricité produit dans le second une sensation d’odeur. Quand on irrite mécaniquement ou au moyen du galvanisme les racines antérieures des nerfs rachidiens, il se produit non des sensa-

lions, mais des contractions musculaires, tandis que l’inverse a lieu , quand on irrite les racines postérieures des mêmes nerfs. La physiologie, en déterminant la mode de réaction propre à chacune des parties du corps animal, a acquis une connaissance empirique aussi certaine que toutes les connaissances expérimentales qu’il soit possible d’obtenir dans les autres sciences naturelles.

Le mode de réaction de chaque organe étant connu, on ne doit plus trouver étonnant que des affections tout-à-fait différentes du même organe déterminent souvent des symptômes très analogues; en effet, un organe quelconque ne peut manifester que les propriétés vitales dont il est doué : peu importe qu’il se trouve dans un état d’excitation ou de collapsus ; seulement alors il déploie ses propriétés avec plus ou moins d’énergie. Ainsi, il existe certains groupes de symptômes cérébraux , certains groupes de symptômes cardiaques , qui s’observent dans toute maladie du cerveau et du cœur, quelle que soit sa nature. A ce sujet, nous pouvons nous arrêter un instant sur la folie des homœopathes, qui se figurent guérir une maladie quelconque au moyen de substances capables de déterminer des effets analogues à cette maladie. Mais , ou bien leurs médicaments sont inertes, ou bien la nature en fait une application toute différente de celle qu’ils se sont imaginée. Lorsque deux substances differentes produisent dans un organe quelques symptômes semblables, cela ne prouve pas que leur mode d’action soit identique , mais simplement qu’elles agissent sur le même organe : car l’affection qu’elles déterminent dans cet organe peut être tout-à-fait différente dans les deux cas, malgré la similitude des phénomènes extérieurs. La syphilis et l’hydrargyrie peuvent être de nature essentiellement différente, et cependant se ressembler , parce que certains organes se trouvent affectés dans ces deux espèces de maladie. Les acides minéraux et les alcalis désorganisent également les tissus, et personne ne prétendra qu’ils soient similia. Le mercure peut, en déterminant une légère modification dans la matière organique, la rendre incapable de propager davantage les ravages syphilitiques; mais ensuite c’est la force organique qui opère la guérison, et non le mercure.

S 69.— -Comme les stimulus déterminent les organes à entrer en action, et comme tout accroissement d’activité qui ne s’accompagne pas d'un accroissement correspondant de la force organique épuise cette force, les stimulus doivent nécessairement aussi ljépuiser et , pour ainsi dire, la consumer : par conséquent, à moins qu’ils ne possèdent, comme les stimulus intégrants, la faculté de revivifier l’organe, celui-ci cesse momentanément d'agir, lors même que l’influence du stimulus s’exerce d’une manière continue. De là résulte la périodicité que l'on observe dans plusieurs phénomènes vitaux. Un organe contractile, qui contient une substance par laquelle il est irrité mécaniquement ou chimiquement, se contracte. Cet acte même de contraction rend l’organe incapable, pour un instant, de se contracter avec la même force; mais l’excitabilité revient graduellement, et le stimulus, qui n’a pas cessé d’agir, peut alors provoquer une nouvelle contraction. C’est ainsi que les contractions se répètent de temps en temps. Les ondulations qu’exécute l’iris sous l’influence d’une lumière dont l'intensité demeure toujours la même, les contractions périodiques du rectum, des intestins, de l’estomac, du du cœur, de l’utérus, de la vessie urinaire et des muscles qui expulsent le contenu de l’urètre pendant le coït, nous offrent des exemples de cette intermittence d'action. Dans la plupart des cas que nous venons de citer, le stimulus qui détermine la contraction est extérieur à l’organe; ainsi, ce sont diverses substances contenues dans les cavités de ces organes, comme l’urine, les fèces, le sperme, etc. Cependant souvent aussi la cause paraît être interne et dépendre du système

