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ABSORPTION PAR LA PEAU

qu'on a cm pouvoir aussi alléguer en sa faveur. Peut-on voir, par exemple^ \»w preuve de l'absorption cutanée chez ces individus qui rendent une quantité excessive d'urine^ bien qu'ils boivent à peine? Haller (1) nous •pprend, d'après d'autres observateurs, qu'un homme, atteint d'une affec- ' onde poitrine, rendait 35 litres d'urine en trois ou quatre jours; qu'une ^iie en évacuait chaque jour près de 8 litreS, môme en s'abstenant de Nnic nourriture et de toute boisson ; que, chez un autre individu, 20 liire<ont été excrétés, quotidiennement, pendant quatre-vingt-dix-sept orb consécutirs, etc. C'est en s'appuyant sur Timpossibilité de l'intro- :>iction d'une aussi grande quantité d'eau par les seules voies aériennes^ ,nc Haller croit devoir conclure aussi à l'absorption par la peau. En ad- I.' ttanl de pareils faits comme exacts^ il est d'ailleurs probable qu'ils se rattachent à certains états morbides aujourd'hui mieux étudiés et mieux

On rapporte encore que des individus^ renfermés dans un lieu humide (privés de toute espèce de nourriture, ont pu prolonger leur existence •" delà du terme ordinaire, en absorbant, par la peau, l'élément aqueux r.fermé dans l'air. Mais ne sait-on pas que la durée de la vie, dans les cas tnanitiation, varie suivant des circonstances diverses que Ghossat (2) a irtout bien fait ressortir? Au rapport de Keil (3), un jeune homme fatigué irnn grand exercice et ayant passé la nuit à l'air humide, pesait le len- !^3iain matin 55C, 70 de plus qu'avant cette épreuve ; immédiatement près l'action du purgatif, Fontana (k) ayant fait. une promenade de ^elqucs heures à l'air, par un temps brumeux, se trouva au retour plus -'^•mt de quelques onces : évidemment rien ne prouve que^ dans ces deux ^s l'augmentation de poids ait été due plutôt à une absorption par la irface cutanée que par la muqueuse des voies aériennes. Qui pourrait ouvor aussi un argument plausible en faveur de l'absorption par la peau »i> re fait tant de fois cité^ et relatif aux bouchers et aux charcutiers «nt la fraîcheur et l'embonpoint sont, dit-on, l'indice de l'absorption des 'liinations animales au milieu desquelles ils vivent? Il faut laisser égalet^iit de côté CCS cas dans lesquels certaines substances ont été absorbées ia «uite de frictions énergiques pratiquées sur la peau : il est permis de ■[poser qu'alors la matière employée a pu être introduite mécanique- '"hi dans l'épaisseur de cette membrane. A plus forte raison, quand il tsit de constater l'absorption normale par la peau, doit-on rejeter ces tjH^rienccs dans lesquelles un poison ou un virus a été déposé sous l'épi- ''•me, et les cas où une substance médicamenteuse a été appliquée sur «I^Tinc dénudé, etc. Car évidemment on ne saurait contester que, comme ')t autre tissu organique, la peau, dans son épaisseur^ ne jouisse aussi du ' iivoir absorbant; tandis qu'assez souvent on s'est cru en droit de mettre

Il HiLUt, Elementa physiologiœ, t. Y, p. 89 et 90. '• Cmuat, Recherches expérimentales sur Vinanition, Paris, 18A3. ' KuL, Disiteri. decarp. anim. viadirah,, etc.

^ FoCTàRÀ, Cité dans Anatomie des vaisseaux nbforbants du corps humain ^ par Camlu* 'H,tnd. frtnç. de Prrrr-RàOEL. p. 218. Paris, 1787.

Ulli DE l/ ABSORPTION.

en doute que ce pouvoir s'exerçât en présence de Tépiderme : cette production cellulaire^ d'ailleurs variable dans son épaisseur et rarrangemeni de ses cellules, a été en effet comparée à une barrière impénétrable placée entre l'animal et le milieu ambiant.

I. — Cependant nul doute que, chez certains animaux, l'abiiorption cutanée ne s'accomplisse avec une grande activité.

La plupart des invertébrés nus et aquatiques se rident si on les eipun à l'air sec, et se gonflent rapidement quand çn les remet dansTeau. le? entozoaires, qui vivent plongés dans des humeurs animales, les absorkn. aus^i par la peau, au dire de Zeder et Rudolphi (i). Qui ne sait que di^ infusoires rotateurs, totalement desséchés, reviennent à la vie, loTsquï>:. les plonge simplement dans l'eau? Spallanzani (2) a constaté qu'un liina(;uL pesant i7«',90 peut augmenter de 13»',356, après avoir été immergé dau^ ce liquide^ et qu'exposé de nouveau à l'air sec, il reperd très-vite de m)!j poids. De son côté, Nasse (3) a reconnu que des limaces, renfermées dan^ du papier humide, gagnent en poids jusqu'à 2'%12 dans l'espace duu demi-heure. Dans ses expériences sur la faculté absorbante du limaçon dr^ vignes, Jacobson {h) à vu une dissolution de prussiate de potasse êtrt rapidement absorbée par la peau et passer dans le sang, en quantité tel/ que celui-ci acquérait une couleur bleue très-foncée par l'addition d u: sel de fer. Les grenouilles s'amincissent lorsqu'elles sont soumises i)^ contact d'un air sec, et réacquièrent promptement leur volume dac^ l'eau, d'après les observations de Treviranus (5). W. F. Edwards (6) * repris ces divers expériences sur plusieurs animaux, notamment aussi ^c^ des grenouilles : il expose d'abord celles-ci à l'air jusqu'à ce que la tnnspiration leur ait fait subir une perte notable de poids, puis il les repla« dans l'eau; alors l'absorption s'effectue avec une telle énergie, que iï«a peut suivre des yeux la diminution de niveau du liquide dans lequel h grenouilles sont plongées. Cette absorption peut môme dépasser la perte de poids qui a eu lieu dans l'air : ainsi, dans l'une des expériences, ou grenouille du poids de 33'%9 perdit à l'air, en vingt et une heures treoir cinq minutes^ 5''»2; le même animal gagna dans l'eau, en quatre heurr, 10*%ft. Dans une seconde expérience^ une grenouille du poids deSrt perdit k l'air h grammes en vingt et une heures trente-cinq minutes; u gagna dans l'eau, en quatre heures, iO*%7. Bluff (7) rapporte qu'une pnouille de 68*%58, mise sous du papier gris sec, devint plus légèie <k 5»',53 en trente-six heures, et qu'elle reprit 5»%ft7 en trois heures sou^ •"

il) ZcDER et RùDOLt^Hl, Entozoorum historia naturalisa 1. 1^ p. 252^ 275. Amst^t'^ 8-10.

(U) Sfallahiam, Mém, sur la respiration, Paris, 1803, p. 137. (3) Nasse, Vntersuchungen zur Physiologie und Pathologie^ t. I, p. 482. (à) OErsted, Oversicht over det kon» Danske videnskab selsk ForkatuUwig, 1825 ; oq ^ "^ pRORiEP's Notixen^ etc., n* 14, p. 200.

(5) Treviranus, Biologie, t. IV, p. 289.

(6) W. F. Edwards, Influence des agents physiques sur la vie, Paris, 1824, p. 98. -^-.'f^ aussi le tableau Xi, p. 596.

(7) Bluff, Dissert, de absorptione cutis, p. 22.

ABSORPTION PAR LA PEAU. UiS

papier gris mouillé. Du reste^ Teau, à Tétat liquide ou à Tétat de vapeur, H si nécessaire à certains animaux, comme les lombrics, les araignées iiocturnes, les scorpions, les acariens, les batraciens, les lézards, les cou- Ituvres, etc., qu'ils périssent rapidement dans un air privé d'bumidité (1).

f>n sait} depuis les précieuses expériences de R. Townson (2), que les fiatraciens, en particulier, absorbent surtout ^ar la peau de leur ventre et approprient ainsi de quoi remplir leur vessie urinaire et leurs poches M'us-cutanées : aussi, maintes fois m'est-il arrivé de tétaniser et d'emjioisoQner ces animaux, en quelques minutes, en appliquant une solution •k chlorhydrate de strychnine sur cette région de leur corps. Des lézards, 'Jt^ orvets {Anguis fragilis) et des couleuvres (Coluber'natrix)^ m'ont offert '^â mêmes accidents tétaniques, mais seulement après un nombre variable i heures, malgré Tépiderme épais et écailleux dont leur ventre est revêtu.

UudDtaux Poissons, chez qui aussi on a constaté l'absorption par la surface extérieure, on pourrait l'attribuer surtout aux nageoires, dont les siembranes sont d^une grande finesse.

L'eau glisse sur les plumes des Oiseaux, et surtout des oiseaux aqua* tiques, parce qu'elles sont recouvertes d'un enduit que Teau ne mouille po-s mais, en écartant ces plumes sous le ventre ou sous les ailes, si Ton pratique des lotions renouvelées avec la précédente solution, on peut déterminer des convulsions au bout de deux, trois et quatre heures. Labsorption cutanée s'exerce aussi, chez les Mammifères, malgré leurs yjils : Lebkûchner (3) lotionne la peau du ventre, chez des lapins, avec ie> solutions d'acétale de plomb, deprussiate de potasse, de chlorure de >iryum, etc., et constate la présence de ces divers sels dans le sang; en Songeant dans l'hydrogène sulfuré le tissu cellulaire sous-cutané des ^pins morts empoisonnés par l'acétate de plomb, il voit ce tissu devenir if^ir, et accuser ainsi la présence du plomb par la formation du sulfure de •lomb. Quant à certains mammifères, comme la baleine, qui vit toujours dûs 1 eau, comme les phoques et les hippopotames, qui y demeurent le lus souvent plongés, on ne sait si leur peau est perméable ou non à ce quide.

H< — Quoique, chez l'homme, la peau intacte soit loin de posséder une. ^M grande perméabilité que chez plusieurs des animaux précédents, 'ii^orption par cette membrane peut néanmoins s'effectuer aux dépens l^au ou de substances dissoutes dans ce liquide ou bien encore de gaz de ter>e$ espèces^ sans que l'épiderme soit intéressé.

"• — C'est un fait assez généralement admis, que notre corps augmente ^inairement de poids s'il est plongé pendant un certain temps dans Veau,

■^ I>COÉs, Physiol. comp., t. 11^ p. 423.

^ R. Townson, Ot^seru. physioL de AmpMbiis. Oosuiugne, 1796, iii-4. — Pars secutida

'•'/rptione A mph ibiorum, 'Il tEHûcnta, Dissert. quâ experimentis eruitur, utrum per vioentium adhuc anima- - mernbrunas ntque vasorum parietes intUcriœ ponderabUes Ulù appticatm permeare ^«'t wcne? Tubinfoe, 1819.

U\b DE L'AnSORmON.

Touteiois^ Séguin (1) et divers autres physiologistes qui, à tort, croyaient que dans le bain la transsudation est toujours très-amoindrie et que même elle est nulle entre 12*,5 et 22"*, 5 centigrades, avaient nié, avec le pouvoir absorbant de la peau, toute augmentation de poids, et soutenu qu'alors si Ton urine davantage, c'est que de Teau en vapeur s'est introduite par )e^ voies aériennes. Mais, depuis Séguin et ses partisans, d'autres expérimentateurs sont venus démontrer directement qu'en effet, dans certaine^ conditions, notre corps plongé dans l'eau peut augmenter de poids : c'est ainsi que Berthold (2), après un quart d'heure d'immersion dans un bain à 26 degrés centigr. , trouve 11*% 47 de plus; après trois quarts d'heurf, 27'',83; après une heure, 32'',18. En tenant compte de la perte due à la perspiration pulmonaire, perte qu'il évalue à 0'%37 par minute, il arrive, pour l'augmentation réelle du poids de son corps, aux résultats suivant^: 17*S685 après un quart d'heure; û7«%7ft5 après trois quarts d'heure, el 39*%37/i après une heure. Déjà Dill (3) avait obtenu des résultats aDalogu^ en expérimentant sur un jeune homme. Objectera-t-on que, dans c^ expériences, l'absorption pulmonaire, qui s'exerce aux dépens des Tapeu^ aqueuses suspendues dans l'atmosphère, est la cause de l'aiigmenlaiiondij poids du corpi^? Pour se mettre à l'abri d'une pareille objection, Madden {h . pendant qu'il était plongé dans un bain tiède, respira l'air du dehors ac moyen d'un tube ; l'augmentation du poids fut encore sensible dans c(^ conditions.

Du reste, le problème dont il s'agit se complique de la question de température du bain, dont les divers expérimentateurs ne semblent pas avoir toujours tenu un compte suffisant. Cette température est-elle supérieure à 38 ou 39 degrés centigrades, qui est celle du corps humain, il surrie&t une sécrétion prédominante de sueur, et le corps perd en poids; is contraire il gagne, si le bain n'est qu'à peine tiède, car alors l'absorptif") par la peau l'emporte sur l'exhalation ; enfin le corps n'augmente ni cf perd en poids, quand sa température et celle du bain sont sensiblemcM les mômes, ce qui ne veut pourtant point dire qu'il n'y ait pas eu d'eiQ absorbée : on est au contraire autorisé à afiirmer qu'il y a eu une quantité d'eau absorbée correspondante à celle qui; pendant la durée du bain.Cït sortie normalement de l'organisme.

CoUard de Martigny (5) s'est aussi appliqué à démontrer rabsorpli'»B cutanée à l'aide des expériences suivantes. Après avoir pesé un moucbf»îr et un vase rempli d'eau, il plonge les mains dans ce vase pendant ^^ demi-heure; puis il les essuie promptement avec le mouchoir qu'il pè^c à* nouveau, afin de connaître la quantité d'eau restée adhérente aux roain> Le vase rempli d'eau est également pesé de nouveau, et, en tenant compte

(i) SÉGum, Annales de chimie^ t. XC^ p. 190 etsuiv.

(2) MilLLEl's Archiv, 1838, p. 178.

(3) hiLL^Nouv. Bibiioth, médic,^ 1826, t. IV, p« 40i.

(ft) Maddeh, Medico-Chtrurgical Review, t. XXXIV, p. 187.

(ô) GOLLAED DB Maitigmt, Expériences sur Cabsorptim cutanée de fetm^tbt bnl ^' • bouiiion^ dans Àrch. gén. de méd,y numéro de mars 1826, t. X, p. 30 A ; U XI, P- ';7 Autres recherches sur le même sujets dans Souvelle Biblioth, méd.^ t. III, p. 5, juiUet iSâ •

ABSOBlrrlON PAR LA PEAU. ftil

du poids du liquide que le mouchoir a enleTé, rexpérimentateur trouve une perte de &<',1&6. Plus récemment, Eicbberg et Vierordt(l)ont répété^ à plusieurs reprises, la même expérience en plongeant leur bras dans un cylindre contenant un volume d'eau exactement pesé : au bout d'une heure, ayant pesé de nouveau Teau et le linge qui avait servi à essuyer leur membre, ils ont trouvé qu'il avait été absorbé de 1 à 13 grammes du liquide. £d calculant d'après une moyenne ainsi obtenue^ le corps entier absorberait dans le même temps plus de 200 grammes d'eau.

L'évaporation a pu, sans doute, faire disparaître ici une petite quantité de liquide, circonstance qui complique quelque peu les résultats obtenus* n n'en est pas de même dans cette autre expérience de Collard deMartigny : un entonnoir de verre, à sommet fermé, est d'abord rempli d'eau, puis la paume de la main est appliquée à la base de l'instrument, de manière que le liquide soit immédiatement en contact avec la peau. Ce contact dure une heure et demie. La peau est gonflée au bout de ce temps, comme elle «lurait pu l'être par l'action d'une ventouse; d'où l'auteur conclut qu'il a dû se faire un vide à la surface de l'eau, entre elle et la main^ et qu'une couche de liquide a été absorbée.

Le même observateur fait choix d'un tube de verre en forme de siphon et dont la branche la plus courte se termine en entonnoir. Du mercure étant versé dans l'arc d'union des deux branches, et de l'eau dans le côté court ou infundibuliforme du tube, la paume de la main a été bien hermétiquement appliquée sur la base du cône, et, dans l'espace de sept quarts d'heure, te mercure s'est élevé d'une manière très-sensible dans la courte branche de l'instrument.

Homolle (2) a fourni un autre genre de démonstration de l'absorption de l'eau par la surface cutanée. En prenant un bain à la température de S& â 35 degrés centigrades, le matin à jeun, et en s'abstenant complètement (le boisson, pendant toute la durée de l'expérience, cet observateur a trouvé une diminution dans la densité de son urine, qui, de 1025, était tombée à 1005. Des expériences antérieures lui avaient appris, dit-il, qu'une pareille diminution, dans la pesanteur spécifique du liquide urinaire, équivaut à l'absorption de 2iOO grammes d'eau. On a objecté que relte diminution de densité était la conséquence de l'augmentation de 1 urine, augmentation qui ne serait pas une preuve de l'absorption de l'eau 'in bain, mais, d'après la loi de l'antagonisme des sécrétions, un résultat de la suspension plus ou moins complète de la transpiration cutanée. Évidemment une pareille objection n'est pas fondée, puisque les expériences de W. Edwards (3) ont très- nettement établi la persistance de cette transpiration dans un bain pris à la précédente température.

(\) ElcimcelVu!ftOftDT(ViBROftl>T'8i4rcAit;, 1856, Heft IV,S. 575*580). (2; HoHOLLB, De Vahsorption par le tégument exttirnej chm fhomrne^ dans le 6atn, dans te iotaiiat rf/ivion méaifxile^ 1853, p. A62 el soIy. {\ W. EvwAâBS, ouvr. citéf p. 3i5 et tulv.

Lomn. — Pitsiou I. — 27

(^(H DE l'absorption.

' Dans ces derniers temps, Sereys (1) et Villemin (2) ont considéré, ainsi qu'Homolle, la diminution de la densité de Turine, après le bain, comme un argument en faveur de Vahiorptioti de teau*

En projetant à la surface du corps une certaine quantité d'eau sous forme de poussière, à l'aide de Vhydrofh*e^ Sereys et Réveil ont vu que l'absorption se fait d'une manière très-active. Si Ton a pu douter de l'absorptina de l'eau par la peau, c'est qu'en effet, suivant la remarque de Sereys, cette absorption a lieu assez difficilement dans l'eau immobile des bains ordinaires. Mais il n'en est plus de même lorsque l'eau pulvérisée vient frapperla peau avec force :la pression vient alors aider l'absorption par toute linfluence que nous lui avons reconnue.

b, — Les substances dissoutes dans l'eau peuvent aussi être absorbées par la peau en quantité appréciable, et parfois être retrouvées dans les urines ou dans le sang; ce qui justiile l'usage des bains médicamenteux.

Bonûls(3), de Nancy, verse sur rabdomen d'un homme atteint de syphilis un certain nombre de gouttes d'une solution saturée de sublimé corn»sif, et les recouvre d'un verre de montre qu'il fixe à l'aide d'une bande: au bout d'un temps assez court, Teau a complètement disparu et il ne rest^^ aucune trace du sel mercuriel sur la peau examinée à la loupe.

Déjà, antérieurement à Bonfils, Séguin {li) avait appliqué de la mèc]' manière, eisépat'ément, sur l'abdomen d'un homme, 3«%82 de chacune dtsubstances suivantes : mercure doux, gomme-gutte, scammonéc, v. alembroth et émétique. Après dix heures et un quart, il restait 2^%78 dt mercure doux, 3«%77 de gorome-gulte, 2«',82 de scammonée, 3*%29 d* sel alembroth et 3'%56 d'émétique. L'eau provenant de la perspiralii cutanée a rempli ici le r61e de dissolvant par rapport à la plupart de C'^ substances qui ont été aborbées par la peau surtout proportionnellemeui à leur solubilité. Pour Séguin^ qui ne veut d'absorption cutanée qo à ^-: condition d'une action irritante ou chimique sur l'épiderme^ la quantité absorbée de chacun de ces médicaments serait en rapport avec leurs propriétés plus ou moins irritantes.

Les expériences de ce genre ont été variées surtout par Westrumb(5.

L'avant-bras est plongé dans un bain à 25 ou 27 degrés Réaumur, coRt.nant du cyanure de potassium, du nitrate de potasse et du musc. Aprt' trois quarts d'heure, l'odeur du musc est déjà très-prononcée danslLleine et l'urine; ce dernier liquide renferme du cyanure de potas^iun^ mais l'existence du nitre n'y peut être constatée. Cette môme expérieiu' est répétée, avec la précaution de respirer l'air extérieur. L'odeur de mus est encore très^manifeste dans l'haleine; la présence du nitre dans 1 urii^^

(1) Sereys, Thèse inaugurale de la Faculté de Parii. 1862.

(2) WiLLEMiN, Recherches expérimentales .?«/• rabsorption par le tégument externe de ''^ • et des sufjstances solubles (Arch» de méd.^ juillet 4863, et mai 186 A).

(3) BoRFiLS, cité par Collabd de Maatigny, dans Nouv. Biblioth, tnéd,^ U UI, p. 6 et '^, année 1827.

(4) SÉGUIN, Annales de chimie j etc.,i. \CII, p. 46.

(5) Westrumb, Physiologische Untersvtcllungen ueber die Eimaugangskraft dct JVa-^ llannover, 1825. — Voyez aussi Meckel's Archiv^ t. Vil, p. 528.

ADSOliPTION PAR LA PëAU. &19

n est pas mieax révélée que dans le cas précédent^ mais celle du cyanure n'est pas douteuse. — Un tube étant adapté à la bouche et au nez pour respirer Tair du dehors, les bras sont plongés dans une forte décoction de rbiibarbe, pendant une heure et quart; en môme temps^ on frotte les jambes avec du baume opodeldoch. Au bout de quinze minutes, Thaleine est déjà imprégnée de Todeur du camphre, et la présence de la rhubarbe vM reconnue dans Turine; celle du camphre n'y peut être démontrée. — Après avoir appliqué à la jambe d'un homme bien portant un vésicatoire (le la dimension d'une pièce de cinq francs, on fait écouler la sérosité arcumulée sous l'épiderme, et Ton place une ventouse sur la surface dénu- <iée. Les pieds sont alors plongés dans un bain contenant du cyanure de potassium et Ton ne tarde pas à retrouver cette substance dans le liquide du vésicatoire ainsi que dans Turine. — Les jambes d'un homme robuste 'ont immergées, pendant une heure quarante-cinq minutes^ dans un bain a 27",75, contenant une forte solution de cyanure de potassium. La présence du cyanure dans l'urine est évidente, elle est douteuse dans le sang. ~ Dans une autre expérience, l'existence du cyanure de potassium et du nitrate de potasse est reconnue dans le sang d'une personne qui était restée pendant deux heures dans un bain de pieds (à 27 degrés), renfermant ces deux sels. . — Les bras sont plongés, jusqu'au coude, dans un bain contenant une décoction de rhubarbe; cette dernière substance, avec sa malière colorante, s'est bientôt retrouvée dans l'urine. Des ventouses sont appliquées sur les ampoules ouvertes de vésicaloires, et les pieds sont tenus dans un bain où se trouve une décoction saturée de rhubarbe; le iquidc accumulé dans les ventouses ne tarde pas à présenter la matière ' olorante de la rhubarbe.

Kniin, ayant rasé les poils du train postérieur d'un chien, Westrumb ^lil prendre à l'animal un bain (25 degrés centigrades) renfermant une solution de cyanure de potassium. Il retrouve cette substance dans le sang de la veine cave inférieure, et ne la rencontre ni dans les glandes inguinnles, ni dans le contenu du canal thoracique.

D'autres expérimentateurs n'ont fait que confirmer les résultats précé- «i^nts. Ainsi Bradner Stuart(i) se baigne, pendant deux heures et demie, 'lans une infusion saturée de garance, et il ne tarde pas à découvrir cette dernière dans l'urine, qui se colore en rouge vif par l'addition du carboiiUe de potasse. Le même physiologiste prend un bain avec une infusion '!♦• rhubarbe ou de curcuma, et bientôt ces deux substances se retrouvent dan^ le liquide excrété de la vessie. Un emplâtre d'ail est appliqué^ pen- 'Unt une heure et demie, sous les aisselles, à la fticc interne des cuisses et -un rbevilles, avec la précaution de respirer l'air extérieur; et, au bout de quelques heures, l'haleine et l'urine exhalent une odeur d'ail.

Ossian Henrj- (2) dit avoir trouvé de l'iodure de potassium dans l'urine rendue à la suite de bains contenant 6 à 10 grammes de ce sel. L'iodure de

J Meckel's Deutsches Arrhiv fiir Phyiio/.^ l. I, p. 151. '2; 0. HKiiiY; siction den 6a(>{^ ; thèse inaugurale. Paris, 1855.

potassium était plus manifeste encore quand le bain contenait une certaine quantité de carbonate de soude. — Sereys (1) et ReTcil ont retrouvé dans Turine et dans la salive l'iode introduit dans l'eau du bain donné avec rhjdrofère, etc. — Delore (2) a communiqué à l'Académie des sciences un travail sur l'absorption des médicaments par la peau saine, dans lequel il conclut que ce tégument est susceptible d'absorber toutes les substances solubles dans l'eau. — Enfin Willemin a constaté aussi dans ses expériences l'absorption de l'iodure de potassium par la peau.

