INTRODUCTION
Toos les corps de la nature obéissent à des lois fixes et immuables. L'astronomie, étudiant avec la rigueur des sciences mathématiques les mouvements des sphères célestes, nous enseigne comment, sousUinfluence de la gravitation, elles tournent dans l'espace sans s'écarter jamais de leurs orbites. La chimie, descendant chaque jour plus profondément dans l'intime composition des corps, nous révèle comment leurs molécales s'unissent ou se combinent en des proportions définies ; et, bien que née d'hier, elle est déjà parvenue à déterminer les principaux éléments des matériaux qui constituent la terre et les êtres vivants. La physique démontre suivant tfuelles lois invariables se produisent et se manifestent la chaleur, l'électricité, la lumière, etc. Mais ni la physique ni la chimie n'ont pu suffire jusqu'à présent et sans doute ne suffiront jamais pour expliquer tous les phénomènes que présentent les corps vivants. C'est à la physiologie qu'il appartient d'étudier spécialement ces phénomènes et d'en formuler les lois.
11 ne nous est pas donné de savoir combien il a fallu de temps à la Nature avant de manifester la vie; mais si, remontant le cours des siècles, nous assistons par la pensée à la formation de notre globe, nous reconnaîtrons pourquoi la vie n'a pu apparaître qu'après les autres phénomènes naturels. La terre n'a été, dans le principe, qu'une masse incandescente, et, après avoir commencé à se refroidir à sa surface, elle a dû, pour se constituer, rester nombre de siècles exposée à des révolutions incompatibles avec la vie. Nous voyons, en eflTet, que ses couches les plus anciennes ne recèlent rien qui fût organisé ; que c'est seulement dans des terrains de formation comparativement récente
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que se montrent des végétaux dont les débris carbonisés nous apprennent à la fois et l'antique existence et l'infériorité. Puis, paraissent aussi des animaux, et les premiers qui sont produits n'occupent qu'un rang inférieur dans l'échelle de l'animalité.
A ne considérer que les faits généraux, on a donc pu dire, sans trop s'écarter des données actuelles de la paléontologie, que la Nature en travail avait enfanté des êtres vivants de plus en plus élevés, depuis la plante jusqu'à l'homme que nous ocMisidéroiis comme le type de la perfection, sans doute par impuissance à comprendre quelque chose de plus parfait, un être créé supérieur à nous.
Toujours est-il qu'il fallait que notre globe eût subi un certain refroidissement à sa surface pour que l'eau pût y exister à l'état liquide et nourrir des organismes d'abord élémentaires, puis d'autres de plus en plus compliqués. Il fallait aussi une atmosphère et un sol où les plantes pussent germer; il fallait des plantes pour nourrir les herbivores ; il fallait des herbivores pour nourrir les animaux carnassiers et l'homme ; il fallait enfin que les animaux et les plantes mourussent pour rendre au monde inorganique les matériaux qu'ils en avaient reçus, matériaux propres à devenir les éléments de plantes nouvelles destinées elles-mêmes à nourrir de nouveaux animaux.
Ainsi tout se continue, tout s' enchaîne ; la vie entretient la vie, et la mort sert à la renouveler suivant des lois éternelles.
Mais d'où est venue la première plante ? d'où est venu le premier animal? d'où vient l'homme ? Devant ces questions insolubles, notre intelligence re^te confondue et impuissante. Il faut donc reconnaître des limites qu'on ne saurait franchir, et, dans l'étude de la vie, se rappeler toujours qu'il s'agit, pour nous, d'observer seulement les phénomènes, d'en étudier les lois, et nullement d'en rechercher les causes premières.
Cette manière de procéder n'est pas d'ailleurs spéciale à la physiologie, elle est la même pour toute science positive. Qu'est-ce que la gravitation ? Qu'est-ce que Y affinité? Des forces dont on étudie les manifestations, des causes secondes dont on constate les effets, mais dont les sciences exactes se gardent bien de rechercher l'essence. Qu'est-ce que la vie elle-même? C'est ajissi une force dont nous devons étudier les manifestations, une cause seconde dont nous avons à constater les effets, tout en nous abstenant d'en vouloir pénétrer le principe. Malheureusement le langage nhysiologique, emprunté à la langue vulgaire, n'est pas aussi rigoureux ' devrait être, et il confond dans la même expression la cause des
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phénomènes vitaux et le résultat de ces phénomènes. Ainsi, quand un corps se meut en vertu delà gravitation, la gravitation est la cause, le mouvement est l'effet ; quand deux corps se combinent en vertu de leur affinité, raffinitéest la cause, la combinaison est l'effet; tandis que, dans un corps organisé vivant, on appelle vie la cause qui le fait vivre, et l'effet de cette cause s'appelle encore la vie. Pour lever cette difficulté, on aurait pu nommer vitalité la cause et réserver le nom de vie à l'effet lui-même. Cependant il ne nous parait pas nécessaire de recourir à cette distinction, et chacun doit comprendre que, suivant les circonstances, le même mot puisse avoir des significations diverses. C'est, en partie, pour n'avoir pas suffisamment établi cette différence que d'interminables discussions ont eu lieu sur la question de savoir si la vie est cause ou effet. Pour nous, elle est cause et effet, ainsi que la Nature, mot qui désigne tantôt la cause créatrice de l'univers (natura natu^ rans)y tantôt la réunion des choses créées {natura naturata).
