THÉORIES DE L'ABSORPTION. — OSMOSE
kxechpeau de torpille, ou celle de grenouille, disposée pour regarder par sa face libre l'intérieur de rinstrument, le liquide monte plus haut que dans le cas d'une disposition inverse. Le résultat est le même, qu'on emploie une solution de gomme arabique, d'albumine ou de sucre.
Avec la peau d'anguille, l'élévation est d'abord la môme dans les deux tubes osmométriques, lorsqu'on emploie de Veau sucrée. Mais, plus tard, le liquide monte davantage dans celui des instruments où la surface ex^ terne de la peau touche le liquide intérieur. Les différences de niveau ^'observent au contraire dès le commencement de Texpérience avec Veau albumineuse ou Veau gommée.
L'état de fraîcheur est plus nécessaire pour la peau d'anguille que pour celle de grenouille ou de torpille, quand on veut obtenir une assez grande différence dans l'élévation des liquides intérieurs.
Quant au pouvoir osmotique de ces diverses peaux par rapport à Valcool et à Veau, Matteucci et Cima ont fait les remarques suivantes : le courant d'endosmose est dirigé de l'eau vers l'alcool, avec la peau de grenouille ; et, lorsque la face interne de cette membrane est tournée vers l'alcool, l'élévation du liquide est plus considérable que dans l'autre disposition. C'est le contraire avec la peau d'anguille et de torpille : l'élévation du liquide est plus marquée quand l'alcool est en contact avec la face externe de ce tégument.
La force respective de l'osmose des divers liquides, à travers les trois espèces précédentes de peaux, est variable, comme on peut en juger par le tableau ci-dessous. Les expériences ont été faites au moyen de trois o>momètres pourvus, le premier d'une peau de torpille, le second d'une peau de grenouille, et le troisième d'une peau d'anguille. Dans les trois cas, cette membrane était disposée de façon que sa face libre fût tournée rers l'intérieur de l'instrument, qui contenait soit de l'eau sucrée ou de. l'eau albumineuse, soit de l'eau gommée ou de l'alcool, et qui avait été plongé dans un vase de cristal contenant de l'eau de source. Les chiffres ^uivants indiquent la hauteur à laquelle est parvenue la colonne liquide dans Tosmomètre, et par conséquent quelle a été l'intensité osmotique pour chaque liquide à travers ces diverses membranes :
t Peau de torpille 100 millimètres.*
Eau sucrée. ...... ] — de grenouille 25 —
( — d'anguille 15 —
4 Peau de torpille 30 —
£att albumiaeuse.. . { — de grenouille 15 —
( — danguUle 8 —
Peau de torpille 120 —
SohiUon gommeuse. { -^ de grenouille 22 —
— d'an^ille 6 —
Peau de torpille 35 —
Aleool { — de grenouille 80 —
— d'anguille • 55 —
Avec la mentbrane muqueuse de Ve&tomav d'agneau, si l'on met de Peau sucrée dans l'o-smométre, celle membrane regardant par sa face interne uNuiT. — ratsioL. I. — 23
riDtérieur de rinstrument, Féiévation du liquide est moins considérable que dans l'autre disposition. Remplace-t-on Teau siicrée par une solutioD de blanc d'œuf, les résultats sont inverses. Expérimente-t-on avec une solution de gomme arabique, Télévation du liquide, avec les deux dispositions contraires de la membrane, est tantôt nulle, tantôt égale, ou seulement de 8 millimètres dans les deux instruments.
Avec la muqueuse stomacale du cbat et du chien, l'élévation à laquelle arrive l'eau sucrée ou l'eau gommée est plus sensible, si la membrane regarde l'intérieur de l'instrument par sa face interne que dans une situation inverse.
Quand on expérimente sur l'eau sucrée avec la membrane muqueuse du gésier de poulet, le liquide s'élève davantage, si la face interne de la muqueuse est dirigée vers l'intérieur de l'osmomètre. Le sens de la membrane ne semble pas avoir une influence bien marquée quand on emploie une solution d'albumine ou de gomme.
En faisant usage d'eau et d'alcool^ on trouve qu'avec la muqueuse des estomacs d'agneau, de chat et de chien, l'osmose est constamment dirigée de l'eau ver» l'alcool.
8e sert-'on de l'estomac d'agneau, l'élévation du liquide est plus marquée quand la face externe de la muqueuse est tournée vers l'intérieur de lOsmomètre* renfermant l'alcool. Mêmes effets pour l'estomac du chat et pour celui du chien.