11 est difiicile de faire concorder tous ces résultats positifs de l'absorption de diverses substances par la peau avec d'assez nombreuses expériences qui semblent les contredire. Voici quelques-uns des résultats négatifs auxquels Homoile et d'autres expérimentateurs afiirment avoir été conduits:

Un bain prolongé d'eau contenant 100 grammes de cyanure de potassium et de fer est pris avec la précaution de couvrir la baignoire pour s'opposer à l'absorption pulmonaire; aucune boisson n'est ingérée. Pas de traces de cyanure de potassium et de fer dans l'urine.

Pendant une heure et demie l'expérimentateur se tient dans un bain additionné de 100 grammes d'iodure de potassium. Il n'y a pas non plus vestiges de ce sel dans l'urine examinée après le bain. Et pourtant, afin de prouver l'élimination de l'iodure de potassium par l'urine^ lorsque celle substance a été véritablement absorbée, Homoile en prend, par la bouche, 1 gramme dont il ne tarde pas en effet à reconnaître des traces évidentes dans le liquide urinaire.

Suivant le môme auteur, après un bain qui renferme une solution de chlorhydrate d'ammoniaque, l'urine rendue au bout d'une heure vingt miDute^ ne présente pas de chlorhydrate d'ammoniaque, mais bien du chlorure de sodium. —Prend-on un autre bain, avec addition de 1 kilogramme de chlorure de sodium, on ne constate pas que la quantité des chlorures augmente dans l'urine. — Ni l'azotate de potasse, ni le sulfate de potasse ne se retrouvent non plus dans l'urine. — Enfin, un bain additionné d'une infusion de 500 grammes de feuilles de belladone ne produit aucun trouble physiologique appréciable; il en est de même du bain auquel on ajoute une solution concentrée de digitaline.

Homoile a aussi étudié, d'une manière comparative, le pouvoir osmotique de la peau et celui de la muqueuse intestinale :

Une portion de la peau du bras, détachée sur le cadavre d'une jeune femme, sert à recouvrir une éprouvette remplie d'urine. Cet instrumentent enversé, pendant plusieurs heures, dans une solution faible d'iodure dr potassium^ sans qu'on puisse retrouver dans son contenu la moindre trace d'iodure de potassium. — Un tube est rempli d'une solution de sel mahnJ laquelle on ajoute quelques gouttes de perchlorure de fer; il est fermé au moyen (Vun lambeau de peau, puis renversé dans une solution de cyanure

(1) Scheys, Loc, cit.

(2) Delore, De V absorption par le tégument externe et en particulier de Cadminiîtrtttion des liffwdes pulvérisés, thèse inaug. Paris, 1862.

ABSORPTION PAR LA PEAU. U2i

Ae potassium et de fer. Après six heures, il n'y a pas le moindre signe d'osmose entre les deux liquides.

Od dispose l'expérience comme précédemment» mais on recouvre l'éprouvetle d'une portion d'intestin, de manière que la face muqueuse réponde au pmssiate de potasse et la face péritonéale au sel de fer : une coloration bleue, qui se manifeste bientôt, indique qu'un mélange s'est opéré entre les liquides à travers la membrane qui les sépare.

Un tube renfermant une solution d'acide tartrique, et fermé au moyen d'un lambeau de peau, plonge dans une solution de bicarbonate de potasse : même au bout de douze heures, nulle réaction ne se manifeste entre les deux liquides; la face externe de l'épiderme présente une réaction alcaline et le derme est infiltré de la solution acide qui remplit en même temps une ampoule formée à la surface interne de la peau.

Si Ton répète cette dernière expérience, en substituant au lambeau de peau un lambeau de membrane intestinale, dont la face muqueuse réponde à la solution alcaline et la face péritoAéale à la solution d'acide tartrique, on ne tarde pas à voir des bulles de gaz acide carbonique apparaître à la surface muqueuse.

Une portion de peau de la partie supérieure du bras, qu'on a mise à macérer dans l'eau distillée, est employée à recouvrir les extrémités de deux tubes remplis eux-mêmes d'eau distillée. L'un des tubes plonge dans l'eau distillée, l'autre dans une solution de chlorure de sodium. Au bout de dixhuit heures, on trouve dans l'eau des deux tubes des traces de chlorure, ce que l'auteur explique par une dissolution de la matière organique sous l'influence d'une longue macération.

En se fondant sur les différents faits qu'il a observés, Homolle croit pouvoir formuler les conclusions suivantes :

0 Ami un bai\ l'eau pure est évidemment absorbée par la peau. Mais quand l'eau est chargée de substances minérales ou organiques, l'absorption a lieu comme si la peau était douée d'une propriété non constatée jusqu'à ce jour, d'une sorte de force caialytique en vertu de laquelle elle opérerait un départ entre les molécules constituantes de certains composés chimiques^ pour exercer une absorption élective sur Fun des composants^ à Vexclusion de l'autre. »

Hébert (1) a nié non-seulement l'absorption des matières solubles^ mais même l'absorption de l'eau : pour lui, si le poids du corps augmente un peu dans le bain, ce résultat serait dû à une imbibilion des couches épaisses de lepiderme des pieds et des mains. — Demarquay (2), en se servant pour ses expériences des bains à l'hydrofère, n'a pu retrouver que des quantités insignifiantes d'iodure de potassium, contrairement à Sereys et Réveil. ^ L. Parisot (3) n'a réussi à reconnaUtre^ après le bain, ni Tiodure de potassium, ni le cyanoferrure, ni le chlorate de potasse.

il) HtoEftT, Thèse inaufurale de la Ftcullé de Paris. 1861.

• 2) Dbmabooat, Delà gtycén'tie et de set nppUcatio/u^ p. 92 et fluiv.

''s, L. PAftHûT, Becherehes expérimefita/et sur t absorption par le tégument externe^ IMS.

622 DE l'absorption.

■ Pour savoir si une substance mise au contact de l'organisme a été absorbée , le meilleur moyen consiste assurément à en démontrer la présence 4ian8 les liquides des diverses sécrétions. Mais, alors même qu'on n'y dé- <;ouvrirait pas cette substance, on ne pourrait en conclure en toute certitude qu'elle n'a point été absorbée : l'époque à laquelle on en fait la recberche n'est pas indifférente pour décider de la réalité de l'absorption, car il peut se faire, ou bien que la matière étrangère ne soit pas encore arrivéeàTendroit où on la cherche, ou bien qu'elle soit rendue méconnaissable par des substances organiques qui se sont combinées avec elle ou qui l'ont décomposée. 0. Wetzlar (1), par exemple, prend 3>%82 de cyanure de potassium, puis, à l'aide d'un sel de fer, il examine pendant quatre jours toutes ses évacuations, et ne retrouve dans l'urine que 0'%21 de bleu de Prusse, sans pouvoir rencontrer la moindre trace du reste dans les excrétions, la sueur, le mucus nasal, la salive, etc.

Pour que les expériences d'Homolle, d'Hébert, de Demarquay et de Parisot eussent présenté toute la rigueur désirable, évidemment il aurait fallu que l'urine fût examinée à des moments plus rapprochés et à d'autres pluséloignées de celui où l'expérience avait été commencée. D'ailleurs divers résultats qu'ils signalent sont tellement opposés à ceux que d'autres expérimentateurs ont obtenus, qu'on ne saurait les accepter sans un nouveau contrôle.

c. — Nous avons dit, plus haut, que la peau absorbe également des go:. Bichat s'étant enfermé, pendant plusieurs heures, dans une salle de dissectiou où se trouvaient des cadavres en putréfaction, en prenant la précaution dr ne respirer que l'air du dehorsau moyen d'un appareil spécial, l'odeur cadavérique des gaz rendus par l'anus dénota bientôt l'absorption des miasmt^ putrides par la surface de la peau. Ghaussier (2) a très-bien constaté aussi, dans ses expériences, que le gaz hydrogène sulfuré est absorbé malgré lepoils et les plumes des animaux ; il plaça des lapins et des oiseaux de diverses espèces dans des vessies pleines de ce gaz, en ayant soin d'exposer leur tête à l'air libre, et, au bout de dix à douze minutes, tous ces animaux avaient succombé; une lame d'argent décapée ou du protoxyde blam* de plomb, mis en contact avec la peau, sont devenus immédiatement noirâtres à leur surface. Dans des expériences analogues faites avec l'acide carbonique, Gollard de Martigny (3) a reconnu que l'action de ce gaz sur la surface du corps (la respiration d'un air pur continuant à s'opérer par les voies pulmonaires) produisait des accidents et pouvait même devenir funeste.

Du reste, comme chacun le sait, l'absorption normale de gaz par la peau est tellement active chez certains animaux^ qu'une véritable respiration peut s'effectuer à travers cette enveloppe. Cela s'observe, par exemple, chez

(1) G. Wetzlar, Dit^rtatio de materiartim nonmdlarwn^ imprima kaii Boniuin\ i" organismum transitu, annexis quibwtdam de ahsorptione venosa, Marburg, 1822, p. 24.

(2) Ghaussier, Précis d* expériences faites xur len animatw avec le qaz hydrogène v^ffun-, ans le journal la Hiblioth, médie.^ t. I, p. 108 ei suiv.

(3) Gollard de Maitïovt, De faction du gaz acide cnrlnmique mr l* économie ûnimel''» JÊétÊùAn tu à l'Acadéinie des sciences de Paris, dans sa stence du 26 iuîn 1826.

ABSORPTION PAR LA PEAU. k2l

beaucoup d'animaux aquatiques d'une organisation simple , comme lee polypes, les acalèphes, etc. La seule' condition nécessaire à ce mode de respiration, c'est que la peau reste molle, souple et suflSsamment perméar ble. Il existe aussi une respiration cutanée plus ou moins active chez diverses espèces supérieures pourvues d'un appareil respiratoire local, comme les grenouilles, les salamandres, etc.; mais il nous faut réserver pour plus tard ce point intéressant de physiologie.

lïï. — S'il est bien avéré que la peau intacte absorbe les substances qui

^' «nt mises simplement en contact avec elle, on comprend qu'il en soit encore

ainsi, à plus forte raison, quand elle aura été soumise à des frictions préa-

labiés qui peuvent avoir intéressé son revêtement épidermîque. Il serait

'ionc superflu d'accumuler ici des preuves en faveur de l'absorption qui a

iirudans ces dernières conditions. Autenrieth et Zeller (1), Schubarth (2),

Rrurhner, etc., ont retrouvé du mercure dans le sang d'individus soumis

à dos frictions mercurielles, et Lebkiichner (S), qui est parvenu à empoi-

-Miiner des lapins en les frottant avec des solutions d'acétate de plomb, de

« hlorure de baryum, etc., a pu aussi retrouver ces substances dans le sang

(l<s artères et des veines. Cantu (û) a constaté la présence de l'iode dans le

fluide sanguin de malades dont la peau avait été le siège de frictions avec

fi('s pommades iodurées; et, de son côté, Bluff (5) a démontré la présence

•1( I acide cyanhydrique dans le sang d'oiseaux frictionnés, au-dessous des

-nies, avec cet acide. Colson (6) saigne un malade soumis préalablement à

Mngt-cinq onctions mercurielles de 30 grammes chacune, puis il expose au

'oatact du sang une lame de cuivre décapée, et reconnaît, à la couleur

!>l.inche qui apparaît, la formation d'un amalgame, etc.

IV'. — La faculté dont jouit la peau d'absorber certains médicaments est «•'mstamment mise à profil en thérapeutique ; les bains simples ou composés, ■.*-> cataplasmes et les fomentations de diverses natures, les frictions mercurielles ou autres rendent en effet de grands services dans le traitement (!'' plusieurs maladies. Mais Tépiderme étant un obstacle à la rapidité de l absorption des médicaments, on a imaginé de mettre directement en 'intact, avec le derme dénudé, la substance que Ton veut faire agir sur l'organisme. Cette méthode, connue sous le nom de méthode endermique, '•onsiste à établir, à l'aide de la pommade de Gondret, par exemple, une prompte vésication qu'on fait suivre de l'application du médicament à absorber. On sait quels effets intenses et rapides on obtient, en particulier, (les sels de morphine ainsi administrés.

V. — L'état dans lequel se trouve la peau, lors même qu'elle est intacte, n'est pas sans influence sur le pouvoir absorbant de cette membrane : est-elle

i; Rdl's Archiv, tic.^ t. VIU, p. 228. (2 HoK!i's Neue Archiv^ 4823, t. H, p. 419.

^3; LEMÛCHNEft, toc. cit.

{à) Gamto, Jùumai de chimie médicale j t. II, p. 294. h) BuTP, Disseri, de absorptione cutis,, p. 23. C, CouoR, Arch. génér. de méd,, 1826, t. HI, p. 88.

kiti W L*ABSORPTION.

rude et sèche» le plus souvent les préparations médicamenteuses ne donnent lieu à aucun effet appréciable; tandis que^ si elle est douce et moite, leur absorption peut s'accomplir avec assez de facilité. C'est surtout dans ce dernier cas que des applications laudanisées prolongées peuvent déterminer des accidents toxiques.

YI. — Diverses autres circonstances influent encore sur le degré d'activité de Tabsorption cutanée. Cet acte offre quelque énergie surtout chez les enfants et les jeunes gens, dont la peau est plus mince et plus vasculaire que celle des adultes et des vieillards. Sous ce rapport, la femme se rapproche de Fenfant; aussi l'absorption par la peau semble-t-elle être généralement plus active chez elle que chez Thomme. — - Les saisons ne sont pas non plus indifférentes : Tété et les climats un peu chauds favorisent ce genre d'absorption, tandis que Thiver et les climats froids produisent l'effet inverse. *— On a aussi reconnu que, dans les diverses parties du corps, la peau ne jouit pas au même degré de la faculté absorbante : c est surtout dans les points où, très-amincie, elle se continue avec les membranes muqueuses (lèvres^ gland, vagin, etc.) qu'elle absorbe le plus actiTement; Taine et l'aisselle sont des lieux d'élection toutes les fois qu'on veut obtenir un effet général de certaines onctions médicamenteuses.

Tout en attribuant à la peau une part incontestable dans l'absorption des liquides et des gaz alors même que sa couche épidermique a été cob* servée, on doit pourtant reconnaître que, chez l'homme^ cette participation est assez faible pour que, grflce à son épiderme, la peau puisse rester impunément en contact prolongé avec beaucoup de substances nuisibles ou vénéneuses qui seraient rapidement absorbées par une membrane muqueuse quelconque. Essentiellement destinée à envelopper l'animal et à le protéger contre l'action des corps qui l'entourent, la peau, en effet, a pu être organisée de manière à n'absorber que dans des proportions bien minimes, si on la compare aux membranes muqueuses dont le rôle est si différent. Il ne faudrait donc pas s'exagérer les résultats de l'absorption cutanée, et aller croire^ par exemple, que des branches d'aconit, placées sur le sein de jeunes filles, ont pu agir par absorption directe et les faire s'évanouir; que les racines de l'ellébore blanc, appliquées sur l'épigastre, ont produit des vomissements; que des médicaments amers, employés extérieurement snr l'abdomen* ont provoqué l'expulsion de vers intestinaux, ou que certaine^ pilules posées sur la région précordiale ont amené une purgatioo, et4:.! Tous ces faits et beaucoup d'autres, qui ne sauraient être acceptés, ont été recueillis par Haller (1) qui d'ailleurs les apprécie à leur juste valeur en ces termes : a Suspecta enim expérimenta esse non ignaro, »

La membrane muqueuse pulmonaire, dont le rôle essentiel est d'absorber Toxygène atmosphérique, offre aux extrémités des bronches une

(1) Hau.br, EUmenta physioL, t, Y, p, 87.

telle ténuité, que les liquides, les vapeurs ou les divers gaz la pénètrent aussi bien que ses vaisseaux avec une étonnante rapidité. De là, en phy* biologie ezpériroentalef la préférence qu'on donne assez souvent à la voie pulmonaire, quand il s'agit de faire passer vite et sûrement, par absorption, dans le sang des animaux, certaines substances solubles doDt on a intérêt à connaître Tinfluence sur l'économie. Seulement, en pareil cas, rexpérimeniateur ne devra jamais négliger une précaution importaote, qui est de faire préalablement la trachéotomie ': il évitera ainsi tout passage de liquides par le larynx et toute stimulation anormale de la muqueuse sus-glottique, d'où résulteraient des contractions spasmodiques de la glotte nécessairement accompagnées de menaces de suffocation. C'est qu'en effet, comme nous l'avons souvent constaté dans des expériences comparatives (*), tandis que la muqueuse du vestibule sus-glottique jouit d'une sensibilité exquise en rapport avec la protection de rentrée des voies respiratoires, au contraire la membrane qui revôt la trachée et les bronches offre une sensibilité relativement assez obtuse. Cette différence légitime l'emploi du procédé expérimental dont il s'agit, à la condition jouriant que la quantité de liquide introduite à la fois dans la trachée ne «ra jamais assez abondante pour interrompre tout d'abord la respiration.

1.— De nombreuses expériences ont fait voir que l'eau, introduite en quanité notable dans les bronches, ne tarde pas à y être résorbée : ainsi, des bâts en ont supporté 60 grammes, au témoignage de £d. Goodwyn (1), t des chiens^ environ quatre fois davantage, au rapport de Ségalas (2) ; ii'« lapins ont survécu à l'injection de 125 grammes d'eau, pratiquée par layer -S) dans l'espace de vingt-quatre heures.

Les résultats les plus curieux, sous ce rapport, sont ceux que relate Gibier {4). Dans l'intention d'asphyxier et d'abattre promptement un beral destiné à la pratique des opérations, des élèves lui injectent, par ne plaie fkiteà la trachée, plusieurs litres d'eau : l'animal survit à l'expé- •"-nce, qui, répétée à plusieurs reprises, cause la mort, seulement quand 2 litres d'eau ont été successivement introduits dans les voies aériennes. obier lui-même fait renouveler ces tentatives sur deux autres chevaux et ^r un âne, qui ne succombent qu'après que le liquide a été poussé dans ^ bronches très-vite et en fort grande quantité à la fois. L'autopsie emontre qu'en pareils cas les bronches peuvent parfois être entièrement ■^e^. alors que les poumons sont engorgés et œdémateux.

n. — La membrane muqueuse pulmonaire peut également absorber des

'\ ^oyei (dttp. Digestion^ p. 127 et suiv.) nos expériences qui démontrent le rôle important je j^Mie la sensilnJlté de la muqueuse sus-glottique, comme régulateur commun de la respira- :iQ et du fécond temps de la déglutition.

îl) E». GooMmi, The Connection of Ufe with Respiration ; or an Expérimental ïnquiry

■ '^ EffecU of Submersion^ etc. Londres, 1788.

(2) StCàLAS, loe. cit.

f3) MicuL'a Deuifchei Archiv^ etc., t. 111, p. 694.

*; Geiin, Mém. et Obsero, sur la chirurgie et la médecine vétérinaires, t. II, p 418. k«.iSU. . > r .

&26 DE l'absorption.

substance» dinoutn dam Veau^ et les laisse passer dans le sang avec une très-grande promptitude ; c'est ce que démontrent les faits suivants :

Dans l6s bronches d'un chat sont introduits 30 grammes d'une solution de sulfate de cuivre ammoniacal. La respiration devient stertoreuse et ranimai ne tarde pas à être pris de convulsions. La carotide et la jugulaire étant ouvertes cinq minutes après Tinjeclion, on constate la présence du cuivre ammoniacal dans le sang artériel. ^ Du prussiate de pota>$e, dissous dans Téau, est injecté dans la trachée-artère d'un chat; après deux minutes, le sérum du sang artériel offre des traces de ce sel^ qu'on ne retrouve ni dans le canal thoracique, ni dans le sérum du sang veineux, ni dans l'urine. — Une dissolution de sulfate de fer est poussée dans le> bronches de deux chats; six minutes après^ le sérum du sang de la carotide renferme ce sel, qui n'existe pas dans la veine jugulaire. — Deux graffliue!> et demi de nitrate de potasse, dissous dans 16 grammes d'eau, sont injectés dans la trachée d'un chat : l'animal éprouve des convulsions et meurt au bout de deux minutes; du papier est trempé dans lé sang de l'aorte descendante, on le fait sécher, et il brûle avec une légère décrépitation. Un autre morceau de papier, imprégné du sang de la veine jugulaire et également desséché, ne présente pas un phénomène analogue. - Un renard succombe très-vite, après qu'on a introduit de l'huile de térébenthine et de l'huile d'olive dans sa trachée-artère; le sang artériel exhale l'odeur de la térébenthine et le sang veineux ne présente rien de semblable (Lebkûchner) (1).

Suivant Ségalas (2), l'injection d'une certaine quantité d'alcool dan»* les bronches détermine une ébriété aussi prompte que par le mélanp' direct de ce liquide avec le sang, et la section des nerfs de la huitième paire n'aurait pas d'influence sur la promptitude des phénomènes de Tivresse (*).

Les poisons dissous s'absorbent rapidement aussi lorsqu'on les introduit dans les voies aériennes : la strychnine qu'on y injecte tue promptement les animaux; il en est de même de l'acide cyanhydrique (3). D'aprè» Ségalas (/i), 0«%10 d'extrait alcoolique de noix vomique, poussés dans le^ bronches d'un chien de moyenne taille, produisent la mort en quelque^ secondes.

(1) Lebkûchner, Dissertaiio quà experimentis eruiiur, utrum per viveniium adhuc «•»• maiium membranos atgue vasorum pan'etes matcria; ponderabiles iili^ applicaitr fterwa-^ queant^ nec ne? Tubingue, 1819.

(2) SÉGALAS, Archiv. génér, de méd.^ t. XU, p. 105.

(*) Ici il faut étabUr, relativement à l'activité de rabtorption pulmonaire, un« différeocequ n'est pas sans quelque intérêt et que m'ont révélée mes propres expériences : les nerfs vsj^ étant réséqués, si l'on injecte dans les voies respiratoires de Talcool ou une substance ▼éo^neuse en dissolution, l'ivresse ou l'intoxication se manifeste beaucoup plus vite te prpinifr jour de l'opération que le second et surtout le troisième jour ; d'où il semble résuUer que l's* tivité de l'absorption diminue en raison directe de renflouement pulmonaire. (Voyei mon Tritl^ d*anai, et dephysiol. du xyst. nerv,^ t. II, p. 303. Paris^ 1842.)

(3) Maoknihe, Leçons sur les phénom. physiqueif de la ri>, 1836, t. I, p. 31.

(4) StGALAS, /oc. cit., p. 109.

AÉSORPTION PAB LA MEMBRANB HaQOEUSE PULMONAIRE. Uil

Les principes colorants de l'indigo et du safran ont été retrouvés dans nrine après l'injection d'une solution de ces substances dans la trachée- \:\he : sous ce rapport, il y a conformité dans les observations de Mayer (1), - 1er et Ficinus (2), qui contredisent celles de LebkQchner.

m. — Piollet (3) s'est appliqué à déterminer le temps nécessaire à un lîijNJe, absorbé par la muqueuse pulmonaire, pour se montrer dans le sang ! rie! et dans le sang veineux. L'artère crurale et la veine jugulaire étant IMS à nu sur un chien, 120 grammes d'une dissolution de prussiate de ' la>sc sont injectés dans la trachée : après quatre minutes, le sang de ii»*re crurale contient déjà des parties de ce sel, et, après sept minutes *l''fnent, ce dernier apparaît dans la veine.

Li nipidité de l'absorption pulmonaire est encore démontrée par r«xrii nce suivante, La trachée étant ouverte sur des agneaux, une solution •ryanure de potassium (30 grammes de sel pour 1 kilogramme d'eau), y I instillée peu k peu, et la substance ainsi administrée apparaît dans :ine, douze, dix et même huit minutes après l'opération. Ajoutons que l'Mitriue de ces animaux ayant été alors ouverte, on a constaté la prén e du cyanure de potassium dans les veines pulmonaires et l'orejUette <:« he du cœur, mais qu'on n'a pu retrouver ce sol dans les vaisseaux et 'dions lymphatiques du poumon, ni dans le sang de la veine cave'des- 'i-inle (Panizza) {U),

La marche rapide de l'absorption, à la surface des voies aériennes, a été pîKiée d'une autre manière par Stehberger(5) ; Sur un jeune homme 'iut d'une exstrophie de vessie, l'urine expulsée par les uretères exha- ' l'odeur de violeite un quart d'heure après que le sujet avait aspiré de ^^^nce de térébenthine, Mayer (6) injecte un mélange de teinture d'in- .'M*t de teinture de safran dans la frachée-artère de plusieurs lapins; au it de huit minutes, leur urine avait pris une coloration verte. Li grande activité de l'absorption pulmonaire aurait été démontrée ^(tement chez l'homme lui-môme, dans un cas observé par Desault, à "'>|<?I-Dieu : une fausse route suivie par une sonde que l'on croyait porter ■i- 1 œsophage et qui pénétra, dit-on, dans le larynx, conduisit im 'juion dans les voies aériennes; il n'en résulta aucun accident grave. Ce I- qui est cité dans divers traités de physiologie, ne nous semble pas puyé de preuves suffisantes.

