EFFETS DE LA SUSPENSION DE LA RESPIRATION
tellement raréû^^ qu'il n'avait plus qu'une tension de 1 à 2 millimètres (Biot). Les limaçons peuvent demeurer vingt-quatre heures dans le vide sans être incommodés, et ne meurent, en général, qu'au bout de deux ou trois jours (Spallanzani).
Nous avons dit, en ce qui concerne spécialement les mammifères^ que Vâye influe sur la rapidité de la mort par asphyxie. En effet, les nouveaunés de cette classe d'animaux résistent bien plus longtemps que les adultes à la suppression de la respiration. Ce fait^ déjà reconnu par Rob. Boyle (1) Méry (2) Haller (3) et Buffon (û), a été vérifié plus tard par Legallois (5) et par W. Edwards (6). Met-on comparativement, sous le récipient de la machine pneumatique, par exemple un chat adulte et un chat nouveau-né, le second vivra environ trois fois plus longtemps que le premier (Boyle, Méry). La dilTérence est encore plus sensible quand on fait périr par submersion, avec leur mère, des mammifères (chiens, chats ou lapins), qui viennent de naître : celle-là meurt en trois ou quatre minutes, et ceux-ci peuvent être rappelés à la vie même au bout d'une demi-heure (Haller, Buffon, Legallois). Ils résistent mieux aussitôt après la naissance que vingtquatre ou quarante-huit heures plus tard; et, dès le cinquième jour, au lieu de pouvoir sumvre, comme d'abord, à une submersion d'une demiheure, ils ne la supportent plus guère que la moitié de ce temps (Legallois). Du reste, il est digne de remarque que les mammifères qui naissent avec les paupières ouvertes, le corps couvert de poils, et qui peuvent se soutenir et marcher dès les premiers instants, s'asphyxient plus rapidement que ceux qui naissent avec les paupières fermées, comme le lapin et la plupart des carnassiers. Cette observation est due à W. Edwards (7), qui, de plus, a reconnu que les nouveau-nés de la première catégorie absorbent plus d'oxygène, exhalent plus d'acide carbonique et se refroidissent moins facilement que ceux de la seconde.
Faut-il croire que, dès que le fœtus a respiré, il ait perdu par cela même son privilège de résistance à l'asphyxie, pour se trouver aussitôt dans les conditions de l'adulte? Les expériences de Buffon (8), confirmées par celles de Legallois (9), ne sauraient laisser aucun doute sur la négative : une chienne, attachée à un baquet rempli d'eau, y mil bas, et à l'instant même deux de ses petits, avant qu'ils eussent respiré, furent plongés dans du lait tiède d'où on les tira vivants au bout de trente minutes. Après qu'ils curent respiré au dehors pendant ce môme temps, on les replongea dans le lait
(1) Rob. Boyle, Philos. Trans.^ ann. 4670, t. V, p. 2011.
(2) MÉRY, Mém, de CÂcad. des se. de Paris, année 1693, t. X, p. 397. 3) Haller, Elementa physiologiœ, i. III^ p. 31A.
(4) Bltfon, Histoire naturelle générale et particutièref L U, p. 447 (édit. de riroprimerie royale).
(5) Legallois, Expér. physiol. tendant à faire connaître le temps durant lequel les animaux peuvent c'tre sans danger privés de respiration. Paris, 1835, in-4.
/6) W. Edwahds^ Influence des agents physiques sur la vî'e, p. 171.
(7) W. Edwards, loc. cit.
(8) IUtfon, loc. cit,
(9] Legalloss, mém. cité.
718 DE LA fi£&PUUT10N.
duraot eacore une demi-beure, après laquelle ils furent trouvés pariaikment Tivauts. Pour la seconde fois, ils respirèrent en toute liberté pendam une autre demi-heure; puis, reportés dans le lait tiède, ils en fi(»1ireot,aii bout de ce même laps de temps, presque aussi bien portants qu'apréaU première épreuve.
De pareils faits concordent avec ces exemples d'enfants aouveau-o?^ qui, retrouvés dans des pièces d'eau ou même dans des fosses d'aisance. ont pu être conservés à la vie, quoique le temps écoulé depuis leur suir mersion ne légitimât guère l'espoir de les sauver.