Avec la membrane interne du gésier du poulet, l'osmose, au lieu de >e faire de l'eau à l'alcool» s'effectue de l'alcool à l'eau^ quelle que soit la disposition de la membrane par rapport aux deux liquides.
En expérimentant sur la membrane muqueuse fraîche de la vessie urimin du bœuf, Matteucci et Cima sont arrivés aux résultats suivants :
1® Eau sucrée dans l'osmomètre.
* Hantenr do liqvKk*,
Sorfaoe Interae de la membrane en contact avec l'eau sucrée. 80 à 113 mOhm, Surfkce externe 63 à 72
2* Solution de gomme arabique dans l'osmomètre. — Le résultat e't inverse.
SurCace interne de la membrane en contact avec l'eau gommée. 7 à 18 miiUm. Surface externe 20 à 52
y Solution albumineuse dans l'osmomètre. — L'osmose n'a pas lien. k^ Alcool dans Tosmomètre. — * L^osmose a lieu de l'eau à l'alcool.
Surfoce interne de la membrane en contact a?ec Talcool 26 à 37 miiiù»-
Surface externe.. * . • * 24 à 50
L'expérimentation a démontré aux mêmes observateurs l'étroite relatioti qui existe entre le phénomène d'osmose et l'état physiologique des membranes. Des différences aussi sensibles que celles qu'on observait en se servant de membranes fraîches, ont disparu totalement ou presque totalement quand on a fait usage des mêmes membranes desséchées ou altérées pai^
THÉORIES DE L*AnSORPTlON. — OSMOSE. 355
une putréfaction commençante; nouvelle preuve que la structure des membranes a bien aussi son rôle à remplir dans les phénomènes osmotiques.
Dutroebet avait déjà reconnu qu'il suffisait de la plus légère trace d'acide sulfhydrîque pour empêcher complètement l'endosmose, ou pour l'arrêter dans son cours quand elle a commencé à se produire (1). Prend-on un endosmomètre dont la membrane a été au contact de l'acide sulfhydriquei et, après avoir bien lavé celle-ci avec de l'eau pure, vient-on à remplir le réservoir de l'instrument avec de Teau chargée d'un vingtième en poids de gomme arabique, il n'y a aucun effet osmotique vers la solution gommeuse. En laissant tremper dans l'eau pure, pendant vingt-quatre heures, le réservoir de l'osmomètre avec sa membrane, et en répétant l'expérience comme précédemment, on observe l'osmose, mais ses effets sont encore moindres que dans les conditions ordinaires. Emploie-t-on un osmomètre^ dont le réservoir est fermé avec une lame d'argile cuite, on arrive aux mêmes résultats, a Ces expériences prouvent, dit Dutrochet, que c'est à la seule présence de l'acide sulfhydrique dans les conduits capillaires de la cloison de l'osmomètre qu'est due l'abolition de Tosmose^ et ce dernier résultat tend lui-même à établir que c'est spécialement dans ces conduits capillaires que réside la force qui donne lieu aux phénomènes osmotiques. n — D'après ce qui précède, on a cru devoir attribuer surtout à la présence de l'acide sulfhydrique ce qu'on observe dans les expériences d'osmose quand la membrane ou les liquides commencent à sabir la décomposition putride; alors l'osmose n'a plus lieu, et le liquide, qui s'était élevé dans le tube, redescend et filtre à travers la membrane de l'osmomètre.
Les observations de Matteucci et de Gima se résument dans les proposi^ lions suivantes : '
« 1* La membrane intermédiaire aux deux liquides a une part très* active dans l'intensité du courant osmotique, ainsi que dans sa direc* tien. 2° Il y a, en général, pour chaque membrane, une certaine position dans laquelle l'osmose est plus intense ; il est rare que l'osmose se fasse également y avec une membrane fraîche, quelle que soit la disposition de cette dernière par rapport aux deux liquides. 3^ La direction la plus favorable à l'osmose, à travers les peaux, est en général de leur face in* terne à l'externe, à l'exception de la peau de grenouille, avec laquelle l'endosmose entre Teau et l'alcool est favorisée de la face externe à la face interne, b? La direction favorable à l'osmose à travers les estomacs et les vessies urinaires varie beaucoup plus qu'avec les peaux, suivant les différents liquides. 5"* Le phénomène de l'osmose est étroitement lié à l'état physiologique des membranes. 6^ Avec les membranes desséchées ou altérées par la putréfaction^ ou bien on ne remarque plus les différences ordinaires selon la position des faces de celles-ci, ou il n'y a plus osmose. » {Ouvr, cité y p. 62.)