''in«» toutes les expériences où les substances injectées sont apparues

' ' les cavités gauches du cœur et les artères plus tôt que dans ses cavités

5 »• et les veines du corps, le passage dans le sang ne saurait s'expliquer

Vuul's DeuUdtes Archiv, t. Ill^ p. 498. Ficnrcs, ZeiUchrifl fur Natw^ und Heilkunde^ t. I, p. 135, WoLLET, Archiv, génér. de méd,^ t. IX, p. 610. ^*m«A, Memorie delC /. K. Institut. Lomh., 1841, t. I ^nauBGBR, Zeifschrift fur Phyriohgiff^ t. Il, p, 49. MiCKtL's Deutsche^ Archiv, etc. t. UI, p. 498.

&28 DE l'absobption.

par le cours de la lymphe ; par conséquent, les veines pulmonaires onl éU la voie d'absorption.

IV. — LesnAstances volatiles$oni aussi très-facilement absorbées par la mu queuse pulmonaire, et portées ultérieurement dans les voies circulatoires c'est ainsi, par exemple, que survient l'odeur de violette communiquée Turine par l'inspiration d'un air chargé de vapeurs de térébenthine. PtoUet i s'enferme la tète dans un air chargé de ces vapeurs, d'alcool vaporisé ou d miasmes putrides» avec la précaution de laisser le reste de son corps ploiu dans une atmosphère composée d'air pur : dans le premier cas, il retnmi l'odeur de violette dans son urine; dans le second, il ressent tous les effé de l'ivresse; dans le troisième, il reconnaît une odeur cadavérique auia intestinaux et aux matières fécales. Panizza(2) a aussi constaté, sur desch^ vreaux, l'absorption des vapeurs d'iode : pour cela, il se sert d'un appare dans lequel cette substance se volatilise d'une manière lente et continin appareil muni d'une ouverture à laquelle adhère un tube de toile cim L'ouverture reçoit la tête d'un chevreau, au cou duquel est fixée la piut libre de cette toile; et, bientôt^ la présence de l'iode est facile à reconoaUi dans le sang de l'artère fémorale.

Y. — L'homme et les animaux supérieurs peuvent accidentellemeni ^ trouver plongés dans différents gaz délétères qui, avec l'air atmosphériqi pénètrent dans les voies respiratoires^ y sont absorbés et déterminent Iii toxication.

Mais, de toutes les absorptions gazeuses qui s'opèrent à la surface queuse des poumons, il n'en est pas de plus intéressante pour le phy^ giste que celle qui normalement s'accomplit, aux dépens de l'oxygène l'air, durant l'acte respiratoire. Aussi fera-t-elle l'objet d'un chapitre cial. (Voyez le chapitre Respiration,)

VL — En thérapeutique, on devait nécessairement songer à utiliser la pil priété éminemment absorbante de la muqueuse des voies respiratoires: ci par l'entremise de cette membrane que le chloroforme, l'éther, l'aniTl le protoxyde d'azote et autres agents anesthésiques, introduits dans le vont influencer si singulièrement le système nerveux central. Baie propose d'administrer aux malades le mercure, en leur faisant respi vapeur qui résulte de la projection de ce métal sur des cliarboos a ou bien sur une capsule de terre ou de métal rougie au feu; .Nm Massa (&} conseille les inspirations de cinnabre volatilisé, dans la n^I constitutionnelle; aux individus atteints d'affections pulmonaires cb ques, on recommande le séjour dans des étables, les fumigations goud nées, iodées ou sulfureuses, etc.

(1) HoLLST, loc. cit., et dans Bulletin de F&BOSSàC, t. VU, p. 220.

(2) Pahizza, toc. cit.

(3) Gheuh, Appar,, t. VIH, p. 73.

(4) Van Swieten, Comment, Boerh., t. V, p. 476.

ABSOftPTION PAE LA MEMBRANE MUQUEUSE PULMOMAIBE. A29

vn. -Mais si l'absorption pulmonaire a été mise à profit dans le traitement dp certaines maladies, elle est bien plus souvent encore une porte ouverte à d^ principes nuisibles qui pénètrent dans l'économie et parfois y produi- '1)1 de grands ravages. Qui ne connaît les accidents produits sur les mineurs 'opiojés à Texploitation du mercure, depuis que Ramazzini (1) les a si ■wn décrits? Walter Pope (2) a, de son côté, signalé des accidents semblables chez les ouvriers qui travaillent aux mines du FriouL Colson (3) rap- [K^rte que luinnême et cinq élèves en médecine, attachés au service des w^nériens) furent atteints de gonflement mercuriel des gencives et de ptya- >me(bien qu'ils n'eussent touché aucune préparation hydrargyrique), par

* soal fait de leur séjour dans les infirmeries où leur service les retenait hh, panni les cas de ce genre, le plus remarquable est le suivant (ft) : 'ja tSlO, le vaisseau anglais le Triomphe reçut à son bord une grande quan- 1^ de mercure qui s'échappa des vessies et des barils dans lesquels on irait renfermé^ et de là fit irruption dans tout le navire; pendant une triode de trois semaines, deux cents individus furent atteints de salivation, nirérations à la bouche et à la langue, de paralysies partielles et de dé^ internent des intestins. Ces funestes effets se firent également sentir sur > animaux qu'on avait à bord; plusieurs même périrent victimes de cette toiication.

Que de professions dans lesquelles des matières animales ou végétales, ''^ks h l'air atmosphérique, sont réputées produire- par cela même des r^ls pernicieux sur les malheureux ouvriers I Dans les manufactures de ie, deux opérations compromettent surtout la santé : le tirage de la soie ^ cocons, au milieu des émanations infectes de la chrysalide, et le car- ?e de la filoselle. D'après Vincent et Baumes (5), les femmes qui se li- •nt à ce travail seraient plus spécialement sujettes aux fièvres putrides, \ ( ongestions pulmonaires et à l'hémoptysie. Dans les prisons de Metz (6), plupart des détenus sont employés à battre, à éplucher et à tirer le crin :

• éruptions furonculeuses, des anthrax plus ou moins graves, etc., ont ru être souvent le résultat de l'absorption des émanations qui se dégan( dos crins de qualité inférieure. — Le séjour prolongé dans les mines a - considéré comme donnant lieu h une maladie des organes respiratoires, [tflée phthisie charbonneuie du poumon, qui a été étudiée surtout par Gren, Christison, Thomson, etc. — La fabrication du tabac exerce aussi une ^u^nce incontestable sur la santé des individus qui vivent dans une atmo- ^iere chargée des principes volatils que cette plante dégage : chez eux, il 'Vient une altération particulière du teint; ce n'est point une décolora* ■û simple, une pâleur ordinaire, c'est un aspect gris avec quelque chose teme, une nuance mixte qui tient de la chlorose cl de certaines cachexies.

I physionomie en reçoit un caractère propre auquel un œil exercé pour-

1 K%MAizon« De morbù artificium diairiba ; «rad. franc. |iar FouacaoT. Parif, 1777. \l, Waltu Popb« PkHot. frofu., p. 1665. : ', (^HLSOMt Arch. génér» de méd,^ t. XII, p. 70.

« PhUo9. TranJt.^ part. U, p. 402. — Arch. génér. de méd,^ t. IV, p. 282« 'h Visccrr 6t BAOMKSy Topographie de la ville de Slmes, 1802. ^ Snnalen drhggiène^ 1845, t. IXXIII, p. 339,

&30 DE L*ABSOfirriON.

rait, jusqu'à un certain point, reconnaître tous ceux qui ont longtemps Ira ▼aillé le tabac (1). — Des fièvres intermittentes, des dysenteries, des fièyrr malignes, ont souvent atteint des individus qui avaient assisté à une eilmmation de cadavres : par quelle voie les principes de ces maladies auraieui ils pénétré dans l'économie, si ce n'est surtout par la voie pulmonaire Beaucoup d'affections ne sont contagieuses que parce que l'atmosphère vl permet la propagation d'un individu à un autre : un petit malade, alteio de coqueluche, de variole, de rougeole ou de scarlatine, est placé dansui milieu où viennent respirer à leur tour un grand nombre d'autres ^'eofanU et ces derniers eux-mêmes ne tardent pas à contracter une de ces aSeo tions, etc.

Si c'est par l'entremise de la membrane muqueuse pulmonaire que l principe vivifiant de l'air (gaz oxygène) pénètre dans les voies circulatoini c'est par la membrane muqueuse digestive et ses vaisseaux que passe le prorn liquide de la digestion pour venir se mêler au sang, rendez-vous comn"] de tout ce qui est absorbé. Les membranes muqueuses pulmonaire et dig tive sont donc, comme surfaces absorbantes^ les plus importantes de tout' puisqu'elles sont essentiellement chargées d'introduire daQs l'organismt matériaux propres à réparer ses pertes incessantes.

Pour ce qui regarde l'absorption par la muqueuse digestive, si t\k^ en effet l'une des plus importantes quant au but fonctionnel, on peuluj-". ter qu'elle est aussi la plus étendue de toutes les absorptions et cellt qc s'opère sur les produits les plus abondants et les plus variés. Pour>ri convaincre, ne sufiirait-il pas déjà, à l'égard des aliments, de comparr ! poids de la masse ingérée à celui des fèces, puis de se rappeler la ynM des principes propres aux matières alimentaires (principes gras, altuitai noïdes. féculents ou sucrés)? Et les boissons, qui plus tard seront excntit par les urines, par la sueur ou la perspîration pulmonaire, en quelle qua^ tité ne sont-elles pas introduites dans les voies digestives ! Comment auv ne pas tenir compte de tous ces liquides organiques (salive, bile, suc? -zs trique, pancréatique, intestinal, etc.) si abondamment versés dans-'t mêmes voies (*)? Qu'ils rentrent dans l'économie avec leurs caractèri*^ i r mitifs ou bien qu'ils soient modifiés dans leur composition pour faire pu.: des produits extraits des aliments eux-mêmes, toujours est-il qu'il> ^ ' pour la plupart presque entièrement destinés à la résorption, et ix ! l'élimination comme Turine.

Ajoutons qu'indépendamment de tous ces produits utiles au renouvtJ

(1) Butfetin de t Académie de médecine de Paris ^ 1845, t. X.

(*) Pour ne parler que du iuc gastrique ^ on sait qu'un chien, du poids de 10 kiloîrrifn seulement, en sécrète environ 500 grammes dans les vingt-quatre heures: chiAv qui «^' énorme si ce fluide ne devait pas être en très- grande partie fésorbé avec le produit méa/. la digestion.

ABSORPTION PAR LA MEMBRANE MtTQUKUSË DlGËSTlVE. /|3l

mrnt et à l'entretien des organes, la membrane muqueuse digestive peut ncore absorber normalement une partie des gaz que renferme toujours le Ml)e intestinal, et accidentellement une foule de sels autres que ceux qui »n( nécessaires à Talimentation^ des matières colorantes et odorantes, des rMicaments^ même aussi des poisons, malgré la faculté élective attribuée à ;> prétendues bouches absorbantes.

n importe d'ailleurs de savoir que le pouvoir absorbant de cette meml'iane n'est pas également réparti sur tous les points des voies digestives: '.«ible dans la bouche et dans Tœsophage où^ à la vérité, les substances ' V'rées séjournent à peine, il est, sauf quelques exceptions, assez marqué 'i.tns l'estomac, acquiert tout son développement dans l'intestin grêle, et n 5 affaiblissant de nouveau à mesure qu'on s'approche davantage de la terminaison du gros intestin.

Avant de nous occuper des diverses absorptions signalées plus haut, rberchons donc si Texamen des points qui possèdent plus spécialement d faculté absorbante ne nous révélerait pas quelques particularités dignes l'inlérêt.

U membrane muqueuse digestive n'offre, en effet, ni le même aspect, ni

* mômes caractères anatomiques dans tous les points de son étendue. idi^ la seule portion qui doive plus spécialement fixer notre attention, au -'.ni de vue dont il s'agit, est évidemment celle qui revêt l'intestin grêle : 1^ e^t remarquable par l'existence d'un grand nombre de replis ou val- */?? conniventes et par de nombreuses saillies ou villosités.

n. — Les valvules conniventes&onides replis muqueux^ à configuration va-

allie, qui résultent de Tadossement de la membrane muqueuseà elle-même,

d'mt on rencontre déjà des rudiments dans le tube digestif de quelques

' alèphes, des Actinies, des Mollusques, des Nématoïdes, des Annélides

(!<':> Insectes. Presque toujours dirigés suivant la longueur de l'intestin

in les Poissons et les Reptiles, ces plis affectent chez les Mammifères,

iH»lamment chez l'homme^ une direction transversale. On les rencontre

^'\'* rintestin grêle seulement, et leur nombre est d'autant plus considé-

l'if qu'on se rapproche davantage du pylore ; conséquemment, elles sont

'•> nombreuses dans le duodénum que dans le jéjunum et l'iléon. Elles

"A aussi en plus grand nombre sur la demi-circonférence de l'intestin qui

Mit au mésentère que sur la demi-circonférence opposée.

Leurs diaiensions, en longueur et en hauteur, sont d'autant plus éten-

'^. qu'on examine ces valvules dans des parties plus élevées de l'intestin :

A ainsi que, dans le duodénum, elles parcourent un trajet comprenant

' riKtitié ou les trois quarts de la circonférence du tube intestinal, et

iU»s se réduisent au tiers ou au quart de cette circonférence, vers la

• nifiaison de l'intestin grêle. Leur direction est généralement perpendi- MH' à Taxe du tube; mais elle est oblique par rapport à la surface de • ^lin. Leur forme se rapproche plus ou moins de celle d'un croissant; ♦lîel, les deux extrémités se terminent en pointe et le milieu est la

iîiitf la plas large. Ces valvules sont tellement disposées, que le bord libre

Us

/^3^ De L*ABSORt»tlON.

est inférieur, concave et saillant dans l'intestin, tandis que le bord adhérent, convexe, est lié au corps de cet organe. Si Ton exarnioeleurf/mcture, on reconnaît qu'elles sont formées de deux feuillets de la membraoe muqueuse^ unis ensemble par du tissu cellulaire, sans interposition d'aacune fibre musculaire. Chaque valvule renferme d'ailleurs dans sa tunique celluleuse une branche vasculaire qui marche parallèlement à la longueur de la valvule, et de laquelle se détachent les nombreux rameaux destiné> à la muqueuse.

Les valvules conniventes, étant complètement dépourvues de fibre:» musculaires, ne sauraient exécuter des mouvements propres. Les inégalitcN qu'elles déterminent dans Tintérieur de l'intestin peuvent contribuera ralentir la marche des matières alimentaires; mais surtout ces valTuU^ servent à augmenter, proportionnellement à leur nombre, l'étendue de U surface muqueuse, c'est-à-dire de la surface absorbante de l'intestin.

j^ Quant aux vilhsiiés, ce sont de petits appendices très-fins et Irè?délicats qui, chez les Mammifères spécialement, donnent un aspect velouW aux parties de la muqueuse digestive sur lesquelles on les observe. Dan^ l'intestin grêle, où on les rencontre exclusivement, elles existent curies va> vules conniventes aussi bien que dans leurs intervalles, et sont d'autan' plus nombreuses qu'on les examine dans une portion plus élevée de c*. intestin. Leur forme est, en général, celle d'une lamelle plus ou moin régulièrement triangulaire; mais, pendant le travail de la digestion, cV. prennent la forme cylindrique. On a cru, longtemps, que le sommet dii chaque villosité était perforé d'une ou de plusieurs ouvertures conduisaD! à une sorte d'ampoule, dont LieberkQhn (1) admettait l'existence à la hs» de la villosité. Cet anatomiste voyait là comme l'origine des vaisseaui lactés; opinion qui a été partagée par J. Hunter (2), Gruikshank (3), Tnviranus(û),L.Boehm(5), etc. Celte erreur, réfutée surtout par Rudolphi^. s'explique par une illusion d'optique que plusieurs circonstances peavp!)t produire; telles sont: l'existence de bulles d'air; la disposition desmv seaux sanguins du sommet de la villosité, signalée par Berres; rexistenr^ de petites fossettes éparses à la surface des villosités de certains animani notamment de la brebis et du bœuf; la disposition de l'épithélium dont If. noyaux de cellules simulent des orifices, etc.

Diverses opinions ont été émises sur la structure des villosités. Leeuwec hoek (7) les considère comme de nature musculeuse ; Mascagni (8), comm composées d'un lacis de vaisseaux sanguins et lymphatiques; Floureu^ comme des productions dépendantes du derme, etc.

(1) LiEBEBkiiHN, Defabrica et actione vilhrum intestinorum tenuium. Leyde, I7i5.

(2) J. HCHTEB, OEuvi-es compL, trad. franc, de Richelot, U I*', p. 2»7, et i. IIÎ, p. Mî

Paris, 18^8.

(3) CaoïKSHAMKy Anatomy ofthe Absorbent Vcseels^ etc. Londoo, i78<» i tnd. fnB^ pi

Peiit-Radel.

(4) Tbiv«aihî8, BeitrOge, etc., t. U, 1835, p. 104.

(5) L. BOKHM, Die kranke Dannschieimhaut^ etc. Berlin, 1838, p. 43.

(6) RUDOLPHI, Reil'» Archiv, t. IV, 1800, p. 66, 75, 345, 393.

(7) l.KEiJWtMHOEK, Operù omnia, t. 11!, ûyde, 4722.

(8) llA8GX«m, Vasorum lymphat* carp. hum, hittor, et iconogr. Sienne, 1787.

ABSORPTION PAR LA MEUBRAME MUQUEUSE DI6ESTIVE. ft33

La vérité est que les villosités comprennent dans leur texture des éléments du derme muqueux, des fibres musculaires et des vaisseaux.

La charpente ou la substance même de la villosilé est un prolongement du derme de la muqueuse. Elle est formée par de la matière amorphe d'une assez faible consistance; matière amorphe, dans l'épaisseur de laquelle sont disséminés quelques noyaux et des corpuscules de tissu conjonctif.

Autour de la substance propre de la villosité, Brucke a découvert une couche de fibres musculaires lisses, dont les unes sont circulaires et les antres longitudinales. Par leur contraction elles compriment et raccourcissent la villosité, produisant ainsi une pression qui fait cheminer les sucs introduits dans cet appendice. En appliquant Thydrotomie à létude des villosités intestinales, Lacauchie (1)^ un des premiers, a reconnu qu'elles se contractent. D'après cet observateur, au moment où les villosités sont placées sous le microscope, quelques-unes sont encore, allongées et lisses, mais peu à peu on les voit se ramasser, devenir plus opaques et se plisser de rides profondes, régulières, trèsbien indiquées à leur pourtour par les dentelures de leur épithélium; en môme temps, si l'animal n'est pas mort par effusion de sapg, on aperçoit les villosités enveloppées dans un réseau de vaisseaux sanruins, qui, dans le cas contraire, sont moins apparents et quelquefois» même ne peuvent être distingués. Sous l'épithélium, ajoute l'auteur, on découvre des stries déliées et longitudinales qui occupent toute la lon^ ;ueur de la villosité; mais il ne se prononce pas sur leur nature et ignore » ce sont des cbylifères ou un tissu particulier entourant ces derniers >.iisseaux* Les vaisseaux sanguins^ par leur calibre et leur nombre, forment, uivant Sappey (2), environ les quatre cinquièmes du volume total de la iliosité. Les artérioles, situées à la périphérie, donnent naissance à un ^!seau capillaire dont les mailles sont tellement serrées que les espaces juVIles limitent sont presque inappréciables. Ce réseau occupe la surface e la villosité qu'il recouvre dans toute son étendue. II est très-rapproché *: la couche épithéiiale de l'intestin, mais il n'est jamais directement en ontact avec elle ; une mince couche de la substance propre de la villosité tu sépare. Les veinules naissent du réseau capillaire et se réunissent «ibituellement en un tronc unique qui va se jeter dans le plexus veineux ''U>-muqueux*

Le centre de la villosité est occupé par un canalicule lymphatique. Les 'iio^ités étroites ont une cavité centrale simple (ou chylifère), qui <>mmence à leur sommet par un ciU-de-sac parfois un peu dilaté en fiipoale, et qui suit l'axe jusqu'à la base. Dans les villosités larges, il '^i^te un canal simple, qui commence aussi en cid-de-sac à l'un des côtés, marche le long du bord arqué et descend de l'autre côté pour aller se ^rdre dans la profondeur; ou bien elles ont deux canaux naissant, à côté

'1^ Lacaccsis, Traité (fhydroiomie^ 1853, p. 37.

2, bAFTBTy Traité (tanatomie deitcriptive, U IIl^ p. 145. 1857i

umccr. — raysioL. i* -^ 2S

63& DE L'ABSORraON.

Tua de Tautre et au sommet du pli, par des extrémités eu cul-de-sac, souvent contournées sur elles-mêmes, et qui partent de ce point en divergeant, pour suivre chacune l'un des bords latéraux de la lamelle. En examinant au microscope les villosités dépouillées de répilhéliam, on voit ces canaux chylifères limités par deux bords obscurs; sur les coupes transversales, ils apparaissent comme des ouvertures rondes, et^ dans les villosités pleines de chyle, ils présentent une couleur blanche argentine. Du réseau lymphatique le plus superficiel de la muqueuse partent de fines ramifications qui aboutissent à chacun de ces canaux.

C'est chez un homme mort pendant le travail de la digestion et sur des villosités fortement remplies de chyle, que Henle (1) a pu constater les précédentes dispositions des vaisseaux lymphatiques à leur origine. Schwaiin (2) a, sur la même pièce, injecté le canal chylifère de chaque villosité avec du mercure poussé par les lymphatiques superficiels de k muqueuse.

Du reste, lors même que la turgescence est moins grande, ce canal est fréquemment accusé par une série interrompue de globules graisseux; souvent encore son sommet seul contient une gouttelette de graisse, qu'on peut diviser par la pression et faire cheminer, le long du canal, vers la base de la villosité. Ajoutons que ce canal médian ou chylifëre peut être vu^ même dans l'état de vacuité.

De ses recherches sur les vaisseaux lymphatiques du système muqueux. Sappey (3) conclut, contrairement à l'opinion assez généralement adooise, que nulle part les radicules du système absorbant ne se présentent à Tétat d'isolement ou d'indépendance ; que partout elles s'anastomosent entre elles, de manière à former des anses, des mailles^ des plexus qui se disposent en membrane. Celle-ci, comprise dans l'épaisseur de la couche la plus superficielle du chorion muqueux, recouvre les vaisseaux sanguins et embrassent les villosités de l'intestin grêle de la même manière qu'elle entoure les papilles de la langue. — Ce serait, d'après cet anatomiste, uti tronc veineux qui occuperait l'axe de la villosité et non un canalicule jymphatique. Sur ce points Sappey est en désaccord avec la majorité de observateurs. Quant à la présence d'un réseau lymphatique à la surface e dans l'intérieur de la villosité^ plusieurs histologistes l'admettent et le fon se déverser dans le canalicule central. Ainsi d'après Krause (U), le tron lymphatique, qui existe au centre de la villosité, proviendrait de l'unio de plusieurs petits vaisseaux du'même ordre qui, au dire de cet observ.'. teur, commencent en partie par des extrémités libres, et en parti communiquent ensemble par des réseaux. Dans ces derniers temps Heidenhain (5), F. Leydig (6), qui ont aussi décrit ce réseau initial^roi)

11) Henlk^ Anatomie générale ^ t* U, p. 81 ; trad. citée. 2) SCHWÂinv (J. MûLLER, Physioiogie, t. I, p. 265 ; édit. franc.)

(3) Sappet, Traité (Fanât descript., t. I, p. 596^ et t. III, p. 151 .

(4) Kbadse (Muller'8 ArchiVy 1837, p. 5).

(5) HEiDEitHAi», Die Ahsorptionswege des Fettes (MoLESCHon^s Vntersuché zmr I^'aturîtv des Menschen, etc., U Vf, p. 251 à 28â, 1858).

(6) F. Letdig, Traité d'histologie. Paris^ 1866 ; trad. franc.

considéré comme formé par les anastomoses des cellules plasroatiques de la substance fondamentale.

Une seule couche d'épithélium cylindrique revêt la muqueuse intesti* nale dans tous ses points et forme aux villosités une gaine protectrice. La face libre des cellules présente Taspect d'une mosaïque; elle est recouverte d'une sorte de vernis formé par une substance amorphe hyaline, et ne présente aucun pertuis. La face adhérente repose sur la substance fondamentale de la viliosité, qui la sépare du réseau sanguin et du vaisseau lymphatique central.

Après Texposé de ces notions anatomiques, nous allons procéder à l'étude des diverses absorptions qui ont lieu à la surface de la muqueuse digestive.

iNous commencerons cette étude par les boissons ; puis viendront les gaz, les substances salines^ colorantes ou odorantes, les médicaments et les poisons, enfin les diverses espèces à* aliments qui méritent surtout de fixer notre attention.

). — Parmi les boissons, il en est qui restent inaltérées dans la première partie du tube digestif, et d'autres qui contribuent à former le chyme : Teau pure et l'alcool, par exemple, se rangent dans les premières; l'huile, le bouillon, le lait, etc.^ se classent dans les secondes.

Veau ingérée dans l'estomac se trouble par son mélange avec les produits de sécrétion de cet organe ; une partie passe dans l'intestin grêle, lâuire est absorbée sur place. Cette absorption s'effectue d'ailleurs avec une grande rapidité : ainsi, d'après Scbultz (l),-un bœuf qui vient de boire présente, dans son sang, de 55 à 65 parties d'eau de plus qu'auparavant; sur 72 parties d'eau qu'il avale, 6 environ passent très-prompte ment dans le torrent de la circulation. Un de ces animaux, qui n'avait pas bu depuis vingtquatre heures, avait dans le sang 775 parties d'eau sur 1000 ; peu d'instants après qu'il eut bu abondamment, son sang en renfermait S/iO.Sœmmerring et d autres observateurs, Gorpet^ par exemple (2), ont vu, dans l'exstrophie de la vessie, l'urine sortir abondamment des orifices des uretères quelques minutes après que l'individu avait pris des boissons; et, si déjà l'urine coulait goutte à goutte, bientôt on la voyait sortir par jet.

