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Siège distinct de la sensibilité et de la motricité

DANS LE système NERVEUX.

A. — DÎTÎsîon phyttologûiQe été nerfs raehîdSeai el de la moelle épîaSère.

Dès la plus haute antiquité, on s'est demandé comment il se fait que, dans des parties jouissant encore de la liberté de leurs mouvements, lasensibilité puisse s'éteindre, ou que réciproquement, celle-ci étant intacte, les mouvements y deviennent impossibles : aussi les simples prévisions du raisonnement avaient-elles déjà fait supposer la division des organes nerveux en ceux du sentiment et ceux du mouvement.

SitoE DISTURCT DE LA SERS1B. ET D£ LA MOTRICITÉ DANS LE SYST. NERVEUX. 109

I- — Au rapport de Rufus d'Éphèse (1), Érasistrate admettait deux sortes de nerfs, les uns sensitifs, les autres moteurs, et faisait dériver les premiers des méninges, les seconds du cervelet et du cerveau.

Galien (2) surtout avait fixé son attention sur ce point. Il reconnaît trois espèces de nerfs : les uns durs, destinée au mouvement ; les autres mous, destinés aux sensations ; puis des nerfs mixtes possédant à la fois la faculté sensitive et motrice. Ces différences d'usage résultaient, selon lui, d'une différence dans les origines de ces nerfs. Galien cite, à cette occasion, dans divers passages de ses écrits, l'observation du sophiste syrien Pausanias, qui, étant tombé de voiture, avait reçu, entre les deux épaules, un coup violent, dont la conséquence avait été une paralysie du sentiment aux deux derniers doigts et à la moitié du doigt du milieu. Vainement d'autres médecins avaient appliqué divers topiques sur les doigts malades; Galien seul reconnut que la source du mal était à la moelle épinière, au point d'émerlence des nerfs, et qu'il fallait diriger les moyens thérapeutiques vers ce i pot: en effet, sa médication fut heureuse. Pour tirer de leur surprise ccox qui ne comprenaient pas comment Tapplication de ces moyens à la colonne épinière avait pu faire disparaître une anesthésie des doigts, Galien leur expliqua que des nerfs de sensibilité propres à ces organes viennent directement de la moelle^ d'oti émergent aussi des nerfs de mouvement qui sont distincts des premiers^ et que c'est ainsi que la peau ou les muscles peuvent se paralyser isolément. Galien, qui d'ailleurs avait exécuté des expériences si curieuses sur la moelle épinière (3), expériences sur lesquelles nous aurons à revenir en détail, n'avait donc plus qu'un pas à faire pour découvrir les usages spéciaux des racines antérieures et postérieures des nerfs rachidiens.

Beaucoup d'anciens anatomistes, parmi lesquels je citerai surtout Dulaurens (4), embrassèrent Topinion de Galien.

Boerhaave (5) s'en montre le partisan, quand il emploie ces paroles remarquables : « Ex hac medulla exit duplex genus nervosuniy tinum motuiy olterum sensui inserviens, nec unquàm inter se communicans, . . Quts dicet hic : Hoc movet, hoc sentit? n

ft A l'égard des aniniaux qui ont une moelle épinière, dit notre célèbre naturaliste et philosophe Lamarck (6), il part de toutes les parties de leur corps des filets nerveux d'une extrême finesse qui, sans se diviser ni s'anailmoser^ vont se rendre au foyer des sensations; quant aux nerfs qui sont destinés au mouvement musculaire, ils partent vraisemblablement d'un autre

(0 Rufus (d*Éphè»e), De partibus corporis humant, Irad. latine, édit. de Goupyl. Paris,

P) Gaukr, De administr, anaiom,^ cap. i. — De meihodo medendù — De locts affeciïs, ™. 1, cap. Ti; lib, m, cap. xiv; lib. IV, cap. v el vu.