Cette faculté que possèdent les nouveau-nés des mammifères, de supporter plus longtemps que les adultes la nupension de la respiration, dhc auteurs la regardent comme incontestablement liée à Tezistence du troc de Botal et du canal artériel. Cela peut paraître présiunable^ mais Ile^: aucunement démontré.
B. — 11 a été établi précédemment que les animaux à respiration poissante (oiseaux et mammifères], plongés dans le vide, cessent de vivre aphr environ une minute; tandis que ceux qui respirent faiblement^ conuneli plupart des animaux inférieurs, supportent bien plus longtemps la privr tion absolue d'air atmosphérique. Une autre observation, qui estennp* port avec cette différence de résistance à l'asphyxie, a été faite ultérieunment : il est des animaux qui périssent, dans l'air confiné ^ bien longtemps avant d'avoir consommé, par leur respiration, tout l'oxygène que cet ai' renferme; d'autres y vivent jusqu'à ce qu'ils l'aient dépouillé de la pre^qototalité de son principe vivifiant — Ainsi, d'après Lavoisier (1), l'existCDO d'un animal supérieur n'est déjà plus possible^ dès que Tair ambiant? perdu environ 10 pour 100 d'oxygène par le fait de la respiration ou p^' une autre cause. Dans l'exploitation de certaines mines, lorsque l'air lcontient que 10 ou même 15 pour 100 d'oxygène (en volumes], les our^ic^ courent les plus grands dangers s'ils ne se h&tent de sortir d'un part", milieu : au bout d'une à deux minutes^ ils éprouvent des vertiges J(> nausées, des défaillances, de la dyspnée, etc., tous les accidents qui peovent aboutir à une asphyxie complète. Du reste, le danger est signalé pi' les lampes qui ne manquent jamais de s'éteindre dans toute atmosphérf renfermant moins de 15 à 16 pour 100 d'oxygène; que cette atmosphère contienne, avec une aussi faible quantité d'oxygène, une forte proportion d'azote ou bien une proportion relativement assez considérable d'acide carbonique ou de tout autre gaz.
L'expérimentation a également démontré qu'un oiseau, qd pourrxvivre durant douze heures sous une cloche d'une certaine capacité renfermant de l'air ordinaire dont la pureté serait maintenue par l'absorplion incessante de l'acide carbonique à l'aide d'une dissolution de potasse,} succombe en moins d'une heure, si l'air, tout en étant maintenu eieropt d'acide carbonique, ne contient que 15/100 d'oxygène et 85/100 d'azote
(1) Lavoisier, Deuxième Mémoire sur la respiration {Mém, de chim,^ U Vf, p. 22^.
EFFETS PRODUITS PAR L*INSUrFifiAKGE £T PAR LA YICIATION DE L'âIR. 719
a été aus&i reconim que^ dans une atmosphère composée de 10 d'oxy* [fDe et de 90 d'azote» une souris ue tarde guère plus de cinq minutes à asphyxier (1).
Au contraire^ les poissons (tanches) ne commencent à souffrir bien maîfcstement et à s'asphyxier que quand Voxygène de l'air dissous dans l'eau ;t réduit à environ 7 pour 100 {*); et, chez les grenouilles, ce n'est que ms une atmosphère où la proportion d'oxygène est descendue à 3 pour 100 ne l'asphyxie se déclare (2).
Quant aux mollusques (limace rouge et limaçon des vignes), Yauquelin (3) îsure qu'ils jouissent de la faculté de consommer^ avant de mourir, la tota- (é (le Toxygène des atmosphères limitées dans lesquelles on les enferme, usai CCS animaux ont-ils été comparés au b&ton de phosphore qu'on place >us une cloche pour l'analyse de l'air : ce seraient de véritables eudioièlres, à part la complication provenant de l'acide carbonique qu'ils exha- Bt. Mais, en réalité, les résultats publiés par Yauquelin paraissent être liachés d'un peu d'exagération; ils prouvent seulement que les mollusues peuvent continuer à vivre dans une atmosphère qui ne renferme plus ne des traces à peine appréciables d'oxygène. C'est à cette dernière conusion générale qu'es! arrivé Spallanzani (4) dans ses nombreuses expéeaces.