Nous avons dit qu'une partie des boissons aqueuses est absorbée dans l'estomac^ et qu'une autre portion passe dans l'intestin. Si pourtant on applique une ligature sur le pylore» ces boissons peuvent encore disparaître (8). Dans Tespace d'une demi-heure, 30 grammes d'eau teinte d'indigo ou de garance ne se sont plus retrouvés dans l'estomac des chiens, après la ligature du pylore (U)^ et les vaisseaux lymphatiques du viscère ne se sont montrés ni colorés, ni même gorgés de liquide.

(i) Scbultz* <Uat Journal de HursLàHi), 1838.

(2, SicbOLD's Journal fur Geburtshùlfe^ t. XII, p. 309.

'Z, MAfiKNDiS* Précis de physioL, i. il, p. UO.

(4; Ef. HOMEi Lectures on Comparative Anatomy^eU., 1. 1, p* 22â.

A36 DE L*ABS0RPT10N.

Il n'en est pas de môme chez le cheval, d'après les expériences de Bouley (1). L*eau ou d'autres liquides introduits dans Tcstomac n'y sont pas absorbés lors de l'état normal : en effet, en liant le pylore après avoir administré une solution de noix vomique (les pneumogastriques restant intacts), il n'y a pas de signes d'empoisonnement^ tandis qu'en rétablissant la communication avec l'intestin on produit une intoxication rapide. Il y a, d'après Bouley^ des exceptions semblables pour les trois premiers estomacs des ruminants; le quatrième seul paraît prendre une part active à l'absorption des liquides. L'estomac unique du chien, du chat, du porc et du lapin, semble être aussi dans d'excellentes conditions pour l'accomplissement de cette absorption.

Pour rendre compte de ces différences, on a fait remarquer que, chez le cheval, l'épithélium pavimenteux plus ou moins grossier qui tapisse l'œsophage, au lieu de se transformer, au niveau du cardia, en épithélium cylindrique plus délicat et plus perméable aux liquides, ne change de caractère que vers la partie moyenne de l'estomac, de telle sorte que^ dans toute la portion splénique, il existe une couche épithéliale aussi épaisse que l'épiderme cutané* C'est seulement vers la portion pylorique, où la vascularrté est plus prononcée, que l'épithélium est plus mince. Dam l'estomac du chien, du porc, etc., au contraire, on ne trouve nulle part un revêtement épithélial analogue à celui qui occupe la région splénique de ce viscère chez le cheval, et il en est de même du quatrième estomac des ruminants^ tandis que les trois premiers sont tapissés par un épithélium épais.

Valcool introduit dans l'estomac disparaît vite ; aussi les troubles qu'il occasionne du côté du système nerveux sont-ils prompts à se manifester. Qui ne sait, en effet/ avec queHe rapidité les personnes peu habituées à l'usage des boissons spiritueuse^ ressentent les effets d'une Ivresse plus ou moins marquée ?

On fait avaler à une poule robuste, à trois reprises différentes el dan^ l'espace d'un quart d'heure, 20 grammes d'alcool étendu de son poid^ d'eau; après la troisième fois, la poule chancelle^ puis tombe sur le flanc. Le tube digestif est aussitôt lavé avec soin; les liquides réunis sont distillés, et la quantité d'alcool ne s'élève pas à 5 grammes. Dans l'espace de vingt minutes environ, les trois quarts de l'alcool ingéré avaient donc été absorbés (2).

Les boissons alcooliques, pures de tout mélange, ne subissent d'autre altération que d'être étendues par le suc et le mucus gastriques, la salive et les autres liquides de l'appareil digestif. C'est particulièrement dan> l'estomac que l'absorption s'en effectue ; celle-ci se continue dans le reste de l'intestin si la t[uantité d'alcool est considérable.

(i) Rapport sur un mémoire de Boolet, lu a l'Académie de médecine de Paris, dans BtJ- Min de l'Acad,, 22 juin 1852.

(2) BOUGHABDAT et Samdras, De la digestion dea boissons alcooliques^ dans .IrcA, d'anat. et de physioL 1846, p. 238.

U résulte des 'expériences de Tiedemann et Gmelin (1) que ralcool o'est pas entièrement absorbé dans restomac du cheval; car ce liquide, trois heures et demie après son ingestion, a été retrouvé en partie dans l'intestin grêle. Ce fait se concilie avec les précédentes remarques de Bouley.

Dans une série d'expériences faites sur divers animaux (chiens, poules, canards, etc.)» Bouchardat et Sandras (2) disent avoir constaté que l'absorption des boissons alcooliques s'accomplit par les veines, et non par les vaisseaux chylifères : c'est ce qu'il nous faudra examiner plus tard. D'après ces mêmes expérimentateurs, l'alcool n'est pas non plus éliminé par les appareils sécréteurs, comme ils l'ont reconnu directement sur l'homme; mais il se convertit en eau et en acide carbonique sous l'influence de l'oxygène incessamment introduit par la respiration, et une certaine proportion seulement est évaporée par les poumons. Aussi, lorsqu'on tue des animaux, même au milieu des phénomènes de l'ivresse, trouve-t-on à peine des traces d'alcool dans leur sang.

II. — L'absorption par la membrane muqueuse digestive ne se borne pas aux liquides, elle s*étend aussi aux gaz normalement contenus dans le canal alimentaire, ou bien à certains produits gazeux qhe l'expérimentateur y introduit artificiellement. Quelquefois les gaz intestinaux peuvent être retenus et complètement emprisonnés par le sphincter de l'anus qui s'oppose à leur expulsion : néanmoins, en pareil cas, ils disparaissent peu à peu, ce qui ne peut avoir lieu qu'autant qu'ils sont absorbés et probablement en partie dissous par les humeurs intestinales avec lesquelles ils passent dans les voies circulatoires. On connaît aussi ces expériences faites sur les animaux vivants, dans lesquelles différents gaz, injectés dans une anse intestinale et retenus au moyen de ligatures, ont disparu avec une assez grande rapidité ; ou bien encore celles qui, en quelques minutes, ont occasionné la mort par suite de l'introduction d'une certaine quantité de gaz hydrogène sulfuré dans les intestins.

m. -* Quant à diverses substances solublesy salines ou autres, mais non vendeuses ^ aux matières colorantes ou odorantes^ qui peuvent avoir été ingérées avec les aliments, sans que le travail digestif les ait modifiées, mais qui d'autres fois aussi ont été administrées dans des vues purement expérimentales, c'est évidemment surtout dans les produits des sécrétions qu'on doit chercher la preuve de leur absorption, ou de leur passage dans le sang.

Ainsi, d'après Parmentier et Deyeux (3)^ le lait présente l'odeur du poireau^ de l'ail et de l'oignon, trois jours après que les vaches ont été

(1) TiCfiCiumi et Gmelin^ Becherches sur la route que prennent diverses substances potir passer de f estomac et du canal intestinal dans lesang. 1821 ;.triid. franc, de HeUer.

(2; BoocBAfeDAT et Sandbas, Hec, cité, p. 236 et suW.

(3; PAaMERTiER et Deyeux, Précis tVespér^ et observ, sur les différentes espèces de laits ^ p. 141.

&38 DÉ l'absorptior.

nourries avec les feuilles de ces plantes, et il devient rouge six jours après l'usage de la garance. Chez les femmes qui ont pris de Tabsinthe ou de l'anis, il contracte la saveur de ces produits. Lorsque les vaches mangent des plantes contenant une substance analogue à Tindigo, comme VAnckm officinalis, VEquisehtm arvense, etc.> leur lait conserve sa couleur naturelle immédiatement après la traite ; mais il devient bleu après la séparation de la crème, etc.

La transpiration cutanée sert parfois aussi à éliminer de l'économie, indépendamment de Teau, des substances odorantes ou colorantes que la muqueuse digestive y a introduites. Lorsqu'une personne a fait usage de valériane ou d'asa fœtida, par exemple, sa transpiration prend une odeur particulière; et, dans quelques cas, on a obsen^é des sueurs jaunes chez des malades qui avaient pris beaucoup de rhubarbe.

D'autres fois, chez des animaux nourris habituellement de substances qui renferment certains principes colorants ou odorants, on voit peu à peu les tissus eux-mêmes s'imprégner de ces principes. Ainsi la /)^/ii;^re pénètre le cuir et les chairs de quelques animaux de la Jamaïque d'une odeur et d'une saveur insupportables; les oiseaux de marais, le cuir des vaches de la Norwége et le lard d'animaux de la Grande-Bretagne, exhalent l'odeur du poisson; celle de la sauge se retrouve dans la chair du lapin, etc.

Quant à l'urine, il est surtout facile d*y reconnaître la présence d'éléments qui, absorbés dans le tube digestif, sont ensuite éliminés avec une rapidité parfois très-grande. On peut citer, sous ce rapport, les expérienceb de Stehberger (1), faites sur un jeune homme atteint d'exstrophie de la vessie : la présence de la matière colorante de l'indigo fut reconnue dans l'urine au bout de 15 minutes; celle de la garance, de la rhubarbe, du boia de Gampôche, des baies d'airelle, après 20 à ko minutes; celle de la pulpe de casse, après 55 minutes; celle des baies de sureau» après 75 minutes; celle de l'acide gallique, après 20 minutes, et enfin celle de la busserole, après U5 minutes. Quant au cyanure de potassium et de fer, il n'arriva dans l'urine qu'au bout d'une heure. Ce dernier résultat diffère notablement de celui qui a été obtenu par Rrimer (2) et Naveau (3); ces deux expérimentateurs ont en effet retrouvé le même sel dans l'urine aprè» i4-minutes, et G. Wetzlar (k) déjà après 10 minutes.

D'autres physiologistes ont noté^ dans l'urine, une odeur et une coloration variables, suivant les matières colorantes ou odorantes introduites dans le tube digestif. D'après Tiedemann et Gmelin, la gomme-gutte et la rhubarbe, quand on les avale, donnent à l'urine une couleur jaune; l'indigo, une couleur bleu verdàtre. Suivant Gruithuisen, les betteraves communiquent à l'urine une couleur rouge; les baies d'airelle lui donnent une couleur rouge&tre (Wœhler); le bois deCampèche la rend rouge (Percival), etc.

(1) SnHBERGEB, Zeitschnifl fàr Physiologie, etc., t. II, p. 49.

12) KaiMER, PhysioL Untersuchungen^ p. 9. 8) ^k^tkXif ExpeHmenia qucedam circa urinœ seeretionem, p. 12.

(A) G. W^ETZLAB, op. cit.

Rappelons aussi que l'essence de térébenthine^ ingérée dans restomac, commvftiique à Turineune odeur de violette; la valériane et te castoréum, ane odeur de myrrhe; la pensée, une odeur d'urine de chat; les asperges^ une odeur fort désagréable et bien connue de tout le monde.

Maintenant, si Ton veut rechercher les parties du tube digestif au niveau desquelles s'opèrent plus spécialement l'absorption des sels solubles et celle àes principes colorants ou odorants, on trouve, surtout dans les nombreuses expériences instituées par Tiedemann et Gmelin (1), des documents propres h élucider cette question :

Le pnissiate de potasse^ par exemple, a été retrouvé dans Testomac et dans tout l'intestin grêle d'un chien une heure et demie après son ingestion, ci, chez un autre chien, après quatre heures; le sulfate de potasse^ dans l'estomac et dans le tiers supérieur seulement de l'intestin grêle d'un chien, après trois heures et demie; l'hydrochlorate de baryte dans Testomac et dans toute l'étendue du canal intestinal d'un chien, trois heures après l'Introduction. L'hydrochlorate de fer existait dans le tube digestif depuis l'estomac jusqu'au csBcum exclusivement, trois heures après ; il en était de même chez un cheval à qui l'on avait administré du sulfate de fer. L'acétate de plomb, l'acétate de mercure, ont été reconnus, dans tout le canal intestinal, plusieurs heures après leur administration. Une grande partie des sels terreux et métalliques sont d'ailleurs rejetés avec les eicréments.

Quantauxprt'n(rt/7eso(/oran^5, Tiedemann et Gmelin (2) ont reconnu l'odeur du camphre dans l'estomac d'un chien deux heures après son introduction; cette odeur s'affaiblissait dans l'intestin grêle et avait disparu vers le milieu de cet intestin. Chez d'autres animaux, on a perçu Todeur du camphre jusqu'au tiers inférieur, et même jusque vers la fin de l'intestin grêle. Le musc a été retrouvé dans l'estomac et la première moitié de l'intestin gréle, chez un chien, une heure après l'ingestion; dans l'estomac et la première moitié de l'intestin grêle d'un cheval, après trois heures et demie; les odeurs de la térébenthine, de l'ail et de l'asa fœtida ont été reconnues dans toute la longueur de l'intestin grêle après un temps qui a varié d'une heure à trois heures et demie. Les principes odorants semblent donc disparaître peu à peu, à mesure qu'ils avancent dans l'intestin grêle.

Pour ce qui concerne les matières colorantes^ l'indigo a été retrouvé depuis reslomac jusqu'au rectum; le vert d'iris, jusque vers les dernières portions de l'intestin grÀte, et la gomme-gutte également; la garance, dans tout le canal intestinal, huit heures après son introduction; la rhubarbe, dans tout le canal intestinal, après sept et même neuf heures; l'orcanette et la teinture de tournesol, dans l'estomac et l'intestin gréle, après deux à trois heures et demie.

En définitive^ si l'on tient compte de toutes ces expériences et de celles

(1) TuuHAJl!! et Gmelin, Recherches ntr la route que prennent diverses substances pour pmer de testomac et du canat intestinal dans le sang, Paris, 1821; trad. traaç. de HtUer. '2) TiedsmaMN et GmkuSi Mém. cité.

fM DE i/absorption.

qui nous oot démontré l'apparition rapide de diverses substances dans l'urine, il sera permis de conclure, d'une part, que les sels 9olMe$^ les matières colorantes et odorantes sont absorbés peu de temps après leur ingestion^ et que, d'autre part, cette absorption se continue, excepté pour les principes odorants, dans toute l'étendue du tube digestif, depuis Testomac jusqu'au rectum.

IV. — Si l'absorption intestinale complète la digestion, et si c'est sur elle que l'organisme fonde son principal moyen de réparation, c'est elle aussi qui ollre à la thérapeutique le moyen le plus efficace et le plus usité de modifier l'état des organes malades, à l'aide de divers agents dont le sang peut devenir le véhicule. Chaque jour, en elfet, cette espèce d'absorption est utilisée pour faire pénétrer les médicaments dans l'économie.

Parmi ces agents, les uns sont solubles dans l'eau et partant directement absorbables, tandis que les autres ne le deviennent qu'à l'aide des dissolvants que leur fournissent les humeurs organiques. Les premiers, selon Mialhe (1), s'absorbent d'une manière plus ou moins rapide, suivant qu'ils possèdent ou non la propriété de coaguler l'albumine si abondamment répandue dans nos liquides et dans nos tissus : en présence de l'albumine, viennent-ils à former une combinaison solide, comme fait le sublimé corrosif, par exemple, ils n'entreront dans le domaine circulatoire qu'avec lenteur, au fur et à mesure que le coagulum produit sera repris molécule à molécule par les agents de dissolution que renferment nos humeurs; tandis que, dans le cas contraire, l'absorption pourra s'accomplir avec une très-grande rapidité. Quant à ceux des médicaments qui, insolubles dans l'eau peuvent se dissoudre dans les humeurs organiques, il importe de rappeler à leur propos que ces dernières sont tantôt acides comme le suc gastrique, et tantôt alcalines comme le suc intestinal, qu'elles sont aussi le plus souvent riches en chlorures alcalins.

En effets le suc gastrique acide transforme en sels solubles et rend absorbables les oxydes insolubles ou peu solubles, tels que la magnésie, la chaux, etc. Si l'oxyde n'a pas pu être dissous en totalité^ la portion non dissoute parcourt toute l'étendue du canal intestinal pour être expulsée avec les fèces, ou bien elle peut s'arrêter dans ce trajet, se loger dans quelque repli de la muqueuse des voies digestives et y séjourner plus ou moins longtemps : c'est ainsi qu'avait dû se former une incrustation magnésienne trouvée dans l'estomac d'un goutteux qui avait fait un long usage de magnésie calcinée; des entérolithes ont été rencontrés à la suite de l'administration de préparations de fer non solubles, etc.

Le suc intestinal alcalin rend solubles les résines, les huiles, le soufre, le phosphore, l'iode, etc. C'est à cette propriété que l'absorption de ces substances, et par suite leur action thérapeutique, ont été rapportées. De là, le précepte de ne jamais associer les résines ou les huiles avec les acides, ni même avec des substances organiques aisément acidifiables.

(1) MULHE, Chimie appliquée à la physiologie et à la thérapeutique, p, 200. Paris, 1856.

Quant aux chlorures alcalins, qui se rencontrent si abondamment dans la plupart des fluides de l'économie, ils dissolvent un grand nombre d'agents médicamenteux, spécialement des sels insolubles de plomba de mercure^ d'argent, etc. Mialbe (i), qui s'est beaucoup occupé de l'action h chlorures sur les mercuriaux, s'est appliqué à établir que c'est uniquenent i sa transformation partielle en sublimé que le calomel doit son i)sorbaI)ilité et toutes ses propriétés médicales. U a fait voir comment Tadtition des substances salées en rend l'action plus marquée et quelquefois 'dogereuse; comment les grands mangeurs de sel, les habitants des ôtes maritimes^ les marins, ne peuvent prendre le calomel, aux doses rdioajres, sans ressentir très-promptement les accidents mercuriels les lus prononcés, parce que leur économie sursaturée de chlorures facilite I Iransforoiation du calomel en une quantité notable de sublimé. Les prévalions de plomb, d'argent, etc.^ sont de même converties en chlorures Dubles solubles. Un fait clinique qui démontre, par exemple, que le ilrate d'argent passe à l'état deichloro-argentate alcalin^ c'est que Tingeson de ce composé salin, longtemps continuée, donne peu à peu à la peau le teinte brune ardoisée, presque indélébile; couleur qui est précisément ile que prennent les membranes organiques, imprégnées de chlorure argent, quand elles ont été exposées à la lumière solaire. llhui encore savoir que des médicaments, après avoir séjourné imputent dans l'organisme pendant un certain temps, peuvent occasionner ut à coup des accidents plus ou moins graves, alors que de nouveaux ^(s absorbés viennent à en modifler la composition chimique. Pendant ^z longtemps, un malade a pris du protoxyde d'antimoine, et, quelques irb après, on lui administre de la limonade tartrique; il survient des ifii^^seoients et de la diarrhée. Un individu affecté de dartres est soumis u) traitement dépuratif, ayant pour base le calomel; après la cessation traitement, on lui fait prendre de l'eau iodée, et bientôt se manifeste e salivation abondante produite par le bichlorure et le biiodure de tcure résultant de l'action de l'eau iodée sur le calomel, etc. Des détails plus étendus sur ce sujet seraient du ressort de la thérapeuue.

y^ — Quant aux poisons, c'est un fait bien avéré que les accidents géné- IX et la mort, qui suivent un empoisonnement, sont toujours déterminés ' la partie du toxique qui a pénétré, par absorption, dans le torrent culatoire: car la science n'en est plus au temps où l'on admettait que poisons ag:issent en irritant les extrémités nerveuses des membranes ^ lesquelles ils se trouvent en contact.

>n est redevable à Orfila de cette remarque très-intéressante pour l'hisrc de l'absorption, à savoir, que l'économie animale n'absorbe qu'une intité déterminée de certains toxiques, quelle que soit la dose à laquelle

I' UiALWt^ ouvr. cité^ p. A07. -^ Voyez aussi ses Rechercfitm théoriqurs et pratiquer i^t purgatifs, •— Mémoire lu à l'Académie de médecine de Paris, dans la Séance du «ml lS4a.

&&2 DE l'absorption.

ils aient été pris; il arrive un moment où il y a une sorte de satontion. Orfila a encore fait voir que, si le foie reçoit, le premier, à Taide des veines intestinales qui forment la veine porte, la presque totalité de la subst&nce vénéneuse, cette dernière y séjourne plus longtemps que dans les autres viscères (1); circonstance qu'on a voulu expliquer par la circulations lente du sang au travers de la glande hépatique.

Ajoutons seulement que les venins, produits d'une sécrétion normale et propre à certaines espèces d'animaux, offrent en général cette particularité remarquable de pouvoir être mis impunément en contact avec la membrane muqueuse digestive^ tandis qu'ils occasionnent les accident> souvent les plus redoutables s'ils sont absorbés par la muqueuse pulmo naire ou par des plaies. Le curarCy ou suc concentré du Sirycknos tozifm (Rich. Schomburgk), est dans ce cas; ce qui a fait supposer à diren auteurs que son action nuisible était due à du venin de Crotales qu'oo aurait ajouté lors de la préparation (*). L'innocuité de ce poison TégéUilj quand il est introduit par l'estomac, ne saurait sans doute être rapportée l une transformation qu'opérerait le suc gastrique (2); elle semble résulta simplement d'un défaut d'absorption par la muqueuse gastro*intcstinale.

Quant aux virus, qui paraissent être le produit d'une sécrétion morbia< accidentelle et qui, partant, se distinguent des venins par leur origiac pathologique (virus morveux, syphilitique, varioleux, rabique^ etc.;,» sait que généralement aussi ils ne sont pas nuisibles quand on les iugè dans le tube digestif. C'est ainsi que des chiens, des porcs et des poul ont pu être nourris sans aucun inconvénient pour leur santé, avec é débris cadavériques crus et provenant d'animaux atteints de la morve, de maladie charbonneuse dite sang de rate, de la rage, etc., quoi qu'on eûlcb ces débris dans les régions regardées comme les plus contaminées. D plusieurs de ses expériences, Renault (3), alors directeur de l'école 'd fort, a alimenté des chiens avec de la chair préalablement arrosée de sali et de sang fournis par des chiens enragés vivants : aucun n*a été mal un seul instant et n'a éprouvé le moindre accident qui ressemblât à la r Le même expérimentateur, ayant préalablement constaté, par Tinoc tion, la virulence des chairs et du sang pris sur des animaux qui veuai de succomber à des maladies charbonneuses, a fait manger ou boir«, l'état cru, ces chairs et ce sang à des chiens, à des porcs et à des puuU

(1) Voyes, à ce svget, l'intéressante thèse d'ORFiLA neveu. Sur f élimination des p-mh^ Paris, i852.

(*) Cette supposition est formellement contredite par Alex, de Humboldt {Ànn. du M cThist, nat,, t. XVI, p. 462) et par BoussiNGADir {Comptes rendus des séances de rÀcù±i se, (à Paris, t. XXXVUI, p. 414).

Consulter aussi Alvabo Retnoso qui, sous le litre de Recherches naiureUef^ cAùnifrti' physiologiques sur le curare (Paris, 1856), a publié la monographie la plus oomplète m ait sur cette substance. j

(2) Pelouze et Bernard, dans Comptes rendus des séances de VAcnd. des se, rir ^ t. XXXI, p. 533.

(8) Renault, Études expérimentales et pratiques sur les effets de tin^esHm âBsmûHm virulentes dans les voies digestives de V homme et des animaux domestiqms» — fl^^ présenté à l'Académie des sciences de Paris dans la séance du 17 novembre IMI.

ABSORPTION PAR LA MEMBRANE MDQUEUSE DlGESTIVB. khi

qui. sorveiilés ensuite pendant longtemps, -n'en ont pas ressenti la plus écère incoiDinodité.

Cela veot-il dire que, comme nous Tavons vu pour le curare^ la mu- '>ieas€ dîgestive n'absorbe pas non plus les matières virulentes,* d'où ette immunité, à l'égard de la contagion, dont jouiraient les animaux lo'on alimente avec ces matières? Il a pu sembler plus probable qu'ici Jes iras, qui sont des principes de nature animale, subissent de la part des nos digestifs des modifications profondes et propres à leur faire perdre i-nr propriété contagieuse (*).

VI. — De toutes les absorptions qui peuvent avoir lieu à la surface mu- Q^Qsedutabe digestif, évidemment il n'en est pas de plus importante que -lie qui, s'accomplissant aux dépens àesmatihes alimentaireÈ, doit contrijerà la réparation, à l'entretien ou à l'accroissement de l'organisme. Le it Anal de la digestion est^ en effet, l'introduction dans le sang de Tçrses substances qui, pour remplir leur rôle, exigent d'abord une série

transformations dont l'étude nous a déjà longuement occupé (**).