nerveux: ie cœur, par exemple, est dans ce cas. En effet, le cœur, à chacune de ses contractions périodiques, chasse une certaine quantité de sang, et il en reçoit de l’autre côté une quantité égale; la stimulation que ce sang exerce sur le cœur doit, il est vrai, l’exciter à se contracter périodiquement, mais cependant le contact de ce liquide n’est pas la cause première et unique de ce phénomène. Lorsqu’on enlève le cœur d’un animal vivant, d’un Reptile particulièrement, cet organe, quoique vide, continue longtemps encore ses contractions rhythmiques. Dans cet expérience, ce n’est pas l’air qui joue le rôle d’irritant. Les contractions cardiaques sont déterminées par un stimulus interne qui résulte du conflit de la libre nerveuse et de la fibre musculaire, stimulus qui agit périodiquement sur le cœur, ou bien qui agit constamment sur lui, mais contre lequel le cœur ne peut réagir que périodiquement. Tout stimulus trop fréquemment répété émousse l’excitabilité des organes, et les rend pour longtemps insensibles à son action. Ce fait explique une partie des phénomènes que nous présentent les effets de l’habitude. Cependant beaucoup de choses auxquelles nous nous habituons produisent sur nous dans le principe, non-seulement des phénomènes de stimulation, mais encore des modifications durables dans la composition de nos organes. C’est précisément ce changement matériel qui nous fournit le seul moyen raisonnable d’expliquer l’inefficacité subséquente de ces stimulus.

S 70. — Comme les modifications produites , dans la composition des tissus organisés, par les nombreux agents ou substances à l’influence desquels l’organisme est exposé, varient à l’infini suivant la nature et la composition de ces agents ou deces substances; comme, en outre, nous ne sommes pas en état de déterminer la nature de chacune de ces modifications, il nous est impossible de former une classification générale exacte des médicaments, qui soit fondée sur la nature de leurs effets. C’est là le côté défectueux de la médecine. Les meilleurs écrivains sur celte matière sont encore trop occupés de leurs facteurs et de leurs polarités imaginaires, formules complètement stériles pour la science. Cependant, en considérant d’une manière générale les modes d’action de ces agents, nous n’y pouvons distinguer que trois formes principales. Nous établirons donc trois classes d'agents thérapeutiques : les stimulants, les altérants et les agents qui détruisent la composition des tissus.

S 71. — I. Stimulants. — Les stimulants véritables et les plus importants de tous sont ceux que nous avons nommés stimulants vitaux ou intégrants. Leur présence est une condition nécessaire de la vie. C’est sous leur influence incessante seule que les parties animées par la force organique peuvent produire les phénomènes vitaux; eux seuls ont le pouvoir d’augmenter la force organique. Ces stimulus intégrants sont, comme nous l’avons dit, le calorique, l’air atmosphérique, l’eau et enfin les aliments qui, pour les animaux, doivent être des substances déjà organisées, soit végétales, soit animales. Ces agents ne modifient pas simplement la composition des tissus; ils ne stimulent pas simplement en changeant l’équilibre, mais encore ils entrent dans la composition des organes pour les régénérer. Comme ils stimulent sans épuiser, ils constituent le seul moyen réel et efficace que nous possédions pour restaurer la force organique à la suite des maladies.

11 existe encore bien d’autres agents que nous devons, d’après l’idée que nous nous sommes formée d’un stimulus, considérer comme des stimulants. Ceux-ci, en effet, provoquent des réactions; mais ils ne sont pas essentiellement intégrants et ne servent pas à la rénovation des parties : ils produisent des symptômes, c’està-dire, des phénomènes réactionnels, sans pour cela exercer aucune influence vivifiante sur l’organisme : enfin, au contraire, ils peuvent même déterminer des

effets très-fâcheux, par suite des changements matériels qu’ils opèrent dans l’économie. On a fait un mal infini à la médecine et l’on a tué bien des individus, en confondant tous les agents capables de provoquer des phénomènes de réaction, avec les stimulus intégrants qui sont absolument indispensables au maintien de la vie. On s’était, mais bien à tort, imaginé que les stimulants en général étaient nécessaires à la vie, parce que certains d’entre eux alimentaient, pour ainsi dire, la flamme de la vie.

Outre les stimulus généraux intégrants, il s’en trouve, parmi les autres, quelques uns qui, dans certaines circonstances, exerçent aussi une action viviiianle et fortifiante locale, analogue a celle des stimulus intégrants généraux ; c’està-dire, qu’en vertu d’un principe matériel pondérable ou impondérable, ils reconstituent eux-mêmes la composition d’un organe, ou la modifient de manière à faciliter sa régénération par les stimulus intégrants généraux. Mais tout cela dépend de l’état de l’organe malade, et les cas où les médicaments qui passent pour vivifiants et toniques agissent réellement ainsi sont extrêmement rares. Au contraire, on a stimulé, jusqu’à les faire périr, bien des malades, en leur administrant un fatras de médicaments qui possèdent bien, il est vrai, soit en général, soit en certains cas seulement, la propriété de stimuler, mais qui ne fortifient pas, et provoquent uniquement des mouvements tumultueux dans l’économie animale.