(3) Galieh, De anatom, administr., lib. VIII, cap. v, p. 676 et suiv., édil. de Kiihn. Wpof, 1821 ; cap. IX, p. 696 el 697, édil. cil. — Ibid,, cap. vi et vui.

(4) DuLAUREifs, Historia anatom, hum. corpor, et singul. ejuspart,, trad. en firançaispar 'béophile Gelée. Paris, 1639, passim.

(5) BoEEHÀAVE, De morhis nervorum, ln-12, 1761, t. Il, p. 695 et 696.

(6) Laiabck, Philosophie zooiogiquc, t. II (1809), p. 260 el suiv.

liU raOffBIÉltS ET FONCTIONS DU SYSTÈME NERTEUX EN GÊNÈBAL.

:^<*'. xii coQStitueut, dans le système nerveux^ un système particulier disjuci àe celui des sensations, comme ce dernier Test du système qui sert iii\ joies de Tentcndement. »

Ces idéi's théoriques de Lamarck sont devenues les principes de la docintic do Ch. Bell, doctrine dont la clef se trouve en effet dans ces deu pivpositions calquées sur celles qui précèdent : !• Les nerfs à fonction dilTorontos émergent de foyers distincts, soit dans la moelle épinière, soit duus IVucéphale. — 2* Chaque filet nerveux possède une propriété particulièiv, indépendante de celle des autres filets voisins, et il la conserve dans tiiut son trajet.

Dans le passage rapporté plus haut, bien évidemment Boerhaave n'a pas voulu désigner les deux ordres de racines spinales^ mais seulement les tll(*ls nerveux primitifs appartenant indifféremment aux racines antérieures ri postérieures. Alex. Walker (i) est le premier physiologiste qui, en 1809, ait v\\ l'ingénieuÀC pensée d'attribuer des fonctions distinctes à ces deux Hortrs de racines. Mais, ne s'appuyant sur aucune donnée expérimentale un palhologique, il s'est mépris sur les usages propres à chacune d'ella: Nulviiiil lui, les racines antérieures des nerfs rachidiens et les colonnei ixuVhmmis de la moelle transmettent les impressions, tandis que la \ïu\tU'M id le<» colonnes postérieures conduisent le principe des mouve- Mii^iil*» — Toujours est-il qu'à Walker revient le mérite d'avoir tracé la vol«r Hn% «rxpériences qui, deux années plus tard^ firent tant d'honneur i t'Ai. Ut:\l '2>.

A ^Ai. iU'M commence une ère nouvelle et féconde pour l'étude du sys-

l/;ro': Ut^tMtUX»

t,â tUttùitrXutti entre les nerfs moteurs et les nerfs sensitifs^ fondée tt'HUhttl \»Ht t'Jti auteur sur la différence des foyers d'émergence^ puis ccm* ft//o/': \$Ht i «'Xpéhmentation et la pathologie^ est une des plus belles dét'^,uM'fU:it |/tj> biologiques des temps modernes. Mais, comme toute vérité nuh ottînt )!ij|H;rieur, celle-ci n'a atteint son développement qu'à l'aide *\'i.1tfétU lUiU et î»uccessifs, et Ch. Bell lui-même n'est point parvenu à état,:,: 0,'jt :«;i: points de sa doctrine sur des preuves sufiisantes.

^^ *,h}û*fioigï^U: éminent institua, la premier, des expériences sur les #«/ .un tUch tiisrh spinaux et sur les faisceaux de la moelle épinière^ dans ( ié*,/A c > découvrir le siège distinct de la sensibilité et de la motricité. Il ê,f/**i «jypnrud 9 qu'ayant fendu le canal de l'épine sur un lapin récemment tfi'/f*. .. tiMjva que l'excitation de la partie antérieure de la moelle cause o - 'y,?j..'ô«:lioiJb mu^îCulaircN ùeaucmtp plus constamment que l'excitation de SK ;,*."'•..<: >o^l/rri<MJ^e; — qu'après avoir misa nu les racines des nerfs spinaux^ .. **,K'y« à<rî lacineîî postérieures sans déterminer de contractions, tandis