Une étude antérieure nous a d'abord appris que les aliments des anim supérieurs et de l'homme, si divers qu'ils soient, peuvent se raprier à trois groupes comprenant : 1" les matières albuminoïdes ou it^iques (albumine, fibrine, caséine, etc.); ^^ les matières grasses i/rre, huiles fixes, graisses); 3° les matières saccharines, féculentes ou vloîdes (sucres, amidon, etc.); elle nous a aussi démontré qu'à ces trois "ipes il faut adjoindre certains sels (chlorure de sodium, phosphate de iix, etc.) qui, pour être empruntés au règne minéral, n'en sont pas io^i indispensables à l'organisme; elle nous a surtout dévoilé les chan- ^ents spéciaux que doivent subir les divers aliments pour devenir ""liablei. C'est ainsi que nous avons vu qu'en présence de la pepsine iifiée, tous les aliments] albuminoïdes ou azotés donnent naissance à produit unique, quoiqu'un peu diversifié dans ses réactions, désigné t le nom d^albuminose ou de peptane; que, pour remplir leur rôle ial dans la nutrition des animaux, tous les aliments hydro-carbonés !le, hucres, etc.) subissent une transformation uniforme et se conver- '^i en gtycoâe (***); qu'enfin, Vémulstonnement des substances grasses i^ntaires, c'est-à-dire leur division en particules d'une finesse extrême, ede habituellement leur absorption.

c^t en effet sous ces états divers d'albuminose, de glycose et d'émul- • que pénétrent dans l'économie les précédentes espèces d'aliments,

Tooirfbif, d'après les expérienees de Rcnault {mém. cité), les matières virulentes de la ^ t* du (a^in aifUs, qui en effet perdent complètement leurs qualités contagieuses dans 'i*« digesthret du chien, du porc et de la poule, les conserveraient, quoique sensU>lement ''ine%, dans les voies digestives du ehevel

Voyei le chapitre DiGEsnoif.

U fermentation prolongée de la gfycose elle-même peut donner naissance dans l'in- ^ M\t à de Vacide lactique et & de Vacide acétique, puis à de Vacide butyrique, avec dé- '^'Qt d'hydrogène et d*acide carbonique, gaz qui se rencontrent parmi les produits ^> ^ riAlestln.

&&& DE L*ABSOBirnON.

dont les uns sont considérés c(>mnie concourant plus spécialement k \m milation, les autres à l'entretien de la combustion physiologique etdei; chaleur animale.

Qu'ail nous soit permis de rappeler, à propos de Valbutninate (ou produi liquide de la transformation de tout aliment albuminoîde), que, mk)k dans certaines proportions à la glycose, elle offre la curieuse propriété signalée par nous (1), de masquer à l'instant même et si bien laprésenc de ce dernier principe yis-à-vis du tartrate cupro-potassique, qu'on dira plutôt une combinaison qu'un mélange; ajoutons que l'albumine Uqiûà non digérée mais simplement dissoute, ne produit point le môme effé Or, des physiologistes ont avancé, sans preuves expérimentales suffisanU que l'albumine liquide est absorbée en nature ; que, quelles que soient ii modifications moléculaires qu'éprouvent les matières albunûnoîdes, { général, au moment de leur absorption, elles se reconstituent prompte à l'état d'albumine ordinaire, et qu'on les retrouve déjà comme telle la veine porte au moment de leur entrée dans le sang. Mes expérie en prouvant que toute matière albuminoîde n'empêche les réacûi habituelles de la glycose qu'à la condition d'avoir été transformée les sucs digestifs, démontrent l'inexactitude de la précédente assert! puisque^ dans ce cas, les réactions ordinaires ont en effet manqué* contraire aurait dû avoir lieu si l'hypothèse en question eût été fo Qu'il s'agisse de matières albuminoides solides (albumine coagulée, fi caséine, etc.) ou d'albumine liquide, nous admettons donc que toute absorbées à l'état d'albuminose ou de peptone, état qu'elles cons durant un certain temps môme en présence du liquide sanguin.

Quant aux aliments féculents, il est généralement admis que la grande partie de la glycose qui en provient est absorbée sous cette fui tandis qu'une faible partie seulement éprouve la fermentation lacti est vrai que n'ayant pu constater que la présence de lactates et non de la glycose dans les, voies de l'absorption chez des animaux nourn» matières féculentes, Lehmann (2) a été amené à croire que la transfo tion ultérieure de la glycose en acide lactique était la condition de !' ption des féculents; mais les expériences si nombreuses et si bien i tuées de F. de Becker(3) ne sauraient laisser subsister une pareille op puisqu'elles démontrent que réellement la plus forte portion de la g)) formée pénètre dans le système vasculaire.

Enfin, pour les matières grasses, la vérité est qu'après avoir été hà sionnées par les sucs digestifs (*), elles sont absorbées, en nature, et i transformées chimiquement comme on l'avait prétendu.

(i) LoNGET, Nouvelles recherches relatives à Vaction du suc gastrique sur le$ i»***^ albumincUdes (Ann, des se. nat.^ à* série, 1. 111, 1855).

(2) Lehmann, PhysioL Chemie, t. IH, p. 341-344. *

(3) F. DE Becker, Uefter dos Verhalten des Zuckers beim thierische» Siofir*^ {Zeitschrift fur Zoologie, etc., de Sibbold et Kôluker, décembre 1853),

(*) U en est ainsi chez les Mammifères ; mais^ dans les Oiseaux, les Reptiles et )n sons, rémuUionnement des graisses ne parutt pas précéder nécessairement leur Il est vrai que divers auteurs admettent, sans preuves directes, quo cliex ces veii^res matières grasses pas^seraient dans les veines où leur aspect émulsif serait masqué psr k lange avec le sang.

ABSORPTION PAU LA MEMBRANE MUQUEUSE DIGESTIVK. &i!|5

Plus loin^ en nous occupant du mécanisme de l'absorption intestinale, etaus^i du rôle respectif des chylifères et des veines, nous aurons à revenir Nurle passage dans le torrent circulatoire de ces divers groupes de principes alimentaires.

Vn. ^L'absorption intestinale offre aux yeux des observateurs des phénnméDes très-frappants que nous devons actuellement faire connaître.

Ouand, par exemple, on sacrifie un chien trois ou quatre heures après m repas, et qu'on examine le mésentère et la muqueuse de l'intestin, on nnstatetout d'abord la présence d'innombrables arborisations blanches ;oi ne sont que les chylifères distendus par une liqueur émulsive (chyle) ; a est aussi frappé de la turgescence des ganglions mésentériques et de sspect des villosités intestinales qui sont blanches et gonflées par une maère laiteuse. Ces dernières, qui ont pris un volume au moins double de ''iui qu'elles offrent en dehors de la période digestive, ont été comparées m leur aspect à une éponge fine imbibée de lait. La citerne sous-lombaire lie reste du canal thoracique^ fortement dilatés, sont également remplis an liquide analogue à celui qui se trouve actuellement dans les chylire$.— Du reste, ce n'est pas seulement sur des animaux que ces obser^ itions ont été faites; depuis Aselli, Peiresc^ Yesling, etc., elles ont pu re répétées sur l'homme lui-môme, à la suite de divers genres de mort. m Cniikshank (1) rapporte que, sur une femme morte à la suite de 'avulsions puerpérales, quelques heures après un repas, les vaisseaux étés étaieût gonflés d'un chyle blanc, que beaucoup de villosités en tient encore remplies et ressemblaient à autant de vésicules blanchâtres. ^ex. Lauth(2)a vu aussi les villosités intestinales imprégnées de chyle sur le davre d'une femme morte deux heures après son repas, à la suite de la ptnre d'un anévrysme de la crosse de l'aorte dans la trachée -artère.

Bt^rard (3) a eu également l'occasion d'observer, sur l'homme, l'état fffide des villosités gonflées de chyle, etc.

Uuand, au contraire, on ouvre comparativement un animal (chien) ou I homme dont la digestion intestinale est entièrement achevée, l'aspect i système chylifère est bien différent : la turgescence des villosités a disun, les ganglions mésentériques sont durs et revenus sur eux-mêmes; les mphatiques de l'intestin, rétrécis, contractés et ne renfermant plus lun liquide transparent (lymphe) analogue à celui qui circule dans les >tres parties du système lymphatique, sont à peine apercevables sous la rmede filaments translucides; enfin le canal thoracique, avec sa citerne 'mbaire, est sensiblement diminué de calibre et ne renferme plus qu'un quide plus ou moins transparent.

Les différences sont très-frappantes encore, quand, à l'exemple de Colin (&),

'^) CtciKSiAUK, Anafomie des vaisseaux absot*banis du corps humain^ p. 118 ; trad. franc, f ^ettURadeU Paris, 1787.

2} LvcTi, Essai sur les vaisseaux lymphatiques, Strasbourg, 182a, p. 18.

'i, ^. BÉRAID, Cours de physiologie^ t. H, p. 589. Paris, 1849.

i. Coui, Traité de physiologie comparée des animauT domestiques^ t. H, p. 100 et suiv. ''1S1866. — Et Mémoire sur la formation du chyle ^ lu à T Académie de médecine de Parts <» Il séance du 7 joillet 1857.

U6 M l'absobption.

on a pratiqué des fistules au canal thoracique, vers son abouchement dans les veines sous*clayières ou jugulaires internes. Alors, sur les animaux dont la digestion est en pleine activité, et notamment sur Ih ruminants où cette fonction est à peu près continue, on voit desmassc^ énormes de liquide lactescent s'écouler à l'extérieur O; ce qui démonin que le sang est dans un élat de mutation perpétuelle et qu'il serenouTell^ incessamment et en grande partie avec les matériaux qu'apportent K^ lymphatiques de l'intestin (chyle), comme avec ceux que les lymphatiquhj généraux puisent dans le sein des divers organes (lymphe). Mais toujol]^ est-il que^ si l'écoulement du liquide par les fistules est continu, les quari tités écoulées dans un même laps de temps sont notablement moindrt^ pendant les intervalles des repas. Sur les animaux mis à la diète depuis plusieurs jours, l'écoulement peut même devenir relativement trén minime.

VOL — Les faits qui précèdent, en démontrant la coïncidence de la rej plétion du système chylifère et de la présence dans le tube digestif d« matières susceptibles d'être absorbées, sont donc bien propres à établii qu'à chaque période digestive d'importants et nombreux matériaux s'i>^ troduisent dans les vaisseaux lymphatiques de l'intestin.

Aussi quelques auteurs ont-ils pensé que tous les produits liquéOés de digestion passaient par les chylifères, à l'exclusion des veines. A l'appai d< cette Ihèse^ J. Hunter fit les expériences suivantes ; {

1* Sur un premier animal vivant (un chien), on ouvre Tabdomen, etioa met ainsi largement à découvert le paquet intestinal. Les vaisseaux lacté^sAol manifestement distendus par un liquide blanchâtre (chyle) à la partie supè rieure de l'intestin et du mésentère, tandis qu'un liquide transparent exist^ dans les vaisseaux lactés de l'iléon et du cdlon. Une anse intestinale étirf alors isolée du reste de l'intestin, par deux ligatures, l'artère et la veine iwsentériques sont également hées, puis la veine est ouverte au-dessous df li ligature. On introduit dans l'anse intestinale une petite quantité de lait tiède : les vaisseaux lactés continuent à se remplir d'un liquide laiteux <^ blanc. — La même expérience, pratiquée sur une partie de l'intestin doal les vaisseaux lactés étaient remplis d'un liquide transparent, montre biestôt à la place de celui-ci, du lait facile à reconnaître à son aspect.

a Dans ces deux expériences, dit John Hunter (1), nous ne vîmes pas li moindr; quantité de liquide blanc passer dans les veines. »

T Une anse d'intestin est liée à ses deux bouts après qu'elle a été renv plie de lait; mais cette fois aucune ligature n'est appliquée sur les va^ seaux mésentériques. On observe, à l'œil nu ou à la loupe^ la couleur à sang dans la veine correspondante, et Ton ne remarque pas de colorât"»' plus claire^ ni d'aspect plus laiteux que dans les veines voisines.

La môme expérience est répétée, en exerçant une pression continut -'5"

(*) Une vache donna ainsi, en vingt-<piatre heures, 95 386 grammes de oe liquide, c>»t -^ dire entiron un hectolitre (owrr. cité^ t. II, p. 106).

(1) J. HuiTTER, Œuvres complètes -^ trad. de Richelot, U IV, p. 395*

Tanse intestinale, dans le but de favoriser le passage du lait dans les veines; mais celles-ci ne présentent encore aucune trace de liquide laiteux : cette pression, augmentée d'une manière graduelle, avait pourtant été continuée jusqu'à ce que Tintestin se rompit.

S*" Les intestins d'un mouton vivant et à jeun étant mis à découvert, on n'aperçoit qu'un liquide aqueux et transparent dans les vaisseaux lactés. Une solution d'amidon teintée avec de l'indigo est versée dans l'intestin, puis ce dernier replacé dans l'abdomen. Au bout de quelques instants, on retire l'intestin, et les vaisseaux lactés sont remplis d'un liquide de couleur bleue. Quant au sang contenu dans les veines intestinales correspondantes, il ressemble en tout au liquide que renferment les autres veinés.

On confirme ce dernier résultat, en retirant d'une veine une cuillerée à bouche de sang qu'on laisse se coaguler : le sérum, surnageant le caillot, ne présente pas en effet la plus légère nuance bleuâtre.

Chez un autre mouton^ une anse intestinale^ dont la cavité était entièrement vide, est remplie d'eau tiède : le sang de la veine mésentérique correspondante ne parait ni plus délayé, ni plus clair que dans les autres veines. On lie l'artère mésentérique et l'on intercepte toutes ses communications; la veine ne se gonfle pas davantage et le sang qu'elle renferme ne devient pas plus aqueux. En un mot, ajoute John Hunter^ il n'y a aucune apparence que Teau ait passé dans les veines.

6"" Sur un âne vivant, des expériences analogues aux précédentes donnèrent aussi des résultats confirmatifs : de l'eau tiède, tenant du musc en dissolution, est versée dans une anse d'intestin liée aux extrémités^ et bientôt on recueille dans les vaisseaux lactés un liquide exhalant Fodeur de musc qui ne se retrouve pas dans le sang d'une veine mésentérique. — Une solution d'amidon, rendue bleue par Tindigo, étant versée dans une anse intestinale, on lie d'abord l'artère et la veine mésentériques ; puis la veine est ouverte près de la ligature, pour en exprimer le sang, et on la lie de nouveau quand elle est vide. Le tout est replacé dans la cavité abdomi* nale ; après un quart d'heure, les lymphatiques sont distendus par un liquide bleu et la veine est toujours vide.

Quoique, dans ces expériences, il y eût quelques résultats en apparence favorables à l'absorption exclusive par les chylifères, William Hunter, en désaccord avec des assertions précédentes, ne se montra pas aussi explicite que son frère John dans ses conclusions, et, malgré sa tendance à nier l'absorption veineuse, il hésita encore à la rejeter d'une manière absolue.

« Mes seuls doutes, dit-il, furent si les veines absorbaient ou n'absorbaient pas au moins une certaine quantité de fluides, spécialement dans les intestins. D'après mon expérience dans les injections, j'aurais conclu qu'elles n'absorbaient pas, et que les fluides ne passaient pas des intestins dans les veines mésentériques, autrement que par transsudation ; mais des auteurs d'un grand crédit ont apporté des preuves établies sur desexpériences si concluantes, que je n'oserais pas encore déterminer la question (1). »

(^) GauiKSHAR&« ùuvr. cité, p. 46; trad. franc, de Petit^Radel.

&A8 Dt L*A6SOftPnON.

Cruikshank (t), moins résen^é que son maître William Hunter, Iroavc le^ précédentes expériences de John Hunter parfaitement démonsbutives, et rejette d'une manière formelle l'absorption par les veines intestinales 11 n'admet pas, avec Boerhaaye^ que Je sang de la veine porte soit iDcoagulable^ et, pour lui, la capacité plus grande des veines est due à an effet cadavérique ; ces derniers vaisseaux contenant^ après la mort, non-seulement leur quantité naturelle de sang, mais aussi celle qui était dan^ les artères. Il -n'a jamais pu voir le mofndre mélange de chyle ou la moindre teinte blanchâtre dans Je sang des veines mésentériques, a et cependant, ajoute-t-il, le mélange du chyle dans la veine sous-clavièrc gauche se découvre facilement. » Quant à l'assertion de Swammerdam il de J. F. Meckel, qui disent avoir vu le sang rayé de traînées blanches dan les veines mésentériques, Cruikshank en est un peu embarrassé et il a>ouc franchement son ignorance sur l'explication du phénomène. Nous avon^ parlé précédemment de l'expérience pratiquée par Kaau-Boerhaave qui. ayant injecté de l'eau dans l'estomac et les intestins d'un chien^ a mi revenir ce liquide par les veines; pour Cruikshank, il ne s'agit là que d'une simple transsudation.

De nos jours, il n'est plus possible de nier que les veilles absorbent. comme les chylifères, les produits liquides de la digestion. Nous alloos du| reste en avoir la démonstration en nous occupant de l'importante que^ tion de savoir quelles substances s'engagent plus spécialement dans le chylifères et quelles autres passent de préférence dans les veines.

IX. — En commençant notre étude tendant à déterminer le rAie resperttf des chylifères et des veines dans l'absorption intestinale, reconnaissons d'abord que les matières grasses neutres, contenues dans les aliments, s'introduisent dans le sang surtout par la voie détournée des chylifères.

A. — Ce fait pouvait déjà s'affirmer d'après les expériences dans lesquellr on avait vu les lymphatiques de l'intestin distendus par une émulsion grai seuse pendant la période digestive; mais il se démontre aussi à l'aide de Tanalyse chimique. Bouchardat et Sandras (2) ont reconnu que chez le chiens dans la nourriture desquels on fait entrer des proportions croissante de matières grasses, il est toujours facile d'extraire de l'appareil chylifèrede^ quantités corrélatives de ces matières avec tous leurs caractères propres; de manière, disent ces expérimentateurs, «qu'on extrait de l'huile quand l'animal a mangé une soupe à l'huile, du suif quand il a pris du suif, etc. ». ti n'y a donc pas d'hésitation possible touchant celte conclusion, à savoir que, chez les mammifères, les lymphatiques de l'intestin absorbent les matière.^ grasses neutres renfermées dans les aliments mixtes.

Mais le liquide émulsionné que renferme l'intestin a-t-il pour voie exclusive de son transport l'appareil chylifère, ou bien les veines mésiraïques ont- elles aussi une part dans son absorption?

(i) CiulKSilANK, ouvr, cité, p. 46.

(2) BODCBARDAT et Sakdras, HecJierches sur la digestion et l*assimitaiioH des '.^' gras^ etc, daiis V Annuaire de thérapeutique pour Tannée 1845, p. 238-259.

Ce point de physiologie a été fort controversé. Thomas Bartholin (1), J. Oudeman(2), etc.^ ont avancé que «la ligature des veines mésentériques n'empêche point le chyle blanc de parvenir aux vaisseaux lactés qui insensiblement se tuméfient, mais que, les vaisseaux lactés une fois liés, le chyle s'arrête entièrement et ne s'avance plus des intestins ou des orifices lacléso. Au contraire Bills, Swammerdam, Glisson(3), J. F. Meckel(&), affirment avoir vu du chyle dans les radicules intestinales de la veine porte. Tiedemann et Gmelin(5) disent avoir fait la même observation chez le chien, •U Fohmann Ta répétée (6) sur un suicidé. Chez un vieillard mort d'hydrothorax, quelque? heures après son repas, Mayer (7) aurait aussi trouvé un liquide blanc grisâtre dans les veines des parois intestinales. — ^Répétons, quant au contenu des chylifères durant la période digestive, que sans le moindre doute, avant son mélange avec la lymphe qui vient des autres parties du corps^ il renferme déjà plus ou moins de matière grasse provenant des aliments.

Le véritable moyen de juger le fait en litige consistait à analyser compirativement le sang de la veine porte^ en pleine digestion, et celui d'antres veines de l'économie. Cette analyse a été faite par divers investigateurs qui ontobtenu des résultats différents, sans doute parce qu'ils n'ont pas expérimenté dans les mêmes conditions. J. fiéclard(8) a opéré sur le sang de la veine jugulaire, sur celui de la veine porte et sur celui de la veine splénique (i un cheval, soumis au régime du foin et de la paille. Ces divers sangs ont hé desséchés à 100*, réduits en poudre, puis mis à macérer pendant quinze jours dans l'éther rectifié. Au bout de ce temps, la perte a été : pour le sang de la jugulaire, de 3,39 sur 1000 de résidu sec; pour le sang de la veine porte, de 3^18, et pour le sang de la veine splénique, de 3,91. Or, puisque 'o> pertes représentent les quantités respectives de matière grasse^ il s'en- Miit que, dans ce cas particulier, le sang de la veine porte non-seulement ne contenait pas plus de matière grasse que celui d'autres veines^ mais que même il en renfermait moins encore. — Un rapport inverse aurait proba* i'iement été constaté si l'animal avait mangé de l'avoine, aliment beaucoup plus riche en principes gras que le foin et la paille.

Entre les mains de Fr. Simon l'analyse du sang de la veine porte a accusé mo légère augmentation dans la proportion des matières grasses : ainsi ce chimiste avait trouvé, chez un cheval, pour 1000 grammes de sang, 3'%18 1h matières grasses dans le sang de la veine porte et seulement 2*% 29 dans !• "^ang de la veine jugulaire; chez un autre, l'%85 dans le sang de la veine porte et i*^^U^ dans celui de la jugulaire.

(1) Th. Bartbouh (Cbuikshank, Anaf, des vaisseaux absorbanU^ p. A6. Paris, 1787). (2, OcDEMAN, De venarum prœcipue mesaratc, fab. et acU, p. 107. Groniogue, 1794. ^3' RiLLS, SwAmfCBDAM, Glissoh, cités par Haller^ Elem, physiol,, t. VII, p. 63.

!k] J. F« Mbckel, Dûs. de vasis lymphaticis, 1757, p. 13*

') TmCHANx et GMKLiif, Recherches êur ia route que prennent diverses substances pour "x^/* de ffftomac et du canal intestinal dant le sang, p. 76, trad. franc, de HeUer.

'.♦'»; FoBHAiVH, Anatomische Untersuchun§ ueber die Verbindung der Saugadern mit deu "n^fi. Heidenwrg, 1822.

7) UAlWM^Zeitschrift fur PhytioL^ t. I, p. 333.

<s, }, BtCLAKD, Recherches expérimentales sur les fonetionx de la rate et de la veine

;^ dans JrcA. gén. deméd., A* série, t. XVIII, p. l^^0,

•.05CÏT. — RBTSIOL. l. — 29

659 M h'AUfonrmn

Se j^reilles diSéroices àan les analyset oat paru être dans les HmUes des erreurs possiblea. Aussi a-i-il fallu d'autres pfevres pour fiûre admettre que les matière grasses de raUmentation peuvent, pouf une asseï faible part, entrer dans le saag par une autre voie que celle des chylifôres.

P. Bérard (1), fui ne doute point que des matièpes grasses ne puissent passer dans les veines mésataifnes, rappelle que Bonchardat et Sandras(2), ayant £ait digérer de ces matières à des animaux, les ont retrouvées dans la bile ci elles avaient été transportées par la veine porte. « On ne voit point, en général, dit le même auteur, le cbyle lactescent dans les chylifères des oiseaux, des reptiles et des poisons, animaux qui cependant absorbent parfliitement les graisses; il faut donc reconnaître que ]e<i matières grasses passent de préférence dans les veines chez les vertébrés inférieurs. » Une semblable conclusion n'est pas rigoureuse* car elle suppose démontrée cette proposition qui ne l'est point, que, dans tous les animaux vertébrés, VêmJêknmement d» graùses^ d'où résulte leur aspect blanc^ doit nécessairement précéder leur absorption par les cbylifères. L'analyse chimique ayant démontré que la bile des poissons est presque entièrement compc^ée de tholéaie de 9omde^ sel dont on connaît l'action dissolvante sur les matières grasses, il se pourrait qu'il en fût de même chez les oiseaux et le» reptiles, et que, par conséquent, le défaut d'aspect laiteux tînt ici à ce que les graisses sont dissoutes, au lieu d'être émulsionnées, avant d'être abeorbécs.

Ouoi' qu'il en scât, et d'après de récentes analyses, Topinian la plus généralement admise aujourd'hui est que les veines intestinales absorbent aussi des matières grasses» mais qu'elles ne le font que dans des proportions^ assez faibles : ainsi les matières grasses qui, sur 1000 grammes de sang (pris dans le système veineux général) sont généralement représentées par 2 à 3 grammes, peuvent s'élever dans le sang de la veine porte, durant la période dtgestive^ jusqu^à 12 et 18 grammes, encore ce dernier chiffre n^ s'obtient-il que chez l'animal qui a surtout fait usage d'aliments gras; mai< alors 1000 parties de chyle peuvent en contenir cinq ou six fois davantage.

Naguère encore on considérait le chyle comme l'unique produit utile de la digestioD, quelle qu'eût été d'ailleurs l'espèce d'aliment ingéré; aussi les vaisseaux chylifères étaient-ils regardés^ sans hésitation^ comme la seule voie ouverte à l'absorption des matières réeDement nutritives, et une oblitération spontanée ou artificielle du réseau chylifére ou du canal thoraeique devait-elle, disait-on, amener nécessairement la mort.

Les faits d^anatomie pathologique, recueillis sur l'homme, sont insuf&sants pour juger la valeur de cette dernière assertion, la plupart d'entn eux étant accompagnés de détails trop peu circonstanciés. Blrowne Gheston (5) a rencontré, sur un cadavre>la partie supérieure du canal tho-

(1) P. BÉKARD, Cours dephysioLy t. II, f. 577.

(2) BouCHARDikT et SAin>RÂS, Annuaire dt thérapeutique pour Taïuiée 18â3, p. 289.