Les substances qui n’exercent une influence vivifiante que dans certaines conditions agissent, en outre, suivant leur composition, d’une manière plus spéciale sur certains organes, et forment des groupes naturels, selon que leur action se porte particulièrement, par exemple, sur le système nerveux, ou sur les organes destinés à modifier la composition du sang, etc. Plusieurs de ces agents sont des principes impondérables, tels que l’électricité, qui a été employée avec succès dans les paralysies. Le calorique, qui déjà est absolument nésessaire au développement de l’embryon, exerce encore quelquefois, lorsque les autres moyens thérapeutiques ont échoué, une action éminemment vivifiante, par exemple, dans les affections des nerfs et de la moelle épinière , dans les paralysies, la névralgie dorsale et le labes dorsalis commençant. Dans ces cas, le calorique s’applique sous forme de moxa, par exemple, et l’on réitère souvent cette apiicalion; on peut même poser un nouveau moxa sur la chair pullulante de l’ancien. On applique encore le calorique de maniéré à déterminer une douleur durable, en tenant la flamme d’une bougie allumée tout près de la partie malade. Nous ignorons comment le calorique agit dans ces circonstances. Toutefois, dans les maladies de la moelle épinière, les moxas ne produisent d’effet utile, que lorsqu’on les pose au voisinage de cet organe , tandis que partout l’on peut déterminer de la douleur.

Les frictions agissent quelquefois comme un stimulus vivifiant. Par ce procédé nous excitons les extrémités périphériques des nerfs , excitation qui se propage jusqu’aux organes centraux du système nerveux, et en même temps nous activons le conflit entre les parties frictionnées et le sang.

D’un autre côié, tous les agents de ce genre, soit substances médicamenteuses, soit corps impondérables, comme le calorique et l’électricité , soit irritants mécaniques, comme une compression, une contusion, tous ces agents, disons-nous, quand leur action est exagérée, produisent, loin de vivifier, un effet directement opposé; cela dépend de ce qu’alors ils altèrent si violemment la substance des organes, que les combinaisons organiques nécessaires à la vie ne peuvent plus se maintenir. Ainsi donc, les agents dont nous parlons ici sont des stimulus spéciaux qui ne vivifient que dans certaines conditions. L’action vivifiante qu'ils exercent alors sur la matière organique consiste en ce qu’ils favorisent la restauration de

la composition normale des parties. Nous pouvons donc les appeler stimulants homogènes , tandis que nous nommerons hétérogènes tous les autres stimulants qui n’ont d’autre effet que de troubler la composition naturelle des organes et l’etat des forces vitales. Ces derniers, au lieu d’être vivifiants , sont nuisibles à la vie. Au reste, il ne faut pas oublier que tout stimulus homogène, quand il est appliqué mal à propos, devient un stimulus hétérogène, c’est-à-dire, opère simplement une perturbation dans l’état des forces et dans la composition normale des tissus. Ainsi les stimulants peuvent se diviser en deux classes: 1° les stimulus intégrants généraux; 2° les stimulants spéciaux. Ceux-ci se subdivisent encore en stimulants homogènes et en stimulants hétérogènes.

Lorsque, dans une maladie quelconque, les forces vitales décroissent avec rapidité, tout l’appareil de nos médicaments stimulants nous fait défaut. Lapins grande partie de ces agents détermine une perturbation dans l’organisme , mais ne le fortifie nullement.

S 72. — II. Altérants. — Il existe un grand nombre de substances qui jouent dans la thérapentique un rôle fort important, parcequ’elles produisent dans la matière organique un changement chimique, dont le résultat n’est ni une régénération immédiate de celle matière organique, ni un accroissement des forces vitales, mais une modification qualitative, qui a pour effet consécutif la disparition d’un état morbide préexistant. C’est ce qui a lieu de plusieurs manières : ou bien l’obstacle matériel, qui réside dans la composition de la matière organique et qui empêche aux organes d’agir d’une manière normale, est écarté ; ou bien le stimulus qui détermine des actes anomaux disparait; on bien il se produit dans les organes une modification chimique telle, qu’ils deviennent incapables d’être affectés par un stimulus morbide; ou bien la matière éprouve un tel changement, que les altérations et les lésions que l’on redoute ne peuvent plus s’effectuer, comme on l’observe dans le traitement antiphlogistique; ou bien, enfin, l’état des liquides nourriciers se trouve modifié. Les agents thérapeutiques qui déterminent ces divers effets sont des altérants. Le médecin ne peut pas, à l’aide de ces moyens, comme s’il faisait une manipulation chimique, ramener à l’état normal un organe quiestaltéré dans sa composition intime; mais il peut y déterminer un léger changement chimique, qui permette à la nature elle-même de rétablir la composition normal;, pourvu toutefois que la faculté régénératrice de l’organisme ne soit pas épuisée.