Ainsi, plus les animaux sont élevés dans l'échelle zoologîque, moins ils ^sistent à Vaspkyxîe par insuffisance ou par viciatioa de l'air, et plus ils ni besoin, pour l'entretien de leur existence, que la proportion d'oxygène emcure la môme dans l'air qu'ils respirent. Au contraire, les animaux lus bas placés, et chez qui les phénomènes physico-chimiques de la respiation deviennent de moins en moins intenses, supportent, quant à Toxyène, des variations de proportion comprises entre des limites très-étenues^ sans danger immédiat pour la vie.
Lii torpeur hibernale qu'on obsenre chez certains animaux supérieurs, [?s abaisse, sous le rapport de la respiration, au niveau des animaux moins larfaits : une marmotte, par exemple, quand elle est engourdie, peut ajourner fort longtemps, sans en éprouver aucun effet i^cheux^ dans un ir qui est très-pauvre en oxygène et qui asphyxie en peu de minutes une Qarmotte éveillée ou tout autre mammifère (5).
Nous avons vu qne l'homme adulte introduit dans ses poumons environ
(1) Show, On ihe Pathoi, Efftcts of Attnoaphere viiiated by Carbouic Acid Gas and by a diminution of Oxygen (Edinb. Med, andSurg, Journal^ t. LXV, p. 49, année 1846). Déjà Lavoisier avait fait dm expériences analogues.
'*; L'air dissous dans Veau est, on se le rappelle, plus riche en oxygène que Tair libre de atmosi^re : il renferme 33 d'oxygène pour 100, en volumes, au lieu de 20,8.
% iLEi. DE HuMBOLDT et PROVENÇAL, Mém. de la Société d'Arcueti, t. 11^ p. 395. — 'f*i(L, t. H, p. 390.
(3) Vauqueu!!, Observ, ehim. etpftys, sur la respiration des insectes et des tfers (Ann. de hmiê.i. XII, p. 273).
(4) Sfallahzani, Mém. sur la respiration, p. 319 et roÎT.
(5) Heghault et Rciset^ mém. cité^ conclusion XYI.
9 mètres cubes d'air par jour^ qu'à chaque mouyement respiratoire u; partie de l'oxygène disparaît pour être remplacée par une quantité à [* près équivalente d'acide carbonique, et que les 9 mètres cubes d'air expet restitué à l'atmosphère renferme, en moyenne, & pour 100 de ce : (acide carbonique). Si, au sein de l'atmosphère libre, ces phénoroèr:' quoique s'accomplissant sur une très-grande échelle, ne changent pi siblement la composition de l'air, il n'en est plus de même quand la re<: ration s'alimente dans des atmosphères closes : au bout d'un certain temp le milieu doit subir une viciation d'autant plus profonde que le toIi:! d'air est moins considérable relativement au nombre d'individus, et q son renouvellement est moins facile.
La disparition partielle de l'oxygène et son remplacement par uneprportion presque égale de gaz acide carbonique^ comme résultat de respiration^ ne sont pas les seules causes qui rendent insalubre Vair (wff-. La transpiration cutanée et pulmonaire entraîne différentes matières a* maies, bientôt décomposées, et dont la présence est attestée par Imin infecte qu'exhalent les cheminées d'appel établies pour la ventilation i^ salles contenant une grande réunion d'hommes. Ajoutons que Tévaporati aqueuse, dont le corps de l'homme ou des animaux est le siége« satn souvent l'atmosphère close, comme le dénote l'eau qui ruisselle >u: murs : cette saturation a pour effet, en diminuant la transpiration cuUlet pulmonaire, d'accumuler outre mesure la chaleur latente dansTor;: nisme. Enfin, les individus réunis dans des espaces clos ont souvent bes!3i de s'éclairer avec des lampes, des bougies, etc., et, comme la combvsi^ne peut s'opérer qu'en empruntant de l'oxygène à Tair ambiant etr. versant de l'acide carbonique, elle se place aussi parmi les causes de viciation que présente l'air confiné.