(3) B. Cheston, Phil. Trans., obs. xiv, p. 684, année 1780.

ABSORPTION PAR LA HEWBRAI^E BfUQUEUSE DIGESTIYE. hSî

racique teHement pleine d'incrustations osseuses, que ni Fair ni le mercure ■e pouvaient parvenir dans la partie inférieure ; Nasse (1) et Krimer (2) ont trouvé ce même canal oblitéré par de la matière tuberculeuse, et, de sooeôlé, Rust(3) Ta vu converti en une masse sarcomateuse chez un individu qn présentait un amaigrissement considérable, etc. Nul doute que, dans ces cas, Tattération ne fût ancienne, et, an premier abord, il semblerait rationnel d'en conclure que ITiomme peut vivre pendant un certain temps avec le canal thoracique oblitéré. Mais pour prouver combien, en pareils cas, tes ressources de la nature sont grandes et combien les faits qui précèdent sont peu concluants, il suffit de citer les observations plus rigoureuses rapportées par A, Cooper (4) et par Andral (5). Le premier a mentionné trois exemples d'oblitération du canal thoracique, soit par une dégénérescence tuberculeuse, soit par une dégénérescence cancéreuse, et, denx fois, il a fecilement trouvé des branches lymphatiques plus ou moins volumineuses qui, en s'anastomosant avec le canal thoracique au-dessus du point oblitéré, rétablissaient le cours du chyfe et de la lymphe. Une des observations d'Andral n^est pas moins remarquable sous ce rapport : le canal thoracique était transformé en une sorte de cordon fibreux dans tout l'espace correspondant à la cinquième, à la quatrième et à la troisième vertèbre dorsale; mais il y avait un vaisseau lymphathique considérable, une sorte de second canal thoracique, qui, né du canal principal un peu au-dessous de l'endroit où commençait l'oblitération^ se dirigeait obliquement de bas en haut et de dedans en dehors, gagnait la veine azygos, rampait derrière cette veine et venait s'ouvrir dans le canal thoracique principal, au-dessus du point oblitéré.

On sait que la ligature du canal thoracique a été pratiquée sur les sgiiroaux par plusieurs physiologistes, avec des résultats assez peu concordants. Les chiens, sur lesquels Lower (6) a expérimenté, n'ont survécu à ropération que pendant quelques jours ; mais il faut noter qu'à l'autopsie on a constaté un épanchement dans la plèvre. L'animal (chien) est mort après quinze jours dans le cas qui a été rapporté par G. Duvemey (7). Ces expériences ont été reprises à la fin du siècle dernier (juin et juinetl795), par A. Cooper (8) : sur quatre chiens, trois sont morts dans un intervalle de temps variant entre deux et six jours, avec une rupture de la citerne de Pecquet et un épanchement de chyle dans la cavité péritonéale ; le quatrième ayant survécu, on a pu reconnaître, à l'autopsie, l'existence d'un vaisseau naissant du canal thoracique au niveau de la bifurcation de la trachée, et s'abouchant dans la grande veine lymphatique droite : le canal

(1) Masse, Leîchenôffnungen, ete. Bonn, 1821, p. 150.

(2) Krivsr, Versuch einer Physiol. des Blutes. Leipiig, 1823, p. 83.

(3) RusT (HoRN's Seues Archiv, 1815, p. 731).

(4) A. CooPEH, Mémoire sur t oblitérât ion du canal thoracique et sur les effets de la ligature de ce conduit, — Œuvres complètes , trad. de Chassaignac etRichelot, p. 616.

(5) AiroRAL, Arch. gén, de méd.^ V^ série, t. VI, p. 505 et suiv.

(6) Low», Traetatus de corde, etc., p. 228.

(7) G. DuvERKCT, Histoire de fAcad. des sciei\ces de Parti, 1675. t. I, p. 130,

(8) A. Cooper, ouvr. cité, p. 23.

U52 DE L'ABSOEPTIOlf.

thoracique avait été lié au niveau de son abouchement dans la veine sousclavière gauche. Dupoytren (1) a confirmé ces résultats, en liant le canal thoracique sur des chevaux; quelques-uns sont morts, d'autres ont survécu. Chez les premiers, il fut impossible de faire passer mie injection àe la partie inférieure du canal thoracique dans Tune des veines sous^Iavières; chez les autres, au contraire, on parvint aisément à pousser toute espèce de liquide de la partie inférieure du canal dans les veines soas^lavières, au moyen de communications très-nombreuses, établies entre ces deai points par des vaisseaux lymphatiques placés dans les médîastins postérieur et antérieur.

Déjà, avant Dupuytren, Flandrin (2) avait lié le canal thoracique sur des chevaux : des dix qu'il a opérés, un seul a succombé au bout de trois jours; les autres ont survécu de deux à dix semaines, et, chez ces derniers, au dire de l'auteur, on n'aurait pas constaté l'existence d'un canal tboracique double. La ligature du canal thoracique a encore été pratiquée par Leuret et Lassaigne (5) sur un chien qui, confié aux soins d'un vétérinaire habile, guérit en peu de temps et fut restitué aux deux expérimenlateurs cinquante-huit jours après l'opération, dans un état d'embonpoint des pln^ satisfaisants. Ce chien ayant été sacrifié pendant la période de la digestion, on acquit la certitude que le canal était unique et qu'il avait été bien lié.

Mais, pour que ces dernières expériences eussent été concluantes, il aurai:

fallu avoir démontré que réellement ie chyle n'avait pu non plus 'être innmdans le système veineux par quelques vaisseaux anastomotiques de mimi calibre ; c'est ce dont Leuret et Lassaigne ainsi que Flandrin ne semblcDi pas s'être préoccupés.

Du reste, comme cela a eu lieu notamment dans les expériences d'Astlo Cobper et de Dupuytren, si la suppression absolue de communication entr< les systèmes lymphatique et veineux finit par entraîner la mort des animaux O, ce résultat parait dû bien plutôt à la suspension de la circulalii! lymphatique et à d'autres causes accessoires qu'à l'inanition provenant du défaut d'introduction de toute matière nutritive dans ie sang : en effet, les animaux qu'on prive entièrement de nourriture vivent en générai plus longtemps que ceux dont la précédente circulation a été définitivement interrompue.

Ajoutons, d'autre part, comme fait à démontrer plus loin, que le contenu de l'appareil chylifère est loin de représenter toute la matière nutritif* extraite des aliments, et aussi qu'il existe, pour la réparation de Tor^^' nisme, d'autres voies que les lymphatiques de l'intestin.

(1) DuPUTTBEM, cité par Magendie, dans le Journal dephysiol. expér.^ t. I, p. 21.

(2) FLAUDBiif, Journal de médecine. 1791, t. LXXXVII^p. 221 etsuiv.

(3) Leuret et Lassaigne, ouvr. eité^ p. 180.

Ç) Ainsi qu'on Ta tu plus haut, il n*y a d'avérées jusqu*^ présent, comme eommanica!iiHentre ces deux systèmes, que celles du canal thoracique et de la grande veine lymphatique x>" les veines sous-clavières. La continuiié de quelques capillaires lymphatiques aflèreots aiec > canillaircs veineux, dans rintérieur des ganglions mésentériques, pour expliquer U pl-^^* tance de la vie chez les individus affectés d'une oblitération plus ou moins ancieuie du cn^^ thoracique, cette continuité, dis- je, n'est aucunement démontrée.

B. » S'il y a un avantage marqué en faveur de Tabsorption des principes gras de ralimentatîon spécialement par les vaisseaux chylifères, il n'en est plus de même des principes albuminoides^ féculents ou sucrés^ dont les produits liquides sont absorbés en bien plus grande quantité par les veines intestinales que par les lymphatiques correspondants.

Après avoir donné à un chien un repas surtout composé de féculents, neot-on à recueillir, pendant la période digestive, du sang de la veine porte et du chyle qu'on laisse d'abord Tun et l'autre se coaguler, il est facile de constater, en traitant comparativement la même quantité de leur sérum par le tartrate cupro-potassique, qu'il y a précipitation de protoxyde de cuivre bien autrement abondante avec le sérum du sang qu'avec celui du chjle : c'est qu'en effet le premier est plus riche en glycose que le second. C'est donc plutôt dans les veines que dans les lymphatiques de l'intestin que s'eogage le produit de la digestion des aliments féculents ou sucrés.

Quant aux aliments azotés ou albuminoîdesy on ne peut nier qu'après leur transformation ils ne passent en partie dans l'intérieur des lymphatiques de Imtestin. Certains éléments du contenu des chylifères (albumine et fibrine) augmentent, au dire de quelques observateurs, en raison de l'abondance des principes albuminoîdes digérés. Marcet et Prout assurent avoir reconnu que la quantité de fibrine est généralement plus considérable dans le chyle des animaux carnivores que dans celui des herbivores, et que, chez des chieDs nourris exclusivement avec de l'albumine et de la fibrine, le liquide du lanal thoracique est encore plus coagulable, spontanément et par la chaleur, que dans les cas d'alimentation ordinaire.

Toutefois, c'est dans le système veineux intestinal que pénètre la plus grande quantité de Valbuminose qui résulte de la digestion des albuminoîàes. le> analyses du sang delà veine porte^ faites par J. Béclard (1)^ ont conduit leur auteur à admettre que c'est surtout ce dernier liquide qui présente de (rrandes variations dans la proportion de ses éléments constitutifs, et que ces rariations sont en rapport direct avec les diverses époques de la digestion d'aliments mixtes : il y a d'abord diminution dans le chiffre des globules et augmentation, parfois considérable, dans celui de Valbumine; puis le résultat inverse s'établit, c'est-à-dire que le chiffre des globules s'élève au- •ie.ssus de ce qu'il est dans le sang des autres parties du corps, notamment dans celui de la veine jugulaire. La diminution des globules et Vaugmen- Mionde Falbumine ne sont jamais plus prononcées que lors de l'absorption des produits de la digestion. Ce n'est qu'après six ou dix heures, à partir du moment de l'ingestion des aliments, que l'augmentation des globules atteint son maximum et que s'effectue le retour de Talbumine à son chiffre normal.

Parmi les analyses qu'a faites J. Béclard et qu'il donne à l'appui de ces 'i^«>ertions, nous choisirons les suivantes :

'1) I. BÉlXÀftD, Rech, expérim, sur les fonctions de la raie et sur celles de la veine porte; iiûiArck, gén. deméd.^ ^• série, t.XVUI, pp. 326 et 438, année 1848.

kSk D£ L'ABSQItPTiOK.

1* Chien de moyenne taille, en pleine digestion (pain et viande).

Sang de la reine jagnlaîre. Sang de la Yeiae mésentènqnf.

Eau 778,90 778,85

Globutof et filMine. iM,2tt 58,97

Albumine et sels 62,90 162,18

2"^ Chien de moyenne taille, tué dix heures après an repas copieux, composé de pain et de viande de bœuf.

San^ de U reine jvgoUire. Saag de le ^eâne patte.

Eau 789,44 , 7*9^7

Globules et fibrine 132,17 165,21

Albomiiie et seh 7B,!t9 75,aî

3*^ Lapin tué trois heures après un repas de son et de légumes.

SaBf de U reioe jngakÎM. Sang de la ▼<

Eau 829,80 828^

Globules et fibrine 116,91 105,21

Albumine et sds 53,29 66,13

h^ Chien tné huit heures après un repas de pain et de viande de bœuf.

Sang de la reine jofolaire. Sang de U rpioe p<«rte.

San 769,71 787,21

Globules et fibrine 148,32 189,37

Albumine et sels 81,97 73,42 O

(^ Ces diverses expériences ne démontrent point, suivant Lucien Cortisart (a), que I'id;nentation de i'albuwiine, dans la veine mésentérique, soit due à l'absorplion et que ce priscipe vienne directement des alimeatiL £t d*abord, Tépoque A laqudle a lieu cettr av^e&tttion (deuxième ou troisième heure) lui semble peu favorable à une pareille interprétation, attendu qu'alors la dissolution et la transformation de la viande, et par conséquent son absorption^ sont encore peu avancées. Puis, comparant Tasalysc dm sang veineux f éaénl atsc ce& du sang de U veine mésentérique, il fait observer qu il ne résulte point de ces analyses qn i ce moment de la digestion la somme des matériaux azotés du sang ait subi, dans la veine sesentèrique, aucun accroissement réel. En eUst, chez un chien, l'analyse a ftôt trouver :

Bans le sang de la reine jugtilaire.

GMMlM et flbriiw i 58 ,S0

AttNiffliaeeiMki 62,90

Dans le san; de la reine oaéaentériqne.

Globales et fibrine S8.91

AJbmiiifi ak Mit 162,18

L'absorption digestive supposée^ dit L. Gorvîsart, n*a donc apporté à la veine méseoténr-'' avcune moléeale nouvelle. La asirie chose que ces chilEres étaûissent, c'est que, peMlant lei premières heures de la digestion, époque à laquelle les princquiux lluides digàufi sont renc* en abondance, les matériaux azotés du sang de la veine mésentérique (comparés à ceux i^ smg veineux général) se sont modifiés dans leur nature, comrn/e s*iiy avait eu, dam h "c: hn mémey une transmmiatkm sur place <fume partie de Jiei éUmentM aaotés : 100 parti» ée fibrine et de globules ont précisément fait place à 100 parties d'albumine. — La même remarque est applicable aux résultats obtenus dans cette autre expérience, sur un bpin^ ven U troisième heure de là digestioa :

Sang delà reine jiifpilaire.

GlaM«0tfibriM 116,91

Albumine et sels 53,99

Sang de U reine porte.

etfibiiaa. 195,91

Albomioe et wls 66,IS

Sros se dissimuler la hardiesse de son hypothèse, L. Gorvisvt s'explique ees bfti eemoie û fuit]: les globules et la fibrine du sang ne font pas^ dans la veine méscmtériqiie, ai^ cti^

(a) Sur une fmctionpeu camuic du jMineréat, ia digtttiou dM aUmenti ommU, ia-g, A* ^Hie. Paé, i/BBÊ.

ABSORPTION PAR LA MfilIBAAME MOQUEUSE DIGESTIVE. 455

Sur un cheval dont il a pn doser à part la fibrine du sang, J. Bédard a trouvé aussi ce principe un peu augmenté pendant la période digestite. Le même résultat a été obtenu, depuis, par Schnûdt.

Oe ses précédentes expériences, et de celles qu'il a faites dans le but de rechercher si le sang de la veine porte contient une proportion de matières f dises pins considérable que n'en renferme le sang des autres parties du NTstème veineux, J. Béclard conclut « que les matières albuminoïdes entrent dans le sang par la veine porte et les matières grasses par les chylifères ». Cette opinion est aussi, mais d*une manière un peu moins exclu- Mve, celle de la plupart des physiologistes.

C. — Ce ne sont point seulement les produits liquides de la digestion des matières amyloïdes et des matières azotées qui s'engagent plus spécialement dans les veines intestinales, ce sont aussi les bornons. Veau et avec elles les sels ordinaires de Talimentation.

Pourtant le système chylifère reçoit aussi une partie des boissons. Un chien fut d'abord privé d'aliments et de boissons pendant vingt«quatre heures, puis on lui fit boire de l'eau en grande quantité, et, une denùheure après^ on le mit k mort : le canal thoracique était fortement distendu par son contenu liquide (1). Si, d'après Leuret et Lassaigne (2), avant donné à un mammifère un aliment solide et substantiel, on tue ranimai pendant la digestion, on ne rencontre dans le canal thoracique qu'une assez petite quantité de chyle ; tandis que, chez celui qui a bu en mangeant ou qui a pris en abondance des aliments liquides, on voit le

que et qu'ils feraient dans l'inteslin lui-même sous Tiafluence de divers sucs digestifs, suc puieréatique, «te.; c'est-à-dire qu'As subîstent un commencemeni de digestion et se transforineut eo albumine {aUtumme caséiforme). Mais, plus tard, eette digestion intra- veineuse et la transformation qui eu résulte cessent parce que les précédents sucs, bien que continuant à (•«sser dans les veines par absorption, ont déjà épuisé leur activité digestive dans l'intestin. i ce noment (siiiéme ou huitième benre), qui est aussi celui oà l'absorption intestinale paraît y^ijiT déployé toute son énergie, le sang de la veine porte devient, il est vrai, plus ridie «n matériaux asotés que le sang de la veine jugulaire ; mais alors, au lieu que l'augmen- Ution porte sur l'albumine, elle porte sur la fibrine et les globules^ qui augmentent de 30 à &9 parties sur 1000 parties de sang (a).

Faudrait- il donc croire que les produits azotés de la digestion sont absorbés par les veines œésentériques sous la forme de fibrine, et non sous celle d'albumine, comme l'admettent •fjtiUeurs un petit nombre de physiologistes 7

Oaoi qu'il en soit de la valeur des précédentes interprétations, en admettant qu'an conirdire la peptone ou ïaibuminose soit le produit régulier et constant de la digestion des aii- !''pots albuminoïdes et la forme véritable sous laquelle ils sont absorbés, évidemment la science n ^st point encore en mesure de dire en quelle quantité proportionnelle ee produit particulier ï introduit^ par absorption, dans les veines et dans les lymphatiques de l'intestin. Cependant «fi «ait que le sang de la veine porte et le chyle lui-même renferment plus de matières dites ' ' frnctives que le sang veineux général (6) cette différence ne serait-elle pas due à l'introducttvn de rsfbôminose par suite de l'absorption digestive?

'1) BrnPAOi, Traité dephysiol., t. IX, p. 253. addition d'Eau. BoanàcBy trad. ilninç. de

'■•IROAS.

1) LEomcT et Lassaiûre, Rech. physioL et cUim, povar servir à fhisU de la digestion^ l>. 197. Pnris^ iS2Su

' Mém, riêi 4e J. Bérlaid, fx^t. VIII <>t XI.

f I.uiMASi:*, Préci* de chimie jthyniolwjitpic animft{r^ lr«d. hnnr. |»«r Dmox. Pnrt«, fSR, p. iëS et 1^.

&56 DE l'absorption.

canal thoracique et les chylifères très-distendus. Tiedemann et 6meUn(i'!, ayant fait avaler de Teau et du lait à un chien qui n'avait rien pris depuis vingt et une heures, le mirent à mort vingt-cinq minutes après cette in* gestion, et trouvèrent même les lymphatiques de son estomac gorgés d uq fluide aqueux ayant l'apparence du sérum du lait.

Mais la preuve que les veines sont bien la voie principale par laquelle le> boissons pénètrent dans le torrent circulatoire, se tire d'abord du raisonnement fondé sur cette considération que le calibre du canal thoracique est peu en rapport avec les quantités énormes de liquide pouvant être absorbées. Le diamètre du canal thoracique, dans le milieu du dos, ne dépasse guère une ligne, d'après Haller (2); et d'ailleurs ce canal transmet déjà le chyle et la lymphe de la portion sous-diaphragmatique du corps. Or, Boerhaave cite un homme qui buvait près de 15 litres de vin par jour; Haller parle d'un malade qui prenait en très-peu d'instants 3 litres et plus d'eau minérale, et chez lequel la totalité du liquide était bientôt après expulsée par les urines. Gomment se rendre compte de ces faits en admettant que toute la boisson ait passé par le canal thoracique? Quand bien même on admettrait que le liquide, introduit dans le système lymphatique^ marchât aussi rapidement que dans les veines, le canal thoracique ne pourrait guère, dit-on, livrer passage à plus de 625 grammes de liquide par heure.

J. Béclard (3) a constaté que, si Ton analyse comparativement le sang veineux général (sang de la veine jugulaire) et le sang de la veine porte, sur un finimal qui a copieusement bu, on trouve des différences notables dans les proportions de Veau de ces deux sangs. Dans une de ses expériences, le sang pris dans la veine jugulaire contenait, par exemple. 796 parties d'eau pour 1000, et le sang de la veine porte du même animal en contenait 851.' Une autre fois le sang de la veine jugulaire conteDait 770 parties d'eau, et le sang de la veine porte 823.

On sait que, dans une série d'expériences faites sur divers animaux (chiens, poules, canards, etc.), Bouchardat et Sandras (6) affirment avoir reconnu que l'absorption des boissons alcooliques s'accomplit par les veines et non par l'appareil chylifère (*). Quoi qu'il en soit de cette dernière

(1) TnDlMAim etGMELiN, Rech. expér., physioL et chim. sur la digestion, 1'^ partie, p. 212. trad. de Joukdah. Paris^ 1827.

(2) ïlkhLVK, Efementa physiologiœ, i. VII, p. 66.

(3) J. BÉCLARD, Traité élémentaire de physiologie, p. 165, 5*édit. Paris, 1866.

(4) Bouchardat et Sahdras, De la digestion des boùsons alcooliques dans Archives dan <^ et de physiol., 1846, p. 236 et luiv.

(*) Béji Tiedemann et> Gmelin {a) étaient arrivés au même résultat dans une de leurs expêriences : on donna à un vieux cheval, à jeun, une demi-once de prussiate de mercure, avec une livre et demie de teinture de tournesol, autant d'alcool, et dix grains de musc, le tout voëie dans une suffisante quantité d*eau. Le chyle du canal thoracique, trois heures et demie après l'ingestion, n'offrait ni odeur d'alcool, ni odeur de musc ; dans les vaisseaux lymphatiques da mésentère existait un liquide rougeàtre et transparent, également dépourvu de toute odeur ée musc ou é*alcooL Le sang de la veine porte et celui des veines splénique et mésentériqoe hh périeure offhdent, au contraire, Todeur propre à chacune de ces deux substances.

(a) Recherehn iur la rtmte fw jnrtnnent direrêeM mbtlancf» povr paMfr th r^iiinnuc et du c«iw/ tntfitmal t' * Ir Mtmgf p. 80. Paris, 16ii, trad fraiir. de S. lleLLca.

ABSOBPTION Par LA MEMBRANE MUQUEUSE DIGESTIVE. A57

assertion, peut-être trop exclusive, toujours est-il que la plus grande partie de ces boissons pénètre dans les veines de Testomac et de l'intestin qui !t's apportent au foie. Aussi des pathologistes se sont-ils demandé si les molécules alcooliques, amenées directement dans cet organe par la veine porte, ne pourraient pas l'influencer parfois d'une manière fâcheuse et être la cause déterminante d'affections diverses : c'est ainsi que l'hépatite^ vj fréquente dans les pays chauds, a été rapportée aux excès de boissons alcooliques, et que, parmi les causes de la cirrhose, on a signalé les habitudes d'ivrognerie.

D. ^ S^ comme on vient de le voir, dans le contenu des lymphatiques lie rintestin peuvent figurer les divers produits de la digestion, il importe Je savoir que, en dehors de ces produits, les vaisseaux chylifères, à l'inlerse des veines, n'absorbent pas du tout ou n'absorbent qu'avec lenteur :t ne saisissent que dans de bien faibles proportions d'autres substances 'trangères, comme les poisons, les sels solubles diff^érents de ceux de alimentation, les matières colorantes, odorantes, etc., introduits dans le ube digestif.

Bien évidemment ce sont les veines qui entraînent dans la masse du 'ing ces poisons qui tuent en quelques secondes, c'est-à-dire presque ausitôt après leur application aux surfaces absorbantes : telles sont l'acide yanhydrique ou la solution d'extrait alcoolique de noix vomique versés iur la conjonctive ou dans les bronches. Ici le passage dans le sang est si apide, que personne ne pourrait songer à l'expliquer par le cours de la ymphe ou l'intervention des lymphatiques. — Citons l'expérience suivante I l'appui du privilège qu'ont les veines d'absorber les poisons :

Chez un chien qui a fait un repas de viande, la paroi abdominale est ncisce et une anse d'intestin grêle est attirée au dehors; puis deux ligaun^s y sont appliquées à U décimètres l'une de l'autre. Deux autres liatures sont placées sur chacun des lymphatiques remplis de chyle, et 'S vaisseaux coupés dans l'intervalle, de manière que toute communicaion «oit interceptée entre les lymphatiques de l'intestin et le reste du corps. )es cinq artères et des cinq veines allant se rendre à l'anse intestinale, [uatre vaisseaux de l'un et l'autre ordre sont liés et coupes, puis les extrénités de l'anse d'intestin sont séparées du reste du tube digestif. Enfin, Uns la crainte qu'il n'existe quelques vaisseaux lymphatiques dans l'épais-

ur des parois de l'artère et de la veine conservés libres, on en enlève la unique celluleuse. Une dissolution à'upas tievté est alors injectée dans la :*Mté de l'intestin; après six minutes^ les effets du poison deviennent ':»parents.

A propos des poisons minéraux en particulier, est-il besoin de rappeler lue le foie reçoit le premier, à l'aide des veines intestinales qui forment la

•ne porte, la presque totalité de la substance vénéneuse, et que celte iuli>tance y séjourne plus longtemps que dans les autres viscères, circon- Uiice qu'on a voulu expliquer par la circulation lente du sang au travers

h5B DE L'ABSatfXION.

de cet organe? Châtia (1), ayant empoisonné des chiens par Facidearsénieui^ ou l'émétique, a facilement retrouvé de l'arsenic ou de Tantimome dans le sang extrait du cœur et des autres vaisseaux; tandis que, maigre la perfection des procédés chimiques qui permettent de recoQDaitredfs quantités infiniment petites d'arsenic et d'antimoine en les engageant dans des combinaisons avec l'hydrogène, le même expéfimentaieur n'a pu parvenir à trouver la moindre trace de ces métaux dans le chyk retiré du canal thoracique.