Les altérants se divisent naturellement en deux classes différentes, suivant que leur action porte plus spécialement sur le système nerveux, ou sur les autres organes qii dépendent du système nerveux. La première comprend les plus importantsde ces agents, ceux qui ont reçu le nom de narcotiques ; la deuxième embrass« la multitude de substances médicamenteuses qui exercent leur action sur les atérations matérielles que présentent les autres organes. Ces médicaments peuvent mssi devenir indirectement des stimulants vivifiants, en tant qu’ils font disparaît e les obstacles qui s’opposent à la guérison ; et ils sont également capables dedéterminer des symptômes d’irritation, lorsqu’ils dérangent l’équilibre de l’orgaiisme. Quand on emploie ces agents sans mesure et sans discernement, ils produiseit les mêmes résultats fâcheux que les stimulan’s hétérogènes ; s’ils jouissent de la propriété d’altérer promptement les tissus, ils anéantissent la force organique en détruisant ces derniers. C’est ce qui a lieu pour les narcotiques.

Toutefois, comme chaque altérant affecte d’une façon particulière et en vertu de sa popre composition la composition d’un organe, il en résulte que l’un peut, par l’efft de la saturation de l’organe, cesser d’agir sur lui, tandis qu’un autre pourra «cercer sur le même organe une action énergique. Cette considéra! ion

explique un grand nombre de faits qui se rapportent aux phénomènes de l'habitude, et la médecine pratique nous offre une multitude d’exemples qui confirment la justesse de cette vue. L’usage prolongé d’un médicament altérant détermine un tel changement chimique dans la composition des organes, que l’affinité qui existait entre ceux-ci et cette subslance médicamenteuse disparait, quoiqu’ils puissent encore manifester de l’affinité pour d’autres agents de la même classe.

Les substances impondérables exercent une action altérante tout-à-fait semblable. Ainsi, lorsque l’on regarde longtemps et fixement une surface verte, l’œil perd graduellement sa sensibilité pour cette couleur, qui lui paraît devenir de plus en plus terne et grise, mais en même temps la sensibilité de l’organe poulies rayons rouges augmente; et réciproquement, quand on regarde longtemps un objet rouge, la vue devient plus sensible pour la couleur verte. De même, si l’on contemple quelque temps lin corps jaune, on cesse bientôt de percevoir cette couleur aussi vivement, mais les yeux deviennent plus sensibles pour le violet, et vice versa. Le même rapport existe entre les rayons bleus et les rayons orangés. La couleur sur laquelle nous avons longtemps reposé la vue nous parait toujours devenir de plus en plus terne.

S 73. — III. Agents desorganisateurs ou qui détruisent la composition organique des tissus. Nous rangeons ici tous les agents qui détruisent immédiatement les tissus, sans agir d’abord comme stimulants ou comme altérants. A cette catégorie appartiennent certaines substances qui stimulent, quand leur action est faible, mais qui, par une action plus intense, déterminent une perturbation essentielle dans l’état des forces: tels sont le calorique, l’électricité, etc. Lorsque certains altérants proprement dits agissent avec une extrême énergie, ils produisent des changements considérables dans la matière organique et forment avec elle des combinaisons que la force organique ne peut empêcher. C’est de cette manière que les altérants narcotiques deviennent désorganisateurs. Parmi les autres altérants, ceux qui modifient la formation et la composition des fluides organiques, par exemple, les mercuriaux, les antimoniaux, les acides minéraux, les alcalis, exercent également, lorsqu’ils sont à l’état de concentration, une action désorganisalrice. Les stimulants peuvent désorganiser de deux manières. En efTet, quelques uns d’entr’eux sont stimulants seulement, quand leur action ne dépasse pas un certain degré d’intensité. Mais lorsque leur action est plus violente , loin de régénérer les tissus et la force organique, ou bien, loin de favoriser au moins cette régénération en déterminant de nouvelles affinités, ils produisent immédiatement un changement essentiel dans la composition des organes. Dans ce denier cas, aucun phénomène d’ irritation ou de réaction ne précède la mort locale iu générale : la désorganisation est immédiate, comme dans la mort par l’élect*icité, la foudre, etc. D’autres stimulants, qui agissent, dans certaines conditions comme intégrants, exercent une influence désorganisatriee en maintenant un organe dans un état d’activité trop prolongé. Ici, la mort résulte de ce que la reprodiclion de la force organique ne peut compenser la dépense que nécessite l’actioncontinue de l’organe. C’est ce que l’on appelle hyper stimulation. L’hyperstimulatioi d’un organe y cause une faiblesse permanente, comme on l’observe dans les yeix qui ont été soumis trop longtemps à l’action de la lumière. La thérapeutique ne ait usage des substances qui jouissent de la propriété de désorganiser les tissus, jue lorsqu’elle se propose réellement de détruire un organe ou un tissu.