Lavoisier avait annoncé que l'air des salles d'hôpitaux et des lh^^à^ renferme de 1 1/2 à S pour 100 d'acide carbonique : des analyse? p récentes ont fait découvrir, à la Pitié, 3 millièmes d'acide carbonique: ; Salpôtriôre, 6 et 8 millièmes; dans une salle d'asile, 3 millièmes; dan> a salle de spectacle, 4 millièmes (Leblanc) ; dans la Chambre des députaprès deux heures et demie de séance, 5 millièmes (Péclet). Neuf cig ^ personnes ayant rempli, pendant une heure et demie, le grand arafi* théâtre de la Sorbonne, la proportion de l'oxygène diminua de 1 pour )•* malgré l'ouverture de deux portes (*). — La viciation de l'air des éUtudes bergeries ou des écuries, est souvent portée bien plus loin : Niepce ' dans ses recherches sur la composition de l'air que respirent dans !t étables, en hiver, les populations des Alpes, assure que cet air, doiîi température est ordinairement d'environ 30 degrés centigrades, ne cooiu guère que 18 pour 100 d'oxygène, avec plus de 2 pour 100 dat ■•
(*) Fleury, Cours cThygiène, etc., Xll« leçon, t. l, 491-192. Paris, 1852. - Pé»:'' Traité de la chaleur considérée dans ses applications, t. Il, p. 27A et suit. Faris, IS^-» " F. Leblanc, Recherches sur la composition de Pair confiné {Comptes rendus de TJw^ '" se. de Paris, t. XIV, p. 862 ; ei Ann. de chim, et de phys.^ 3' série, t. V, p. 223).
(1) Niepce, Gaz. méd. de Lyon, t. iV, p. 78, année 1852.
EFFETS PRODUITS PAR L*lNSUPFiSAnr.E ET PAR l VIGATIOM DE L*AIR. 72t
carbonique, et des proportions assez notables d'hydrogène sulfuré et d'ammoniaque.
Lorsqu'enfin les viciations subies par les atmosphères closes, sous Tiniluence de la respiration, ont dépassé certaines limites, il peut en résulter les plus funestes effets notamment sur l'organisme humain. Nous ne parlerons pas ici du rôle considérable que les pathologistes font jouer à lacration insuffisante, à Tair confiné et vicié, dans le développement d'un grand nombre de maladies; qu'il nous suffise de faire connaître les accidents les plus immédiats et les plus graves produits par le défaut du renouvellement de l'air dans des espaces trop étroits pour le nombre d'individus qui s'y trouvent renfermés. — En 1756, pendant les guerres des Anglais dans THindoustan^ l/i6 prisonniers furent entassés dans une chambre de 2U pieds carrés, qui n'avait d'autres ouvertures que deux petites fenêtres : au bout de quatre heures, plusieurs tombèrent dans une stupidité léthargique, et d'autres dans un délire violent; après six heures, 96 avaient succombé, et, enfin, après huit heures on ne comptait que 23 survivants. Une sueur abondante, une soif excessive, un sentiment d'angoisse inexprimable, des vertiges, de vives douleurs au thorax, de la dyspnée, de la suffocation, de la fièvre, etc., tels furent les premiers symptômes éprouvés par la plupart de ces malheureux, avant de perdre com* plélement connaissance. — Après la bataille d'Austerlitz, 300 prisonniers aotrichiens ayant été enfermés dans une cave^ il n'en resta que kO vivants après un laps de temps pourtant assez court passé dans cet horrible cachot. — Combien de fois des événements analogues ne se sont-ils pas reproduits dans la cale des navires qui transportent de pauvres émigrants l
Dans tous ces cas de mort prompte par Voir confiné^ c'est à la double altération consistant dans la diminution de l'oxygène et dans l'augmentation de l'acide carbonique, qu'on doit sans doute rapporter la mort. Il reste à rechercher la part plus ou moins importante qui revient à chacune de ces altérations dans un aussi funeste résultat
Et d'abord, pour ce qui est de l'influence exercée sur l'organisme par le gaz acide carbonique, on sait qu'elle a été diversement interprétée. Pour les uns, ce gaz est impropre à la respiration, mais il n'a aucune action délétère sur l'économie (Bichat, Nysten, Regnault et Reiset, etc.) ; suivant les autres, l'acide carbonique est essentiellement délétère, et son action s'exerce principalement sur le système nerveux (CoUard de Martigny^ d'Arcet, OUivier (d'Angers), Orfila, etc.). Ce sont surtout les expériences de Collard de Martîgny (1) qui ont amené beaucoup de physiologistes à admettre que ce gaz possède une influence toxique. Cet expérimentateur a constaté que, d'une part, la mort survient, en moins de 2 minutes 1/2, chez des moineaux placés dans une atmosphère contenant 21 parties d'oxygène et 79 parties d'acide carbonique ; que, d'autre part, l'asphyxie arrive, dans l'espace de 2 à ft minutes, chez les mêmes animaux,
(1) Collard de Maetigitt, Action du gaz acide carbonique sur réconomiB animaiet dans Arch, ffén. de méd,^ U XIV, p. 203 et suiv., année 1827.
