MILIEUX RESPIRABLE
«raulres expérimenlateups Font également reconnu. Allen et Pepys (1) placèrent des cochons d'Inde dans un récipient contenant, au lieu d'air, un mélange de quatre volumes d'air et d'un volume d'hydrogène : aucun trouble de la vie organique ne se manifesta chez ces animaux^ mais ils tombèrent assez promptement dans un sommeil profondy qu'Allen et Pepys crurent devoir attribuer à l'introduction de l'hydrogène dans le sang, bien que Lavoisier et Séguin, avec un pareil mélange gazeux môme à parties égales, n'eussent pu reconnaître aucune absorption de ce dernier gaz. Les deux expérimentateurs anglais, ayant constaté une plus grande exhalation d'azote^ en avaient conchi, au contraire^que l'hydrogène avait dû déplacer ce gaz dans le sang. Berzelius (2) cite un essai fait à Stockholm par Charles de Wetterstedt sur une jeune fille phthisique et dans lequel survint aussi le sommeil. La malade ayant respiré, pendant un quart d'heure, un mélange de Ul5* d'hydrogène et de 1/5" d'oxygène, il s'ensuivit un sommeil paisible, bien qu'elle fût habituellement tourmentée d'insomnie; chaque fois que l'expérience (ut renouvelée, on observa les mêmes efiPets.
Plongés dans l'hydrogène pur, les animaux y périssent bientôt. Cet eifet est très-rapide chez les animaux à sang chaud, surtout chez les oiseaux. Il apparaît bien plus lentement chez les animaux à sang froid : >elon J. Millier (3), les grenouilles vivent jusqu'à trois ou quatre heures dans le gaz hydrogène, rarement davantage; elles offrent, à la fin de Texpérience, de la somnolence et de la stupeur.
Si l'azote et l'hydrogène ne déterminent aucun effet nuisible sur réconomie animale, lorsqu'ils sont mêlés à une quantité d'oxygène ^ufGsante pour les besoins de la respiration, il n'en est plus de même du ffoz acide carbonique. Ce gaz produit une asphyxie prompte lorsqu'il est inspiré j:mr, et il ne peut même être mélangé à l'air, dans une faible proportion, sans déterminer des accidents à la vérité plus lents, mais non moins funestes. Priestley(A)le constatait dès 1772, et, depuis lors, des expériences^ variées à l'infini sont venues confirmer ce fait aujourd'hui vulgaire. Les mélanges d'air et d'acide carbonique ne sont plus respirables dès que ce dernier y entre pour plus de 10 pour 100; déjà même on ressent quelque malaise dans un air vicié par la respiration et dans lequel la proportion d'acide carbonique atteint seulement 1 pour 100. L'évanouissement et la perte du sentiment se manifestent d'ailleurs assez longtemps avant la mort, et sou« vent il est possible de ranimer, à l'air libre, un animal qui semblait complètement asphyxié par l'inhalation du gaz acide carbonique. De prime abord, ces accidents ressemblent bien à ceux d'un véritable empoisonnement ; aussi beaucoup de physiologistes ont-ils considéré l'acide carbonique comme un gaz toxique. On a même publié quelques cas de prétendu empoisonnement direct par l'acide carbonique introduit par d'autres voies que les
f{) Aller et Pepts, loc. cit,
(2) BsRZELius, Traité de chimie, trad. de Esslinger. Paris, 1833^ t. VII, p. 106. (3y i. MtiLLER, Manuel de physiologie, trad. deJourdan. Paris, i851, t. I, p. 222. M) PUBSTLET, Expériences et observations sur différentes espèces d'air, trad. de Gibelk. P^ris, 1777, t. I, p. 44.
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poumons. Le Juge(l) attribue à Tinjection d'acide carbonique dflns le vagin des bourdonnements d'oreilles, des nausées, de la céphalalgie, même un peu de délire, tous accidents qu'on pourrait très-bien rapporter à l'hystérie et qu'il a observés sur quatre malades. Seanzoni (2) a été plus loin encore, en considérant comme ayant succombé à un empoisonnement une femme à laquelle on avait injecté 2 à 3 pouces cubes d'acide carbonique dans la cavité du col de l'utérus, et qui mourut deux heures après à la suite d'accidents convulsifs et d'embarras de la respiration. A l'autopsie, on n'avait rien trouvé qui pût expliquer la mort* Il est impossible de reconnaître à ces faits la valeur que leurs auteurs ont voulu leur attribuer. — Nysten (3) et, après lui, un grand nombre d'autres expérimentateurs, oni pu injecter dans le tissu cellulaire, les veines et môme les artères d'ani* maux de grandes quantités d'acide carbonique sans déterminer aucun accident toxique : en pareil cas, l'acide carbonique rencontre à la fois dan^ le plasma du sang un dissolvant et un véhicule alcalin non saturé, avec lequel il entre en combinaison pour former des carbonates neutres. Et, d'ailleurs, ne peut-on pas absorber sans inconvénient d'assez grande^" quantités de ce gaz, soit qu'il ait été ingéré dans le tube digestif sous forme de boissons gazeuses> soit qu'il y ait pris naissance pendant te travail menu de la digestion?
Mais comment expliquer les effets d'asphyxie rapide dus à l'influence do l'acide carbonique? Sans doute ces effets se rattachent aux lois qui régissent les mélanges gazeux. On sait que l'échange entre des gaz séparés p^r une membrane se fait d'autant plus facilement que la nature de ces pi présente plus de différences, de telle sorte que l'acide carbonique contenu dans le sang veineux aura d'autant moins de tendance à s'en séparer qut les gaz inspirés renfermeront eux-mêmes plus d'acide carbonique. Bientôt même l'exhalation de ce dernier gaz ne sera plus suffisante pour permettre au sang d'absorber assez d'oxygène et de revêtir le caractère artériel; d'où résultera nécessairement une asphyxie rapide.
Après l'acide carbonique, dont l'action au point de vue où nous noo> plaçons est simplement mécanique, viennent avec des propriétés plus redoutables encore, les gaz oxyde de carbone, hydrogènes bicarboné, phosphore, arsénié et sulfuré, le cyanogène ; puis les gaz suffocants, comme le chlore, l'acide hypoazotique, et, avec celui-ci, le bioxydc d'azote» les gaz acides en général, l'ammoniaque, etc. Tous ces gaz sont toxiques à divers titres. mais l'examen de leurs propriétés et de leur mode d'action ne saurait trouver place ici. Leur pouvoir délétère ne permet même pas de les respirer impunément quand ils sont mélangés avec une très-grande quantité d'air atmosphérique ou d'oxygène : ainsi Thenard et Dupuytren (4) ont prouvé qu'un oiseau, comme un verdier, périt promptement dans une atmosphère
(1) Le Juge, Essai sur quelques modes de traitement des affections de tulér^, ffc; thèse de Paris, 1858, n° 184, p. 47-5'â.
(2) ScAlttONl, Beitrûge fur Gchurtskunde^ 1858.
(S) NYsTEH, Recherches de physioL et de chimie pathàL,\, 81-97. Paris, IM'l. (4) Thekabd, Traité de chimie^ 5« édit. Pari», 1827, t. IV, p. 575.