S 74. — John Brown qui, grâce à la découverte de quelques unes des lois êe l’excitabilité animale, a pu donner dans ses E lementa medicinœ la première «quisse d’un système de médecine, système, il est vrai, encore informe cl mêm< dangereux dans son application à la pratique, ne connaissait pas mieux que ses setateurs

l’action produite par les médicaments altérants. D’après la théorie de Brown, sans excitation préalable, il ne peut survenir aucun changement dans les forces excitables ; c’est seulement par l'hyperstimulation que l’excitabilité peut être épuisée et la vie anéantie. Les Browniens prétendaient donc que, partout où il se manifestait de la faiblesse, elle avait été précédée d’une hyperstimulation. En preuve de cette assertion, ils citaient le fait que certaines substances stimulent, quand on les administre à faible dose, tandis qu’à plus haute dose elle produisent un effet contraire, et à dose extrême déterminent l’épuisement : l'opium était leur exemple favori. Dans ce dernier cas, disaient-ils, la période de stimulation est extraordinairement courte et inappréciable. Ils expliquaient de la même manière l’aclion de tous les agents qui affaiblissent rapidement. Mais il existe beaucoup de substances qui, même à petite dose, produisent des effets délétères, quoiqu’à un plus faible degré: tels sont les gaz irrespirables, le venin de'la vipère, etc. Les controstirnulistes Rasori, Borda, Brera, Tommasini ont signalé ce défaut de la théorie de Brown, et ont donné le nom de contre-stimulants aux substances qui, au lieu de stimuler, déterminent l’effet diamétralement opposé, c’est-à-dire, diminuent l’excitabilité des organes. Ils ont donc divisé les agents thérapeutiques en stimulants et contre-stimulants. Mais, quoiqu’ils aient évité la grande erreur de Brown , ils n’ont cependant pas reconnu l’action altérante d’un grand nombre de substances, telle que nous l’avons exposée tout à l’heure.

Les distinctions établies par Brown reposent sur une application tout - à - fait incomplète de certaines lois positives de l’excitabilité, et sur l’erreur qu’il a commise en confondant lesstimulus vitaux ou intégrants, à savoir, l’eau, l’air atmosphérique, la matière nutritive et le calorique, avec les substances qui sont stimulantes, en tant qu’elles modifient la réaction des forces organiques et la composition des tissus, mais qui ne sont pas véritablement intégrantes. Un narcotique, c’est-àdire, un altérant des nerfs peut, depuis le commencement jusqu’à la fin de son action, provoquer la manifestation de symptômes. Car, en modifiant la composition organique, il agit sur celte propriété fondamentale de tout organisme, en vertu de laquelle ce dernier est déterminé à réagir suivant certaines lois intérieures contre les influences du dehors, ou, en d’autres termes, en vertu de laquelle il est apte à être stimulé; mais cet agent n’est nullement un stimulus dans le sens thérapeutique, c’est-à-dire, un stimulus qui vivifie les organes et régénère leur composition.

