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CHAPITRE IL — Systèmes d'organes des animaux

§ 60. — La comparaison des animaux avec les végétaux a suggéré aux anciens physiologistes le mode de classification qu’ils ont adopté pour les différentes fondions qui s’accomplissent dans l’économie animale.

Ainsi, l’on adonné le nom de fonctions organiques ou vitales à celles qui paraissent communes aux plantes et aux animaux. Les fonctions ainsi nommées ont pour but la création et la conservation de chacune des parties qui constituent une individualité indépendante. Ici, c’est l’affinité organique qui se manifeste et se déploie, sous l’influence des causes essentielles de la vie. Les fonctions qui distinguent spécialement l’animal, c’est-à-dire, les sensations, les mouvements, les idées, etc., semblent être le but de l’existence animale; elles caractériseraient l’animal, alors même qu’elles ne dureraient qu’un instant. Les anciens ont donné à ces dernières fonctions le nom d 'animales, par opposition aux fonctions organiques.

Une troisième série de phénomènes comprend tout ce qui se rapporte à la formation de nouveaux germes dans un individu, ainsi qu’a la séparation et au développement de ces germes ; ces phénomènes ont encore pour but d assurer la pérennité de l’espèce, pendant que les individus périssent.

Cette classification a ses avantages; mais elle a ses inconvénients, car elle peut donner lieu à de fausses interprétations. La force qui détermine le développement du germe est identique avec celle qui conserve et régénère incessamment l’organisme individuel. Ainsi donc, la force végétative, la force motrice et la force sensitive seraient, pour ainsi dire, les forces fondamentales qui agissent dans l’animal vivant. Cependant, lorsqu’on réfléchit davantage sur ce sujet, on se demande si cette division n’est pas encore artificielle.

11 nous semble qu’il vaut mieux considérer ces formes principales comme différents modes d’action d’une seule et même force primordiale, vis essenlialis , inhérente à tout organisme animal, et admettre que la diversité des effets produits par cette force unique dépend seulement de la différence de composition des divers organes. Car il nous parait absurde de supposer, d’un côté, que la force végétative crée la substance nerveuse, et, de l’autre, que l’action des nerfs une fois formés dépend ensuite d’une force différente de celle qui à créé la substance nerveuse elle-même. Le principe vital qui agit dans les animaux crée toutes les parties essentielles à l’idée de l’animalité et combine les éléments de ces parties, de telle sorte, qu’il en résulte pour l’animal la faculté de se mouvoir, ainsi que celle de sentir, c’est-à-dire, en d’autres termes, la faculté de transmettre les impressions à un organe central auquel vont aboutir toutes les sensations et d’où partent toutes les actions réflexes. Les organes doués de la faculté de transformer les substances qui doivent servir à la nutrition de l’individu, les organes de mouvement, les organes au moyen desquels le centre nerveux reçoit les impressions et effectue les réactions, sont tout simplement des produits différents de cette première et unique force animale, de ce primum movens qui crée et régénère toutes les parties du corps.

§ 61 . — La première série d’organes comprend ceux qui servent à la régénération de l’organisme, la seconde, les muscles, et la troisième, les nerfs. Il existe encore d’autres parties qui ne reçoivent de la force organique créatrice que de simples propriétés physiques, comme la dureté, l’élasticité, la ténacité, etc. : tels sont les os, les cartilages, les ligaments et les tendons

Les glandes, par exemple, grâce à la nutrition et à la régénération de leur tissu

par le sang, jouissent de la propriété d’attirer certaines parties constituantes de ce liquide, d’en former de nouvelles combinaisons, puis de les sécréter. C’est aux phénomènes delà nutrition et de la régénération incessantes de leur tissu au moyen du sang que les muscles doivent de pouvoir attirer leurs propres particules, c’est-àdire de pouvoir se contracter sous l’influence de certains stimulus ; la contractilité musculaire est le résultat de la nutrition et, par conséquent, ne constitue pas une force spéciale ou un principe distinct de la force organique créatrice. Il en est de même pour les nerfs. C’est encore à la force primitive, qui détermine la formation et la régénération du tissu nerveux par le sang lui-même, que les nerfs doivent la faculté de manifester les phénomènes vitaux qui sont propres à leur tissu. Mais, toutefois, il semble que la force organique créatrice et nutritive se comporte d’une manière indifférente relativement aux propriétés sensitives ou motrices.

En faisant abstraction des parties qui ne reçoivent de la force organique créatrice que les simples propriétés physiques de l’élasticité, de la solidité, etc., on peut classer de la manière suivante les autres systèmes principaux de l’organisme animal:

1° Organes qui modifient la composition des fluides pour les mettre en rapport avec les besoins de l’économie. Tels sont les organes de sécrétion, les vaisseaux sanguins et lymphatiques , les poumons. La fonction spéciale accomplie par ces organes n’est pas la nutrition, car celle-ci s’opère dans tous les tissus. Elle a pour but de modifier dans leur combinaison organique les fluides qui se trouvent en contact avec les organes dont nous parlons, modifications qui s’opèrent sous l’influence de l’affinité organique qui existe entre les fluides et les tissus propres de ces organes.