Maintenant il nous reste à établir que (comme les substances les plas toxiques) les matières colorantes ou odorantes et les matières salines étrangères à l'alimentation suivent spécialement, sinon exclusivement, la voie de> veines; que ces différentes matières aient été primitivement introduitedans les intestins, dans les bronches, dans les réservoirs des glandes ou bien dans les cavités séreuses, etc.

Les expériences à ce sujet ont été répétées nombre de fois et varik'^ surtout par Tiedemann et Gmelin (2). Au dire de ces expérimenlaleun, l'indigo, la garance, la rhubarbe, la cochenille, la teinture de tournesol!: teinture d'alcana^la gomme-gutte, le vert d'iris, qu'ils avaient admini^tré* aux animaux, ne se sont jamais montrés en aucun point de l'appareil Ivicphatique de l'intestin, ni dans le canal thoracique. — Les principes u/»rantSf émanés du camphre, du musc, de l'alcool, de l'essence de térébenthine, de l'huile de Dippel, de l'asa fœtida, de l'ail, n'ont pas été non pk^ retrouvés dans le chyle du canal thoracique. — Il en a été de même dr^ sels de plomb, de^ mercure, de fer et de baryte.

Mais, au contraire, Tiedemann et Gmelin ont reconnu, dans le sang ^> veines mésentériques, l'odeur du camphre et celle du musc; la matière col^r rante de l'indigo et celle de la rhubarbe; plusieurs sels, le prussialettt*' sulfate de potasse, ainsi que des traces de sels de plomb et de fer. Daibisang de la veine splénique, ils ont constaté l'odeur du musc, des tracer ùrhubarbe, du prussiate de potasse, des indices de sels de plomb, de fer. i!e mercure et de baryte. Enfin, dans le sang de la veine porte^ ils ont trou* aussi des principes odorants : camphre, huile animale de Dippel, musc des substances colorantes : indigo, rhubarbe; des sels :1e prussiate ttk sulfate de potasse, puis encore diverses combinaisons salines de fer, •! plomb, de baryte, etc.

Ce qu'avancent ici Tiedemann et Gmelin s'accorde, en partie, avec V: résultats que d'autres physiologistes ont obtenus : ainsi, Hailé (3), YU:-

(i) Chatiii, Comptes rendus des séances de PAcad. des sciences de Paris, t. X^*^l, IS^^ séance du à man.

(2) TiEmpiAiar et Gmbliii, Recherches sur la route que prennent divertet suMûvc^ r' paner de resiemac et du cansd intestinal dons le sang^ p« 2 «ftiuiT. Farit» 1821 ;tra4' ^^ de Helleb.

Voyes aasfii Physica expérimenta circa chyhim sistens, par MOllbi (Dissert, tVi^^ Hddedbeif , 1819).

(3) Halle, Système des connaissances chimiques de FooECaOT, t. X, p. 66,

ABSORPTION PAR LA MEMBRAIIE MUQUEUSE OIGESTIYE. &59

drÎQ (i), Magendie (2), Westrumb (3), Krimer (h), Lawrance et Goates (5), QODt po retrouver, dans le chyle ou dans le canal thoracique, les matières cûlûnmtes ^végétales ou les matières od(H*antes dont ils avaient aisément constaté la piésence dans le sang et notamment dans celui de la ii>eine porte, Panizza (6) conclut aussi de ses recherches qu'un grand nombre de ttiktûneei sa/inet, introduites par Testomac, entrent directement parles reines dans la masse du sang : denx chiens ayant été nourris pendant trois jours de soupe mêlée de pmssiate de potasse, furent ouverts vivants le troiisièffie jour, et toute la surface interne du tube digestif se teignit en bleu par l'addition d'un solutum de chlorhydrate de fer; la même réaction it manifesta dans les voies uriaaires, tandis que h grammes de lymphe extraite du canal thoracîque ne présentèrent qu'une réaction équivoque; (rtiisiesang de diverses artères et veines ayant été examiné, nulle part ce Huide ne se montra aussi sensible au précédent réactif que dans les veines sortant de l'intestin grêle. Un jeune âne, qui avait pris, dans l'espace de cinq jours, plus de 90 grammes d'iodure de potassium, fut ouvert vivant le cinquième jour : Panizza recueillit du sang des veines mésaraïques jusque leur origine, du sang d'une artère du gros intestin, du sang de ia veine porte, plus d'un demi-verre de chyle et de lymphe du canal thoracique, de Tarine, dn ciiyme, des matières contenues dans l'intestin grêle, des fices; partcMiton trouva de l'iode, mais ce fut dans le chyle et la lymphe qu 00 eut plus de peine à en découvrir. Une autre expérience, faite avec du nitrate d'argent, donna le même résultat. On a déjà vu que Ghatin (7), ayant emp<MfiOO]fté des chiens par l'acide arsénieux ou l'émétique, avait obtenu de Tarsenic et de Fanti moine du sang extrait du cœur et des gros viisseaux, tandis que le chyle retiré du canal thoracique n'avait point fourni \à moindre trace de ces métaux. — Est-il besoin de rappelé;*, après tous ces ^aits, que la ligature du canal thoracique n'empêche point le passage dans le système sanguin d'un poison introduit dans le tube digestif.

Toutefois nous ne saurions omettre d'ajouter qu'il est aussi, dans la science, des résultats dus à d'antres expérimentateurs éminents et qui sont le nature à ne pas faire rejeter^ d'une manière absolue, toute participation i*-^ vaisseaux lymphatiques aux absorptions précédentes.

Martin Lister (8), déjà en 1682, injecta douze onces de teinture d'indigo "i^os une anse d'intestin grêle chez un chien â jeun. Au moment de l'expérK'Qce, dit-îl, il n'y avait pas la moindre apparaoce des vaisseaux lactés dans W oiésentère; mais, après trois heures, ceux-ci étaient gonflés d'un chyle 'pais et bleu qui s'écoula au dehors par l'incision des plus gros vaisseaux.

• 1) FLAiii>anf, Journal de médecine y 1790, t. LXXXV, p. 372. (2} Macend», Précis de Pkyuol.^ t U, p. 157, ia2. '3) WtSTmou, Mbcecl's DeuUches Arehiv^ t VII, p. 528, 534, 53a. (^/ Kaoua, Pàynohgiicke Untersuckungen, p. i4},

■>) L4WBA1ICK et Goates, Philadelphia Journal of Médical ScinMe, année 1822. <>; PAVmzA, Memorie delC I, R. Instituio Lomh.^ i84i| 1. 1, et 4laBt ÂrcK fén. de méd.^ i' férié, t. il, p. 85.

(', CiATm, /oe. cit.

'^) MAaT» UsTza, PhUoi. TransacU^ t XIII, p. 6.

&60 DE l'absorption.

W. Musgrave (1) ayant reproduit cette expérience Tannée suivante, et noté avec soin la nature et Taspect des vaisseaux cbylifères avant et après laréplétion de Tanse intestinale parla teinture d'indigo, assure avoir constaté les mêmes faits. Haller (2) dit aussi avoir vu se vider des cbylifères qui avaient admis certaines matières colorantes; nous avons déjà rappelé les expériences de John Hunter à ce sujet. Le chyle présentait une couleur jaunâtre ou rougeâtre chez des animaux que Viridet et Mattei (3) avaient noorrisavec des jaunes d'œuf ou avec des betteraves rouges. SeileretFicinus(^) ont retrouvé dans le chyle la couleur de la garance et du curcuma; celle de rindigo leur aparu moins facile à reconnaître. Schrœder van derKolk(5;, ayant rempli d'une solution de cyanure potassique une anse intestinale de chien vivant, a lié cette anse à ses deux extrémités, puis, l'ayant plongée dans une dissolution de sulfate de fer, il a vu la couleur bleue (bien de Prusse} se manifester dans les lymphatiques de l'intestin et non dans les veines. TiedemannetGmelin (6) eux-mêmes ont rencontré parfois le sulfate de potasse et le sulfate de fer dans le canal thoracique du cheval et dans celui du chien. Ces mêmes auteurs, ainsi que Mac-Neven (7), La\kTance et Goates (8), et les médecins de la Société de Philadelphie (9), ont retrouvé le cyanure de potassium dans les veines et dans le canal thoracique, quelquefois même dans ce dernier, alors que les veines n'en renfermaient point; ce qui exclut ici l'idée d'une absorption primitive par ces vaisseaux et d'un passage seulement subséquent dans les lymphatiques. C'est ce passage qu'on a invoqué pour expliquer comment, chez un animal mis au régime de la garance, le chyle et le contenu du canal thoracique ont pu n'être pas colorés dans les premiers jours de l'expérienee, et le devenir plus tard.

Enrésuméy les substances liquéfiées dans le'lube digestif pénètrent à la fois, mais en proportions différentes, dans les veines et dans les cbylifères. mieux disposés pour cette pénétration que les lymphatiques ordinaires, et l'expérhnentation démontre : — 1® que les matières autres que les aliments qu'elles soient indifférentes ou toxiques, salines, colorantes ou odorantes, s'engagent presque exclusivement dans les veines intestinales qui concourent à la formation de la veine porte, pour traverser le foie, la veine cave inférieure, etc.; — 2® que les produits des divers aliments digérés figurent dans les veines et dans les cbylifères^ mais en quantités relatives bien différentes; qu'ainsi les cbylifères se chargent principalement de matière> grasses, à peu près à l'exclusion des veines, tandis que ces dernières absor-

(1) w. McsGRÀYB, Phiias. Transact., n*» 275 ; octobre i701^ t. Xn,p. 996.

(2) Hàller, Elem. physioi., t. VH, p. 227.

(3) V»n»KT et Mattr^ Tract, med. phys,^ De prima coetiùne^ p. 280.

(A) Seilcr et FiaifUS, Zeitschrift fur Natur- ur»d Heilkunde^ t. H, p. 382-dOi.

(5) ScHRCEDZR VAH DER KoLi, Cité par RiCB. Owcf dans les œuvres <ie Jobr Hdktbr, t. iv, p. 405; trad. franc. deRichelot.

(6) TiEDEMÀim et Gmklim, mém. cité, p. 28 et M,

(7) Màc-Nevsn, New-York med. andPhys, Joum,, 1822, n" 2.

(8) Lawràiicr et Goatss, loc. cit.

(9) Philadelphia Journal ofMed. Sc.y n» 6, 1822.

ABSOBPTION PAR LA MEMBRANE MUQDECSE DIGESTIVE. 461

béni plus spécialement les boissons, les produits de la digestion des aliments jjbuminoïdes et sucrés, ainsi que les sels ordinaires de Talimentation.

\. ^ Pour expliquer l'absorption de VaUmminosey de la glycose et des ivkianm salines, il suffit de nous rappeler les actions osmotiques que nous avons signalées dans l'étude générale de l'absorption.

Dans l'intestin, il y a un double osmomètre : l'un est représenté par le réseau sanguin placé sous l'épithélium, dont il est séparé par une couche très-mince de substance amorphe; l'autre est figuré, par le réseau lymphatique avec les culs-de-sac des villosités, réseau et culs-de-sac situés au-desi4jus des capillaires sanguins. — La membrane de ces osmomètres n'a qu'une bien faible épaisseur, circonstance favorable à l'osmose : elle est formée, pour le premier, par le feuillet épithélial, la mince couche de matière ïmorphe et la paroi propre des capillaires sanguins ; et pour le second^ par le même feuillet épithélial, doublé d'une couche amorphe, dont l'épaisseur e«l augmentée de toute celle du réseau sanguin, et par la paroi propre des lymphatiques. Il en résulte que, pour pénétrer dans l'appareil sanguin, les liquides extérieurs ont à parcourir une dislance moindre que pour pénétrer dans Tappareil lymphatique : cette distance a été évaluée à 0",006 ou il",ô08 dans le premier cas, et à 0",012 ou 0»,015 dans le second. — Les liquides, contenus dans les deux précédents osmomètres, sont le sang et la lymphe, composés d'eau, de sels et de substances dissoutes dont la principale est Valbumine : celle- ci, par sa nature colloïde, rend compte de leur grande puissance osmogénique. Quant aux liquides qui baignent extérieurement les membranes osmomé triques, ce sont les aliments liquéfiés

par la digestion.

On a pensé que le sang et la lymphe étant plus riches en substances alburainoides que les liquides albumineux du tube digestif, ceux-ci devaient fc endosmoser vers ces deux humeurs. C'est là une hypothèse toute gratuite : Mr, d'un côté, il est bien difficile de connaître le degré de richesse en albumine des liquides intestinaux pendant la digestion; et, de l'autre, des solutions très-concentrées d'albuminose introduites dans Tintestin sont parfaitement absorbées.

La première condition de l'absorption de l'albumine réside dans sa translormation en albuminose ou peptone. Sans cette métamorphose, l'absorption de raibumine serait inexplicable, en raison de sa faible diffusibilité; mais, ^ous la forme de peptone,elle a acquis, avec de nouvelles propriétés physiques, un pouvoir diffusif assez grand pour que 0. Funke (1) ait prouvé par • xpérience qu'elle traverse facilement les membranes. Toutefois, il ne faut \iés croire que l'absorption de Vàllmmine transformée se fasse aussi rapidement que celle des substances cristalloïdes. Plusieurs heures sont toujours nécessaires pour que le phénomène s'accomplisse, et Knapp (2) a montré

1) 0. FoHKE, Veher das endosmotische Verhalten der Peptone {Archiv fur Anat. und

/'y«.,t.XIII. 4858.) ^ ^, , .

'2^ Rhapp, De Pabsorption de Valbumine dans Vintestin grêle {fiât, hebd., 1855).

^1^2 M L'ilSOftPTIOK.

que la quantité de ee principe absorbée est d'autant plus grande, en dd temps donné, que la solution est plus concentrée.

L'absorption de la glycose (produit de la digestion des matières féculentes et sucrées), des solutions salines et en général de totttes les sobstances cristalloïdes ne présente rien de particulier. Les choses se passent comme dans les expériences d'osmose, où Ton Toit ces substances se diriger vers les dissolutions d'albumine analogues au sang et à la lymphe;.

Diverses circonstances Tiennent aider, dans le tube digestif, Tabsoq)tion des matériaux précédents : il faut citer la /«m^o^Kre élevée du corps, la presaûm produite par les contractions intestinales sur les liquides qui doivent être absorbés, puis la nature des sierétiam» qui humectent la surface absorbante. Dans l'estomac, ces sécrétions sont acides, tandis qu'elle^ sont alcalines dans l'intestin; or Graham a proirré que l'état acide de la membrane favorise l'absorption des matières cristaDoIdes^ et Pnnke (!) a Sait voir que les peptones s'osmosent mieux à travers une membraa^ ayant une réaction alcaline.

Pendant que les produits liquides de la digestion se diffusent vers le sang et vers la l3nmpbe, il s'établit en sens inverse un courant de <Kffusioo qui a pour but de faire passer dans la cavité intestinale certains matériaux de ces deux humeurs. Ainsi s'explique l'abondante transsudation aque«$e qui accompagne toujours Ia«digestion et qui se mtie aux produits des sécrétions glandulaires, il peut arriver que, dans certaines circonstances, ce courant exosmotique devienne prédominant, tandis que le courant centripète de l'absorption alimentaire s'affaiblit : alors surviennent des diarrhées plus ou moins abondantes. L'explication de cette inversion des phénomènes osmotiques nous échappe dans le plus grand nombre des ca>. Toutefois Poiseuille (2), cherchant à se rendre compte du mode d'action de certains médicaments purgatifs, fit l'expérience suivante : il plaça dans un osmomètre une solution concentrée de sulfate de magnésie (comme l'est l'eau de Sedlitz), et plongea l'Instrument dans un bain formé de sérum. Le courant s'établit du sérum vers la solution saline. ÂTant Poiseuille, Liebig (3) était arrivé à des résultats analogues. Si les choses se passent de la même manière dans l'intestin, le courant prédominant s'établira donc du sérum vers l'eau de Sedlitz, et l'effet purgatif de ce médicament pourra s'expliquer par le jeu des forces osmotiques. Mais l'action des purgatifs est plus compliquée que l'explication précédente ne le ferait supposer. En effet, en injectant des solutions de sels neutres directement dans les veines, Aubert {h) a vu qu'ils déterminaient les phénomènes ordinaires

(1) 0. FoiWE, foc. ciU

(2) PoiscnaLB^ Becherches expérimentales sur Us médicamenis {Compief rertAs de tJkÊ* demie des sciences, 1844, t. XIX, p. 194).

(3) LiEBiG, Untersuchung der Mineraiquelle zu Soden und Bemerkungen ùher die Wirk"' ; der Saize auf den Organismus. Wiestnden, 1839.

(4) Aubert, Expérimental Untersuchungen ûher die Frage ob die MUtêùahe e^femàù^' moti9chen Wege abfûhren (Zeit. f, rat, Medicin, 2« séria, 1852, t. U, p. 22&).

ABSOBPTION PAR LA mmiANE BIOQUEUSE DIGESTIYE. /^6S

de iaporgitioD. De plus, il n'a pas trouvé que la quantité de révacoation fôt en rapport atee le degré de coneentration de la dissolution saline introdoite ààW l'intestin, comme cela derraît a^oir lieu, s'il y afait simple intenention des phénomènes osmotiqoes.

XI. — Les principes gra$ de Falimentation n'étant miscibles ni à la lymphe, ni an sénim du sang, comment admettre que l'osmose puisse rendre compte du mécanisme de leur absorption? On sait avec quelle inten* Mté les phénomènes oemotiques s'accomplissent dans les plantes, quand ^•n vient à plonger leurs extrémités radicellaires dans différents liquides ; 't pourtant^ dftns aucune expérience, avec diverses huiles, je n'ai pu conuter qu'elles en eussent absorbé la plus minime quantité. Je n'ai pas non ['lu» obserré la moindre trace d'osmose entre ces huiles et le sérum du ^g ou de la lymphe, que j'eusse fait usage d'osmomëtres fermés, soit irec des membranes organisées, fraîches et intactes (muqueuses intesti- .)le. Tésicale, etc.), soit Avec de la baudruche.

r^pendant rien n'est mieux démontré, en physiologie, que le passage 'f^ graisses dans les vaisseaux chylifères. — A l'aide d'instruments groeusants, vient-on à examiner les villosités intestinales sur un chien tué ^ndant la digestion d'aliments mêlés de graisse, on les trouve dans un ''ii de turgescence remarquable par suite de l'afflux sanguin qui congés- '•nne tonte la muqueuse de l'intestin. Examinées avec un faible pouvoir ^'/Nsjssant, elles sont demi-transparentes, excepté à leur extrémité libre, Jj parait blanche et opaque. Avec un plus fort grossissement, le sommet

chaque villosité se montre rempli d'un certain nombre de globules di^veux occupant d'abord les cellules de la couche épithéliale. Puis, tiislcscas où l'absorption est*plus avancée, ces cellules sont tellement ''inos de graisse qu'on ne peut plus apercevoir ni leur noyau ni leurs 'itours ; par leur juxtaposition, elles forment une couche blanche à la rface des villosités. On trouve aussi des globules de graisse dans tout le u^«'n('hyme de la villosité jusqu'au lymphatique central. — Il résulte éviriiment de ces observations que les matières grasses émulsionnées tra- >f'nt d'abord la couche épithéliale et le parenchyme de la villosité avant • M' rendre dans le chylifère.

L»' mécanisme de cette absorption ne pouvant s'expliquer par les lois de (Jiffu^ion, diverses opinions ont été émises pour en rendre compte. Avant

'^exposer, notons qu'au moins chez les mammifères, en particulier,

^'Imnnement des graisses parait être une condition indispensable de leur

^''Pption. Donders (1) et Jeannel(2) ont prouvé que si Ton emprisonne de

>'>Hie liquide dans une poche membraneuse, elle ne passe que trés-lente-

^''nt, tandis que si elle a été préalablement émulsionnée, son passage est assez

" ' ^'. Ce fait curieux n'embarrasse point les physiologistes qui veulent que

I DovDEBS, Veber die Aufsaugung von Fett im Darmkanai (MoLISCHOTT's UnternH • «v*^, etc., 1857).

'*, Jkaivel, Recherchas sur Vabsorptûm des huiles grasses émulsionnéet {Comptetrenif TAcùd, des se, de Paris, t. XLVHI, 1859).

ll^k DB l'absorption.

les tissus organisés soient poreux à la manière d'une éponge : en effet, 1e< molécules des graisses liquides ont une cohésion trop grande pour que l'attraction capillaire des membranes puisse les entraîner; mak. unefoi' émulsionnées c'est-à-dire divisées en globules graisseux assez petite poui que leur diamètre soit inférieur ou égal au diamètre des pores de la men. brane, il n'y a rien d'étonnant à ce que ces globules s'y introduisent, e par suite traversent la paroi membraneuse. De là est née la théorie qn explique l'absorption des graisses par des communicatiofu directes entre i surface de la muqueuse intestinale et le lymphatique central.

a. — Gruby et Delafond (1) furent des premiers à essayer de faire r vivre l'ancienne théorie des bouches absorbantes. Pour eux, les xxW^Wk intestinales seraient recouvertes de deux espèces d'épithélîum^ dont l u> signalée par ces micrographes^ a été appelée epiihelium capitatum ouà'*'^ Dans cet épithélium, disséminé à* la surface des villosités, à des distaii«x' symétriques, chacune des cellules serait pourvue d'une cavité à mk\ externe parfois béant et parfois plus ou moins fermé. Suivant ces ob^erv.. teurs, le chyle serait reçu à l'état brut dans les précédents orifices, \v '^ être ultérieurement divisé, atténué et converti en chyle pur et homogèi>^ qui pénétrerait seul dans l'ouverture profonde et effilée faisant comniu:. qner chaque cellule avec le vaisseau chylifère central; quant à la port." de chyle brut, qui a résisté à Tatténuation, elle serait rejetée au delI(>^

Il existe à la surface libre des cellules épithéliales de l'intestin une<'i^ che d'une substance transparente et molle : cette couche forme à la b-ij des cellules une sorte de cuticule [bourrelet ou ourlet de Kôllikcr). Sei Brûcke (2) les cellules épithéliales des villosités ne sont fermées à leur que par ce cuticule muqueux. Les globules graisseux peuvent fac ment le déplacer pour s'introduire dans la cavité cellulaire, d'où . passent par une ouverture du sommet de cette cavité dans des lacust lymphatiques sans paroi qui aboutissent au canal central. Plusieurs lo siologistes admirent l'opinion de Brûcke en la modifiant suivant IV/ qu'ils se formaient sur les origines des lymphatiques dans la vilIoMt' Heidenhain (3), par exemple, fait communiquer les cellules épithé!:. avec le chylifère central par l'intermédiaire des cellules plasmatiques >> i

villosité, etc.

En examinant les cellules cylindriques des villosités, Rôlliker (&) m' :'i trouver l'orifice que Brûcke avait admis à leur base, mais il vit que le n:'

n) Gruby et Delafond, Comptes rendus des séances de VAcad, des ieieneef oV f année ISA 3. Séance du 5 juin.

(2) Brûcke, Ueber die Chylusgefdsse und die Résorption des Chylus {Mém* de fA^ji- ■ Vienne, t. VI, p. 99 et 127, 1854). — Ueber die Aufsnugung des Chylus in der DannK [Sitzungsberichte der Wien. Acad. Band IX, § 900).

^3) B. HEiDENHAiif^ Die Absorptionswege des Fettes (Moleschott's Uniersuchungen, « ■ vol. IV, p. 251 à 284, 1858).

(A) KôLURKB, Nachweis eines besonderen Baues der Cylinderzellen des Dùnndartr.--. zur Fettresorption in Bezug zu stehen scheint {Verhandiung der Physikaiisch- Mcd. ('. schaft in WùrzOouy^gy 1855, t. VI, p. 253), et Éléments d*hùtologi€^ p. 459.

ule qui la recouvre présente de fines stries parallèles à l'axe de la cellule. I pensa que ces stries sont des canalicules conduisant dans Tintérieur de et élément anatomique dont la face libre serait poreuse. Donders(l}, . Leydig (2) partagèrent cette opinion et comparèrent les cellules de l'épithéam intestinlil aux cellules à canaux poreux du tube digestif des invertébrés.

Brettaner et Steinach(3) interprétèrent d'une manière différente Tas* ect strié du cuticule : pour ces observateurs, il est dû à la juxtaposition

uoe immense quantité de cils ou de bâtonnets qui adhéreraient à la paroi e la cellule épithéliale ou à sa substance intérieure.

Aujourd'hui la doctrine des ouvertures microscopiques des cellules épiliéliales de l'intestin est assez généralement regardée comme une illusion, olliker lui-même Ta abandonnée dans ces derniers temps (&)• Cependant •adwig Letzerich (5) a décrit tout récemment des vacuoles ou cupules silices dans la couche des cellules cylindriques, ouvertes à la surface de la anqueuse intestinale, .et, suivant lui, communiquant directement avec le hylifère centrai à l'aide d'un système de canaux : c'est par là, assure auteur, que s'effectuerait l'absorption des matières grasses. Eimer (6), ^chs (7), Amstcin (8) et Pries (9) ont très-bien vu ces vacuoles ou cellules upuliformes, mais ils s'accordent à leur refuser tout rôle dans l'absorption €) graisses; d'ailleurs, ils n'ont pas pu vérifier leurs connexions avec un T>tème canaliculé aboutissant au cbylifère central^ et ils pensent avec chultze qu'elles sont destinées à la sécrétion du mucus. Pour ces auteurs, i graisse émulsionnée traverse les cellules cylindriques des villosités.