'^1) DtTEOCBBT, OUVté cUé, t. 1^ p. 64.
3r)6 DE l'absobptiox*
c. — Les agents physiques qui modifient les phénomènes de Fosmose sont la chaleur et Vélectricité, auxquelles s'ajoute Tinfluence mécanique de \2ipremon.
Toutes choses égales d'ailleurs, ces phénomènes sont plus rapides si la température est élevée que si elle est basse. A propos d'expériences d'osmose entre certaines solutions acides et Teau, nous avons tu que l'élévation de la température favorise l'osmose vers l'acide, tandis que rabaissement de la température favorise Tosmose vers l'eau.
Vélectrici(é exerce une influence considérable sur les phénomènes osmotiques. Si, à l'exemple de Porrett (1), on divise un vase en deux compartiments par un morceau de vessie (l'un des compartiments étant rempli d'eau, Tautre en contenant à peine), et si l'on met le premier en rapport avec le pôle positif d'une pile et le second avec le pôle négatif, Teau, qui ne filtrait pas à travers la membrane, la traverse alors assez rapidement, et, après s'être mise d'abord de niveau dans les deux divisions du vase, s'élève même pli^s haut dans le compartiment primitivement à peu près vide.Dutrochet (2) a modifié cette expérience, en se servant d'un osmomètre fermé avec un caecum de poulet rempli d'eau; ce même liquide remplissait aussi le vase dans lequel plongeait Tosmomètre. En introduisant le fil négatif de la pile jusque dans le csecum et le fil positif dans l'eau du vase^ l'eau du caecum et du vase monta dans le tube osmométrique, et parvenue à l'orifice supérieur, s'écoula au dehors ; tandis qu'en disposant les fils de la pile d'une manière inverse, le csecum se vida de son contenu qui passa dans le vase extérieur.
M. Morin (3), en employant comme diaphragme la tunique muqueus*' du duodénum des ruminants, a vu le sucre s'endosmoser, tandis que ni les corps gras, ni le caséum^ ni la graisse ne passaient : mais, en faisant intervenir une chaleur de 30 degrés et un courant électrique dont le pôle négatif était dans l'osmométre, ces dernières substances traversèrent la muqueuse duodénale pour se rendre vers ce pôle. Elles cessèrent de la traverser dès qiie le courant fut interrompu.
Ainsi Y électricité a une influence considérable sur lès phénomènes osmotiques; mais il faut bien noter que, dans les expériences précédentes, le sens du transport, toujours le même que celui du courant, est indépendant de la nature du liquide, tandis que nous avons vu cette dernière condition déterminer la direction du courant d'osmose.
La pression, par l'influence qu'elle exerce sur la transsudation d'un liquide à travers une paroi membraneuse, peut favoriser l'osmose si elle
(1) Annales de chimie et de physique^ t. U, p. 137.
(2) Ouvr.cté, l. !,p. 71.
(3) A. Morin, youvelles expériences sur la perméabilité des vases poreiu: et dex mfo" hranes desséchées^ par les substances nutritives {Mémoires de la iyociélé de physiane et tfhiy toù^ naturelle de Genève, 1854, t. Xm, p. 251).
THÉORIES Dfi L'ABSOBPTION. — OSMOSE. 357
s'exerce sur le liquide extérieur, ou l'entraver et même en changer la direction si elle s'exerce sur le liquide contenu dans Tosmomètre {*), Son action vient donc tantôt s'ajouter à celle de l'osmose, tantôt la contrebalancer. Nous verrons plus loin que la pression intra- ou extra- vasculaire a une grande importance dans l'explication des phénomènes osmotiques qui se passent dans l'organisme.