LORCR. — PHTIIOL. 1. — 46
du
723 DE LA RESPnATIOlf.
quand on les tient plongés dans un mélange gazeux composé de 79 partie^ d'oxygène et de 21 parties d'acide carbonique {*). Au contraire, la mort n'a lieu qu'au bout de 8 à 10 minutes dans une atmosphère poorUat dépourvue d'oxygène, par exemple dans l'hydrogène ou l'azote sans mélan^^^ d'acide carbonique. Collard de Martigny a vu encore des batracieDs. qu. vivent des journées entières dans l'azote ou l'hydrogène^ ne plus donne: signe de vie après avoir été placés, un quart d'heure, dans une atmospbe d'acide carbonique, surtout si la température était assez élevée. D'apr A. de Humboldt et Provençal (1), des tanches, qui ne s'asphyxient qu bout de quatre ou cinq heures dans de l'hydrogène ou de Pazote, menrer: en quelques minutes dans le gaz acide carbonique. Les recherches pb récentes d'un physiologiste anglais, Snow (2), tendraient également à appuyer l'opinion de Collard de Martigny : des oiseaux et de petits nummifères, ayant été plongés dans un mélange gazeux composé de 2i parties d'oxygène, 59 parties d'azote et 20 parties d'acide carbonique^ y succombèrent assez rapidement ; mais la mort fut encore plus prompte dans m atmosphère un peu moins riche en oxygène et ainsi composée : oijgène, 19^75 ; azote, 7ft^25 ; acide carbonique, 6.
Cette dernière série d'expérience^ de Snow^ comparée à la première. ferait croire que si l'augmentation de l'acide carbonique doit être admise comme une cause de mort par l'air confiné, la diminution de la proportion normale d'oxygène contribue aussi pour une notable part à bâter cette fin funeste. Rappelons^nous, à ce propos, que le même obsenrateora vu des oiseaux périr, en moins d'une heure, dans un mélange gazeux contenant 15 pour 100 d'oxygène et 85 d'azote, quoiqu'il eût pris la précaiib'r d'absorber l'acide carbonique au fur et à mesure de son exhalation, (• aussi de placer les animaux sous des cloches suffisamment grandes p(^' leur permettre d'y vivre, durant douze heures, quand elles étaient pleifi^ d'air ordinaire.
Aux précédentes expériences de Collard de Martigny et de Snotr. n oppose celles de V. Regnault et Reiset. Ces habiles expérimentatean '} ont fait séjourner, pendant plusieurs heures, des chiens et des lapios dan.* des cloches dont l'air renfermait jusqu'à 23 po^r 100 d'acide carboniqi!^ et ces animaux n'auraient éprouvé aucun effet appréciable. Il est vrai qct le milieu dans lequel ils étaient plongés contenait en môme temps 39 i kO pour 100 d'oxygène, et que ce gaz vivifiant était rendu aux animauiJ mesure qu'ils l'absorbaient. Aussi V. Reignault et Reiset en conciuonti'^ que la respiration des mammifères est possible dans de l'air chaîné d'acide carbonique^ pourvu que la quantité d'oxygène y soit en même temps considérable. Comment concilier de pareils résultats avec ceux qu'ont obteDi> Snow et notamment Collard de Martigny, qui a toujours vu la mort sune
(*) QqmMiaat une bov^ eontimw à brûler dans un pantt iiiiliM«
{i) A. ht HuHBOLDT et Provençal, Mém, de la Soc. cTArcueil^ t. 11^ p. 399. (2) Snow, On the PaihoL Effecis of Atmosphère vitiated by Carûmie Àdd Gvand^^^ Diminution ofOxygen (Edinb. Med, and Surgi Journal^ t. LIY» «oaée 1846). 1) Mém. dté.
EFFETS PRODUITS PAR L*INSUmSANGE ET PAR LA VICIATION DE L'AIR. 728
nir eu trois ou quatre minutes chez des animaux respirant dans une atmospbère composée de 79 parties d'oxygène et de 21 parties d'acide carbonique?