La vie, comme peut l'étudier le physiologiste, est l'ensemble des fonctions qui distinguent les êtres organisés des corps inorganiques : ainsi considérée, elle est un effet de l'exercice des fonctions. Mais ces fonctions elles-mêmes ne s'exercent qu'en vertu d'une force inconnue dont nous ne voyons que les manifestations : alors c'est la vie envisagée comme catdsey problème dont jusqu'ici on a bien vainement cherché la solution. — La physiologie est donc la science qui a pour objet l'étude des fonctions dont l'ensemble constitue ce résultat qu'on nomme la vie.
Malgré la curiosité légitime qui a toujours porté l'homme à s'étudier lui-même, cette science n'a commencé que depuis moins d'un siècle à acquérir quelque exactitude. Un court aperçu historique sur les principales doctrines de la physiologie nous montrera comment elle a dû rester si longtemps dans les ténèbres, comment elle a pu en sortir en s'éclairant au flambeau d'autres sciences.
La philosophie des premiers temps comprenait dans son vaste cadre toute la variété des connaissances humaines. Alors aussi, les sciences n'existaient encore qu'en germe dans l'esprit des philosophes qui devançait les faits. La physiologie ne peut exister comme science qu'au moyen de l'observation, de l'expérimentation et du raisonnement. Mais l'observation est lente, l'expérimentation est difficile ; elles ne pouvaient donc convenir à l'esprit ardent et généralisât eur des philosophes de l'antiquité. Le raisonnement enfanta des systèmes dont plusieurs, séduisants
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par eux*mêmeSy puissants par le génie des hommes qui les imaginèrent» eurent une influence sensible et durable sur la physiologie.
Mentionnons, seulement pour mémoire, l'opinion émise dans les doctrines religieuses de l'Orient : pour expliquer tous les phénomènes réputés inexplicables, Dieu était toujours là, prêt à intervenir activement, matériellement. L'humanité, dans l'enfance, était, comme est encore l'enfance dans l'humanité, satisfaite d'un mot qu'elle ne pouvait comprendre, et elle croyait ainsi se rendre compte de faits qu'elle ne comprenait pas.
Thaïes de Milet parait avoir donné, le premier, une théorie de l'origine des animaux : il les faisait provenir, ainsi que les autres choses terrestres, de l'eau, dont tout émanerait.
Pythagore (1) faisait du corps une dualité mue par Vuniiéy symbole de la force primitive ; il plaçait le principe de la vie dans la chaleur et admettait que l'homme est un abrégé de l'univers régi par l'ordre à qui tout est soumis.
Alcméon (2) plaça dans le sang le principe de la vie, opinion qui est aussi exprimée dans la Bible (3) et que nous retrouvons chez quelques populations polynésiennes de nos jours (i). Mais il considérait le cerveau comme le siège de l'âme et établissait ainsi une distinction entre l'âme et la vie.
Empèdocle (5) imagina que les quatre éléments qui composent la Nature se retrouvent dans le corps humain où ils forment les deux oppositions de froid et de chaud, de sec et d'humide. Pour instituer sa théorie, il emprunte, afin de les grouper, les éléments que d'autres avaient considérés avant lui comme principes delà vie : àThalèsl'^ai/, à Anaximènes l'âtr, àXénophane la terre et à Pythagore le feu. Mais c'est à ce dernier élément qu'il attribue le plus d'importance: le feu, suivant lui, est le principe dominant, et l'homme doit la plupart de ses facultés à l'âme qui est identique avec la chaleur, émanation du sang.
Cette influence de la chaleur est encore admise par Démocrite, qui explique la plupart des phénomènes de la vie par l'existence d'atomes doués de la faculté .de s'attirer ou de se repousser (6) . Cette doctrine est aussi celle d'Épicure et des philosophes de son école.
(!) DiOG. UUT., lib. Vni, cap. xxxv.
(2) Galenus, De elementis^ Ub. I.
(3) GenèsCj th. ix.
(4) Màioibi, On account of the natives on the Tonga Isiands. 1817.
(5) DiOG. Labrt., Ub. IX.
(0) CiCEBO, De êuit. deor.