Parmi les causes qui favorisent l'osmose [comme la chaleur^ l'électricité et la pression}, il faut citer le renouvellement du liquide vers lequel s'osmose une substance. Au début d'une expérience osmotique, alors que les différences entre les deux liquides sont encore au maximum, l'action s'opère avec rapidité ; puis elle se ralentit a(i fur et à mesure que ces différences tendent à s'effacer par le mélange. Mais il n'en est plus ainsi quand l'un des liquides se renouvelle de manière à rétablir toujours d'un côté les mêmes conditions du phénomène ; Tosmose offre alors une grande célérité et une longue durée, comme le témoignent les expériences de Bacchetti (i). Liebig (2) a constaté que lorsqu'un intestin est rempli d'eau pure, et qu'un courant d'eau salée est entretenu autour de lui, l'augmentation en volume de l'eau salée se fait dans un temps beaucoup plus court que quand ce liquide est immobile. La rapidité de transsudation diminue avec la différence de composition primitive des deux liquides : au commencement, elle est au maximum, mais elle diminue à mesure que Teau salée perd de sa densité. L'action est la plus intense quand l'eau pure, qui s'est mêlée à l'eau salée, est constamment enlevée de manière que la concentration de la dissolution saline soit maintenue invariable. Il n'est pas
(*) n résulte des expériences de Liebig (a) que la fofce ou le de^é àe pression nécessaire pour faire traossuder les divers liquides à travers les membranes est subordonné nonseulement k l'épaisseur de ces dernières, mais encore à la nature chimique des liquides eux* mêmes. Yoiei quelques-uns des résultats obtenus par le chimiste allemand :
A travers une vessie de bœuf de l""^^i28 d'épaisseur,
L'eau transsude sous une pression de 0,324 de mercure.
Une solution saline 0,487 à 0,541
L'huile 0,920
L'akool 1,298
A travers une portion de péritoine de O"^™,!! d'épaisseur,
L*eau transsude sous une pression de. . . . 0,216 à 0,270 de mercure.
Une solution saline 0,324 à 0,433
L'huile • 0,595 à 0,649
L'alcool 0,974 à 1,082
IKailleiin, la pression nécessaire pour faire passer on liquide & travers un tissu animal déler- Bûoé ne reste pas la même pendant toute la durée de l'expérience : ainsi, pour l'eau, cette pression étant, pendant les six premières heures, de 0'",324 de mercure, sera, après vinf^quatre à trente-six heures, seulement de 0"',162 à 0"*,216, etc.
'1) Cité parKATTKDCCi, loc, cif, !2) Loc. cit,
(«) IhtktTChn ntr quelqueê-Mnes de» cau»e^ du Mmivtmnti ttft lifui^M il«r« l'ùrgoninnt ffntflia/ {Ànn. d» k.mte et éf pky'ique. S* ftérir, i84tf, t. X.VV, |>. 367).
^5% DE l'absorption,
difficile de pressentir les applications qu'on a dû faire de pareilles observations aux actes de l'absorption chez les animaux.
Après avoir exposé précédemment les conditions et les principales variations des phénomènes osmotiques, nous ne discuterons pas en détail les diverses théories qui ont été émises pour les expliquer; nous voulons seulement faire voir leur insuffisance, avant d'arriver à la théorie qui explique l'absorption par la diffusion des liquides.
Peu de lemps après la publication de la découverte de Dutrocbet, Poisson (1) crut devoir rapporter l'endosmose à l'attraction capillaire jointe à l'affinité des deux liquides hétérogènes. Magnus (2), suivant les trace^^ de Poisson, expliqua l'osmose de la manière suivante : a On a, ditril, une explication complète du phénomène, en regardant la vessie comme un corps poreux, et en admettant : 1*^ qu'il existe une certaine force d^attraction entre les molécules des liquides différents, et 2"* que ces liquides
passent plus ou moins facilement à travers la môme ouverture capillaire
Les molécules d'une dissolution saline quelconque, ajoute-t-il, auront entre elles plus de cohésion que les molécules de l'eau. C'est pour cela que la dissolution sera moins fluide et passera plus difficilement que l'eau par les ouvertures très-étroites, toutes choses égales d'ailleurs. 11 s'ensuit que plus une dissolution est concentrée, plus elle aura de difficulté à pénétrer par des ouvertures capillaires. »
L'eau qui tient un corps en dissolution étant moins fluide que l'eau pure, il résulterait de là que le courant d'osmose devrait constamment être dirigé de l'eau pure vers la dissolution. Mais l'expérimentation prouve qu'il n'en est pas toujours ainsi ; car nous avons montré précédemment que certaines solutions acides, plus denses que l'eau pure, offrent un courant osmotique dirigé en sens variable. — Les cloisons siliceuses, qui sont éminemment poreuses^ ne peuvent jamais donner lieu aux phénomènes de l'osmose. Ce fait, que Dutrochet a maintes fois constaté avec tout le soin possible, ne s'accorde guère avec l'opinion qui attribue à l'action capillaire la production de l'osmose, puisque cette action capillaire existe dan^ la cloison poreuse siliceuse^ comme elle existerait dans toute autre cloison qui sépare deux liquides susceptibles de s'osmoser. Ce même fait ne s'accorde pas mieux avec l'opinion qui ne regarde l'osmose que comme le résultat de l'attraction réciproque des deux liquides hétérogènes, puisque cette attraction réciproque des deux liquides existe également à travers les canaux capillaires de la cloison siliceuse.