'4, kièi Wiiïftfc. Ar'hiift t,f /'mtv>rva/S<i>n4P, juillet 1809, t. 111, p. 172.

li^f *>* tetif,, -«« l'i»-*! of a .Ww Anntomy of ihc Bravu London, 1811, dans ATflrra/trf «/

f /y;*///''/^r '//<«/ f.MAitULk HtLL ui Ihe Senout Syxtern, by Alex. Sbaw. London, 183i,

t# «4 MM*. 'yw.HUtn «UMÎ : Erposition du systèfne nalurct des ntrfi^ par Cl. BblL,

l. ^M4- <^ UM«t VMtià, 1825.

SIÈGE DISTIHGT DE LJL 9BN8IB. ET DE LA MOTRICITÉ DANS LE 8Y8T. NERVEUX. 111

qo'eD excitaol avec la pointe d'un scalpel les racines antérieures, les muscles entrèrent immédiatement en convulsion. »

Ces expériences parurent démontrer à Gh. Bell que les racines anté* rieares des nerfii de Tépine^ avec là colonne antérieure de la moelle, ont for le système musculaire une influence propre à laquelle sont étrangères les racines postérieures. « C'est alors^ ajoute-t-il, que je compris le but de la double connexion d'un nerf rachidien avec la moelle, et que tout nerf exerçant une double influence devait ce privilège à deux racines. »

Noos considérons ces expériences de 1811, faites sur les racines spinales à l'aide des irritants mécaniques, comme très-probantes : le même proeidé a été mis en usage, avec les mêmes résultats^ par nous-méme, sur un giand nombre d'animaux différents. Ne sait-on pas, en effet, que les nerfs aeiilement moteurs, comme l'hypoglosse, le facial, le moteur oculaire commun, etc., séparés de Tencépbale et irrités mécaniquement, peuvent nuciter des contractions; tandis que l'irritation mécanique des nerfs de teaùbilité, également isolés, comme les branches de la portion ganglionmire du trijumeau, par exemple, ne donne lieu à aucune oscillation de la fibre musculaire ? ~ Ch. Beil a donc eu raison de conclure de ce fait expérimental très-simple que les racines antérieures exercent sur la contraction du système musculaire une influence directe à laquelle sont étrangères les racines postérieures; il confirme d'ailleurs son induction par une autre expérience, dans laquelle, après la section des seules racines postérieures MT m lapin vivant, les muscles conservèrent entièrement leur myotilité* • Après cette section, dit-il, la douleur accompagnant l'opération nous empêcha de juger du degré de sensibilité de la partie où se distribuaient CCS racines. » — On voit que, sans l'avoir démontré d'une manière absolue, Gh. Bell soupçonne que le rôle des racines postérieures est relatif à la sensibilité.

Quant aux résultats que cet auteur a obtenus de ses expériences sur la moe/fc épinière, ils ne peuvent servir à avancer la solution du problème qui nous occupe, puisqu'il avoue lui-môme avoir provoqué des contractions musculaires en excitant les cordons médullaires postérieur et antérieur^ sur l'animal mort, et môme n'avoir jamais été sûr de léser isolément Tun ou l'autre.

Depuis que Ch. Bell avait fait connaître les expériences précédentes, dix aimées s'étaient écoulées, pendant lesquelles il avait professé publiquement ses nouvelles idées sur le système nerveux, quand John Shaw, son élève cl son parent, vint à Paris vers la fin de l'année 1821. Il répéta, à l'école d'Alfort, en présence de' Magendie, Dupuy et Spurzheim, les expériences récentes de Ch. Bell sur les nerfs moteurs et serisitifs de la face. Ce fut après cette entrevue avec Shaw, que Magendie (1) rendit compte des recherches de Ch. Bell sur les nerfs de la face et sur les nerfs respiratoires; tout eri

(i) Mâgkndiê, Jnum. dephysioL expéiiment,, t. 1, n" (le décembre 1821.

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