Selon Brown, toutes les maladies sont sthéniques ou asthéniques. Dans les maladies sthéniques, il y a accroissement de la force vitale, tandis que dans les asthéniques, au contraire, cette force est diminuée; mais dire qu’il existe un état morbide et en même temps qu’il y a augmentation de la force vitale, les deux termes de cette proposition impliquent contradiction. Les maladies ne nous offrent qu’une variété inlinied’altérations locales ou générales dans la composition des parties organisées. Tantôt, dès le principe, on observe une prostration générale des forces, tantôt celta prostration nesurvient que plus tard. Ainsi donc, le moyen d’obtenir la classification nosologique la plus convenable consiste à diviser les maladies d’après les systèmes d’organes qu’elles affectent, et d’après la physionomie qu’elles présentent. De tout temps les médecins ont été portés à considérer l’inflammation comme une maladie accompagnée de l'augmentation des forces vitales. 11 est vrai que dans l'inflammation certains phénomènes se manifestent avec plus d'énergie ; ainsi, la chaleur est plus élevée; une plus grande quantité de sang s'accumule dans les capillaires; d'autres phénomènes physiologiques se modifient encore; en même temps l’organe cesse de remplir sa fonction, et les sensations éprouvées par le malade indiquent une violente lésion. La cause qui provoque l'inflammation détermine

un changement chimique dans l’organe affecté ; c’est de cette manière que nous produisons une inflammation dans un but thérapeutique , à l’aide de certains agents chimiques. Il se développe alors une affinité chimique, une attraction entre le sang et la substance même de l’organe, qui se trouve chimiquement altérée. Cette affinité entre les tissus vivants et le sang peut être plus grande qu’elle ne l’est dans l’état normal de l’organisme. Mais celte augmentation d’affinité, qui se manifeste entre les tissus et le sang dans l’inflammation, est-elle purement et simplement une augmentation de l’affinité organique naturelle semblable à celle que l’on observe réellement dans certains phénomènes normaux, dans tous les phénomènes de turgescence, par exemple ? C’est ce que rendent fort invraisemblable les différents modes de terminaison de l’inflammation, et surtout lafacilité avec laquelle elle amène la désorganisation du tissu. L’inflammation n’est pas une maladie avec accroissement delà force vitale; car les phénomènes inflammatoires résultent autant de la tendance à la décomposition, tendance déterminée par le changement chimique , que de la réaction des parties organisées pour résister à cette décomposition.

§75. — L’action intime que toutes les parties exercent les unessurlesautresdans le corps animal produit dans l’organisme une sorte de statique des forces, où un point unique dérangé suffit pour rompre l’équilibre de tous les autres. Ainsi, une cause de maladie, en agissant sur une seule partie, et en modifiant dans celte partie l’état des substances, soit pondérables, soit impondérables, exerce souvent, au moyen d’une série demodifications qui s’enchaînent entre elles, son influence jusque sur les parties les plus éloignées, quand celles-cisontdouéesd’uneréceptivilé particulière pour cette cause morbifique. Lorsqu’on soustrait certains matériaux organiques en un point quelconque du corps, on empêche ces matériaux et d’autres analogues de s’accumuler dans un autre point ; c’est sur ce fait qu’est basée la méthode des évacuations opérées sur un organe autre que l’organe souffrant. L’accroissement de l’activité organique dans une partie détermine un accroissement analogue dans un grand nombre d’autres parties. L’augmentation de l’activité vitale dans les organes génitaux se lie avec la réproduction du bois chez le Cerf; chez l’Homme, elle entraîne également des modifications particulières dans beaucoup d’organes, modifications que prévient la castration.

Ces phénomènes de statique sympathique doivent être distingués en deux ordres. En effet, les premiers dépendent surtout de l’action réciproque que les particides élémentaires des tissus, qui étaient primitivement des cellules , soit chez les plantes, soit chez les animaux, sont capables d’exercer les unes sur les autres; les seconds s’effectuent principalement par l’intermédiaire du système nerveux. La sympathie des éléments de tissu, en d’autres termes, la sympathie organique ou végétative générale, qui est évidente dans une multitude de phénomènes pathologiques, où l’on voit certains changements matériels se propager graduellement au loin, se développe avec lenteur et en vertu de l’affinité qu’ont les unes pour les autres les particules élémentaires des tissus homogènes. La sympathie animale, dont la propagation s’effectue à l’aide des nerfs, marche en général beaucoup plus rapidement ; elle peut également déterminer des changements matériels dans des parties étrangères aux nerfs, souvent même à des distances considérables du point de départ de l’irritation. Cependant, ce phénomène ne dépend pas d’un changement matériel toujours le même, qui s’étendrait du point de départ jusqu’au point terminal, en affectant tous les points intermédiaires; mais tons ces changements organiques dépendent d’un foyer particulier unique dont les fibres nerveuses conduisent les irradiations.

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