La théorie de Poisson et de Magnus suppose que les membranes animales sont criblées de pertuis et de trous capillaires; or^ c'est là une supposition que les travaux modernes d'histologie ne permettent plus d'admettre. Au début de cette étude, nous avons posé en principe que les membranes organisées ne présentent aucun pore, aucun espace visible à l'œil nu ou aidé
(4) Annales de chimie et de physique^ t. XXXV, p. 98. (2) IMd.y t. LI, p. 76, et Annales de PoGGBNOoarF.
THÉORIES DE L'aBSORPTION. — OSMOSE. 359
du microscope : il faut donc rejeter toutes ces explications fondées sur les lois de la capillarité.
L'osmose a été attribuée à la différence de densité des liquides mis en présence et à l'attraclion du moins dense par le plus dense; mais des preuves nombreuses repoussent une pareille explication. En expérimentant >ur l'alcool et Teau séparés par une membrane animale, on constate que )e courant le plus fort s'établit généralement de l'eau vers l'alcool^ quoique la densité de ce dernier liquide soit inférieure à celle du premier; il en est aussi de même de l'alcool et de l'éther, c'est-à-dire que le courant prédominant se dirige de l'alcool, qui est plus dense, vers l'éther, qui Test moins. Nous avons vu plus haut que, dans certaines conditions, il en est encore ainsi de l'eau et de plusieurs dissolutions acides.
En voyant l'électricité produire des courants dans Tosmomètre, on a cru avoir trouvé dans le jeu de la force électrique l'explication de l'osmose ; mais cette théorie, quelque séduisante qu'elle eût paru de prime abord, n'a pu être acceptée, attendu qu'avec les galvanomètres les plus sensibles, on a vainement cherché des courants électriques dans les liquides hétérogènes en voie d'osmose.
Ajoutons que la théorie qui a recours à l'électricité, et qui compte Bec* querel (1) parmi ses partisans, est encore en opposition avec ce fait qu'il n'y a point d'osmose quand deux liquides hétérogènes (l'eau et une solution <aline^ par exemple) sont séparés par une cloison siliceuse à pores capillaires. Pourtant, *dans ce cas^ les courants électriques devraient se proliuire comme ils sont censés avoir lieu quand ces mômes liquides sont séparés par une cloison animale, végétale ou argileuse, puisque ces courants peuvent se produire alors même que la substance de la cloison n'est pas conductrice de l'électricité, ce qui est le cas d'une cloison siliceuse.
Les mouvements osmotiques, d'après J. Béclard (2), doivent être considérés, au point de vue physique, comme des phénomènes moléculaires de chaleur latente. Pour cet observateur, la direction et l'intensité du courant sont déterminées^ toutes choses égales d'ailleurs, par les différences de chaleur spécifique; et ce sont les liquides qui ont une chaleur spécifique plus grande qui marchent vers ceux qui en ont une plus petite. Or^ Teau étant de tous les liquides celui qui a la chaleur spécifique la plus considérable, elle devrait s'osmoser vers tous les liquides, c'est-à«dire que si on la sépare, par une membrane, d'un liquide avec lequel elle puisse ^e mélanger, le courant prédominant devrait se faire toujours de l'eau vers le liquide mis en expérience. Mais nous avons déjà rapporté des exemples qui démontrent que cette explication, comme celles qui se fondent sur la différence des densités ou sur une action électrique, laisse échapper aussi un certain nombre de cas.
(!) Traité de niectrkité et du magnétisme^ liv. X, § xi.
Becocxiel, tout en adnietlant l'action électrique, lui adjoint les causes générales indiquéts par Poisson et Màshus comme productrices des phénomènes de l'osmose. '2) J. MCLAaD, Traité élémentaire de physiologie humaine^ 1'* partie, p. 183. Paris, iSS6*
3ft0 DE L*AnSORPTION.