Nous af ODS donné, plus haut, la réponse à cette question en démon* trant que Tacide carbonique, lorsqu'il se trouve en quantité notable dans Tair inspiré, a pour double effet d'arrêter ou de gêner le dégagement de l'acide carbonique du sang et d'empêcher ce liquide d'absorber de l'oxygène, en un mot de s'opposer à la substitution d'un gaz à l'autre dans les globules sanguins; de telle sorte que l'acide carbonique, produit dans l'organisme, finit par s'accumuler outre mesure dans le sang qui bientôt prend partout les caractères du sang veineux, et l'asphyxie survient.
De l'exposé de la plupart des faits qui précèdent, il résulte qu'à défaut d'espace, il importe surtout de renouveler incessamment l'air que respi* rcnt l'homme ou les animaux : il s'agit, en effets non-seulement de disperser l'acide carbonique produit et de remplacer l'oxygène consommé, mais aussi de modérer l'élévation de la température ambiante, et d'entraîner à l'extérieur les émanations animales qui contribuent à vicier, d'une manière si profonde, l'air déjà respiré.
Dans les habitations privées, l'établissement d'un courant d'air à Taide des portes ou des fenêtres, plusieurs fois ouvertes dans la journée, l'emploi des vasistas^ procurent, en général, une ventilation suffisante ; une cheminée ou un poêle, munis d'un bon tirage, renouvellent aussi Tair d'une manière continue et très-efficace. Mais, dans tous les lieux de grandes réunions publiques, notamment dans les hôpitaux, de pareils moyens de ventilation sont insuffisants ou bien impraticables^ et il faut recourir à des appareils spéciaux et doués d'une grande puissance. La description détaillée de ces appareils et l'appréciation de leur efficacité plus ou moins grande sont du ressort de l'hygiéniste (1). Qu'il nous suffise ici de rappeler que le problème de la ventilation consiste à maintenir, dans des espaces plus ou moins clos, la composition normale de l'air atmosphérique, et que, pour compenser les modifications incessantes que fait subir à ce milieu la respiration de l'homme ou des animaux, il importe que la ventilation soit très-active : Guérard (2) a établi que si, pour des espaces fermés destinés à recevoir des individus sains, il sufOt que la ventilation fournisse $ix mHre$ cubes d'air neuf par personne et par heure, il n'en est plus de même pour les hôpitaux, qui renferment des malades dont les émanations plus abondantes et plus viciées sont reçues par des organismes moins aptes &
(!) Consulte! ,& ce sujet, principalement : Goèrabd, Note sur ta ventilation des filatures {Ann, d'hygiène publique^ 1843, t. IXX, p. 112). -^ Ot^servations sur la ventilation et le chauffage des édifices publies {Ibid., ISA A, t. XXXll, p. 52). ^ Sur la ventilation des édi» (irpn publics, et particulièrement des hôpitaux (Ibid,, 18A7, t. IXXVHI, p. 348). — Pouiin, .Mf'm, sur la ventilation dans les hôpitaux {Ann, tf hygiène publique ^ 1844, t. XXXH, p. 5). — boODiN, Études sur le chauffage et la ventilation dei édifices publics. Paris, 1850. — De ta drculation de Veau consùlérée comme moyen de chauffage et de ventilation (Ànmain dhy» rjtène publique^ 1852, t. XLYII, p. 241).
(2) OctEAU), mém, cité.
réagir contre leur influence. Dans ces conditions spéciales, les vin^ mêtm eubeê indiqués par Poamet(l) ne sont môme pas suffisants. Boudin (2) 8*est assuré, au moyen de ranémomèlre de Combes, que certaines salles de l'hôpital Beaujon, qui reçoivent jusqu'à &7 mètres cubes d*air par heure et par malade, ont encore de l'odeur, et il n'a trouvé parfaitement exemptes d'odeur que celles qur reçoivent 67 mètres cubes d'air pur par malade et par heure (3).
Plus haut (p. 557 et suiv.), nous avons décrit, sous le nom de mal des montagnes, un ensemble de phénomènes dont la plupart semblent dus à Y insuffisance de tair^ ou plutôt de la quantité d'oxygène introduit dans les poumons à chaque mouvement respiratoire. Alors nous avons assez insisté. pour n'y plus revenir, sur les troubles particuliers à la respiration et à Thématose, troubles qui varient suivant l'altitude des lieux et surtout suivant la durée du séjour»