2° Organes musculaires. Les muscles se contractent , lorsque certains stimulus agissent sur eux. Leurs fibres se raccourcissent en s’infléchissant vers le point où il se produit un changement dans leur substance. Haller a donné le nom A'irritaiilité à la propriété qu’ont les muscles de se contracter sous l’influence des irritations mécaniques, chimiques et électriques. Les parties musculaires possèdent seules l’irritabilité hallérienne, l’excitabilité, qui caractérise d’autres tissus, étant d’une nature différente. Quelques écrivains ont détourné le terme d’irritabilité de son sens véritable , et y ont attaché des idées tout— à-fait fausses. C’est ainsi qu’ils ont parlé d’une irritabilité nerveuse, comme si les nerfs pouvaient éprouver des modifications tantôt dans leur irritabilité, tantôt dans leur sensibilité. Dans le corps vivant l’action des muscles est toujours déterminée par les nerfs , qui s’y * distribuent, et toute cause qui altère la composition de ces nerfs, quelque légèrement que ce soit, provoque, pour ainsi dire, une décharge de la force nerveuse, décharge dont le résultat est la contraction des muscles. Aussi, l’étude des mouvements ainsi que des affections spasmodiques et paralytiques amène naturellement à rechercher quelles sont les lois qui président à l’action des nerfs. Tout changement de composition matérielle qui s’opère dans l’organisme s’accompagne de mouvements, comme le prouvent les fondions de la génération, de la nutrition et de la sécrétion. L’affinité organique qui existe entre le sang et les organes produit les mouvements de turgescence ou d’érection. On doit donc se garder de croire que les muscles soient les seules parties susceptibles de mouvement ; mais le tissu musculaire et les tissus qui s’en rapprochent sont les seuls qui se meuvent par l’effet de la contraction et de la flexion de leurs fibres. Toutes les parties, qui, n’étant pas réellement musculaires, possèdent néanmoins le pouvoir de se contracter de celte manière, le doivent à la présence de substance musculaire, particulièrement à des fibres musculaires qui sc trouvent mêlées à leur tissu : tels sont

les conduits ellérents des glandes, qui sont réellement contractiles, ainsi que nous le verrons plus tard.

3° Les nerfs se distinguent en nerfs moteurs et sensitifs. Les nerfs moteurs sont ceux qui, sous l’influence du moindre changement dans leur état, changement dont la nature échappe à l’observation , déterminent des mouvements dans les organes musculaires. Les nerfs sensitifs doivent ce nom ù la faculté qu’ils possèdent de transmettre tout changement qui survient dans leur état au cerveau, c’est-à-dire, à l’organe central qui peut ensuite exercer sur tous les autres organes une action réfléchie. Il n’y a pins de sensations, dès que l’on interrompt la communication des nerfs avec le cerveau. Ce sont les nerfs cérébro-rachidiens qui sont les excitateurs des mouvements volontaires des muscles; mais, pour que les mouvements musculaires présentent ce caractère, il faut nécessairement que les nerfs soient en communication avec le cerveau et la moelle épinière, et reçoivent l’influence de ces organes. Ces mômes nerfs, il est vrai, qu’ils communiquent ou non avec les centres nerveux, provoquent aussi des contractions musculaires involontaires, dès qu’il survient un changement dans leur étal. Les parties , au contraire, qui sont susceptibles de mouvement, mais qui dépendent du nerf grand sympathique, sont soustraites à l’empire de la volonté, et ne sont soumises que jusqu’à un certain point à l’influence du cerveau et de la moelle épinière. Cette influence est rendue possible par les connexions qui existent entre le nerf sympathique et les nerfs cérébro-spinaux. C’est surtout dans les nerfs que se manifeste d’une maniéré évidente la mobilité du principe organique, sans qu’aucune substance pondérable soit mise en mouvement. L’action des nerfs est nécessaire à l’exercice de toutes les fondions de l’économie, attendu que toutes les parties , au moyen des changements matériels produits dans la substance nerveuse , réagissent sur le cerveau et la moelle épinière, et reçoivent à leur tour des centres nerveux certaines influences indispensables à l’accomplissement de leurs fondions particulières. Tous les systèmes d’organes s’engrènent, pour ainsi dire, de differentes manières les uns avec les autres. C’est seulement aux nerfs qu’ils reçoivent dans leur tissu, que les divers organes doivent leur sensibilité. Lorsque les organes qui ont pour fonction de modifier la composition chimique des fluides possèdent la faculté de se contracter, ils la doivent aux fibres musculaires qu’ils contiennent. Enfin, toutes les fois que, dans un organe doué de propriétés vitales particulières, il s’opère une sécrétion, on y rencontre constamment aussi un tissu spécial destiné à l’accomplissement de cette fonction ; tel est le cas, par exemple, des organes sensoriels, où il existe des tissus particuliers chargés d’efifectuer certaines sécrétions.

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