La vérité est qu'en invoquant ia force de capillarité, Tattraction des liquides de densité différente, Télectricité, la chaleur spécifique des corps, on n'est point arrivé à faire connaître la cause efficiente de l'osmose. Mais les récents travaux de Graham nous semblent avoir jeté sur cette question un jour tout nouveau.
Théorie de kl diAuloB. — Lorsque deux liquides de nature différente sont mis en contact, ils se mélangent si l'attraction qui tend à rapprocher les molécules hétérogènes l'emporte sur la cohésion qui tient unies les molécules homogènes. Si l'inverse a lieu, les deux liquides restent isolés Ainsi la cohésion de Teau et de Thuile étant plus énergique que Tallraction moléculaire de Tune pour l'autre, elles ne se mélangent pas. De même lorsqu'un solide est plongé dans un liquide, il s'y dissout^ si ses molécules ont de l'affinité pour celles du liquide. Que le mélange ou que la solution soit le résultat d'une simple attraction moléculaire ou d'une affinité chimique, peu importe à la question qui nous occupe. Mais il faut bien savoir que^ dans tout mélange comme dans toute solution, chaque molécule so répand et se distribue uniformément dans toute la masse fluide.
On s'était demandé souvent si ce fait est de la même nature que la diffusion des gaz, sans pouvoir s'en rendre compte d'une manière satisfaisante. En 18/i9 , Graham (1), professeur au collège de l'Université de Londres, montra que les liquides et les corps solubles ont une diffusibilitt semblable à celle des gaz. Ayant rempli un petit flacon dune dissolution saline, il plaça ce flacon débouché dans un vase cylindrique dans lequel il versa avec précaution de l'eau distillée, de manière que le niveau de Teau dépass&t d'un pouce environ l'orifice supérieur du flacon. Au bout de plusieurs jours, on détermina par l'évaporation ou par l'emploi dr réactifs titrés les quantités de sel qui avait pu passer dans le réservoir à eau. Quand l'expérience avait été prolongée pendant un temps suffisamment long, on trouvait que les molécules du sel s'étaient répandues (»ii plutôt diffusées uniformément dans toute la masse liquide.
En variant et en multipliant ses expériences, Graham reconnut que tou> les liquides possèdent, à des degrés divers, un pouvoir de diffusion, et que l'on peut les classer suivant leur diffusibilitécomme on a classé les vapeurs suivant leur tension.
Pour déterminer le degré de diffusibilité des corps, voici comment le chimiste anglais dirige l'expérience (2) :
Un petit vase cylindrique de verre (d'environ 15 centimètres de hauteur sur 8 centimètres de diamètre) est rempli d'eau distillée; puis on introduit soigneusement au fond du vase, au moyen d'une pipette fine, un poid> donné du liquide à éprouver. Le tout est laissé immobile pour que la diffusion puisse s'opérer. ^ Il est clair que plus le liquide sera dîffusible,
(1) Cbaham, On the Diffusion of liquids (Phi/os. Trans., 1849, p. i).— Annales de fÀttsique et de chimie, 3« série, 1850, l. XXIX, p. 200.
(2) Grahaii, Mémoire sur la diffunon moléculaire (Ann, de physique et de chimie^ V série, 1862, t» LXV, p* 137j.
THÉORIES DE t/ABSOBFTION. — - DIFFUSION. S6l
p]us il atteindra rapidement les couches superficielles de l'eau. Après un certain nombre de jours, on enlève donc Teau du vase au moyen d'un petit siphon dont la courte branche est maintenue à la surface du liquide, et Ton recueille l'eau qui s'écoule dans plusieurs éprouvettes. En évaporant séparément chaque portion ainsi recueillie, on ^eut déterminer les quantités de substances qui se sont élevées jusqu'à chacune des hauteurs correspondantes de la colonne liquide. Ainsi, par exemple, une solution à i/iO* de chlorure de sodium fut soumise à la diffusion pendant quatorze joars au fond de deux vases A et B. La quantité totale de sel introduit dans chaque vase était de 10 grammes, qui, à la fin de l'opération, se trouvèrent répartis de la manière suivante dans les couches liquides successives énumérées de haut en bas :
Dans la 1'* couche (la plus élevée) le vase A contenait 0,103 et le vase B 0^105
15* et 16< — — 2,209 — 2,324
De si faibles écarts dans la richesse des couches correspondantes dans es deux essais démontrent que ce procédé est susceptible d'une trèsnnde précision pour ce genre d'étude. Des expériences semblables faites ans les mômes conditions de durée et de température sur le sucre, la onime arabique et le tannin de noix de galle, ont donné une répartition ifférente pour chaque substance.