Toutes les observations anatomiques qui précèdent ont été entreprises '^us l'influence du désir qu'avaient leurs auteurs d'expliquer l'absorption es graisses par des communications directes entre la cavité intestinale et le r'^tème chylifère. Mais on vient de voir que de pareilles communications int contestées même par les observateurs qui admettent les vacuoles ècoQvertes et décrites par L. Letzerich.

La démonstration anatomique faisant défaut aux partisans de la précéente théorie, ils invoquèrent les expériences de physiologie. — G. Herbst, bterlen, Eberhard, Mensonides et Donders, Bruch, Marfels, etc., après foir donné à plusieurs animaux des aliments contenant des corps solides iement pulvérisés, reconnurent dans leur sang, après la digestion, quel-

(1) Dorons, ioe, eit*^ t. H, p. 116.

«fi) L Utoig, Traité tfhùioiogie, p. 33A ai 380. i^) BicTTAcn et Stkixaci^ Untersuchungen ûber dos Cyiinderepithêtium der Darmzbtten

mne Beziekung %wr Fetttvsorption {AcatL der Wissens, zu Wien. 1857, t. XXUI, p. 303). P) lôLLnsB, Manuel d'higtoiogie^ nouv. édit., p. àà6, «nn. 1862. ('), LrowiG Lbtzuici, Ueber die Résorption der verdaunten NÙhrstofps itn Dùnndamt

«Gtow*» Arekiv, t. XXWH, 1866, p. 232, et t. XXXIX, 1867, p. A35).

^) EiiXR, Zw Fettresorption und sur Etuttehung der Schieim^ etc.(Viiiciow's At^hiv,

\VLmU 1867, p. 428-A32).

'*) Sàdft, Zur Kenntniss der sogenannten Vacuolen im Dûnndarm (Virchow's Arrhiv^

Xim, 1867, p. 493).

{^) Aunmii, Veber Becherzellnn (ViROOW*» Archiva U XXXIX, 1867, p. 527;.

^^Piin, Veifer die Fetiresorpiion und die Hfutehung der Becherzetten (Viaclow's Archiv, ti 1867, p. 519).

UKir. — raitioL. 1* -* 30

&66 DE t*AB8ÔllPTI0N.

qnes particules de ces corps. Celles-ci, au dire de ces observateurs, avaient donc été absorbées, et leur passage dans le sang semblait n'avoir pu s'effectuer qu'à travers des pores ou orifices naturels. Nous avons réfuté cette opinion (p. ^10), en montrant que la pénétration de certaines poussières dans les vaisseaux est un phénomène exceptionnel, qu'elle est due à des déchirures de l'épithélium par un petit corps anguleux et dur, cl à sa progression mécanique à travers la substance moll^ de lamnqueu'f intestinale. Cet argument est assurément très- valable pour combattre 1a prétendue absorption des corps irréguliers, à angles ou à pointes aiguës, comme sont les particules de charbon, de soufre^ etc.; mais il perd de sa valeur si les corps solides absorbés sont mous et arrondis. C'est arer des corps de cette nature que Marfels (1) a fait^ d'après les conseils de Moleschott, des expériences fort intéressantes sur l'absorption. Ayant pris du sang de brebis dont les globules, facilement reconnaissal)le>. ne peuvent, en raison de leur mollesse, produire une lésion mécanique de la muqueuse absorbante, il injecta une petite quantité de ce sani* dans l'estomac de plusieurs grenouilles. En examinant au microscope. au bout d'un certain temps, les vaisseaux de la patte ou de la langut. il trouva parmi les globules elliptiques de ces derniers animaux des globules sanguins qui offraient tous les caractères de ceux de la brebis. H pu! même voir plusieurs fois dans les vaisseaux du mésentère les globules de la brebis circuler à côté de ceux de la grenouille. — En ingérant dans Vest<^ mac de batraciens du pigment cboroïdien de Fœil du bœnf;, il arriva m mêmes résultats : il en conclut que les corpuscules solides, de même qui les globules de graisse ^ peuvent passer normalement à travers la muqueuse intestinale par des voies ouvertes pour ce passage.

Dans une autre série d'expériences, Marfels (2) renferma du liquirii chargé de pigment dans une anse intestinale séparée du corps et adapti' à un tube de verre. Il faisait monter le liquide intérieur dans le tube 6 verre, de manière à obtenir dans le sac membraneux une certaine pression. en expérimentant aune température de 34 degrés. Dans ces circon$lance>. il remarqua, au bout de vingt-quatre heures, des cellules épithéliales qui lui parurent contenir des granulations pigmentaires. En répétant cr expériences sur des animaux vivants, Moleschott (3) constata seulcmeiu quelquefois le rnôrae phénomène; et, pour arriver à des résultats po^tifs , il fut oblige de produire une pression sur les matières à absorber en excitant, au moyen de l'électricité, de fortes contractions des irlestïns. Wittich (4) vint corroborer les résultats précédents en assuran; qu'il avait reconnu la présence de globules rouges dans les chyliféres d n

(1) Haryels, Rechercfies sur la vote par laquelle de peiils ctnpuseules toUdet ptusent » tintestin dans ^intérieur des vaisseaux chyliféres et sanguins (Ann, des «c« «a/., 4* s«n^> t. Y, p. 144; 1856).

(2) Makfkls, mém, cité^ p. 159.

(3) Moleschott, Krneuter Bewcis fur das Eindringen von festen Kôrperchen m die Kff fôrmigen Zellen der Dartnschléimhaut {Untersuchungen zur Naiurlekrt des MemscMen l der Thiere^ t. U, p. 19, 1857).

(à) Von Wittich, Beitrâqe zur Frageûber die Fet (résorption (VncHoWSilrdkiv. B«wl V. Io07/.

lapin d(H)t l'inteslin grêle en contenait, et qu'il avait tu ces mômes globules dans les chylifères du caecum cinq heures après avoir injecté du sang dans cet intestin. Crocq(i) pensa aussi devoir admettre la pénétration des corps solides à travers la muqueuse intestinale.

Cependant Donders (2), Hollander (3), Rindfleisch (^), Schweiger-Seidel (5), 0. Funke (6), etc.^ n'ayant point réussi à retrouver dans le sang les corpuscules solides injectés dans l'intestin, regardèrent les faits de Marfels et de Moleschott comme tout à fait exceptionnels. En effets l'introduction des corpuscules de pigment et des globules hématiques dans les cellules épithéliales n'est pas un fait impossible, mais il ne saurait se comparer à l'absorption normale de la graisse. Nous admettons les observations de Marfels et de Moleschott comme réelles; mais ces observateurs auraient dû prouver que dans leurs expériences les cellules épithéliales n'avaient été ni déchirées, ni altérées d'une manière quelconque. Or, il est permis de croire que le contraire avait lieu quand ils faisaient intervenir une pression de 9 ou 10 centimètres de mercure, ou quand ils stimulaient les contractions intestinales par un courant électrique pour faire pénétrer le pigment dans la muqueuse, ou bien encore quand^ dans le même but^ ils faisaient macérer celle-ci pendant plusieurs heures dans une solution saline. Si le passage des corpuscules solides dans le sang à travers des cellules canaliculées était un phénomène normal, pourquoi ce liquide ne deviendrait-il pas le réceptacle de toutes les fines poussières qui peuvent être ingérées accidentellement avec les aliments, et pourquoi aussi ne verrait-on pas certaines substances, comme l'albumine non modifiée^ les venins, le curare, etc., passer dans le sang par voie d'absorption intestinale?

0. Funke (7), ayant préparé des émnlsions très-complètes avec des substances grasses comme la stéarine et la cire qui sont solides à la température du corps^ introduisit ces émulsions dans le tube digestif. Jamais il ne put reconnaître les globules, pourtant excessivement petits^ de ces graisses solides^ ni dans les cellules épithéliales, ni dans le parenchyme des villosités, ni dans la lymphe ou dans le sang; tandis qu'il vit toujours des globules graisseux dans les villosités, après avoir administré des émulsions de graisses liquides à 37 degrés. Aipsi il ne suflSt pas qu'une graisse soit émulsionnée pour être absorbée» il faut encore que les globules

(i) CaoCQ, Builetin de F Académie de Bruxelles, 1S58. (Rapport de Sprirg^ Schwann et Glv«e.)

(2) DoNMMy Phynol. des Menschen, !«' Ikfc., 1856. — Veber die Aufsaugtmg vonFett im Dartnkanal (Moleschott's Untersuchungen, U 11, 1857, p. 113).

(3) Hollander, Quœstiones de corpusculorum solidorum e tractu intestinali in vasa san» gmfira irtmeitu. Dorpat, 1856.

(4) RufDrLKiscH, In wie fern nnd auf welche Weise gestattet der Eau der verschiedenen Schleimhûuie den Durchgang von Blutkdrperchen und anderen kieinen Theilen^ und ihre' Aufnahme in die Gefilsse {Ârchiv fur path, Anat. und PhysioL^ t. XXII, 1860).

(5) Scbwbiger-Sexdil, Ueber den Uebergang kôrperlicher Bestandtheile ans dem Blute in die Lymphge fusse {Studien des Physiolog. Institut xti Breslau), Cahstatt's Jahreshericht^ etc., 1861, p. 120.

(6) O. FuwKl, Physiologie,L I, 4« édît., p. 359 et suiv. 1862.

(7) 0. fvnUj Beitrûge lur Physiologie der Verdauung [Zeitschr* fïir wissensch. Zoologie^ t. vu, p. 315).|

&6S DE L'ABSORrnON.

graisseux suspendus dans Témulsion soient à Tétai liquide, fait qui rapproche l'absorption de la graisse d'un phénomène osmotique. S'il y a^mt des communications directes entre la cavité intestinale et les vaisseaoi, il n'y aurait guère de raisons pour qu'un globule de graisse liquide pénétr&l plus facilement qu'un globule aussi petit formé par une graisse solide.

b. — Avant les expériences qu'il avait faites en commun avecMarfels, Moleschott(l) se rendait compte de la pénétration des graisses, en supposant qu'elles sont absorbées à Pétat de savon pour redevenir ensuite graisses neutres dans les cbylifères. Mais les recherches de Bidder et Schmidt (2) ont détruit cette hypothèse : car en admettant que la propriété de dédoubler et d'acidifier les corps gras se constate hors de l'intestin avec le concours de certains fluides organiques, celte propriété ne saurait, d'après les expériences de ces auteurs, être mise en jeu chez Tanimal vivant où elle est complètement annihilée par la réaction acide du chyme. Bouchardat et Sandras (3) ont aussi prouvé que la pénétration des graisses se fait sans qu'elles subissent une transformation chimique. Elles sont seulement émulsionnées par les sucs digestifs et plus particulièrement par l'action du suc pancréatique.

€. — Rflss (A) n'admet point que la graisse pénètre en nature dans le> cellules épithéliales de l'intestin ; suivant lui, ces cellules formeraient la graisse aux dépens du chyme par un phénomène de nutritioii% A l'appui de son opinion, ce physiologiste a fait l'expérience suivante : il injecté .du chyme stomacal (filtré) dans une anse intestinale sur un animal qui vient de mourir ; les cellules épithéliales deviennent blanches et le microscope montre que cette coloration est due à des granulations gradsseuses qui les distendent. En 18&7, Kuss a répété avec succès cette expérience sur l'intestin d'un homme qui venait de subir la peine capitale. Si les faits précédents tendent à établir que les cellules épithéliales peuvent se remplir de graisse par un phénomène d'assimilation, comme les vésicules adipeuses dans l'engraissement, ils nous éclairent peu sm* la question de savoir comment la graisse sort des cellules épithéliales pour traverser toute la substance des villosités et parvenir dans le chylifëre central.

d. — Les cellules épithéliales de l'intestin ont une grande tendance à ^^ détacher de la surface qu'elles recouvrent une fois qu'elles sont distendues par la graisse. Ce fait constaté par Goodsir (5), qui avait vu le premier leur réplétion graisseuse, fut généralisé par cet observateur comme un phénomène constant de la digestion. Il admit que, sous l'influence de la tuj^escence sanguine ou de quelque autre cause inconnue, la surface interne de

(1) MoLESCHOTT, Physiologie des Stoff'wechsels, Erlangen, 1851, p. 207.

(2) BiDDEB et ScBMiDT, Die Verdauungssaefle undder Stoffwechsel, p. 228. hà^B%^ 4»ô'2.

(3) BODCHAKDAT et Sandras, Recherches sur la digestion et Cassimilatim cfer corps m» (Annuaire de thérapeutique pour iSAô^ p. 238 et siiiv.).

(4) Kiiss (Thèse de Fikck ioUtulée : Physiologie de répithéliwn. Strasbourg. 185A; d thèse de BEAums, tytnt pour titre : Anatomie générale et physiologie du système Ivmcha- <îçM«. Strasbourg, 1863, p. 62.) ^ ^

(5) Goodsir, The Edinlmrgh New Phihsophical Journal ^ t. XXXIII, p. 165, 1842.

riotestin se dépouille de son épithéliuin qui est de deux sorles : répithélium qui couvre les villosités et celui qui double les follicules. Alors les villosités gonflées de sang, érigées et nues, s'imprègnent d'une matière d'aspect blanchâtre ; puis des vésicules, dispersées parmi les divisions terminales (les lymphatiques de ces villosités, grossissent en attirant dans leur cavité' la môme matière, jusqu'à ce qu'ayant atteint leur grosseur spécifique, elles se brisent ou se dissolvent. Leur contenu est alors transmis dans le tissu de la villosité elle-mômej et partant dans le réseau de ses vaisseaux lactés. Tant que la cavité de l'intestin contient du chyme, les vésicules de l'extrémité terminale des villosités continuent à se développer, à absorber du cbyle, à se briser, et leur contenu à être ^emporté dans les vaisseaux chylifères. Mais, quand une fois l'intestin ne renferme plus de chyme, l'afOux sanguin diminue, le développement des vésicules nouvelles cesse, les vaisseaux lactés se vident et les villosités s'aplatissent. Dès lors cesse aussi, d'après Goodsir, la fonction de ces appendices jusqu'à ce qu'elle soit réveillée par l'abord nouveau du chyme dans l'intestin. C'est dans les intervalles de la digestion que l'épitbélium des villosités, qui avait été rejeté, se reproduit. L'opinion de Goodsir n'a pas été confirmée par les observateurs qui l'ont sij^ivi.

En résumé, l'absorption des matières grasses ne semble se faire ni par des communications directes, ni à l'aide d'une transformation chimique, ni par un phénomène vital d'assimilation, ni après une desquamation de l'épithélium intestinal.

Le mécanisme de Tabsorption des graisses parait devoir rester longtemps encore un des points obscurs de la physiologie. Mais, si l'on n'a pu pénétrer le mystère de ce phénomène, on peut du moins saisir plusieurs circonstances qui favorisent son accomplissement et qu'il n'est pas sans intérêt de signaler.

i* Dans l'émulsion intestinale^ chaque globule graisseux s'entoure , d'après Balogh (i), d'une enveloppe haplogène formée par une substance albuminolde : ce serait grâce à cette enveloppe que la graisse pourrait adhérer à la substance humide des cellules épithéliales et des villosités.

^ Les contractions intestinales produisent sur la surface de la muqueuse une pression propre à y faire pénétrer les globules de Témulsion. Pour faire transsuder de l'huile à travers une vessie de bœuf de l"",12ë d'épaisseur, Liebig (2) a vu qu'il fallait une pression de 92 centimètres de mercure. Mais^ si au lieu d'une vessie de bœuf comprenant ses quatre tuniques (séreuse, musculeuse, cellulaire et muqueuse), on emploie seulement la muqueuse, il suffit d'une pression deux ou trois fois moindre pour déterminer la transsudation de l'huile. — Si l'huile est émulsionnée, on sait que le passage est beaucoup plus facile et qu'il peut s'effectuer avec une pression encore bien moindre. — £nfln> si l'on suppose une membrane aussi mince que Test celle qui sépare la surface de la muqueuse

(1) Ralocb, Dos Epithelium der Darmzottsn in verfchiedenen Resorptionszustanden MoLEacmrr's Vntenueh., t. VU, 4861.) (2; UxBiG, voyes plus haut, p. 357.

ft7a DE LABSOBPTION.

intestinale de la cavité du réseau sanguin ou lymphatique, on coiM^it que la pression intestinale soit suffisante pour faire transsuder dans les vaisseaux les émulsions provenant des matières grasses de l'alimentation. -* En outre, les contractions des villosités elles-mêmes poussent dans le lymphatique central la graisse dont ces appendices sont imprégnés : la bile^ selon Schiffj excite ces contractions, accélère et renouvelle ainsi le phénomène. Mais l'influence de la bile sur l'absorption de la graisse pandt se rapporter encore à une autre cause.

3* Nous avons vu^ dans l'exposé des phénomènes osmotiques , que la nature des liquides qui imprègnent une membrane a une grande influence sur l'intensité de l'osmose et sur la direction du courant. Nous pouvons bd conclure, si les choses se passent dans l'organisme comme dans les appareils osmométriques^ que la nature des sécrétions qui lubrifient une membrane doit favoriser l'absorption de certaines substances et mettre obstacle à celle de certaines autres. Ainsi Wittingshausen (i), Hoffmann (2), Matteucci (3) etc., ont constaté qu'une émulsion traverse beaucoup plus aisément une membrane qui a été préalablement imprégnée d'un liquide alcalin et surtout de bile. L'absorption de la graisse doit donc être singulièrement facilitée par la présence de la bile dans l'intestin. Ce fait expliquerait pourquoi, chez les chiens porteurs de fistule biliaire, la plupart des expérimentateurs ont noté un amaigrissement considérable; il expliquerait pourquoi aussi, dans les expériences comparatives de Bidder et Schmidt(^., tous les autres éléments du chyle étant à peu près les mêmes sur des chicDs sains ou sur des chiens munis de fistule biliaire, et la proportion de graisse libre dans le chyle étant de 32 sur 1000 chez les premiers, celte proportion a été au plus de 2 sur 1000 chez les seconds.

h? Enfin une quatrième circonstance vient encore favoriser l'absorption de la graisse: VéUvatwn de la température. Nous savons déjà que la chaleur favorise l'intensité de la diffusion et par suite de l'osmose. Morin (5) a d'ailleurs démontré expérimentalement qu'une émulsion de jaune d'œuf passe beaucoup plus facilement, à travers une membrane organisée, lorsqu'on élève la température jusqu'à 35 ou UO degrés.

Malgré toutes ces circonstances adjuvantes, l'absorption des graisses est un acte très-lent et qui paraît, môme physiologiqucment, diflScile à accomplir. Une proportion plus ou moins notable des aliments gras ingérés n'a pas le temps de pénétrer dans les chyliféres pendant le passage à travers l'intestin grêle, aussi retrouve-t-on généralement une certaine quantité de substances grasses dans différents points du tube intestinal.

(i) WiTTOiOftHAtJilN, Êndoimoiische Versuche ûber die Wirkung éer GaUe beider Abnrpiton der Fetie. Dorpat, 1851.

S2) fioFFMANN, Veier dieAufnahme von Quecksilber und Fette in den Kreislauf, Wûnbiurf,

(3) MxTTBUOa, Leçons fUr les phénomènes physiques de la t;M, p. 10&.

(à) BiDDBR et ScHMiDT, ouvr, cité, p. 222 et suiv.

(5) HORIN, Nouvelles expériences sur la perméabilité des vcues poreux et des menUtrenei desséchées par les substances nutritives (Mém. de la Soc, de phys, et d'htst. nul, de G<*^* 185&, t. XIII^ p. 251 et suiv.}.

ABSOIPTION PAR U MfiMBlàNE MUQUEUSE DtGESTIVE* 671

Pourquoi les matières grasses s'introduisent-elles dans les chylifères plutôt que dans les réseaux sanguins ? Voici Texplication qu'on a cru pouvoir proposer : les parois des réseaux sanguins, tendus par la pression intra-vasculaire, résistent à l'introduction des globules de graisse; de sorte que ces derniers^ poussés dans le parenchyme des villosités par la contraction des fibres musculaires de l'intestin^ se bornent à glisser contre ces parois et à passer entre les mailles du réseau sanguin. Puis^ continuant à progresser vers le centre de la villosité, les globules de graisse rencontrent le chylifère rentrai^ dont le contour n'est soumis à aucune tension intérieure, et de là leur pénétration possible dans sa cavité.

Les choses se passent différemment quand il s'agit de l'absorption des autres produits liquides de la digestion ou des substances cristalloîdes susceptibles de s'osmoser. En se diffusant à travers la muqueuse intestinale) ces produits et ces substances rencontrent le réseau sanguin où elles pénètrent par osmose, et le réseau lymphatique où pénètre par le môme mécanisme tout ce qui a échappé aux canaux du sang. On arrive donc théoriquement au même résultat que celui qui a été constaté précédemmenti o'est-à-dire que les veines absorbent bien peu de graisse, mais principalement l'albuniinosej la glycose, les solutions salines, les boissons, toutes les substanees (Tistalloïdes^ tandis que les chylifères absorbent les matières grasse» et accessoirement les substances cristalloîdes.

On sait que l'absorption du chyle, qui commence environ deux à trois heures après le repas, se fait à peu près exclusivement à la surface de l'intestin grêle à partir du pylore. Quant aux vaisseaux lymphatiques de Testomac, ils paraissent n'absorber qu'un liquide incolore : Brodte, Fohmann, etc., et nous-même n'y avons jamais rien rencontré qui ressemblât à du chyle lactescent. Tiedemann les a trouvés pleins d'Un liquide aqueux, ^( mblable à du petit-lait, chez des chiens auxquels il avait donné du lait >lngt«cioq minutes auparavant.— Il faudrait donc regarder comme tout à fait exceptionnels les cas qui ont été rapportés par Haller (1) d'après d'autres auteurs, et dans lesquels du chyle blanc aurait été vu dans les lymphatiques de l'estomac. Alex. Lauth(2) dit avoir rencontré, a dans la tunique interne de l'estomac, des radicules absorbantes qui contenaient un fluide blanchâtre et formaient de petits réseaux par leur entrelacement. »

Il ne nous répugne aucunement d'admettre qu'une faible partie du chyle, qui a pu échappera rabsorption dans l'intestin grêle, soit absorbée dans le uTos intestin. Haller (3) en a rapporté plusieurs exemples empruntés à divers observateurs. En voici d'autres plus récents dans lesquels les li- , quides à absorber furent introduits par l'anus : chez un chien, purgé avec de Tbuile de croton tiglium et soumis à une abstinence de deux jours, on Injecta par le rectum, à plusieurs reprises, 120 grammes de lait. L'animal avant été tué après la dernière injection, on trouva dans les lymphatiques du

''l) Hallu, Bihliolh.analom,, t. H, p. 86.

(2) Alkx. Lauth, Essai sur les vaisseaux lymphatiques. 8lraftb«iir|, i82A.

[Zj HALLIE9 Eletn, physiol.y t. YII, p. 168.

672 DE l'absorption.

gros intestin un liquide blancb&tre ; quelques-uns des ganglions mésentériques en étaient pénétrés, et le liquide du canal thoracique était lui-même blanchâtre. Sur un autre animal de la même espèce, auquel on avait injecté par la même voie du bouillon de viande cbargé de matière grasse, les lymphatiques du gros intestin présentaient aussi un contenu d'une certaine opacité (1). Plusieurs fois, dans mes propres expériences sur des chiens, jai obtenu des résultats assez analogues que je me suis d'ailleurs expliqués par le pouvoir légèrement émulsionnant du suc intestinal.

ABSORPTION PAR DES MEMBRANSS MUOUEUSES AUTRES QUB LES MUOIIBUSES

DIGESnVB ET PUUfONAIRB.

Outre les membranes muqueuses qui tapissent les voies digestives et respiratoires^ il en est d'autres qui, comme elles, possèdent aussi une faculté absorbante plus ou moins active : IdLConjonctivey l^muqueuêe gémUhurinaire^ se rattachent particulièrement à ce groupe, dans lequel on pourrait encore comprendre la membrane amincie qui revêt le conduit auditif externe.

En eflét, quelques gouttes d'une solution de belladone ou d'atropine, appliquées sur la conjonctive, suffisent pour produire rapidement la dilatation de la pupille, et une minime quantité d'acide prussîque, versée sur la conjonctive d'un animal vivant, donne lieu à des accidents redoutables suivis d'une mort prompte. — Du coton, imbibé de laudanum ou de chloroforme, qu'on introduit dans l'oreille, calme parfois certaines névralgies.— Le virus syphilitique n'est que trop souvent absorbé par la muqueuse des organes génitaux, soit que cette absorption s'effectue sans aucune solution de continuité, soit qu'au contraire elle ait lieu à la suite d'une érosion. — On sait aussi que le sang des menstrues, retenu dans le vagin et la matrice, peut prendre, au bout d'un certain lemps, beaucoup de consistance et diminuer notablement de quantité. — Il est bien avéré, aujourd'hui, d'après les faits observés par Nœgele, Salomon, Stoltz, etc.» que le placenta abandonné dans l'utérus peut y être résorbé; Huzard(2) et Garus (3) ont même cité des cas dans lesquels des fœtus, assez développés et abandonnés dans la matrice, ont disparu complètement par résorption, les os exceptés.

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