Les nombres suivants expriment approximativement le degré de difl'u^ ibllité de quelques substances, mesuré d'après la méthode précédente :
Pour atteindre la couche superficielle d'une colonne d'eau de même auteur :
L*acide chlorhydrique met un temps égal k 1
Le chlorure de sodium 2,33
Le sucre 7
Le sulikte de magnésie 7
L'albumine 40
Le caramel * 98
C'est Tacide chlorhydrique ainsi que les hydracides analogues et les cides monobasiques qui sont les corps les plus volatiles au point de vue e la diffusion ; l'albumine et le caramel doivent être considérés comme > plus fixes.
Graham (1) remarqua que les corps les plus diffusibles sont, en général, susceptibles de prendre la structure cristaHioe, tandis que les corps faiblement diffusibles se distinguent par leur état amorphe, leur cassure vitreuse quand ils sont desséchés et Tapparence gélatineuse de leurs hydrates. Il proposa doftc d'appeler les premiers, crisiallotde$, et les seconds, colloïdes.
Si les substances colloïdes sont très-rebelles à la diffusion, elles consth tuent en revanche un milieu dans lequel Teau et les autres cristalloldes se diffusent avec une grande énergie. Ce fait est d'une grande importance en physiologie, car il nous explique pourquoi les éléments plastiques de^ corps vivants se pénètrent sans cesse des liquides qui les entourent saQ?i que leur propre substance se répande dans ces liquides.
La diffusion des corps est augmentée par la chaleur, A /t8*, la diffusion de Tacide chlorhydrique est deux fois plus rapide qu'à 15°. Le pouvoir diffusif semble s'accrotlre plus rapidement que la température. Diapré» Graham (2), le coefficient moyen de l'accroissement de diffusibilité est de j*g pour chaque degré centigrade. — Lorsque la température s'abai^-^e, la diffusion se ralentit proportionnellement.
La diffusion est d'autant plus rapide, qu'il existe une plus grande quantité de sel dans la solution mise à diffuser. Pour constater ce fait, on fit des dissolutions de chlorure de sodium contenant 1, 2, 3 et /i parties de sd pour 100 d'eau, et l'on plaça ces solutions dans quatre bains semblabies et contenant le môme volume d'eau distillée. Au bout de huit jours, oa| détermina la quantité de sel qui s'était répandue dans l'eau de chacua des bains, et l'on trouva que la quantité de sel du premier bain élant représentée par 1, celle du second était i>99, celle du troisième 5,01* H celle du quatrième, U. Graham (3) en conclut que la diffusion parait proportionnelle à la quantité de sel dissous. Mais les travaux ultérieurs iit Beilstein (&] firent voir que cette loi n'a qu'une exactitude approximative
Quand deux substances se mélangent sans combinaison, leur diffusid s'opère d'une manière indépendante l'une de Tautre, selon le degré de dil» fusibilité de chacune d'elles (5). Cette loi établit une ressemblance de plas entre la diffusion des liquides et celle des gaz.
Il résulte des différences de diffusibilité que la diffusion peut devomï une cause de séparation entre des substances diverses mélangées, isr*ham (6) mit dans un bain d'eau pure une solution de parties égalp> de carbonate de potasse et de carbonate de soude (les sels à base de pota-^ sont plus diflusibles que les sels à base de soude). Au bout de dix-neuf jour\ on trouva dans le bain d'eau 36,37 pour 100 de carbonate de soude rt
(1) Gbahaii, Annales de phys, et de chimie, 3* série, t. LXV, p. 130.
(2) Grahav, loc. ciL^ p. 157.
(3) Graham, Rechercfies sur la diffusion des liquides {A nn . de physique et de chimie ^ 3* sène, 1850, t. XXIX, p. 201).
(A) Beilstein, Ueber die Di/fUtion Flùs$iffkeiten{Uzîae:$ Annaienf 1856, t.XClX,p. m)-
(5) Graham, loc. rit,, p. 207.
(6) Graham, loc, cil,, p. 208.